Étienne Tardif de Pommeroux de Bordesoulle

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Étienne Tardif de Pommeroux de Bordesoulle
Étienne Tardif de Pommeroux, comte de Bordessoule, lieutenant général, Jean-François Brémond (1807-1868), 1838, musée de l'Armée, Paris[1]
Étienne Tardif de Pommeroux, comte de Bordessoule, lieutenant général, Jean-François Brémond (1807-1868), 1838, musée de l'Armée, Paris[1]

Naissance
Luzeret
Décès (à 66 ans)
Fontaine-les-Corps-Nuds
Origine Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Allégeance Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la France République française
Drapeau de l'Empire français Empire français
Royaume de France Royaume de France
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Arme Cavalerie
Grade Général de division
Années de service 17891832
Conflits Guerres révolutionnaires
Guerres napoléoniennes
Campagne d'Espagne (1823)
Commandement 22e chasseurs
École polytechnique
Distinctions Chevalier du Saint-Esprit
Grand-croix de la Légion d'honneur
Grand-croix de Saint-Louis
Hommages Nom gravé sous l'arc de triomphe de l'Étoile, 1re colonne.
Autres fonctions Député de la Charente
Pair de France

Étienne Tardif de Pommeroux, baron, puis comte de Bordesoulle, né le à Luzeret (Berry) mort le à Fontaine-les-Corps-Nuds (Oise), est un général français de la Révolution et de l’Empire.

Biographie[modifier | modifier le code]

Étienne Tardif de Pommeroux entre au service le 27 avril 1789 comme simple chasseur[2] dans le 2e régiment à cheval.

Guerres révolutionnaires[modifier | modifier le code]

Il fait toutes les campagnes de la Révolution, depuis 1792 jusqu'à l'an IX, aux armées du Rhin, de Rhin-et-Moselle, d'Allemagne, d'Angleterre, de Mayence et d'Italie, et s'y distingue par plusieurs actions d'éclat.

Le 30 octobre 1792, devant Spire, il coupe lui-même une colonne ennemie qui sort de cette place. Le colonel Laboissière voulant mettre à profit ce trait d'audacieuse bravoure, accourt avec un renfort et fait mettre bas les armes à plus de 600 fantassins qui s'étaient postés dans les vignes. Pendant l'action, Bordessoulle est blessé d'un coup de baïonnette à la cuisse, et le 1er décembre suivant il est nommé brigadier.

Au mois de mars 1793, entre Spire et Landau, il fait partie d'un corps détaché pour couvrir le flanc gauche de l'armée et composé d'un bataillon et d'un escadron, avec 2 pièces de quatre. Cette colonne ayant été surprise dans un défilé, l'ennemi fait jouer sur elle 3 pièces qui mettent le désordre et la confusion dans ses rangs ; tout se débande, abandonnant les 2 pièces de canon. Bordessoulle, à la tête d'une vingtaine de braves rassemblés à la hâte, s'élance au milieu du danger, contient l'ennemi pendant près d'une heure, rallie l'infanterie et parvient à sauver les canons. Cette action lui vaut le grade de maréchal-des-logis qui lui est conféré le 24 mai suivant.

En avant de Wantzenau, au mois de vendémiaire an II, il fait partie des troupes qui, sous les ordres du général Carlin[Qui ?], se trouvent enveloppées de toutes parts par un ennemi très supérieur en nombre et manquent totalement de munitions. Le colonel Laboissière le charge de pénétrer à travers l'ennemi jusqu'au grand quartier-général pour faire connaître au général en chef la position critique « dans laquelle on se trouve. La mission est périlleuse : le brave sous-officier ne consulte que son courage ; et l'intérêt de ses compagnons, et il se précipite résolument au milieu des rangs ennemis ; mais bientôt, entouré par la cavalerie, accablé par le nombre, il est fait prisonnier.[3] »

Rendu peu de temps après, il se distingue de nouveau, le 10 messidor an II, à l'affaire d'Erixheim, entre Landau et Neustadt, où il sabre une douzaine de hussards prussiens et parvient à dégager son colonel, qui a été renversé de son cheval en chargeant à la tête d'un escadron. Le 25 du même mois, il reçoit plusieurs blessures et a un cheval tué sous lui à Brixheim, en chargeant avec impétuosité la cavalerie ennemie qui s'était emparée de quelques pièces de canon.

Promu sous-lieutenant le 16 thermidor an II, il est chargé, au mois de fructidor suivant, d'enlever les avant-postes prussiens devant Turckheim et s'acquitte de sa mission avec un plein succès. À la tête d'un peloton du 2e de chasseurs il tombe sur les grand'gardes qu'il poursuit jusque dans leurs cantonnemens, y pénétre pèle-mèle avec elles, leur tue beaucoup de monde et ramene des prisonniers et plusieurs chevaux.

Au mois de vendémiaire an III, il reçoit l'ordre de pénétrer de Kayserslautern à Birkenfeld, à travers l'armée prussienne, pour concerter les opérations des deux armées du Rhin et de la Moselle qui marchent sur Mayence. Il se met aussitôt en route, traverse les cantonnemens ennemis, et malgré les obstacles et les difficultés qu'il a à vaincre, il fait avec autant de bonheur que d'habileté une marche de plus de 50 lieues en moins de deux jours. Passé à l'armée devant Mayence, il reçoit l'ordre de faire une reconnaissance sur Bretzenheim, au mois de brumaire an III ; il charge vigoureusement les avant-postes ennemis qui se réfugient dans le village, où il les poursuit, sabre 7 ou 8 hommes de sa main, reçoit deux coups de feu et a un cheval tué sous lui.

Le 14 frimaire suivant, à la prise des redoutes de Saltzbach, il se fait remarquer dans une charge contre la cavalerie ennemie dont il tue de sa main le commandant et sabre 5 ou 6 hussards ; il reçoit dans cette affaire deux coups de sabre sur la tête. Quelques jours après, devant Mayence, il déloge un poste considérable d'infanterie prussienne, sabre une trentaine d'hommes et met les autres en fuite malgré le feu soutenu de 4 pièces qui tirent à mitraille.

Au mois de nivôse, un bataillon français, posté près de Bretzenheim, ayant été surpris et enveloppé, Bordessoulle, à la tête de son peloton, vole à son secours, le dégage et culbute les hussards prussiens dans un ravin où beaucoup sont tués ou pris. Suivi de 5 hommes seulement, il pénétre ensuite dans le village et y tue une vingtaine de fantassins.

Nommé aide de camp provisoire du général Laboissière le 1er thermidor de la même année, il continue de servir à l'armée du Rhin où son général est employé.

Au mois de brumaire an IV, en avant de Landau, il se porte seul sur un poste d'infanterie de 7 hommes et les force à mettre bas les armes et à se rendre prisonniers. Le 1er thermidor suivant, il est nommé lieutenant en conservant ses fonctions d'aide-de-camp et se signale le 28 vendémiaire an V au combat d'Emmendingen, où le général Beaupuy est tué. À la tête d'un fort peloton, il charge et met en déroute la cavalerie ennemie, à laquelle il fait 30 prisonniers. Poursuivant ses succès, il attaque un corps d'infanterie posté sur des hauteurs couvertes de vignes, et fait mettre bas les armes à environ 400 hommes[3]. Il se porte ensuite dans un village que l'ennemi doit traverser et d'où il espère lui couper la retraite, lorsqu'il est tout-à-coup enveloppé par des forces supérieures, et parvient néanmoins à se dégager après avoir reçu deux coups de sabre dont un très grave à l'articulation du poignet droit.

Confirmé dans son emploi d'aide de camp le 10 fructidor an V, il est promu capitaine le 1 pluviôse an VI.

Nommé provisoirement chef d'escadron au 6e régiment de hussards, par le général en chef Moreau, le 25 floréal an VII, il est confirmé dans ce grade par le Directoire le 27 vendémiaire an VIII, par suite de la brillante conduite qu'il a tenue à Novi le 28 thermidor. Dans cette « funeste[3] » journée, Bordessoulle, à la tête du 6e de hussards, qu'il commande alors, charge avec impétuosité sur la route de Pozzolo une colonne de plus de 600 Russes et la met dans une déroute complète[3]. Après l'évacuation de Novi il est chargé de protéger la retraite de l'année avec son régiment et un bataillon de la 68e demi-brigade de ligne. Pendant plus d'une heure il contient 4 à 5 000 tirailleurs et éprouve des pertes énormes, mais il remplit les vues du général en chef au-delà même de ce qu'il a osé espérer. Comme il se retire en arrière du village de Pasturana, avec les débris de son corps, il a le bras droit cassé et son cheval tué sous lui par la mousqueterie ennemie, pendant qu'il formait sa troupe en bataille.

Au combat de Neubourg, le 8 messidor an VIII, il charge 500 cuirassiers ennemis qui sont parvenus à culbuter 2 escadrons de son régiment, taille en pièces plus de 200 hommes, prend lui-même le commandant autrichien au milieu de la mélée, fait beaucoup de prisonniers, délivre tous les hussards pris au commencement de l'action, et notamment son chef de brigade qui se trouve démonté.

Il passe avec son grade dans la 7e légion de gendarmerie le 1er jour complémentaire an IX, puis il rentre chef d'escadron au 2e régiment de chasseurs à cheval le 9 prairial an X, et reçoit un sabre d'honneur le 28 fructidor suivant, « en récompense de ses brillans services pendant les campagnes précédentes[3] ».

Guerres napoléoniennes[modifier | modifier le code]

Major du 1er régiment de chasseurs à cheval le 6 brumaire an XII, il est créé officier de la Légion d'honneur le 25 prairial suivant, et sert au camp de Bruges pendant les ans XII et XIII.

Il fait les campagnes des ans XIV à 1807, en Autriche, en Prusse et en Pologne au 2e corps de la Grande Armée, et est nommé colonel du 22e régiment de chasseurs à cheval le 6 nivose an XIV, par suite de sa brillante conduite à Austerlitz.

Le 9 juin 1807, à la tête de 60 hommes de son régiment, il traverse la Passarge à « Guttstadt » (en polonais : Dobre Miasto)[4], et charge un batailon russe qui est entièrement pris ou taillé en pièces. C'est dans cette action qu'il reçoit un coup de baïonnette à l'avant-bras droit et un autre dans la poitrine. Il se fait encore remarquer à Heilsberg et à Friedland, et est promu général de brigade le 25 juin suivant.

Le 1er août suivant, il est employé dans le corps d'armée du maréchal Brune, et au mois de décembre de la même année, il est placé à la tête de la cavalerie légère attachée à la défense de Dantzig.

Le 21 septembre 1808, il reçoit l'ordre de se rendre à Bayonne pour y attendre une nouvelle destination, et au mois de novembre de la même année, il a le commandement d'une brigade dans la division Lasalle (réserve de cavalerie de l'armée d'Espagne). Au mois de décembre suivant à Aranjuez[5], il détruit les débris de l'armée de Castaños dans les environs de Madrid. Le 28 mars 1809, il contribue au gain de la bataille de Medellín, en taillant en pièces, à la tête des 5e et 10e de chasseurs à cheval, « une ligne de 6 000 hommes d'infanterie espagnole[3] », au moment où tout le corps du maréchal-duc de Bellune opérait son mouvement de retraite, et où il avait lui-même l'ordre de se retirer.

Passé le 25 mai 1809 à l'armée d'Allemagne, il y prend le commandement d'une brigade de cavalerie de la division Marulaz du 4e corps. Le 6 juillet, il est à Wagram, ralliant ses troupes et chargeant l'ennemi à leur tête[5].

Il est ensuite employé au corps d'observation de la Hollande en mai 1810, et prend le commandement de la 3e brigade de cavalerie légère de l'armée d'Allemagne le 2 décembre de la même année.

Au mois de novembre 1811, il passe au corps d'observation de l'Elbe (chargé d'occuper le Mecklembourg[5]), devenu 1er corps de la Grande Armée, et au mois de juin 1812 il est placé à la tête de la 2e brigade de cavalerie légère du même corps. Le 30 de ce même mois, il bat complètement l'avant-garde du général Barclay de Tolly, à Soleschniki[6]. Le 23 juillet, commandant l'avant-garde du corps du maréchal-prince d'Eckmühl, composée du 3e régiment de chasseurs à cheval et d'un régiment d'infanterie, il s'empare de Mahiliow (Moguilev), y fait 900 prisonniers, prend des magasins et des bagages considérables et plus de 600 bœufs destinés au prince Bagration. Il combat à Smolensk, à la Moskowa, où il a la mâchoire fracassée par un coup de biscaïen, et à Krasnoï, où il s'empare de 8 pièces de canon, après avoir culbuté un corps de 1 500 hommes, enfonce un carré d'infanterie, lui fait 300 prisonniers et dégage le 9e régiment de lanciers polonais[7] qui se trouvait gravement compromis.

Élevé au grade de général de division le 4 décembre 1812, il est appelé au commandement de la 1re division de cuirassiers du 1er corps de cavalerie de la Grande Armée le 15 février 1813.

C'est à la tête de ces troupes qu'il fait la campagne de Saxe (1813). Créé commandant de la Légion d'honneur le 14 mai 1813, il a précédemment reçu le titre de baron de l'Empire avec une dotation. Il se distingue particulièrement à Lutzen et à Bautzen. À Dresde, il dirige avec habileté plusieurs charges vigoureuses, enfonce une douzaine de carrés ennemis, fait « 6 000 prisonniers et contribue beaucoup à refouler dans les montagnes de la Bohême l'armée nombreuse qui nous est opposée[3] ». À la bataille de Leipzig, les 16, 17 et 18 octobre, il donne de nouvelles preuves d'intrépidité. Il soutient une partie de la retraite de Leipzig sur Hanau, et sut, avec peu de monde, imposer à la nombreuse cavalerie ennemie pour l'empêcher d'inquiéter sérieusement la retraite.

Nommé commandant des 2 divisions de cavalerie organisées à Versailles le 3 janvier 1814, il contribue au succès de la bataille de Champaubert le 10 février, et également au succès remporté sur le feld-maréchalBlücher à Vauchamps, le 14 février. Il culbute l'ennemi au combat de Villeneuve le 17, et il se trouve à la reprise de Reims le 13 mars, ainsi qu'au combat de Fère-Champenoise le 25, et le 30. À la bataille sous Paris, il défend pendant douze heures les hauteurs[5].

Restauration[modifier | modifier le code]

Étienne Tardif
de Pommeroux de Bordesoulle
Fonctions
Député de la Charente à la Chambre
Élection
Législature Ire législature
Coalition Majorité ministérielle
Membre de la Chambre des pairs
( † )
Biographie
Nationalité Drapeau de la France Française
Profession Officier général
Liste des députés de la Charente

Après la rentrée des Bourbons en France « il doit à son origine nobiliaire[réf. à confirmer][2] » d’être nommé inspecteur-général de cavalerie au mois de mai 1814, chevalier de Saint-Louis le 2 juin, grand officier de la Légion d'honneur le 23 août, et, le 30 décembre de la même aimée, il est désigné pour faire partie des inspecteurs-généraux de cavalerie pendant l'année suivante.

Lorsque l'Empereur revint de l'île d'Elbe, le général Bordessoulle prend, le 12 mars 1815, le commandement provisoire des 9 escadrons de cavalerie de la 2e division militaire, dirigés sur Châlons. Le gouvernement royal le confirme dans ce commandement le 16 du même mois. Il suit Louis XVIII à Gand, est nommé chef d'état-major du duc de Berry le 25 juin 1815 pendant son émigration, et rentre en France avec ce prince au mois de juillet suivant.

Le nommant grand cordon de la Légion d'honneur le 15 août, Louis XVIII lui confie, le 8 septembre, le commandement de la 1re division de cavalerie de la Garde royale.

Élu[8], le 22 août 1815, député de la Charente[5], par le collège de département (le même jour il était élu également député de l'Indre[5]), il siége dans la majorité de la Chambre introuvable et quitte la vie parlementaire en 1816, pour y rentrer comme pair de France, le 9 octobre 1823.

Nommé le 12 octobre 1815 membre de la trop célèbre commission chargée d'examiner la conduite des officiers pendant les Cent-Jours, il est créé, le 3 mai 1816, commandeur de l'ordre de Saint-Louis, et échange le titre de baron de l'Empire, qu'il a conquis sur les champs de bataille, contre celui de comte que lui donne la Restauration. Aide de camp honoraire du comte d'Artois le 2 juin 1817, membre du comité des inspecteurs-généraux le 25 octobre suivant, il devient gentilhomme d'honneur du duc d'Angoulême le 1er juillet 1820, reçoit la décoration de grand-croix de Saint-Louis le 1er mai 1821, et est nommé gouverneur de l'École polytechnique, en conservant son emploi dans la Garde royale, le 17 septembre 1822 :

« Ce n’est pas peut-être un sabreur intrépide qu’il eût fallu à la tête de cette école modèle, mais plutôt un de ses anciens élèves, joignant à la même bravoure des connaissances plus étendues. Quoi qu’il en soit, on n’a pas oublié qu’il lui rendit le régime militaire qui est encore en vigueur, et lui donna cet uniforme sous lequel elle devait organiser la victoire populaire en 1830. »

— Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850

Campagne d'Espagne (1823)[modifier | modifier le code]

Appelé le 16 février 1823 au commandement en chef des troupes de la Garde qui font partie de l'armée des Pyrénées, le comte de Bordesoulle occupe Vittoria, Bilbao, Miranda de Ebro et Haro (La Rioja), au mois d'avril.

En juin, il dirige en personne une colonne d'expédition sur Séville par l'Andalousie, occupe Manzanares, attaque et disperse complètement à Santa Cruz et à Vilches, les 8 et 9 juin, la colonne de Plasencia, à laquelle il prend un drapeau, deux canons et 860 soldats ; occupe Cordoue le 13, Saint-Lucar le 23, Puerto-Sainte-Marie et Puerto Real les 24 et 25, et compléte le blocus et le bombardement de Cadix, par les relations qu'il établit avec l'escadre du contre-amiral Hamelin[9].

Sa colonne s'est particulièrement signalée en repoussant la sortie générale de l'île de Léon le 16 juillet, et à la prise du Trocadéro le 31 août, « victoire trop vantée par les amis de la Restauration, trop critiquée par ses ennemis, mais qui n’en reste pas moins, pour l’histoire impartiale, un brillant et audacieux fait d'armes.[2] »

Peu de jours après, le comte de Bordesoulle est nommé commandant supérieur à Séville, et on lui confie la direction des opérations militaires devant Cadix. C'est pendant qu'il commande le corps d'Andalousie, que le duc d'Angoulême, généralissime de l'armée des Pyrénées, lui adresse la lettre suivante, entièrement écrite de sa main :

« Madrid, ce 16 juillet 1823.
J'ai reçu, il y a deux jours, mon cher Bordessoulle, votre lettre du 6 ; je crois que vous trouverez toutes les réponses que vous pourrez désirer dans celle de M. de Villèle du 10, que je joins ici ; elle vous servira de nouvelles instructions. Je n'ai à y joindre que les suivantes :
1° Quand le roi sera libre, vous lui demanderez de se rendre tout de suite à Séville, et le plus tôt possible à Madrid ;
2° excepté d'accorder une amnistie, de ne dire aucun acte, avant mon arrivée à Madrid et de m'avoir vu ;
3° vous prendrez tous les arrangemens nécessaires pour la sûreté de sou voyage, et pour qu'il arrive le plus tôt possible à Madrid ;
4° vous ne le quitterez pas, vous vous assurerez de tout ce qui se passera auprès de lui, pour déjouer les intrigues de tous ceux qui voudraient le ramener au régime absolu, et vous lui parlerez, en cas de besoin, d'une manière respectueuse, mais ferme ;
5° vous ramènerez à Madrid tout ce qui tient à la garde et la cavalerie de la division d'Autichamp ;
Bourmont restera provisoirement en Andalousie, avec la division Obert et la division de dragons dont vous pourrez donner le commandement à Valin, jusqu'à ce qu'elle ait rejoint le général Castex ;
7° on assure que le 25, on a le projet de faire partir le roi par un bateau à vapeur ; tenez-vous-en pour prévenu ;
8° on dit que la régence a envoyé à mon insu des messagers secrets au roi en faveur de l'absolutisme. Tâchez de le découvrir et de l'empêcher. Le comte de la Puebla (es), parti depuis peu de jours pour l'Andalousie, où il m'a dit qu'il allait dans ses terres, est, dit-on, chargé d'une mission de ce genre. J'ai ordonné au major-général d'écrire à Bourmont pour le retenir sous quelque prétexte à Séville, s'il voulait aller plus loin ;
9° Dans le cas où le blocus de Cadix se prolongerait, si le prince de Carignan témoignait le désir de revenir à Madrid, je l'y verrais avec plaisir. Lecoulteux vient d'arriver. Comptez, mon cher Bordessoulle, sur la continuation de mon estime, de ma confiance et de mon affection. »

— Louis-Antoine.

« Les opinions de Bordessoulle étaient franchement patriotiques et constitutionnelles. Ses conseils au duc d'Angoulême en obtinrent plusieurs actes qui furent agréables aux amis de la liberté : entre autres la fameuse ordonnance d'Andújar, imposée à Ferdinand VII, mais qui fut si traîtreusement exécutée par ce prince.[2] »

Les services qu'il rend dans les circonstances les plus importantes de cette campagne, lui valent d'honorables récompenses : grand-croix de l'ordre de Charles III d'Espagne le 4 novembre suivant ; Louis XVIII l'appele à la pairie le 9 octobre 1823. En 1824, Charles-Félix de Savoie, roi de Sardaigne lui a envoyé son portrait enrichi de diamants, et Alexandre Ier, empereur de Russie l'a décoré du grand cordon de l'ordre de Saint-Alexandre Nevski[9].

Au mois de décembre 1823, il reprend le commandement de sa division de cavalerie dans la garde, mais à la mort de Louis XVIII, Charles X ne le conserve pas comme aide de camp honoraire dans la nouvelle liste qu'il arrête le 4 novembre 1824.

Trois Glorieuses et Monarchie de Juillet[modifier | modifier le code]

Il est « proclamé chevalier commandeur[3] » de l'ordre du Saint-Esprit, dans le chapitre tenu le 21 février 1830.

Il a tenté vainement de conjurer les funestes résolutions du roi en juillet, et demeure, pendant les trois journées, à Saint-Cloud, prêt à défendre sa personne. C'est à Rambouillet seulement qu’il le quitte, continuant à exercer son commandement dans la Garde royale dissoute jusqu’au 21 août, date de sa mise en disponibilité[2].

Il ne refuse pas le serment au gouvernement de Louis-Philippe Ier mais vécut dès lors à l’écart, bien qu’il fait encore partie de la Chambre haute, où il parait à de rares intervalles. Compris dans le cadre de réserve de l'état-major général le 7 février 1831, il est admis à la retraite par décision royale du 14 mars 1832.

Il est mort le 3 octobre 1837, sur sa terre de Fontaine-les-Corps-Nuds (auj. Fontaine-Chaalis), près de Senlis.

États de service[modifier | modifier le code]

  • Chasseur à cheval, le 27 avril 1789 ;
  • Brigadier, le 1er décembre 1792 ;
  • Maréchal des logis, le 24 mai 1793 ;
  • Sous-lieutenant, le 3 août 1794 ;
  • Lieutenant, le 19 juillet 1796 ;
  • Capitaine, le 20 janvier 1798 ;
  • Chef d'escadron à titre provisoire, le 14 mai 1799 ;
  • Chef d'escadron, le 19 octobre 1799 ;
  • Major, le 29 octobre 1803 ;
  • Colonel, le 27 décembre 1805 ;
  • Affecté au 4e corps de la Grande Armée, d'octobre 1806 au 25 juin 1807 ;
  • Général de brigade, le 25 juin 1807 ;
  • Affecté au corps d'observation de la Grande Armée du 25 juin 1807 au 15 novembre 1808 ;
  • Commandant de la 2e brigade de la division Lasalle (réserve de cavalerie de l'armée d'Espagne), du 15 novembre 1808 à avril 1809 ;
  • Affecté au 4e corps de l'armée d'Allemagne, d'avril 1809 au 24 mai 1809 ;
  • Commandant de la 2e brigade de la 3e division de cuirassiers du 4e corps de l'armée d'Allemagne, du 24 mai 1809 au 21 juillet 1809 ;
  • Commandant de la 1re brigade de cavalerie légère du 4e corps de l'armée d'Allemagne, du 21 juillet 1809 au 10 août 1809 ;
  • Commandant de la 1re brigade de la division Marulaz du 4e corps de l'armée d'Allemagne, du 10 août 1809 à février 1810 ;
  • Affecté au corps d'observation de la Hollande, du 17 mars 1810 au 2 décembre 1810 ;
  • Commandant de la 3e brigade de cavalerie légère de l'armée d'Alllemagne, du 2 décembre 1810 au 19 avril 1811 ;
  • Commandant de la 4e brigade de cavalerie légère du corps d'observation de l'Elbe, du 19 avril 1811 au 15 septembre 1811 ;
  • Affecté à la 1re division de cavalerie légère du corps d'observation de l'Elbe, du 15 septembre 1811 au 25 décembre 1811 ;
  • Général de division, le 4 décembre 1812 ;
  • Commandant de la 2e brigade de cavalerie légère du corps d'observation de l'Elbe, du 25 décembre 1811 au 15 février 1812 ;
  • Affecté au corps d'observation de l'Elbe, du 15 février 1812 au 4 décembre 1812, puis au 1er corps de la Grande Armée le 1er avri 1812 ;
  • Affecté au 1er corps de la Grande Armée, du 4 décembre 1812 au 15 février 1813 ;
  • Commandant de la 1re division de cuirassiers du 1er corps de la cavalerie de la Grande Armée, du 15 février 1813 au 18 novembre 1813 ;
  • Commandant du 2e corps de cavalerie de la Grande Armée, du 18 novembre 1813 au 3 janvier 1814 ;
  • Commandant des 2 divisions de cavalerie organisées à Versailles, du 3 janvier 1814 au 7 février 1814 ;
  • Commandant de la réserve de cavalerie à Paris, du 7 février 1814 au 19 février 1814 ;
  • Commandant de la division de grosse cavalerie du 1er corps de cavalerie, du 19 février 1814 à mai 1814 ;
  • Inspecteur général de cavalerie, de mai 1814 au 12 mars 1815 ;
  • Commandant de la cavalerie de la 2e division militaire, du 12 mars 1815 au 20 mars 1815 ;
  • Suit Louis XVIII à Gand, du 20 mars 1815 au 25 juin 1815 ;
  • Chef d'état-major du duc de Berry, du 25 juin 1815 au 8 septembre 1815 ;
  • Député de la Charente à la Chambre, du 22 août 1815 au 5 septembre 1816 ;
  • Commandant de la 1re division de cavalerie de la Garde royale du 8 septembre 1815 au 21 août 1830 ;
  • Aide de camp honoraire du comte d'Artois, du 2 juin 1817 au 4 novembre 1824 ;
  • Membre du Comité des inspecteurs généraux, du 25 octobre 1817 au 21 août 1830 ;
  • Gouverneur de l'École polytechnique, du 17 septembre 1822 au 21 août 1830 ;
  • Commandant en chef des troupes de la Garde royale à l'armée des Pyrénées, du 16 février 1823 à 1823 ;
  • Commandant en chef du corps de réserve de l'armée des Pyrénées, de mai 1823 à octobre 1823 ;
  • Commandant de la 1re colonne mobile détachée en Andalousie du 2 juin 1823 à novembre 1823 ;
  • Pair de France, du 9 octobre 1823 au 3 octobre 1837 ;
  • Membre du Conseil supérieur de la guerre, du 1er février 1828 au 21 août 1830 ;
  • Président du Comité spécial et consultatif de cavalerie, de février 1830 au 21 août 1830 ;
  • Mis en disponibilité, du 21 août 1830 au 7 février 1831 ;
  • Placé dans la section de réserve, le 7 février 1831 ;
  • Admis en retraite, le 14 mars 1832 .

Titres[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Ordre du Saint-Esprit (chevalier) Légion d'honneur (grand cordon) Ordre royal et militaire de Saint-Louis (grand-croix) Ordre de Charles III d'Espagne (grand-croix)
Ordre de Saint-Alexandre Nevski (grand cordon)
Noms gravés sous l'arc de triomphe de l'Étoile : pilier Ouest, 1re et 2e colonnes.

Hommages, honneurs, etc.[modifier | modifier le code]

Armoiries[modifier | modifier le code]

Figure Blasonnement
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Armes du baron Tardif Bordesoulle de l'Empire

Écartelé au premier d'azur à l'étoile d'or en abyme, au deuxième des barons tirés de l'armée, au troisième de sinople au sabre haut en pal d'argent, monté d'or ; au quatrième d'argent à la toque burelée d'or et sable surmontée d'une étoile du second.[13]

  • Livrées : les couleurs de l'écu ; le verd en bordure seulement[13].
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Armes du comte de Bordesoulle, pair de France

D'azur au dextrochère armé (« de toutes pièces[9] ») d'argent, tenant une épée du même, montée d'or, posée en pal.[10],[9]

On trouve aussi 
D'azur, à un senestrochère, armé d'argent, tenant une épée du même, garnie d'or.[14]
Le même sous la Monarchie de Juillet

Ascendance et postérité[modifier | modifier le code]

Fils puîné de Jean Silvestre Tardif ( - Chazelet - Saint-Gaultier), sieur de Pommeroux, cultivateur, et de Marguerite (1731-1813, fille de François Dupertuis (1695-1762), procureur et notaire royal à Argenton), Étienne Tardif de Pommeroux de Bordesoulle descendait en ligne directe de Jean Tardif, conseiller au Châtelet, qui fut mis à mort par les Ligueurs en 1591[5].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Notice no 000PE011116 », base Joconde, ministère français de la Culture
  2. a, b, c, d et e « Bordesoulle (Étienne, baron, puis comte de Tardif de Pommeroux) », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850,‎ [détail de l’édition]
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j et k Fastes 1842, p. 178-181.
  4. Article détaillé : Bataille de Guttstadt.
  5. a, b, c, d, e, f et g « Bordesoulle (Étienne Tardif de Pommeroux, comte de) », dans Robert et Cougny, Dictionnaire des parlementaires français,‎ [détail de l’édition] [texte sur Sycomore]
  6. Soleschniki : village de Lituanie.
    Source 
    Charles-Théodore Beauvais, Victoires, conquêtes, désastres, revers et guerres civiles des Français depuis les temps les plus reculés jusques et compris la bataille de Navarin : Tables du Temple de la Gloire. Dictionnaire geographique, C.L.F. Panckoucke,‎ 1831 (lire en ligne)
  7. Le décret du 18 juin 1811 transforme le 30e régiment de chasseurs à cheval en 9e régiment de chevau-légers lanciers. Il participe à la campagne de Russie (1812), à la campagne d'Allemagne (1813) et à la campagne de France (1814). Le 9e régiment de chevau-légers est dissous en mai 1814.
    Source 
    Frédéric Pouvesle, « Empire Histofig.com », 9e Régiment de Chevau-légers, sur empire.histofig.com,‎ (consulté le 4 novembre 2011)
  8. Avec 89 voix sur 171 votants et 289 inscrits
  9. a, b, c et d Courcelles 1827, p. 291-295 du t. 8
  10. a et b François Velde, « Armory of the French Hereditary Peerage (1814-30) », Lay Peers, sur www.heraldica.org,‎ (consulté le 18 juin 2011)
  11. « Notice no LH/2568/60 », base Léonore, ministère français de la Culture
  12. Légionnaire « de droit » comme récipiendaire d'un sabre d'honneur le 28 fructidor an X.
  13. a et b « BB/29/966 page 363. », Titre de baron, accordé par décret du , à Etienne Tardif Bordesoulle. Gand ()., sur chan.archivesnationales.culture.gouv.fr, Centre historique des Archives nationales (France) (consulté le 4 juin 2011)
  14. Jean-Baptiste Rietstap, Armorial général, t. (tome 1 et 2), Gouda, G.B. van Goor zonen,‎ 1884-1887

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

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