Église Saint-Nizier de Lyon

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Église Saint-Nizier
Image illustrative de l'article Église Saint-Nizier de Lyon
Façade Saint-Nizier
Présentation
Culte Catholique romaine
Type Église paroissiale
Rattachement Archidiocèse de Lyon
Architecte Jean Vallet (XVIe siècle) ; Louis Cécile Flachéron (XIXe siècle) ; Claude Anthelme Benoît (XIXe siècle) et peut-être Philibert Delorme (pour le portail)
Protection Classé MH en 1840
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Commune Lyon
Coordonnées 45° 45′ 53″ N 4° 50′ 01″ E / 45.764711, 4.83359845° 45′ 53″ Nord 4° 50′ 01″ Est / 45.764711, 4.833598  

Géolocalisation sur la carte : France

(Voir situation sur carte : France)
Église Saint-Nizier

L'église Saint-Nizier est l'une des églises de Lyon, située au cœur de la Presqu'île, entre la place des Terreaux et celle des Jacobins.

L'église fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques par la liste de 1840[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Un lieu, une église[modifier | modifier le code]

Le premier édifice religieux situé sur le site de l'église actuelle serait un monument romain et pourrait être un temple d'Attis, parèdre de la déesse Cybèle, dont le culte n'est peut-être pas étranger au martyre des chrétiens de Lyon en 177[2].

Selon une tradition rapportée indiquée au IXe siècle par l'évêque Adon de Vienne, Saint Eucher, évêque de Lyon, bâtit au Ve siècle sur les ruines de l'édifice une basilique pour abriter les reliques des martyrs de Lyon suppliciés en 177. L'église est désignée sous le vocable d'« église des Saints-Apôtres et des quarante-huit-martyrs», par le Martyrologe d'Adon de Vienne[3]. Les évêques de Lyon s'y font enterrer durant tout le VIe siècle, en particulier saint Nizier. Le corps de ce dernier attire une foule si grande, les miracles qu'on lui prête sont si nombreux que l'église finit par prendre son nom[4],[3]. Un archevêque d'Arles, Aurélien mort dans cette ville le vendredi 16 juin 551, y a été également inhumé[réf. nécessaire].

Elle est reconstruite au IXe siècle, sous le règne de Charlemagne, sur l'ordre de l'évêque Leidrade[5]. Le quartier de l'église s'embourgeoise, désormais l'élection des consuls et échevins y est proclamée. Pierre Valdo, au XIIIe siècle, en est le paroissien. Ses disciples, choqués par la richesse des lieux, y mettent le feu en 1253.

L'évêque Louis de Villars[6] institue en 1306 un chapitre canonial[7].

Après la reconstruction du XVe siècle (voir ci-dessous "Architecture"), le patrimoine artistique de Saint-Nizier a été presque entièrement dispersé ou détruit au moins à deux reprises : en 1562 par les bandes huguenotes du Baron des Adrets qui pillèrent notamment les tombes des évêques de Lyon, puis au XVIIIe siècle lors de la Révolution française. La perte de nombreuses œuvres d'art ou de reliques a malheureusement été irréparable et seule une minorité d'entre elles sont parvenues jusqu'à nous.

L'église est dans les années 1970 le centre d'un quartier populaire. Sa présence est mise en lumière lors de son occupation symbolique par les prostituées du quartier en 1975[8] qui expriment leur colère face au harcèlement policier et social. Cette église a souvent été perçue comme un lieu de refuge et d'accueil dans la ville. En juillet 2002, des sans-papiers ont occupé l'église pendant plusieurs semaines[9].

À partir de 1973, des travaux de rénovation ont été engagés par la direction des Monuments historiques et la ville de Lyon.

Rayonnement de l'église[modifier | modifier le code]

Des reliques de Saint Nizier ont, pour des raisons qui ne sont pas connues, été transportées par Gallomagne, douzième évêque de Troyes, de Lyon à l’église Saint-Pierre de Troyes au VIe siècle. Tandis que ces reliques étaient transportées au son des psaumes, leur vertu ouvrit les yeux des aveugles et beaucoup d’autres malades obtinrent d’être guéris[10].

Architecture et décoration[modifier | modifier le code]

La silhouette de Saint-Nizier est particulière avec ses deux flèches asymétriques. L'église est principalement bâtie dans le style gothique flamboyant[11]. La plus grande partie de l'édifice actuel date du XVe siècle. Le clocher ne fut commencé qu’en 1463. Renouard, négociant, entreprit de refaire l’ancienne crypte où l’on déposa dans la suite (en 1528) le corps de saint Ennemond.

L'attribution du portail à Philibert Delorme est controversée. De style renaissance, avec quatre colonnes doriques cannelés supportant un entablement denticulaire que couronne une demi-coupole, ce portail, achevé en 1581, a été construit par Jean Vallet [12]. Le frontispice n’a pas été achevé. L’avant-corps méridional est postérieur de plusieurs années au reste de l’ouvrage. L'église n'est achevée qu'à la fin du XVIe siècle.

Particulier gothique

L’intérieur de l’église est remarquable par l’élévation et la hardiesse des voûtes, par la forme des piliers qui les soutiennent, par l’étendue de l’édifice (une des plus grandes de Lyon), par la clarté qui y règne, et surtout par un certain caractère de sévérité imprimé à tout l’ouvrage.

Parmi ses curiosités, on peut citer :

  • le maître-autel en marbre blanc, conçu par l'architecte Jean Pollet, décoré de treize niches abritant les statuettes du Christ (au centre) et des douze apôtres ;
  • les boiseries ouvragées du chœur et la double rangée de stalles du chapitre des chanoines, conçues en 1826 par Jean Pollet ;
  • la chaire néo-gothique exécutée par le menuisier lyonnais Bernard d'après un dessin de l'architecte Claude-Anthelme Benoit ;
  • des statues parmi lesquelles, dans le fond de la nef, les répliques des statues originales de saint Pierre et saint Paul de la Basilique du Vatican et de part et d'autre du chœur, les statues en bois de saint Nizier et saint Sacerdos de Jean Pollet ;
  • des peintures dont une toile de Victor Orsel représentant le Christ transfiguré[13].
  • des vitraux et rosaces. Dans la chapelle latérale Nord de la Trinité, les vitraux de la Fondation de la Confrérie de la Trinité et de la Distribution de pain aux pauvres, place des Cordeliers sont de Lucien Bégule en 1894.

La chapelle de Notre-Dame de Grâce[modifier | modifier le code]

La vierge d'Antoine Coysevox

Dans le transept Sud, l'autel de la Vierge est surmonté d'une statue, chef-d'œuvre d'Antoine Coysevox. Celui-ci l’avait sculptée pour orner la maison qu’il habitait à l’angle de la rue du Bât-d’Argent, d'où l'orientation des regards de l'enfant Jésus et de Marie, tournés chacun vers une des rues du carrefour. Ultérieurement, elle a été transférée à Saint-Nizier.

Pauline Jaricot est enterrée à côté de l'autel de la Vierge, là où elle s'est vouée à Dieu.

La chapelle Saint-Pothin[modifier | modifier le code]

Dans le transept Nord, l’autel est surmonté d’une statue en marbre blanc, due au ciseau de Joseph Chinard, représentant le premier évêque de Lyon, saint Pothin, présentant à l'assistance une effigie de la Vierge Marie.

La crypte[modifier | modifier le code]

Premier sanctuaire marial de Lyon, dès l'an 150, la crypte est ornée de cinq vastes tableaux de mosaïques réalisées par Ennemond Mora d´après des cartons de Gaspard Poncet. Le décor évoque les origines de l'Église à Lyon avec les quarante-huit martyrs de Lyon de 177. La fresque de l'abside représente la Vierge Marie entourée de Saint Jean et de Saint Pothin. Les mosaïques sont en cours de restauration depuis 2013.

Au fond de la crypte, est exposée une épitaphe du tombeau de Saint Sacerdos, évêque de Lyon, mort en 562.

L'orgue[modifier | modifier le code]

L'orgue de l'église Saint-Nizier a été construit en 1885 par le facteur Joseph Merklin. À l'époque, celui-ci venait de construire l'orgue du Grand Temple de Lyon avec lequel il appliquait pour sa première fois l'électricité à ses orgues, avec le système électro-pneumatique Schmoele & Mols dont il était le concessionnaire exclusif en France. Cette application permettant notamment de distancier la console (les claviers) des tuyaux fut poussée à son extrême à l'occasion du chantier de l'orgue de Saint-Nizier : lors de son inauguration en 1886 par son titulaire Jule Rüest, cet instrument de 45 jeux, trois claviers et un pédalier était d'un genre totalement nouveau[réf. nécessaire] par sa disposition car le grand orgue était en fait la totalisation de l'orgue de tribune et de l'orgue de chœur, distants d'environ 60 mètres. L'organiste pouvait jouer ces deux orgues simultanément depuis la même console, placée derrière l'autel.

Une deuxième console à deux claviers et un pédalier fût installée à l'intérieur du grand buffet, et par la suite descendue juste en dessous, dans la nef, pour permettre ainsi de jouer l'orgue de tribune indépendamment sans être gêné par le retard du son que peut causer la distance console-buffet.

Abimé lors des grands travaux de restauration intérieure de l'édifice[réf. nécessaire], l'orgue est muet depuis environ 1975, d'autant plus que ses deux consoles ont été débranchées et enlevées pour être entreposées. Depuis lors, l'instrument qu'on peut entendre dans les célébrations n'est pas l'orgue à tuyaux. L'orgue Merklin de Saint-Nizier, dont le grand buffet et la partie instrumentale sont classés au titre des Monuments Historiques, reste en attente de restauration.

L'horloge[modifier | modifier le code]

Le clocher Nord de l'église Saint-Nizier possède une horloge à balancier dont le mécanisme a été construit en 1684 par des horlogers du Haut-Jura : les frères Mayet de Morbier [14].

Après une minutieuse restauration de 1987 à 1994, l'horloge fonctionne et présente la rare particularité de comporter deux cadrans. Un cadran vertical à deux aiguilles est visible depuis l'extérieur sur la façade Ouest. Un second cadran horizontal à une seule aiguille est situé dans la nef central, au centre de la voûte.

Personnalités[modifier | modifier le code]

Jean-Marie Leclair (1697-1764), violoniste et compositeur est natif de la paroisse. Une plaque commémorative lui est dédiée au chevet de l’église à l’angle de la Rue Édouard-Herriot et de la rue de la Fromagerie.

Bédien Morange (1703- ) est chantre et chanoine de Saint-Nizier.

Sainte Claudine Thévenet (1774-1837), native de la paroisse. L’Abbé André Coindre lui confia deux fillettes abandonnées sur le parvis de l’église. Fondatrice de la Congrégation des Religieuses de Jésus-Marie, elle est canonisée le 21 mars 1993.

Louis Querbes (1793-1859) fut vicaire de la paroisse. Il est fondateur des Clercs de Saint-Viateur voués à l'éducation des jeunes dans les paroisses.

Pauline-Marie Jaricot (1799-1862), fondatrice de l'Œuvre pour la Propagation de la Foi et du Rosaire Vivant. Déclarée vénérable en 1963 par le pape Jean XXIII, elle est inhumée dans l’église.

Frédéric Ozanam (1813-1853), fondateur de la Conférence Saint-Vincent de Paul se marie à Saint-Nizier le 23 juin 1841 [15] avec Amélie Soulacroix (1820-1894). Il est déclaré bienheureux par le pape Jean-Paul II le 22 août 1997.

Suzanne Aubert (1835-1926), paroissienne à Saint-Nizier puis religieuse en Nouvelle-Zélande, elle est fondatrice des Filles de Notre-Dame de la Compassion.

Paul Couturier (1881-1953) fit sa première communion à Saint-Nizier en juin 1893. Il est promoteur de la semaine de prière pour l’unité des Chrétiens et cofondateur du Groupe œcuménique des Dombes.

La paroisse Saint-Nizier aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Depuis septembre 1996, à la demande de l’Archevêque de Lyon, les prêtres de la Communauté de l'Emmanuel participent à l’animation de la paroisse.

Une chapelle contre le chevet de l'église, rue Saint-Nizier, abrite l'adoration perpétuelle du Saint-Sacrement.

Chaque année, le 8 décembre, la paroisse Saint-Nizier organise une mission d'évangélisation en l'honneur de l'Immaculée Conception. L'église sert fréquemment de support lors de la Fête des Lumières[16].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Saint-Nizier, une église lyonnaise, par Philippe Jaeger et l’Association "Les Amis de Saint-Nizier", éditions Lescuyer, Villeurbanne, 2007.
  • Joseph Merklin, facteur d'orgues européen, Michel Jurine, édité par l'Association Aristide Cavaille-Coll, diffusion Klincksieck, 1991.
  • Les orgues du Rhône, tome 1 : Les orgues de Lyon, Pierre-Marie et Michelle Guéritey, éditions Comp'Act, 1992.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no PA00117801 », base Mérimée, ministère français de la Culture
  2. Origine romaine des constructions sous la chapelle de saint Ennemond Cette hypothèse n'est pas reprise par Jean-François Reynaud dans Lyon, Rhône, aux premiers temps chrétiens, basiliques et nécropoles, Paris, Ministère de la culture et de la communication - La Documentation française, 1986 (Guides archéologiques de la France), 143 p. (ISBN 2-11-080891-8)
  3. a et b Jean-François Reynaud, Lyon, Rhône, aux premiers temps chrétiens, basiliques et nécropoles, Paris, Ministère de la culture et de la communication - La Documentation française, 1986 (Guides archéologiques de la France), 143 p. (ISBN 2-11-080891-8)
  4. Anne-Catherine Le Mer, Claire Chomer, Carte archéologique de la Gaule, Lyon 69/2, Paris 2007, p. 341 à 343
  5. J. B. Martin, 1908-1909, p. 348 à 358
  6. Dominique Bertin, Nicolas Reveyron, Jean-François Reynaud, Lyon et ses églises. Découvrir la ville autrement., Éditions Lyonnaises d'Art et d'Histoire, mai 2010, p. 68.
  7. Abbé Adolphe Vachet, Les anciens couvents de Lyon, 1895, p. 645-646, lire en ligne
  8. ses.ens-lsh.fr
  9. Sans papiers : après Saint-Bernard, Saint-Nizier ? Sur le site de l'Humanité, 5 juillet 2002.
  10. Crété-Protin I (2002). Église et vie chrétienne dans le diocèse de Troyes du IVe au IXe siècle. Villeneuve-d'Ascq : Presses universitaires du Septentrion.
  11. Dossiers électroniques de l'Inventaire général du Patrimoine Culturel de Rhône-Alpes http://patrimoine.rhonealpes.fr/dossier/collegiale-saint-nizier/a9c0c6b1-eff0-4406-a183-cd6f1e8c748c
  12. Revue de l'université de Lyon, Tome I (1928), p. 193-208 : A. Kleinclausz, Philibert Delorme et le portail de l'église Saint Nizier http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1931_num_17_76_2586?_Prescripts_Search_tabs1=standard&
  13. « Notice no PM69000465 », base Palissy, ministère français de la Culture
  14. http://www.horloge-edifice.fr/Morbier_et_Morez/5-Les_fabricants_d_horloges_d_edifice.htm
  15. Une plaque apposée dans l'église commémore l'événement.
  16. L'église Saint Nizier pendant la fête des Lumières

Compléments[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]