Ville intelligente

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Représentation d'une ville intelligente.

Une ville intelligente (en anglais smart city) est une ville utilisant les technologies de l'information et de la communication (TIC) pour améliorer la qualité des services urbains ou réduire leurs coûts. D'autres termes ont été utilisés pour des concepts similaires : ville connectée, cyberville, ville numérique, communautés électroniques.

Une ville intelligente est une zone urbaine qui utilise différents capteurs électroniques de collecte de données pour fournir des informations permettant de gérer efficacement les ressources et les actifs. Cela comprend les données collectées auprès des citoyens, des dispositifs mécaniques, des actifs, traitées et analysées pour surveiller et gérer les systèmes de circulation et de transport, les centrales électriques, les réseaux d'approvisionnement en eau, la gestion des déchets, les systèmes d'information, les écoles, les bibliothèques et les hôpitaux.

Le concept de ville intelligente intègre les TIC et divers dispositifs physiques connectés au réseau, constituant l'Internet des objets, pour optimiser l'efficacité des opérations et des services urbains et se connecter aux citoyens.

Définitions et caractéristiques[modifier | modifier le code]

Dès les années 1990, le sujet de l'utilisation efficiente et intégrée des technologies de l'information et de la communication (TIC) dans les villes est abordé, G. Dupuy parle d'« informatisation des villes »[1].

Bill Clinton est le premier à évoquer la notion de ville intelligente en 2005, en exprimant que les villes sont en fait déjà intelligentes mais qu'elles doivent désormais devenir durables[2].

Le concept de « ville intelligente » a été introduit comme outil pour englober les facteurs de production urbaine moderne dans un cadre commun et pour mettre en valeur l’importance grandissante des technologies de l'information et de la communication (TIC) et des capitaux social et environnemental pour définir la compétitivité des villes[3].

Selon Giffinger, les villes intelligentes peuvent être identifiées et classées selon six dimensions principales[4] : une « économie intelligente », une « mobilité intelligente », un « environnement intelligent », des « habitants intelligents », un « mode de vie intelligent » et, enfin, une « administration intelligente ». Ces six critères se connectent avec les traditionnelles théories régionales et néoclassiques de la croissance et du développement urbain. Ils sont respectivement fondés sur les théories de la compétitivité régionale, l’économie des transports et des TIC, les ressources naturelles, les capitaux humains et sociaux, la qualité de vie et la participation des citoyens à la vie démocratique de la ville. La notion d'intelligence inclut ici les concepts d'efficience énergétique, d'habitat intelligent, de réseaux intelligents et de mobilité douce.

Pour Jean Bouinot, la ville intelligente est aussi « celle qui sait à la fois attirer et retenir des entreprises employant de la main-d'œuvre hautement qualifiée »[5].

Les « performances » des services offerts par une ville peuvent se développer suivant trois axes : améliorer les services aux citoyens et leur accessibilité, maîtriser l’impact environnemental, repenser les modèles d’accès aux ressources. La ville doit optimiser l'usage de ses infrastructures (son capital physique), assurer la disponibilité et la qualité des services offerts par la municipalités et les citoyens (capital social) et promouvoir sa politique écologique (capital environnemental). Ces différents atouts concourent à l'attractivité des villes qui les mettent en œuvre[6].

Enjeux[modifier | modifier le code]

La technologie des villes intelligentes permet aux représentants municipaux d'interagir directement avec les infrastructures communautaires et urbaines et de surveiller la ville et son évolution. Les technologies de l'information et de la communication (TIC) sont utilisées pour améliorer la qualité, la performance et l'interactivité des services urbains, réduire les coûts et la consommation de ressources et accroître les contacts entre les citoyens et avec les municipalités[7].

Les fonctions des villes intelligentes sont développées pour gérer les flux urbains et permettre des réponses en temps réel. Une ville intelligente est donc plus préparée à répondre aux défis qu’une ville qui entretient une relation seulement « transactionnelle » avec ses citoyens.

Les villes intelligentes semblent un concept adapté pour répondre aux changements technologiques, économiques et environnementaux majeurs, notamment le réchauffement climatique, la restructuration économique, le commerce de détail et le divertissement en ligne, le vieillissement de la population, la croissance démographique urbaine et les pressions sur les finances publiques. L'Union européenne (UE) a consacré des efforts constants à l'élaboration d'une stratégie pour parvenir à une croissance urbaine « intelligente » pour ses villes-régions métropolitaines. L'UE a élaboré une série de programmes dans le cadre du « programme numérique européen[8] ». En 2010, elle a mis l'accent sur le renforcement de l'innovation et des investissements dans les services TIC pour améliorer les services publics et la qualité de vie.

Selon les estimations de l’ONU en 2019, deux personnes sur trois vivront en ville d’ici 2030. L’émergence des villes intelligentes s’inscrit aussi en réponse à ce problème d’urbanisation importante[9].

La maîtrise des données générées par les villes intelligentes, provenant des nombreux capteurs, objets connectés et applications déployés, est un des enjeux de leurs expansions. La donnée ouverte anonymisée concernant la collectivité peut ouvrir la concurrence sur les données au-delà des GAFAM, en donnant accès aux données de la ville à tous les développeurs d’applications qui peuvent alors concevoir de nouveaux services urbains, et donne la possibilité aux villes de demander la réciprocité aux entreprises privées[6],[10],[11],[12]. Par exemple, les collectivités, à des fins d’aménagement urbain, rachètent des données à Strava, une application sur laquelle les cyclistes partagent leurs itinéraires[6].

« Dans le contexte nouveau de profusion de données, il est nécessaire pour la collectivité de jouer un rôle d’organisateur et de médiateur et de donner un sens à l’innovation... Les pouvoirs publics commencent à inventer leurs modèles de ville numérique et cherchent à regagner une capacité à gouverner, c’est-à-dire à organiser l’action de la pluralité d’acteurs publics et privés qui innovent sur leur territoire. »

À l’initiative de la région Île-de-France, l’application Vianavigo d’Île-de-France Mobilités intègre les offres de covoiturage des différentes start-up présentes sur son territoire à ceux de la RATP et de la SNCF[13].

En 2016, Transdev, avec ses partenaire, La Fabrique des mobilités, OuiShare et la Caisse des Dépôts, a défini la plateforme Open Source et Open Data dénommée Catalogue, qui ambitionne de devenir une plateforme d’échange de données de transport public et privé du monde entier. « Il s’agit de créer une régie de données universelles où tous les acteurs privés et publics sont invités à déposer leurs informations non confidentielles, le Wikipedia de la mobilité, en quelque sorte… » , précise Yann Leriche[14].

Le concept de Smart Cities fonctionnera si les citoyens deviennent acteurs de la vie municipale et s’approprient les technologies[13],[9]. Les nouveaux services bénéficient en premier aux catégories sociales capables de se les approprier, lesquelles ne sont pas liées uniquement au revenu. Dans les années 2010, les villes intelligentes ne sont pas suffisamment inclusives[15], selon une critique faite par l'association citoyenne Vecam.

Économie[modifier | modifier le code]

Le marché des villes intelligentes est en constante évolution. La principale raison évoquée pour cette croissance est le besoin, pour les communes, de réduire leurs dépenses énergétiques (eau, électricité, etc.) par l'optimisation de la gestion des ressources. Selon un rapport du cabinet Grand View Research de 2016, le marché de la ville intelligente atteindra 1 400 milliards de dollars d'ici à 2020 (en croissance de 13,6 % par an de 2014 à 2020), et 3 300 milliards de dollars d'ici 2025 selon Frost&Sullivan[16],[17].

On peut citer comme acteur IBM, qui propose aux collectivités publiques et aux entreprises de réseaux urbains du matériel, des logiciels et des services pour gérer leurs infrastructures[18]. Les sociétés françaises se positionnent aussi sur ce marché, particulièrement à l'international. Par exemple, EDF fait valoir son expertise autour des outils de planification énergétique, des plateformes numériques de télégestion d’équipements urbains ou encore les systèmes de gestion intelligente de réseaux d’énergie. Il est actif au Mexique, en Inde et en Chine[19]. Veolia, quant à elle, propose ses solutions pour sécuriser la distribution d'eau potable, piloter la performance énergétique, optimiser la collecte des déchets grâce au numérique[17].

Critiques[modifier | modifier le code]

« La ville est un phénomène total où se condensent l’économique et le social, le politique et le culturel, le technique et l’imaginaire et, partant, toute approche fractionnée qui privilégierait un domaine unique aux dépens des autres manquerait de pertinence », c’est ainsi que l’historien Jean-Luc Pinol décrit la ville dans un ouvrage consacré à l’histoire de l’Europe urbaine[20]. Cette citation situe la critique en creux de la ville intelligente abordée sur le seul champ d'une solution technique ou autre aspect unitaire[21].

Les principaux arguments contre l’utilisation superficielle de ce concept dans le domaine politique sont les suivants[réf. à confirmer][22] :

  • un parti pris dans des intérêts stratégiques peut amener à ignorer des voies alternatives de développement urbain prometteur ;
  • le fait de se concentrer sur le concept de ville intelligente peut entraîner une sous-estimation des effets négatifs possibles découlant du développement des nouvelles infrastructures technologiques en réseau dont une ville a besoin pour devenir intelligente[réf. à confirmer][23],[24] ;
  • le risque d'imposer des solutions technologiques toutes faites, sans en penser leur intégration dans l'existant, menant à des villes censurées[25].

L’idée d’espaces urbains néolibéraux a été critiquée pour les risques potentiels encourus lorsque l’on compte sur les seules valeurs économiques comme vecteur de développement urbain.

Étant donné que les modèles d’entreprises sont basés sur la mobilité du capital, suivre un modèle ainsi orienté peut entraîner un échec de la stratégie sur le long terme[22].

Les critiques portent aussi sur les dérives possibles des villes intelligentes concernant les données récoltées sur tout un chacun[26],[27],[12].

Aux yeux des organisateurs des Big Brother Awards, les villes intelligentes constituent une grave violation de la vie privée des citoyens. D'après eux, « presque toutes ces données sont recueillies et utilisées sans que personne ne leur ait donné la permission. De plus, il est pratiquement impossible d’autoriser ceci, étant donné qu’il n'est pas clair de quelles données il s’agit exactement. Il est également difficile de savoir à quelles fins les données sont recueillies et utilisées. Les autorités locales énumèrent toutes sortes d'objectifs pour leurs initiatives de « villes intelligentes » : la publicité, le tourisme, la durabilité, la mobilité, le développement urbain ou la sécurité. Toutefois, il est difficile de savoir à quelles fins les informations seront finalement utilisées[28] ».

Un autre problème soulevé est le manque de sécurité des réseaux et objets connectés qui vont se multiplier dans les villes. D'après Cesar Cerrudo, trop peu de villes intelligentes évaluent correctement la sécurité de leurs équipements, rendant ceux-ci facilement piratables[29].

Pour le philosophe Bernard Stiegler, le concept de ville intelligente tel que les anglo-saxons le définissent est invivable. Il préfère parler de ville à l'intelligence urbaine et collective. Selon lui, les outils numériques (algorithmes, capteurs de flux, etc.) devraient servir à argumenter et consolider les décisions des citoyens d'un territoire, et non pas décider à leur place[30].

Selon Valérie Peugeot, membre de la CNIL et présidente de l’association citoyenne Veille européenne et citoyenne sur les autoroutes de l’information et le multimédia (Vecam, crée en 1995), la ville intelligente dessine une ville à plusieurs vitesses et risque de creuser de nouvelles inégalités[15]. Elle en appelle à une politique publique volontaire pour former des citoyens, de façon à ne pas laisser les plateformes numériques dicter leur loi. Il s'agirait d’abord de penser aux discontinuités territoriales entre le centre et les banlieues, à la transition écologique, aux populations fragiles… et ensuite se demander quel rôle peut jouer le numérique pour favoriser une ville qui serait inclusive. L’usage des services dématérialisés qui sont proposés nécessite un bagage cognitif, une sociabilité dont toute la population ne dispose pas encore. Émergerait donc le besoin d’une politique de service public, d'administrations évoluant en des lieux de médiation numérique, afin d’apprendre à leurs administrés à gérer leurs droits sur Internet. L'objectif serait de rendre transparent, ou au moins explicable, l’outil qui utilise leurs données et sur lequel peuvent s’appuyer des politiques publiques. Barcelone a créé un projet européen de partage des données urbaines, Decode, afin que les habitants soient directement associés aux données qu’ils produisent. En France, des initiatives vont dans ce sens, comme à Brest ou à Grenoble.

Le concept et l’offre de ville intelligente sont utilisés dans la compétition entre métropoles pour se hisser dans le cercle des villes-monde. « cette tentative de différenciation par l’adhésion à un concept unique est un peu étonnante pour Daniel Kaplan : « en quoi un Paris “intelligent”, outillé par les technologies de l’information et informé par une masse de données numériques, sera-t-il différent du Tokyo, de l’Amsterdam, du Lyon ou du Châteauroux “malins”, dès lors qu’ils utiliseront les mêmes outils ? » »[12].

Sans régulation publique, il y a un risque que la ville, sa municipalité et ses citoyens soient dépossédés de l'organisation des services urbains et de leurs gestions. Pour les habitants, l’accès aux services passe de plus en plus par des applications proposées par des entreprises privées dans le cadre d'un écosystème fermé[12].

Gestion Technique[modifier | modifier le code]

D'un point de vue technique, la ville intelligente est une ville de réseaux interconnectés et pilotés à distance par des logiciels de gestion centralisée. L’ensemble des infrastructures et services de la ville maillés par ces capteurs doivent être connectés à un réseau de télécommunications pour être contrôlés à distance, optimisés grâce à des outils numériques. Par ces moyens techniques, la gestion doit gagner en efficacité opérationnelle, permettre des économies de ressources et représenter un gain financier pour la ville et ses citoyens[31].

Un réseau de capteurs sans fil est une technologie spécifique qui aide à la création de villes intelligentes. Leur but est de créer un réseau réparti de noyaux de capteurs intelligents qui peuvent mesurer plusieurs paramètres intéressants pour une meilleure gestion de la ville[32]. Toutes les données sont transmises en temps réel aux citoyens ou aux autorités concernés.

Par exemple, les citoyens peuvent surveiller le niveau de pollution dans chaque rue de la ville ou recevoir une alerte quand le niveau de radiations dépasse un certain seuil. Cela offre aussi la possibilité aux autorités d’optimiser l’irrigation des parcs ou l’éclairage de la ville. De plus, les fuites d’eau peuvent être facilement détectées, et des cartes dressant l’état de la pollution sonore peuvent être créées. Les poubelles peuvent aussi être plus intelligentes, des capteurs permettant de déclencher une alarme lorsqu’elles sont presque pleines. Les tournées de collectes peuvent être optimisées[33].

Le trafic routier peut être contrôlé pour modifier l’éclairage urbain de manière dynamique[34]. De même, la circulation peut être réduit grâce à des systèmes détectant la place de parking la plus proche[35]. Les automobilistes sont informés en temps réel et peuvent rejoindre rapidement une place libre, économisant ainsi du temps et du carburant. Tout cela réduit la pollution et les embouteillages tout en améliorant la qualité de vie.

De plus, des capteurs peuvent permettre aux autorités de la ville de contrôler en temps réel l'occupation des places de stationnement en dépassement sur de la zone bleue. Une première réalisation d'envergure (près de 300 capteurs) a été mise en service aux Mureaux en , réalisation suivie par les villes du Touquet, du Havre, de Rosay-en-Brie, de Verrieres-le-Buisson, de Calais, etc.. Les villes de Zoug (Suisse), Madrid, Vérone, Moscou, Courtrai (Belgique), Arezzo (Italie), New Yorketc., ont également été équipées avec ces mêmes capteurs à raison de plusieurs milliers d'exemplaires pour tous types d'applications : emplacements type « arrêts-minutes » (« Shop & Go » en Belgique), optimisation du stationnement payant, guidage dynamique de voirie, parkings de poids-lourds aux entrées des villes, contrôle des dépose-minutes (gares), surveillance des places spécifiques(PMR, Livraisons, Ambulance, Pompiers, Police, etc).

Le véhicule autonome aura son rôle à jouer au sein des villes intelligentes (voiture individuelle, navettes autonomes expérimentées à Rouen ou Saclay) en permettant de réduire le trafic. L’intelligence artificielle contrôlera les règles de circulation, vitesse et respect de la signalisation[36].

Situation en Europe[modifier | modifier le code]

En , la commission « Industrie, recherche et énergie » du Parlement européen a publié l'étude Mapping Smart cities in the EU[37]. Inscrite dans le contexte de la stratégie Europe 2020, cette étude a passé au crible les 468 villes européennes de 100 000 habitants ou plus afin de les classer selon une échelle à quatre niveaux de maturité des villes intelligentes[38], sur base de leur situation en 2011 :

  • niveau 1 : la ville dispose d'une politique ou d'une stratégie de ville intelligente, ce qui suffit selon le rapport à la classer comme ville intelligente ;
  • niveau 2 : en plus du niveau 1, la ville s'appuie pour sa politique ou sa stratégie sur une planification ou une vision ;
  • niveau 3 : en plus des niveaux précédents, des initiatives-pilotes de ville intelligente sont implémentées ;
  • niveau 4 : en plus des niveaux précédents, une initiative de ville intelligente au moins a été complètement lancée ou mise en place.

Au total, selon l'étude du Parlement européen :

  • 240 villes européennes de 100 000 habitants ou plus atteignent le niveau 1 et sont donc identifiées comme villes intelligentes[39] ;
  • 6 villes se distinguent par leur niveau de maturité le plus élevé : Amsterdam, Barcelone, Copenhague, Helsinki, Manchester et Vienne[40].

Plus en détail, l'étude identifie comme villes intelligentes[41] :

  • 43 % des villes européennes de 100 000 à 200 000 habitants ;
  • près de 90 % des villes européennes de plus de 500 000 habitants.

Expérimentations[modifier | modifier le code]

Le terme de ville intelligente a été utilisé ou revendiqué dans plusieurs cas, dont les exemples suivants.

En Europe[modifier | modifier le code]

Espagne[modifier | modifier le code]

  • Pontevedra est une ville pionnière en matière de piétonnisation. Un projet global axé sur l'écologie, les parcours scolaires, le compostage et la piétonnisation, entre autres, a permis de éduire les les émissions de CO2 depuis 1999 de 61 %[réf. nécessaire].
  • SmartSantander, probablement le plus gros réseau de capteurs sans fil du monde. Pour le moment, 1100 capteurs sans fil de la société Libelium sont installés, 400 mesurent les places de parking et 700 contrôlent des paramètres environnementaux comme le bruit, le Monoxyde de carbone, la température ou la lumière du soleil.

France[modifier | modifier le code]

En Le CGDD a publié une étude « Villes intelligentes, « smart », agiles : Enjeux et stratégies de collectivités françaises » qui conclut à deux objectifs partagés par les collectivités impliquée[42] :

  1. « une opportunité de développement économique local (attractivité, diversification vers de nouvelles filières, relance économique, internationalisation) » ;
  2. « une approche plus servicielle, d’optimisation des réseaux urbains pour une ville facile, fluide, à haute qualité de vie et accessible pour tous (habitants, travailleurs, touristes). ».

Mi-2016, un Livre blanc sur « Le numérique et la ville »[43] écrit par trois pôles de compétitivité franciliens (Advancity, Cap Digital et Systematic Paris-Region, qui ensemble représentent « plus de 1 500 entreprises et 200 établissements d’enseignement supérieur et de recherche ») propose aux entreprises et collectivités six « recommandations » en faveur de la « ville numérique » : « faciliter la mutualisation des données et garantir la continuité de leur traitement, encourager le déploiement de services connectés en ville et faire de la pédagogie sur les usages innovants, soutenir les passerelles entre acteurs publics et jeunes pousses ou répondre aux besoins croissants de haut-débit… »[44].

Selon une enquête de l’opérateur M2OCity auprès de collectivités françaises, « pour 60 % des répondants, l’objectif est de renforcer la communication et le lien avec les administrés. Puis vient la nécessité d’assurer l’attractivité du territoire (47 %), de développer de nouveaux services (46 %), de mettre en œuvre des démarches durables (39%) et, enfin, de réduire les coûts de gestion des communes (35 %). On apprend aussi que les stratégies de smart cities sont pensées de façon globale sur au moins cinq des domaines suivants : services publics dématérialisés (74 %), éclairage public (62 %), transport (61 %), pilotage des bâtiments (54 %), parking (54 %), sécurité (53 %), eau (39 %), déchets (29 %) et nouvelles énergies (29 %)[45]. »

Parmi les opérations expérimentales figurent :

  • Lyon Smart City[46] ;
  • Rennes et sa métropole (Ille-et-Vilaine) : la première collectivité française à ouvrir ses données publiques dès 2010 avec l'Open Data (membre d'OpenDataFrance)[47]. Depuis 2014, Rennes Grid[48] teste l’autoconsommation mutualisée à l’échelle d’un quartier[49], Open energy data y amorce l’élaboration participative de données collectives de consommations électriques de foyers habitant dans l’agglomération rennaise ;
  • le Campus de l'USTL (université de Lille/Villeneuve d'Ascq) en association avec la mise en place en 2013, d'une Chaire Industrielle Réseaux Urbains Intelligent[50] ;
  • Issy-les-Moulineaux, ville innovante[51],[52],[53],[54].
  • Rozay-en-brie (Seine-et-Marne), : mise en place de capteurs « Double Technologie » sans fil sur les parkings de la commune pour indiquer aux usagers le nombre de places (réellement) disponibles dans le cadre d'un guidage dynamique en voirie.
  • Les Mureaux (Yvelines),  : mise en place de plusieurs centaines de capteurs « Double Technologie » sans fil pour indiquer où sont les places disponibles aux usagers ainsi que les véhicules en dépassement de durée maximum autorisée aux agents de supervision de la circulation.
  • Le Touquet,  : supervision des places arrêts-minutes dans le centre-ville à l'aide de capteurs « double technologie » sans fil devant les commerces.
  • Le Havre,  : mise en place de plusieurs dizaines de capteurs sans fil « double technologie » en centre-ville pour superviser le bon respect des temps impartis en Zone bleue.
  • Le thème proposé pour Europan 12 et 13 de « la ville adaptable »[55] pour le concours européen d'urbanisme[56],[57], adaptation à la nécessité d’un développement plus durable, a permis une réflexion sur de nombreuses villes françaises (Marseille[7], Paris, Rouen...).
  • Amiens, désignée « Territoire à énergie positive croissance verte », a développé quatre axes principaux pour la ville intelligente : approcher l'autonomie énergétique grâce aux énergies renouvelables, accroître le recours aux outils numériques dans la gestion municipale, développer une stratégie de croissance économique en développant trois pôles économiques (stockage de l’énergie, technologies de la santé et usages numériques) et développer des nouveaux services à destination des administrés[58],[59].
  • Eurométropole de Strasbourg, qui a développé, en , son troisième éco-quartier centré sur la gestion énergétique et hydrique, la valorisation des déchets ainsi que la mobilité durable[60],[61].

Le journal Le Monde a organisé en avril 2016 un « prix de l’innovation urbaine Le Monde - Smart Cities » mettant en lumière les projets de 14 lauréats francophones[62]. Ces projets ont abouti à des prototypes et réalisations grandeur nature :

  • Faciligo, palteforme facilitant le covoyage pour les personnes handicapées ;
  • Instant modular home, solution d’hébergement d’urgence ;
  • ForCity, une plate-forme 3D pour simuler l’avenir ;
  • le Quartier de l'innovation de Montréal (QIM) ;
  • Smiile, site de partage entre voisins ;
  • à Rennes, un deuxième budget participatif pour les citoyens ;
  • Insignia Innovation, une poubelle « intelligente » en manque de fonds ;
  • Smartseille, un écoquartier misant sur le « vivre ensemble » ;
  • IssyGrid, quartier doté d'un réseau électrique intelligent ;
  • la rénovation de maisons à énergie zéro ;
  • un « péage positif » pour tenter de décongestionner la circulation en heures de pointe ;
  • Qucit, qui développe des applications prédictives pour l'urbanisme ;
  • Vortex, un mât producteur d'électricité à partir du vent ;
  • à Amsterdam, TransformCity, une plateforme numérique d'idées pour redynamiser un quartier.

Pays-Bas[modifier | modifier le code]

  • Amsterdam Smart City[63] est un projet de la ville lancé en 2009 et complété par le plan Structural Vision 2040 pour que « les infrastructures et solutions technologiques et sociales facilitent et accélèrent le développement économique durable »[64].

Finlande[modifier | modifier le code]

  • À Helsinki, la ville intelligente est à hauteur de citoyen. En matière de développement urbain, la capitale finlandaise a trouvé sa voie entre le tout-technologique et le tout-participatif en expérimentant une plate-forme de coopération et d’innovation pour la ville, les acteurs économiques et les citoyens[65].

Malte[modifier | modifier le code]

Au Proche-Orient et en Asie[modifier | modifier le code]

Taipei : une ville intelligente.

Sur le continent américain[modifier | modifier le code]

États-Unis[modifier | modifier le code]

La ville de Pittsburgh, aux États-Unis, se présente comme une ville intelligente du fait de son système de transport, avec une gestion des feux de signalisation intelligente et le développement de voitures autonomes[70].

Canada[modifier | modifier le code]

À Toronto, en 2018, Sidewalk Labs, société sœur de Google, remporte l'appel d'offre pour transformer le quartier en friche de Quayside en laboratoire de la ville intelligente du futur[71]. Le projet soulève l'opposition d'une partie des habitants ; à la tête de cette contestation, l'activiste Bianca Wylie souhaite une gouvernance numérique encadrée par les citoyens[72]. En 2020, Google abandonne son projet. La société invoque la crise économique liée à la pandémie de Covid-19 pour abandonner ses plans controversés de quartier futuriste dans la métropole canadienne[73].

Concept de « ville sûre »[modifier | modifier le code]

Huawei développe et commercialise, à partir de son expérience en Chine, son concept de « ville sûre », une extension de la ville intelligente. Elle repose sur un déploiement de caméras de surveillances connectées au réseau de télécommunications et des applications d'intelligence artificielle, dont la reconnaissance faciale qui est centrale pour le système. Ces techniques combinées peuvent mener à un contrôle social très développé mettant en péril les libertés individuelles, par la notation sociale, base d'un système de crédit social, le « pilori » numérique sur écran d'affichage, etc. La nocivité effective des villes sûres[74] est totalement dépendante des autorités et met en alerte les associations de défense des droits humains[75],[76].

En France, la mairie de Valenciennes s'est laissé séduire par un cadeau de l'équipementier Huawei pouvant représenter 2 millions d'euros, à charge pour la municipalité d'en définir son usage[77]. Huawei a ainsi pu y expérimenter librement son système de « caméras intelligentes » grâce à un accord passé avec le maire Jean-Louis Borloo ; quelques années plus tard, celui-ci a été nommé au conseil d'administration de Huawei France[78]. D'autres municipalités (Nice[79], Marseille[80], Saint-Étienne[81], Toulouse, La Défense...) se laissent convaincre en 2019-2020 par les industriels de la sécurité dont Thales, Engie Ineo, Ercom, Idemia, Anyvision qui voient un marché à conquérir.

Ces expériences et possibles extensions en France[82],[83] ou en Europe doivent être en conformité avec les constitutions et les règles du RGPD, et contrôlés par les autorités indépendantes telle la Commission nationale informatique et liberté française[84]. À défaut, une société de surveillance se mettrait en place[85]

Les libertés individuelles et le respect de la vie privée peuvent être oubliés dans le développement des villes intelligentes ou des villes sûres. Par la collecte importante de données de Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft, mais aussi Uber, Airbnb et autres plateformes numériques, les industriels de la donnée ont établi de nouveaux rapports de force. Cette masse grandissante de données renouvelle les possibilités de surveillance dans l’espace urbain, ce qui inquiète la CNIL[86].

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Smart city » (voir la liste des auteurs).
  1. Dupuy G (1992) L'informatisation des villes, Que sais-je ?, 2701, Éditions PUF, 1992, 127 pages [présentation en ligne].
  2. Francis Pisani, « Mais d'où vient cette idée bizarre de « ville intelligente » ? », La Tribune, (consulté le 14 août 2018).
  3. (en) A Caragliu, C. Del Bo et P Nijkamp, « Smart cities in Europe »,  Journal of Urban Technology, 3rd Central European Conference in Regional Science, CERS, vol. 18, no 48,‎ (lire en ligne, consulté le 4 juin 2020).
  4. (en) Rudolf Giffinger, Smart cities – Ranking of European medium-sized cities, Centre of Regional Science, (lire en ligne [PDF]).
  5. Jean Bouinot, La ville intelligente, LGDJ, (ISBN 978-2-275-02399-1, présentation en ligne).
  6. a b et c En route vers des villes plus intelligentes : Comment penser et construire la smart city en Villes de France ?, Fédération des villes de France, , 24 p. (lire en ligne [PDF]).
  7. a et b « Une "Smart City" ou "ville intelligente" qu'est-ce que c'est ? », sur numerique.marseille.fr (consulté le 6 juin 2020).
  8. « Résolution du Parlement européen du 5 mai 2010 sur un nouvel agenda numérique pour l'Europe: 2015.eu », Rapport sur un nouvel agenda numérique pour l'Europe: 2015.eu, sur Parlement européen (consulté le 6 juin 2019).
  9. a et b « Quelles perspectives pour la smart city en France ? », entretien avec Luc Belot, Le Monde, (consulté le 4 juin 2020).
  10. Baptiste Cessieux, « Smart city : rassembler les données en vue de piloter la ville », sur lagazettedescommunes.com, (consulté le 6 juin 2020).
  11. Laetitia Van Eeckhout, « La collecte de données, enjeu majeur pour les « smart cities » françaises », sur lagazettedescommunes.com, (consulté le 6 juin 2020).
  12. a b c et d « Smart city et données personnelles : quels enjeux de politiques publiques et de vie privée ? », sur CNIL, (consulté le 6 juin 2020).
  13. a et b Laetitia Van Eeckhout entretien avec Mathieu Saujot, Thierry Marcou, « Le concept de “Smart City” n’est plus opérant », sur Le Monde, (consulté le 11 juin 2020).
  14. « Le groupe Caisse des Dépôts mise sur la smart mobility via sa filiale Transdev », sur Le Monde, (consulté le 15 juin 2020).
  15. a et b « La smart city dessine une ville à plusieurs vitesses », Le Monde, (consulté le 16 mai 2020).
  16. « L’avènement des smart cities passe par l’énergie solaire », Les Échos, .
  17. a et b « Smart cities : les villes intelligentes et connectées » (consulté le 6 juin 2020).
  18. « Le concept de « smart city » peut-il se repolitiser ? », Le Monde, (consulté le 4 juin 2020).
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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]