Stèle nestorienne

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Vue de la stèle nestorienne conservée au musée Beilin ("Forêt de stèles") à Xi'an
Texte de la stèle en chinois

La stèle nestorienne est une stèle datant de l'époque Tang en Chine, érigée le 7 janvier 781[1] qui décrit les cent cinquante premières années de l'histoire du christianisme en Chine[2].

Elle met en lumière le fait que l'Église chrétienne nestorienne a été reconnue par l'empereur Tang Taizong et que son missionnaire le plus significatif était le Chinois Alopen qui parlait le syriaque (venant probablement de Perse), et qui fut accepté par l'empereur en 635 dans sa capitale de Chang'an (aujourd'hui à Xi'an, Sian).

Description[modifier | modifier le code]

Elle mesure 2,79 m de hauteur et présente des textes en chinois et en syriaque, décrivant la vie des communautés chrétiennes chinoises dans le nord du pays, rédigés par un moine nommé Adam, de nom chinois Jingjing (Ching-tsing), du monastère de Ta-ts'in[3].

Sur un des côtés, il y a une liste de soixante-dix noms de personnages: Évêques, diacres etc... écrits en syriaque et la plupart du temps en chinois[4].

Extraits[modifier | modifier le code]

« Monument commémorant la propagation dans l'Empire du Milieu de l'illustre religion de Ta Ts'in » (c'est-à-dire de la Syrie)[5]

En syriaque, au pied de la pierre[6] :

En l'an des Grecs 1092, le seigneur Jazedbuzid (Yesbuzid), prêtre et vicaire épiscopal de Cumdan la ville royale, le fils du Mailas éclairé, prêtre de Balkh une ville du Turkestan, mit en place cette stèle, sur laquelle est inscrit le dispense de notre Rédempteur, et la prédication des missionnaires apostoliques au roi de la Chine.

Puis en chinois :

Le prêtre Lingpau.

À nouveau en syriaque : Adam le diacre, fils de Jazedbuzid, vicaire épiscopal, le Seigneur Sergius, prêtre et vicaire épiscopal, Sabar Jésus, prêtre, Gabriel, prêtre, archidiacre, et Ecclésiarque de Cumdan et Sarag.

C’est alors que la personne divisée de notre Unité Trine, le Vénérable Radieux Messie, rentrant et voilant sa Majesté véritable, vint au monde semblable aux hommes. Un ange publia la bonne nouvelle, et une Vierge enfanta le Saint dans le Ta-ts’in (Da Qin, l’Orient méditerranéen) ; un astre radieux annonça l’heureux événement, et la Perse, ayant vu son éclat, vint offrir des présents. Le Messie accomplit la Loi ancienne (l’Ancien Testament) qui avait été formulée par les vingt-quatre saints pour gouverner les familles et les empires selon le grand modèle ; il établit la doctrine nouvelle, qui ne s’exprime pas en paroles, de l’Esprit Saint de l’Unité Trine, pour former à la pratique vertueuse selon la foi correcte.[7]

Un résumé de la doctrine exposé est ainsi présenté à la maison des Missions Etrangères, à Paris :

Notre Dieu Aloha est Trinité Une… Créateur du Ciel et de la Terre. Il a créé l’homme en lui conférant une nature excellente supérieure à toutes les autres, mais Satan le trompa et sa pureté fut souillée. Longtemps égarés autour du chemin, les hommes devinrent incapables de retourner à leur maison. Cependant, une personne de notre Trinité, le Messie, brillant Seigneur de l’Univers, voilant son antique majesté, apparut homme sur la Terre…

Une vierge enfanta le Saint dans Daqin (l’Empire d’Occident). Une étoile brillante annonça l’événement béni. Les Perses, voyant cet éclat, vinrent faire hommage de leurs présents. Grâce à ses enseignements sublimes communiqués par l’Esprit Saint, une autre personne de la Trinité, il purifia la nature humaine de ses souillures et l’appela à la perfection. Il révéla la vie et détruisit la mort. Saisissant la rame dans la barque de la miséricorde, il monta au palais de la lumière, convoyant tous les êtres rassemblés au milieu des flots. Il laissait 27 livres de son Ecriture et les grands moyens de transformation dont le premier est le baptême dans l’eau et l’esprit.

Un homme de grand vertu, Aluoben a apporté les écritures à Chang’an en l’an 635. L’empereur Tang Taizong (627-649) les fit traduire, et reconnaissant leur bien-fondé, donna son approbation officielle en ces termes : « Cette doctrine est salutaire pour toute créature et profitable à tous les hommes. Elle doit donc être diffusée. » [8]

Histoire[modifier | modifier le code]

La stèle a été enfouie en 845 à cause des persécutions religieuses de l'empereur Tang Wuzong.

Elle fut découverte en février 1625, près d'une église construite par Matteo Ricci[9]. Le témoin de cette découverte en avertit un mandarin qui pourrait être Li Zhizao. Par la suite, elle fut étudiée par les pères de la Mission jésuite en Chine. Les textes ont été traduits en latin en 1625 par le P. Nicolas Trigault, sj, et en français en 1628.

En 1625, elle fut déplacée à Xi'an.

En 1805, Wang Ch'ang la mentionne dans un ouvrage qui est interdit au Japon.

En 1858, Guillaume Pauthier en publie une traduction dans De l'authenticite de l'inscription nestorienne de Si-ngan-fou.

En 1895, la Mission scientifique dans la Haute-Asie entreprise par Jules-Léon Dutreuil de Rhins et Fernand Grenard permit d'en faire un nouveau relevé[10].

Elle est exposée en 1907 au musée de la Forêt de stèles, et l'année suivante une réplique est offerte au Metropolitan Museum of Art de New-York, et en 1911 encore une autre est déposée du Mont Kōya.

Une copie de cette stèle fut offerte au pape Jean-Paul II par le patriarche de l'Église assyrienne de l'est, Mar Dinkha IV en 1994[11].

Illustrations[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Assyrian Christian Missions in China 635 - 1550 AD
  2. Syriac and Chinese Names on the Xian-Fu Stone The Stone mentions that there were churches in ten provinces and regions of China during the Tang Dynasty.
  3. La Stèle de Xi'an - Yves RAGUIN, s.j.
  4. By Foot to China: The Mission of the Church of the East, to 1400
  5. Les premières églises chrétiennes asiatiques
  6. Syriac Names on a Chinese Monument
  7. Inscription de la stèle nestorienne qui se trouve dans le musée de Xi’an « Forêt des Stèles » en Chine
  8. Maison des missions étrangères de Paris, 128 rue du Bac, 75006 Paris
  9. Oeuvres complètes de Voltaire
  10. Estampage d'inscriptions chinoises provenant de la mission de MM. Dutreuil de Rhins et Grenard, Gabriel Devéria, Comptes-rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1897, volume 41, numéro 3, pp. 268-281
  11. De Babylone à Pékin, l'expansion de l'Église nestorienne en Chine

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Henri Havret, sj, La Stèle chrétienne de Si Ngan-fou, Chang-Haï, Imprimerie de la Mission catholique de l'orphelinat de T'ou-Sè-Wè, N°7 des variétés sinologiques, trois tomes, 1895, 1897, 1902
  • Tome I: Lire sur Gallica (BNF)
  • Tome II: Lire sur Gallica (BNF)
  • Tome III: Lire sur Gallica (BNF)
  • Paul Pelliot, Recherches sur les chrétiens d'Asie centrale et d'Extrême-Orient, vol. II/1 « La stèle de Si Ngan-fou », in Œuvres posthumes de Paul Pelliot éditées par la fondation Singer-Polignac, présentées et commentées par J. Dauvillier, Paris, Imprimerie nationale, 1984