Vaudès

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Vaudès

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Statue de Vaudès sur le Mémorial Luther de Worms.

Naissance 1140
Décès vers 1206
Activité principale
marchand

Vaudès, généralement connu sous le nom de Pierre Valdo ou Valdès, est un marchand de Lyon et hérésiarque né vers 1140 et mort vers 1206. À la suite d'une crise religieuse, il donne tous ses biens pour suivre l'idéal de pauvreté apostolique et fonde un mouvement connu sous le nom de fraternité des Pauvres de Lyon. Il finit par être excommunié et son mouvement est interdit.

Son nom[modifier | modifier le code]

Son nom tel qu'il existait alors en francoprovençal n'est pas clairement connu. Nous n'en avons qu'une traduction latine (Valdus, Valdius, Valdensis, Valdecius ou Valdesius, probablement issue de vallis densa, « vallée touffue »). Il ne peut donc s'agir que d'une reconstitution. Valdo est une forme italienne et nulle part attestée. En 1980 Giovanni Gonnet propose Vaudès et exclut l'hypothèse Valdo[1]. Christine Thouzellier est du même avis, car Vaudès lui semble plus conforme à la réalité du francoprovençal d'alors[2]. Enfin, pour Gabriel Audisio, la proposition Vaudès est préférée à Valdès car la première évoque plus le Midi à une époque où on ne parlait pas encore le français à Lyon[3]. Le prénom Pierre qu'on lui attribue parfois remonte quant à lui à 1368[4], soit plus de 150 après la mort de Vaudès. Il s'agit probablement d'une construction a posteriori en référence à l'apôtre homonyme[5]. Par souci de précision, il est préférable d'appeler ce personnage Vaudès, sans son prénom.

Biographie[modifier | modifier le code]

Pierre Valdo, peut-être né à Vaulx-en-Velin[réf. souhaitée], s'établit à Lyon où il fit fortune dans le commerce. Frappé de la mort subite de l’un de ses amis dans une réunion de plaisir, il décida vers 1170 de renoncer au monde, abandonnant femme et enfants (il vendit tous ses biens et partagea sa fortune en quatre quarts  : une partie pour sa femme, une pour ses filles, une pour ceux qu'il pensait avoir lésé et une pour les pauvres) et de travailler désormais uniquement à son salut, se conformant ainsi à la « parabole du jeune homme riche » (16-30 Matthieu 19, 16-30) et à l’exemplum d'Alexis de Rome qui avait appliqué cette parabole et dont il avait écouté un passage de la vie narrée par un troubadour[6]. Il se fit traduire en francoprovençal les Évangiles, décida de prêcher la bonne parole et créa un mouvement laïc qualifié plus tard d'hérétique qu'on appela les Pauvres de Lyon[7].

En 1179, Vaudès et un de ses disciples se rendirent à Rome. Ils furent bien accueillis par le pape Alexandre III, mais plus fraîchement par la Curie. Ils durent expliquer leur vision de la foi devant un collège de trois ecclésiastiques et notamment des points qui faisaient alors débat au sein de l'Église comme le sacerdoce universel, l'évangile en langue vulgaire, une plus grande pauvreté de l'Institution… Vaudès et ses amis ne furent pas pris au sérieux, un « comité » auquel participait Walter Map, représentant du roi d'Angleterre Henri II, les questionna sur des points précis de théologie où ils furent incapables de répondre[8]. La rencontre n'aboutit donc à rien, et Vaudès et ses disciples d'abord vus avec méfiance furent condamnés au concile Latran III de cette même année mais non encore excommuniés.

Tout d'abord protégés par Guichard de Pontigny, archevêque de Lyon sensible aux thèses réformatrices du mouvement, ils furent chassés de la ville par son successeur Jean Belles-mains, élu par un chapitre cathédral hostile[a 1]. Persécutés, Vaudès et ses disciples s'installèrent dans les hautes vallées du Piémont, puis, en France, dans le Luberon : l'Église vaudoise est née. Excommuniés par le Concile de Vérone en 1184, sa doctrine fut condamnée par le Concile de Latran en 1215.

Lacordaire, dominicain du XIXe siècle résume ainsi les motifs invoqués par l'église catholique pour ces condamnations  : « Il crut impossible de sauver l'Église par l'Église. Il déclara que la véritable épouse de Jésus-Christ avait défailli sous Constantin, en acceptant le poison des possessions temporelles ; que l'Église romaine était la grande prostituée décrite dans l'Apocalypse, la mère et la maîtresse de toutes les erreurs ; que les prélats étaient des Scribes, et les religieux des Pharisiens ; que le pontife romain et tous les évêques étaient des homicides ; que le clergé ne devait avoir ni dîme ni terres ; que c'était un péché de doter les églises et les couvents, et que tous les clercs devaient gagner leur vie du travail de leurs mains, à l'exemple des apôtres ; enfin que lui, Vaudès, venait rétablir sur ses fondements primitifs la vraie société des enfants de Dieu. »[9]

C'est sous son impulsion, payant de sa poche la traduction de plusieurs livres de la Bible en francoprovençal[10] vers 1180, que naîtra un engouement populaire pour la lecture et la propagation de la Bible en langue populaire et non plus en latin. En cela Vaudès est un précurseur de la Réforme. De même, il est précurseur de la réforme en proposant que les laïcs soient prédicateurs de l'évangile, tout croyant seul face à Dieu pouvant porter le message.

Il serait intéressant d'établir un parallèle entre Vaudès et son contemporain François d'Assise : tous deux ont renoncé à la fortune pour Jésus-Christ. Tous deux ont lancé des prédicateurs sur les routes. Vaudès n'était pas contre l'Église[11] mais voulait une église plus pure, plus simple. Le fait qu'il soit un laïc et ignorant le latin et le domaine de la théologie le discrédita auprès du clergé. À la différence de François, Vaudès niait la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie ce qui expliquerait en partie les accusations d'hérésie de la part de l'église catholique.

Le mouvement vaudois[modifier | modifier le code]

Il serait intéressant de signaler l’existence encore à présent en Italie (avec une diaspora en Amérique Latine) d’une Chiesa Valdese, dont Vaudès serait l’inspirateur. Les vaudois piémontais réfugiés dans les villages abrités des pentes alpines orientales avaient maintenu les principes des Pauvres de Lyon.

Mis en contact au début du XVIe siècle avec la Réforme genevoise de Jean Calvin et Guillaume Farel, ils s'y rallièrent lors du synode de Chanforan en 1532. Les vaudois deviennent protestants et leur francophonie les pousse à financer la première traduction de la Bible en français à partir de l'hébreu et du grec : c'est la Bible dite d'Olivétan (1535), étape importante dans la promotion de la langue française.

Le protestantisme vaudois connaîtra une existence difficile, faite de persécutions souvent parallèles à celles subies par leurs coreligionnaires de France. Ce n'est qu'en 1848 (le 17 février) que leur liberté religieuse fut reconnue par la monarchie piémontaise. La Chiesa Valdese se revendique d’une conception non hiérarchique et démocratique de l’Église, considérée comme l’assemblée des croyants.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Église évangélique vaudoise

Article détaillé : Guyart des Moulins.
Article détaillé : La Bible au Moyen Âge.
Article détaillé : Bible historiale.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Père Antoine Dondaine, Aux origines du valdéisme, Une profession de foi de Valdès, in «Archivum Fratrum Praedicatorum», 16, Roma, 1946
  • Jean Gonnet et Amedeo Molnár, Les Vaudois au Moyen Âge, Éditions Claudiana, Turin, 1974
  • Jean Jalla, Pierre Valdo, Éditions « Je sers », Paris et Labor et Fides, Genève, 1934
  • Amedeo Molnár, Storia dei Valdesi, Tome 1 : Dalle origini all'adesione alla Riforma, Éditions Claudiana, Turin, 1989
  • Georges Tourn, Les Vaudois, L'étonnante aventure d'un peuple-église, 1170-1980, Éditions Cahiers de Réveil et Claudiana, Tournon et Turin, 1980, (ISBN 2-902916-05-1) pour l'édition française, 268 pages
  • Georges Tourn, Pierre Valdo et les vaudois, Éditions Olivétan, Lyon, 2010, (ISBN 978-2-3547-9105-6)
  • André Pelletier, Jacques Rossiaud, Françoise Bayard et Pierre Cayez, Histoire de Lyon : des origines à nos jours, Lyon, Éditions Lyonnaises d'Art et d'Histoire,‎ 2007, 955 p. (ISBN 978 2 84147 190 4, présentation en ligne)
  1. page 189

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Giovanni Gonnet, Pierre Valdo ou Vaudès de Lyon ? Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français, t. 126, 1980, p. 247-250.
  2. Christine Thouzellier, Considérations sur les origines du valdéisme. I Valdesi e l'Europa. Torre Pellice, 1982, p. 3-25.
  3. Gabriel Audisio, Les Vaudois : Naissance, vie et mort d'une dissidence XIIeXVIe siècles, Éditions Albert Meynier, Turin, 1989, p. 9-10.
  4. Ouvrage collectif, Histoire de Lyon, éditions lyonnaise d'art et d'histoire, 2007, (ISBN 978-2-84147-190-4), p. 189
  5. Gabriel Audisio, Les Vaudois : Naissance, vie et mort d'une dissidence XIIeXVIe siècles, Éditions Albert Meynier, Turin, 1989, p. 9.
  6. Bernard Félix, L'hérésie des pauvres : vie et rayonnement de Pierre Valdo, Labor et Fides,‎ 2002, p. 128
  7. Les Vaudois
  8. Walter Map - De nugis curialium (Anecdotes de gens de court).
  9. Vie de Saint Dominique, 1872, chapitre 1 [1]
  10. Les Vaudois, de Lyon aux Vallées http://italire.bm-lille.fr/fr/A.1.1.html
  11. Annick Sibué, Luther et la réforme protestante, Eyrolles, 2011, coll. « Eyrolles Pratique », p. 12

Liens externes[modifier | modifier le code]