François de Beaumont

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François de Beaumont, baron des Adrets

François de Beaumont, baron des Adrets (né en 1512 ou 1513 - mort en 1587) est un capitaine dauphinois des guerres de religion. Réputé pour sa cruauté dans les actions, il est un fidèle partisan des troupes protestantes, puis change de camp en 1567 pour rejoindre les catholiques.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il naît vers 1512 au château de La Frette, dans le hameau du Touvet.

De 1527 à 1558, il guerroie en Italie, où il se distingue par sa bravoure sous les ordres du maréchal de Brissac. Il est fait prisonnier en 1558 par les Espagnols et doit payer rançon pour se libérer.

Le baron des Adrets

Suite aux défaites des armées protestantes à Cahors, Amiens, Sens et au massacre de Wassy face aux Guise en mars 1562, il prend en avril le commandement des protestants de Provence, et pénètre dans Valence avec 8 000 hommes. À partir de cet instant et par des chevauchés fulgurantes, il déroute l'adversaire à Romans-sur-Isère, Vienne et Grenoble où il pille la collégiale Saint-André et la cathédrale Notre-Dame de Grenoble. Le 5 mai 1562, il rentre victorieux dans la ville de Lyon[1]. Après avoir pris Feurs dans le Forez, le 3 juillet, il marche sur Montbrison à la tête de quatre mille hommes et s'en empare le 14 juillet 1562. Il y fait sauter la garnison du haut des remparts sur des piques.

Le baron se dirige ensuite directement vers le château de Montrond, où le gouverneur du Forez s'était retranché. Il y entre le lendemain ; puis, y laissant Quintel, un de ses lieutenants, se retire à Lyon, non sans avoir laissé derrière lui de nombreuses traces de sang. À Montrond il pille l'église ; et parce qu'ils étaient trop lents à lui apporter les vases sacrés, il fait, ajoute la chronique, « jeter en bas du clocher le curé et le marguillier ».

Cette façon de faire la guerre déplaît à Calvin. Le 17 juillet, il est remplacé à Lyon, au poste de lieutenant général, par Soubise. Le récit des représailles d’Orange par les troupes papales le met en furie. Il brûle la Grande Chartreuse, et s’y procure un grand trésor, puis pille et massacre dans plusieurs villes de la vallée du Rhône. Le 2 août 1562, le palais des papes de Sorgues, défendu par une garnison italienne, fut brûlé par le baron[2]. Jacques-Auguste de Thou narre : « le Baron va à Tulette, à deux lieues de Valréas, il chasse les Italiens qui sont en garnison à Caderousse, à Bédarrides, à Courthézon, à Orange, à Sarrians, à Piolenc, et à Châteauneuf. Il se rend maître du pont de Sorgues, et du fort qui est dessus. L'épouvante et la frayeur que son arrivée causent dans le pays sont si grandes, que même la ville d'Avignon craint et se prépare à soutenir un siège : mais il fait tout d'un coup volte-face, et tourne du côté de Carpentras, qu'il croit pouvoir surprendre par finesse »[3].

Un historien du début du XIXe siècle donne une version légèrement différente : « Il attaque le superbe château du Pont de Sorgues, anciennement bâti par le cardinal François de Clermont. Quelques Italiens, là mis en garnison par Fabrice [Serbelloni], font mine de le vouloir défendre : il les enterra tous pêle-mêle dans les cendres de la place presque entièrement brûlée »[4]. François Guillaume de Castelnau de Clermont-Lodève, légat d’Avignon, avait dû faire restaurer le palais avant sa mort en 1540. Et dans la foulée il ruina aussi le couvent des célestins à Gentilly où le cardinal Annibal de Ceccano avait somptueusement reçu Clément VI lors de sa seule visite à Sorgues, le 21 avril 1343[5].

Baron des Adrets, plaque de verre collection V. Pérrot, 1910

En novembre, il rencontre le duc de Nemours, assiégé dans Vienne, qui offre au baron des Adrets le titre de gouverneur du Dauphiné. Mais en décembre Condé le démet de son poste.

Ayant pris du recul, et touché par le remords, le baron quitte alors la religion protestante et revient au catholicisme.

En 1564, le baron des Adrets, alors catholique, échoue devant Sancerre, place forte protestante. Il juge l'entreprise difficile et conseille à Claude de La Châtre, gouverneur du Berry, de se retirer. En 1567, il repart en guerre aux côtés du lieutenant général du Dauphiné, Bertrand de Gordes, sous la bannière des catholiques[6]. Deux ans plus tard il se remet en campagne, mais son infanterie est écrasée à Selongey. Enfin, dans le Trièves, il gagne sa dernière bataille contre Lesdiguières.

Il se retire dans son château de la Frette où il emploie son humeur belliqueuse qui l'avait conduit à tant d'excès à des procès contre des membres de sa famille, sa belle-mère et sa belle-sœur pour l'héritage de son beau-père. Il meurt dans son lit le 2 février 1587. On ignore le lieu de sa sépulture.

Famille[modifier | modifier le code]

Il est le fils de Georges de Beaumont, baron des Adrets et de Jeanne de Guiffrey, sœur de Guigues Guiffrey. Il épouse Claude de Gumin dont il eut plusieurs enfants. Aucun de ses deux ou trois fils ne lui survécut. L'un d'eux trouva la mort au siège de La Rochelle en 1573[7]. Il laissa également deux filles dont une seule eut des descendants.

Archives[modifier | modifier le code]

En 2013, le conseil général de l'Isère a pu acquérir en préemption pour les archives départementales de l'Isère, une lettre rédigée le 11 juillet 1572 par François de Beaumont, informant Bertrand de Gordes de l'état d'avancement d'un rassemblement de soldats près de Grenoble[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Patrice Béghain, Bruno Benoît, Gérard Corneloup, Bruno Thévenon (coord.), Dictionnaire historique de Lyon, Lyon, Stéphane Bachès, 2009, 1 054 p.
  2. Robert Bailly, op. cit., p. 412.
  3. Histoire universelle par Jacques-Auguste de Thou, 1560-1567, vol. 3, La Haye, 1740
  4. J.C. Martin, Histoire militaire et politique de François de Beaumont, baron des Adrets, Grenoble, 1803
  5. Jules Courtet, op. cit., p. 317.
  6. Selon Paul Dreyfus dans Histoire du Dauphiné, page 145.
  7. Arlette Jouana, Histoire et dictionnaire des guerres de religion, Robert Laffont 1998, p. 636
  8. Lettre d'information des Archives départementales de l'Isère, septembre 2013.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pierre de Vaissière, Le Baron des Adrets, Paris : Firmint-Didot et Cie, coll. Histoires de France, 1930. 136 pp.
  • Paul Dreyfus, Histoire du Dauphiné, Hachette, 1976, ISBN 2-01-001329-8
  • Robert Bailly, Dictionnaire des communes du Vaucluse, A. Barthélemy, Avignon,,‎ 1986 (ISBN 2903044279)
  • Jules Courtet, Dictionnaire géographique, géologique, historique, archéologique et biographique du département du Vaucluse, Christian Lacour, Nîmes (réed.),‎ 1997 (ISBN 284406051X)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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