Vanité

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Jacques de Gheyn le jeune, Vanité (vers 1603).

Une vanité est une représentation allégorique de la mort, du passage du temps, de la vacuité des passions et activités humaines[1].

Certaines natures mortes de gibier, représentant notamment du gibier, des massacres, des armes constituent un genre particulier, proches des vanités[2].

Si le thème est très ancien, puisqu'on le trouve déjà chez les antiques, il se constitue comme genre autonome vers 1620, à Leyde, en Hollande, pour se répandre ensuite tout au long du XVIIe siècle en Europe, particulièrement en Flandres et en France. Prisées à l'époque baroque, les vanités vont quasiment disparaître au XVIIIe siècle, mais renaissent avec Cézanne, puis plusieurs peintres du XXe siècle et une photographe, telle que Valérie Belin au XXIe siècle.

Les objets représentés symbolisent les activités humaines, étude, argent, plaisir, richesse, puissance, mises en regard d'éléments évoquant le temps qui passe trop vite, la fragilité, la destruction, et le triomphe de la mort avec souvent un crâne humain.

Histoire[modifier | modifier le code]

Vanités du XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Le genre naît dans les années 1620 à Leyde, dans une atmosphère religieuse et intellectuelle marquée par le calvinisme[3], même si, quand il essaimera dans le reste de l'Europe, la Contre-Réforme y trouvera aussi son compte[3]. Il se développe d'abord au sein de l'école de Leyde, avec des peintres comme David Bailly, puis ses neveux, Harmen et Pieter Steenwijck, qui fixent le genre.

Bailly a eu pour maître Jacques de Gheyn le jeune, auteur déjà en 1603 d'une vanité[4],[5]. Bailly sera l'auteur, en 1651, d'une Vanité aux portraits.

Le thème est repris à Harlem par Pieter Claesz et Willem Claeszoon Heda, vers 1625. Jan Davidszoon de Heem, qui est à Leyde en 1626, l'introduit à Anvers. Presque tous les peintres hollandais de l'époque peindront des vanités, notamment Willem de Poorter, Gérard Dou et Jan van der Heyden[3].

Des peintres d'origine flamande importent le genre en France, ainsi, à Paris, Philippe de Champaigne. Il est repris par N. L. Peschier, l'Alsacien Sébastien Stoskopff, Sébastien Bonnecroy, Simon Renard de Saint-André[3].

En Italie, Salvatore Rosa et Giuseppe Recco peignent quelques vanités, mais le genre se développe peu. Il a plus de succès en Allemagne (Georg Hainz (en)…) ou en Espagne (Antonio de Pereda, Juan de Valdés Leal…)[3].

Origines[modifier | modifier le code]

Le nom du genre des Vanités est issu de la sentence de l’Ecclésiaste, livre de l’Ancien Testament (Bible) : « הֲבֵל הֲבָלִים הַכֹּל הָֽבֶל » (« Vanité des vanités, tout est vanité »). Le terme traduit par « vanité » signifie littéralement « souffle léger, vapeur éphémère ». Le message est de méditer sur la nature passagère et « vaine » (d’où « vanité ») de la vie humaine, l’inutilité des plaisirs sexuels du monde face à la mort qui guette[réf. souhaitée].

Si les objets peuvent figurer dans la peinture au Moyen Âge, c’est parce qu’ils ont un sens. Dans les vanités, les objets représentés se rapportent à la fragilité et à la brièveté de la vie, au temps qui passe, à la mort. Parmi tous ces objets symboliques, le crâne humain, signe convenu de la mort, est l’un des plus courants. On retrouve ce memento mori (« souviens-toi que tu mourras ») parmi les objets qui évoquent les activités et les propriétés humaines : étude, sagesse et science, richesse, amour charnel, beauté… Les vanités invitent à méditer sur leur caractère fugace et la vanité du genre humain soumis à la fuite du temps, à la mort[réf. nécessaire].

La Renaissance et son humanisme continueront la représentation de la vanité jusque dans les cabinets intimes (studiolo) des hommes lettrés et puissants (celui du duc de Montefeltro à Gubbio, celui de François Ier au palazzo Vecchio…).[réf. nécessaire]

Le temps et la mort ne cessent de vouloir être captés par les artistes. On retrouve à travers cette volonté de capter l’insaisissable, la liaison entre les vanités classiques et contemporaines[réf. nécessaire].

Thèmes voisins[modifier | modifier le code]

Georges de La Tour a traité de nombreuses fois le thème de la Madeleine repentante[6]. Le tableau La Madeleine à la veilleuse est parfois qualifé de vanité. Plusieurs objets contribuent à une interprétation symbolique en ce sens. Le crâne est un signe classique signifiant la mort. La chandelle appelée à s'éteindre s'associe à l'impermanence. Le miroir illustre la vanité des apparences, aussi bien que l'au-delà ; les bijoux à terre, le renoncement.

L'ensemble se rattache à une théologie du salut, absente en général des vanités[7], mais très présente dans la peinture religieuse, notamment dans les Saint Jérôme, où le savant devenu saint est la classiquement montré avec un crâne, et souvent avec les attributs de la science, livre, instruments, et une chandelle qui s'associe à la fois à l'effort prolongé dans la nuit et l'impermanence.

De la même façon, le thème des âges de la vie peut se lire comme un sarcasme, comme une description réaliste, comme une affirmation de la possibilité de la beauté hors de la jeunesse. Mais des détails picturaux peuvent tirer l'interprétation vers celle d'une vanité.

Répertoire des vanités[modifier | modifier le code]

Ingvar Bergström[8] divise le répertoire des vanités en trois groupes[9] :

  • Le premier groupe « évoque la vanité des biens terrestres »
    • livres, instruments scientifiques, art, pour la vanité du savoir
    • argent, bijoux, pièces de collection, armes, couronnes et sceptres pour la vanité des richesses et du pouvoir
    • pipes, vin, instrument de musique et jeux pour la vanité des plaisirs
  • Le deuxième groupe « évoque le caractère transitoire de la vie humaine » : crâne, squelettes, mesure du temps, montres et sabliers, bougies et lampes à huile éteintes, fleurs se fanant
  • Le troisième groupe « contient les éléments qui sont les symboles de la résurrection et de la vie éternelle », épis de blé, couronnes de lauriers.

Michel Laclotte et Jean-Pierre Cuzin citent, parmi les éléments du répertoire des vanités, les objets évoquant la vie terrestre contemplative (sciences, lettres et arts), ou la vie terrestre relative au plaisir des cinq sens, de la richesse et de la puissance (argent, armes), les objets évoquant la fuite du temps, la destruction de la matière (fruits abîmés, fleurs fanées), et la citation de l'Ecclésiaste, Vanitas vanitatis et omnia vanitas, ou une formule analogue[3].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Ségolène Bergeon-Langle et Pierre Curie, Peinture et dessin, Vocabulaire typologique et technique, Paris, Editions du patrimoine, (ISBN 978-2-7577-0065-5), p. 96.
  2. Bergeon-Langle et Curie 2009, p. 136.
  3. a, b, c, d, e et f Laclotte et Cuzin 2003, p. 883.
  4. Karine Lanini, 2007, Jardin des vanités.
  5. La première vanité de l'histoire de la peinture occidentale selon Quin, p. 13.
  6. « … la plus fameuse de toutes les séries de de la Tour et sans doute la mieux représentée », Jacques Thuillier, Georges de la Tour, Paris, Flammarion, , 316 p. (OCLC 803120193), p. 152-158 réédition 2002 et années suivantes jusqu'en 2013.
  7. Karine Lanini, 2007, Les représentations de sainte Madeleine.
  8. Ingvar Bergström (1913-1996), historien de l'art et professeur à Göteborg.
  9. Tapié (dir.) et al., p. 212.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]