Géomancie

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La géomancie est une technique de divination fondée sur l'analyse de figures composées par la combinaison de quatre points simples ou doubles (ou points et traits). Ces points sont obtenus par l'observation de cailloux ou d'objets jetés sur une surface plane ou posés dans un espace donné, par des lancers de dés[1], par le comptage de traits dessinés dans le sable avec un bâton ou sur du papier à l'aide d'un stylo[2] ou encore par l'observation d'éléments disposés dans la nature sans intervention humaine.

Les oracles géomantiques sont basés sur une série de figures, chacune composée de quatre lignes de points, pairs ou impairs. Par différentes combinaisons simples, les tirages des figures sont développés pour former un diagramme ou graphe destiné à l'interprétation : un écu ou thème (terme emprunté à l'astrologie) géomantique, ou encore un carré. Les significations propres aux figures géomantiques, leurs positions dans le graphe obtenu et les relations à l'intérieur du graphe des figures (répétitions, oppositions, passations, etc...) entrent en compte dans l'interprétation.

Note : des missionnaires chrétiens parcourant la Chine au XIXe siècle ont indûment traduit la notion de feng shui, pan important de la pensée chinoise, en « géomancie », « traduction » qui a eu cours pendant des décennies, en français et dans d'autres langues occidentales. Mais cette confusion de vocabulaire a quasiment disparu depuis les années 1970, l'appellation originelle de feng shui étant désormais employée de façon quasi-exclusive en Occident, si l'on se réfère aux titres des nombreux ouvrages publiés sur le sujet.

Il en existe plusieurs pratiques africaines, certaines très proches de la pratique d'influence Arabe, mais aussi une expression qui est à l'origine du Vaudou à travers le dieu FA (ou Ifa) dieu de la divination, appelée Ifa. Dans cette version, les seize figures sont considérées par paires, ce qui donne 256 combinaisons. Il semble que plus que de divination, il s'agit d'une système très élaboré de pédagogie supporté par le dieu Fa et quelques autres divinités (Lêgba, Gû, Hêbiesso... moins d'une dizaine)[3] à destination de peuples qui n'avaient pas d'écriture et chez qui tout devait reposer sur la mémoire. À noter qu'à ces divinités se superposent les dieux proprement animistes.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le terme est directement issu du bas latin geomantia (« divination par la terre ») emprunté au grec γεωμαντεία. Il est rapporté, sous la forme jomansie au début du XIVe siècle, notamment dans une des relations de voyages de Marco Polo (chapitre CLXXIV du « Devisement du monde » également appelé « Le Livre des merveilles » (à ne pas confondre avec le « Livre des merveilles du monde » de Jean de Mandeville)). Le terme était toutefois connu antérieurement, puisqu'il apparaît ensuite en français, vers 1333, sous la forme géomancie dans la traduction manuscrite du Miroir Historial de Vincent de Beauvais rédigée par Jean de Vignay à la demande du roi de France Philippe VI de Valois et de sa femme Jeanne de Bourgogne.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'origine réelle de ce type d'oracle reste incertaine. Certains auteurs le disent d'origine perse, tandis que d'autres tablent sur une création arabe. Le mode de construction des figures et leur placement dans l'ensemble de l'oracle, toujours de droite à gauche, sont en tout cas la marque d'un peuple faisant usage d'une écriture de droite à gauche, que la langue soit d'origine sémitique (arabe) ou non (persan).

Les 16 figures[modifier | modifier le code]

x
x
x
x

Via
(La Voie)

x
x
x
x   x

Cauda draconis
(La Queue du Dragon)

x
x
x   x
x

Puer
(Le Jeune Garçon)

x
x
x   x
x   x

Fortuna minor
(La Fortune Mineure)

x
x   x
x
x

Puella
(La Jeune Fille)

x
x   x
x
x   x

Amissio
(La Perte)

x
x   x
x   x
x

Carcer
(La Prison)

x
x   x
x   x
x   x

Laetitia
(La Joie)

x   x
x
x
x

Caput Draconis
(La Tête du Dragon)

x   x
x
x
x   x

Conjunctio
(La Conjonction)

x   x
x
x   x
x

Acquisitio
(Le Gain)

x   x
x
x   x
x   x

Rubeus
(Le Rouge)

x   x
x   x
x
x

Fortuna Major
(La Fortune Majeure)

x   x
x   x
x
x   x

Albus
(Le Blanc)

x   x
x   x
x   x
x

Tristitia
(La Tristesse)

x   x
x   x
x   x
x   x

Populus
(Le Peuple)

Les noms latins des seize figures sont traditionnellement employés dans la géomancie « occidentale », depuis le Moyen Âge, parallèlement avec leur traduction dans la langue profane en usage dans le pays où est interrogé l'oracle.

Technique[modifier | modifier le code]

Les usagers de cette méthode de divination procèdent habituellement à un « tirage » de quatre figures, selon différentes techniques (jet de dés, de pièces, séparation de tas de cailloux, etc.).

Une méthode de tirage consistait par exemple à aligner, sur le sable, quatre lignes superposées de points tracés au hasard, puis de faire de décompte de chaque ligne de points. D'une ligne impaire résultait un point unique, et d'une ligne paire un point double. Cette méthode est encore utilisée de nos jours, dans une version « adaptée », où le medium trace sur le papier quatre lignes de points pour en faire ensuite le décompte.

Ces quatre premières figures sont en général appelées les « Quatre Mères », et d'elles découlent, par un système complexe de report de points, les onze autres figures de l'oracle. Ces quinze figures sont réparties en douze « maisons », deux « témoins » (droit et gauche) et un « Juge ».

Certains adeptes de cette technique divinatoire y ajoutent une seizième « maison », le « Subjudex » ou « la Sentence », obtenue à partir de la combinaison du « Juge » et de la « maison I ». Cette « maison » surnuméraire n'est habituellement pas dessinée sur le graphique des quinze « maisons » classiques.

Construction d'un graphe[modifier | modifier le code]

Exemple fictif choisi au hasard parmi 65 536 combinaisons différentes (16 x 16 x 16 x 16).

Une même figure peut revenir deux ou plusieurs fois dans l'ensemble du tirage : son interprétation variera toutefois en fonction de la place occupée parmi les « Maisons ». Toutefois, un graphe réunissant la même figure dans quatre cases (ou plus) sur quinze est habituellement considéré comme nul.

Les quatre « Filles » Les quatre « Mères »

VIII

x
x   x
x   x
x   x

(la Joie)

VII

x   x
x   x
x
x   x

(le Blanc)

VI

x   x
x   x
x
x

(la Fortune
Majeure)

V

x
x
x   x
x

(le Jeune
Garçon)

IV

x
x
x   x
x   x

(la Fortune
Mineure)

III

x   x
x
x
x   x

(la Conjonction)

II

x
x   x
x   x
x   x

(la Joie)

I

x
x   x
x   x
x

(la Prison)

Les quatre « Nièces »

XII

x
x   x
x
x   x

(la Perte)

XI

x
x
x
x   x

(la Queue du Dragon)

X

x
x   x
x
x   x

(la Perte)

IX

x   x
x   x
x   x
x

(la Tristesse)

Témoin Gauche

x   x
x
x   x
x   x

(le Rouge)

Témoin Droit

x
x   x
x
x

(la Jeune Fille)

Juge

x
x
x
x

(la Voie)

Construction des « Filles » :

  • les points successifs de la première « Fille » (V) sont le report de la première ligne de points des quatre « Mères » ;
  • les points successifs de la deuxième « Fille » (VI) sont le report de la deuxième ligne de points des quatre « Mères » ;
  • les points successifs de la troisième « Fille » (VII) sont le report de la troisième ligne de points des quatre « Mères » ;
  • les points successifs de la quatrième « Fille » (VIII) sont le report de la quatrième ligne de points des quatre « Mères ».

Construction des « Nièces » : à la différence de la construction des « Filles », les points ne sont pas reportés. Chaque ligne de chacune des « Nièces » est obtenue en additionnant les points de la ligne correspondante des deux « Mères » ou des deux « Filles » de l'étage supérieur, puis en réduisant au plus petit entier pair ou impair : 2 + 2 = 4 réduit à 2, 2 + 1 ou 1 + 2 = 3 réduit à 1, 1 + 1 = 2.

La construction des « Témoins » suit le même schéma, chaque ligne de chacun des « Témoins » étant obtenue en additionnant les points de la ligne correspondante des deux « Nièces » de l'étage supérieur, puis en réduisant au plus petit entier pair ou impair. Les deux « Témoins » sont obligatoirement de même parité (soit pairs, soit impairs). Une parité divergente est la preuve d'une erreur dans l'établissement du graphe.

La construction du « Juge » suit le même schéma, chaque ligne du « Juge » étant obtenue en additionnant les points de la ligne correspondante des deux « Témoins », puis en réduisant au plus petit entier pair ou impair. Le « Juge » compte obligatoirement un nombre de points pair, ce qui limite à huit le nombre de figures possibles dans cette case : Via (4 points), Fortuna Minor, Fortuna Major, Carcer, Conjunctio, Amissio, Acquisitio (6 points) et Populus (8 points). Toute autre figure est la preuve d'une erreur dans l'établissement du graphe.

Dans le cas d'une interrogation de l'oracle faisant appel à la seizième « Maison » surnuméraire, celle-ci est obtenue en additionnant les points respectifs de la première « Mère » (I) et du « Juge ». On aura dans le cas présent :

Sentence

x   x
x
x
x   x

(la Conjonction)

Choix de la Tradition dans les figures inversées[modifier | modifier le code]

L'étudiant attentif de la science géomantique ne manquera pas de s'attarder sur deux ouvrages, curieusement édités la même année, après la tourmente de la seconde guerre mondiale, en 1947.

1.Traité de géomancie (De geomantia) de Robert Fludd, Étude du macrocosme, annotée et traduite pour la première fois par P.-V. Piobb ou Pierre Piobb (éd. Dangles 1947) disponible en antiquariat.

2.La géomancie trad itionnelle du cheikh Hadji Khamballah (éd. Véga 1947), avec une préface de l'éditeur Alexandre Rouhier, suivi d'un dictionnaire d'interprétation géomantique réédité aux éditions Trédaniel.

Ils ont en commun d'être deux traités, mais le second qui charmera plus d'un lecteur se réfère au premier puisque le mystérieux auteur, le cheikh Hadji Khamballah, est présenté comme ayant traduit la totalité des œuvres de Robert Fludd (1574-1637), deux volumes annoncés à la publication qui ne verront jamais le jour.

On cherchera en vain une ambiance orientale ou africaine dans ce travail ; les seules références y sont les dénominations populaires arabes des figures & une reproduction de l'homme géomantique, manuscrit arabe du XVIIIe, de la B. N. de Paris.

Outre R. Fludd, on y croise en référence des auteurs comme Eudes Picard, Eugène Castlant, Francis Warrain, le maître d'œuvre Petrus Tallemarianus, Gérard de Crémone, Alfakinus qui signait « arabicus filius a Platone», etc. ... Le texte est clair, agréable à suivre. Assurément l'auteur possède la didactique de son art. Mais l'historien des religions, sera surpris ou de l'ironie, ou du manque de sagesse de Khamballah qui affuble Robert Fludd du titre Révérend Père Jésuite écossais ! Cette dénomination disparaîtra dans la seconde édition.

Mais le plus étonnant est de voir reproduit avec des erreurs, en fig. 4, le tableau des seize figures géomantiques classées, dit-il, dans l'ordre indiqué par Fludd, or les figures Puer & Puella s'y trouvent inversées !

Quant au « De geomantia » publié après la mort de Piobb, c'est une traduction inédite entreprise entre 1908 & 1910, nous dit l'éditeur en 1947. On se souviendra que Pierre Piobb a fait paraître dans le même temps, en 1907 chez Daragon, sa traduction du traité d'astrologie générale « De astrologia » de Robert Fludd. D'ailleurs, l'avant propos du traducteur de 1947 du « De geomantia » signé P.-V. Piobb est le texte modifié de la préface du « De astrologia » de 1907.

S'il est permis d'espérer retrouver les bases rationnelles de cette Science, on ne doit pas s'émouvoir des apparentes contradictions comme nous le rappelle Pierre Vincenti Piobb dans sa traduction du De geomantia p. 17 :

« Toutefois le lecteur doit être mis en garde contre un procédé dont usent couramment les auteurs anciens, ceux-ci, dans un double but de ne révéler que l'indispensable de leurs sciences initiatiques et de mettre l'étudiant sur la voie de nouvelles trouvailles, ne procèdent pas avec une rigueur logique »

Alexandre Rouhier dans sa préface du traité pratique d'enseignement du cheikh Hadji Khamballah ne dit pas autrement p. XI :

« Quant aux causes ou raisons de ces altérations de la doctrine originelle, elles peuvent résider soit dans des erreurs involontaires de copistes, si faciles à commettre dans les textes géomantiques, soit au contraire dans des altérations volontaires des textes originaux.»

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Dom Neroman, La géomancie retrouvée, éditions Sous le Ciel, 1948
  2. Robert Fludd, 'Traité de Géomancie, traduction de de geomantia par Pierre Piobb, éditions Dangles 1947.
  3. P. Aclinou Une pédagogie oubliée : le vodou : L'horloger de Kouti, Harmattan, Paris, 2007

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Traités[modifier | modifier le code]

  • Gérard de Crémone (Gérard de Sabbionetta, dit) (XIIIe siècle) , Géomancie Astronomique, éditions des Cahiers Astrologiques, Nice, 1946 [1]
  • Eugène Caslant, Traité élémentaire de géomancie, Guy Trédaniel éditeur, 1935 - 1985
  • Robert Fludd, Traité de Géomancie (De Geomantia), étude du macrocosme annotée et traduite par P.-V. Piobb, éditions Dangles, Paris, 1947. Extrait du traité Utriusque cosmi historia (1617-1624)
  • Hadji Khamballah, La géomancie traditionnelle, éditions Vega, 1947.
  • Dom Néroman, La Géomancie Retrouvée, éditions Sous Le Ciel, Paris, 1948

Études[modifier | modifier le code]

  • Robert Ambelain, La Géomancie arabe, Robert Laffont, 1984
  • T. Charmasson, Recherches sur une technique divinatoire : la géomancie dans l'Occident médiéval, Genève et Paris, 1980. [2].
  • Robert Jaulin, Géomancie et Islam, C. Bourgois, 1990.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Traore Mamadou Lamine, Philosophie et géomancie, vers une philosophie originelle africaine, éditions donniya, Bamako, Mali, 2008