Vanité

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Wiktionnaire Cet article a pour sujet un genre pictural. Pour une définition du mot « vanité », voir l’article vanité du Wiktionnaire.
Jacques de Gheyn le jeune Vanité vers 1603
Vanité de Juriaen van Streeck.
Jeune homme au crâne, Frans Hals.
Vanité de Philippe de Champaigne (1602-1674).
Vanité évoquant saint François d'Assise, par Luis de Morales (XVIe siècle).

La Vanité est une type particulier de nature morte, à implication philosophique, qui évoque à la fois la vie humaine et son caractère éphèmère. Si le thème est très ancien, on le trouve déjà chez les antiques, il se constitue comme genre autonome vers 1620 à Leyde en Hollande, pour se répandre ensuite tout au long du XVIIe siècle en Europe, particulièrement en Flandes et en France. Prisées à l'époque baroque les vanités vont quasiment disparaître au XVIIIe siècle, mais renaissent avec Cézanne, puis plusieurs peintres du XXe siècle.

Les objets représentés symbolisent les activités humaines, étude, argent, plaisir, richesse, puissance, mises en regard d'éléments évoquant le temps qui passe trop vite, la fragilité, la destruction, et le triomphe de la Mort (avec souvent un crâne humain).

Histoire[modifier | modifier le code]

Les vanités du XVIIe siècle[modifier | modifier le code]

Le genre naît dans les années 1620 à Leyde, dans une atmosphère religieuse et intellectuelle marquée par le calvinisme[1], même si, quand il essaimera dans le reste de l'Europe, la Contre-Réforme y trouvera aussi son compte[1]. Il se développe d'abord au sein de l'école de Leyde, avec des peintres comme David Bailly, puis ses neveux Harmen et Pieter Steenwijck, qui fixent le genre. Bailly a eu pour maître Jacques de Gheyn le jeune, auteur déjà en 1603 d'une Vanité[2],[3]. Bailly sera l'auteur en 1851 d'une vanité aux portraits. Le thème est repris à Harlem par Pieter Claesz et Willem Claeszoon Heda, vers 1625. Jan Davidszoon de Heem, qui est à Leyde en 1626, l'introduit à Anvers. Presque tous les peintres hollandais de l'époque peindront des Vanités, notamment Willem de Poorter, Gérard Dou et Jan van der Heyden[1].

Des peintres d'origine flamande importent le genre en France, ainsi à Paris Philippe de Champaigne. Il est repris par N.L. Peschier (en), l'alsacien Sébastien Stoskopff, Sébastien Bonnecroy, Simon Renard de Saint-André[1].

En Italie, Salvatore Rosa et Giuseppe Recco peignent quelques Vanités mais le genre se développe peu. Il a plus de succès en Allemagne (Georg Hainz (en), ...) ou en Espagne (Antonio de Pereda, Juan de Valdés Leal ...)[1].

Origines[modifier | modifier le code]

Leurs titres et leurs conceptions sont issus de la sentence de l’Ecclésiaste, livre de l’Ancien Testament (Bible) : « הֲבֵל הֲבָלִים הַכֹּל הָֽבֶל » (vanité des vanités, tout est vanité). Le terme traduit par « vanité » signifie littéralement « souffle léger, vapeur éphémère ». Le message est de méditer sur la nature passagère et vaine (d’où « vanité ») de la vie humaine, l’inutilité des plaisirs sexuel du monde face à la mort qui guette. C’est en même temps un élément essentiel à l’émergence de la nature morte en tant que genre.[réf. nécessaire]

Si la nature morte existe pendant la Grèce (rhopographie, étudiée par les nécromanciens) et la Rome antiques (mosaïques de Pompéi), elle disparaît pendant un millénaire de la représentation picturale classique car l’art byzantin ne l’utilise pas [réf. nécessaire].

Si les objets au Moyen Âge peuvent figurer dans la peinture traditionnelle (groupe, situation...), c’est parce qu’ils ont un sens. Dans les vanités, les objets représentés sont tous symboliques de la fragilité et de la brièveté de la vie, du temps qui passe, de la mort. Parmi tous ces objets symboliques, le crâne humain, symbole de la mort, est l’un des plus courants. On retrouve ce memento mori (souviens-toi que tu mourras) dans les symboles des activités humaines : savoir, science, richesse, plaisirs sexuels outranciers, beauté immaculée… Les vanités dénoncent la relativité de la connaissance et la vanité du genre humain soumis à la fuite du temps, à la mort[réf. nécessaire].

La Renaissance et son humanisme continuera la représentation de la vanité jusque dans les cabinets intimes (studiolo) des hommes lettrés et puissants (celui du duc de Montefeltro à Gubbio, celui de François Ier au palazzo Vecchio...)[réf. nécessaire]


Le temps et la mort ne cessent de vouloir être captés par les artistes. On retrouve à travers cette volonté de capter l’insaisissable, la liaison entre les vanités classiques et contemporaines[réf. nécessaire].

Thèmes voisins[modifier | modifier le code]

Le thème de la Madeleine repentante (illustré par Georges de La Tour dans La Madeleine à la veilleuse, sujet qu'il a traité de nombreuse fois[4]), est parfois associé aux Vanités. On retrouve le crâne, le détachement des biens de ce monde, mais aussi des éléments renvoyant au Salut, absents des Vanités proprement dites[5].

Le répertoire des vanités[modifier | modifier le code]

Ingvar Bergström[6] divise le répertoire des vanités en trois groupes[7] :

  • le premier groupe « évoque la vanité des biens terrestres »,
    • livres, instruments scientifiques, art, pour la vanité du savoir
    • argent, bijoux, pièces de collection, armes, couronnes et sceptres pour la vanité des richesses et du pouvoir
    • pipes, vin, instrument de musique et jeux pour la vanité des plaisirs
  • Le second groupe « évoque le caractère transitoire de la vie humaine » : crâne, squelettes, mesure du temps, montres et sabliers, bougies et lampes à huile éteintes, fleurs se fanant
  • le troisième groupe « contient les éléments qui sont les symboles de la résurrection et de la vie éternelle », épis de blé, couronnes de lauriers.

Michel Laclotte et Jean-Pierre Cuzin citent parmi les éléments du répertoire des vanités : les objets évoquant la vie terrestre contemplative (sciences, lettres et arts), ou la vie terrestre relative au plaisir des cinq sens, de la richesse et de la puissance (argent, armes), les objets évoquant la fuite du temps, la destruction de la matière (fruits abîmés, fleurs fanées), et la citation de l'Ecclesiaste Vanitas vanitatis et omnia vanitas ou une formule analogue[1]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e et f Laclotte et Cuzin 2003, p. 883
  2. Karine Lanini 2007 Jardin des vanités
  3. La première Vanité de l'histoire de la peinture occidentale selon Quin, p. 13.
  4. « ... la plus fameuse de toutes les séries de de la Tour et sans doute la mieux représentée, Jacques Thuillier, Georges de la Tour, Paris, Flammarion,‎ 1992, 316 p. (OCLC 803120193), p. 152-158 réédition 2002 et années suivantes jusqu'en 2013. »
  5. Karine Lanini 2007 Les représentations de sainte Madeleine
  6. Ingvar Bergström (1913-1996), historien de l'art et professeur à Göteborg.
  7. Tapié (dir.) et al., p.  212.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]