Jean Dréjac

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Jean Dréjac
Nom de naissance Jean André Jacques Brun
Naissance
Grenoble, Drapeau de la France France
Décès (à 82 ans)
Paris, Drapeau de la France France
Activité principale Parolier-poète, compositeur, chanteur
Genre musical Chanson française
Années actives 19402003
Site officiel Jean Dréjac

Jean Dréjac, nom de plume de Jean André Jacques Brun, né à Grenoble le et mort à Paris le (à 82 ans), est un parolier, et parfois compositeur et interprète de chansons françaises.

Il est notamment le parolier de Ah ! Le petit vin blanc, Sous le ciel de Paris et La Chansonnette (pour Yves Montand), d'adaptations françaises comme L'Homme à la moto pour Édith Piaf ou Bleu, blanc, blond pour Marcel Amont, ainsi que de nombreuses chansons pour Serge Reggiani (avec Michel Legrand comme compositeur).

Il a été secrétaire adjoint de la SACEM de 1967 à 1969, avant d'en être alternativement administrateur et vice-président du conseil d'administration entre 1977 et 2002.

Il est le père de l'écrivain Frédéric Brun né en 1960 à Paris.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jean Dréjac est issu d'une famille de gantiers de Grenoble. Après des études au lycée et dans une école privée, il s’implique très jeune dans la chanson comme interprète et fait partie, alors qu'il n'a pas encore 17 ans, du groupe amateur « Cinfonia ». Son répertoire est composé de ses propres chansons et d'autres empruntées à Charles Trenet et à Paul Misraki.

Il vient d'avoir dix-sept ans en juin 1938 et, peu après, il négocie avec ses parents la possibilité de partir tenter sa chance comme chanteur à Paris. Accompagné par sa mère, il quitte Grenoble en train avec, dans sa valise, son unique « costume d'artiste ». Il obtient des engagements dans des revues comme celle du Petit-Casino, chante gratuitement en lever de rideau aux Folies-Belleville[1], passe au Concert Pacra...

Lauréat du concours de chansons de Radio Cité en interprétant Si le nez de Cléopâtre[2], il obtient un engagement de cinq semaines pour se produire dans les salles de cinéma sponsorisées par la station de radio. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il auditionne pour un tout petit rôle dans le prochain film de Fernandel, L'Héritier des Mondésir et, sélectionné par les productions UFA, il part en Allemagne où le film se tourne aux studios de Babelsberg, ce sera son unique rôle au cinéma (1939)[1].

De retour en France, il passe de nouveau au Petit-Casino, puis la guerre est déclarée. Ce ne sont pas encore les restrictions ; il est engagé au théâtre de l'Abri et passe en vedette au Concert Mayol où il interprète ses propres chansons et imite Maurice Chevalier, prestation remarquée par un journaliste[1].

Puis c'est l'exode de 1940 en France et Jean Dréjac part pour Biarritz. Quand il revient à Paris, parallèlement à la reprise de son activité au music-hall, il s'inscrit aux Cours Simon où il a comme camarades de classe Daniel Gélin, Maria Casarès et Martine Carol[1]. Il passe en vedette avec Damia au théâtre des Optimistes[1]. Mais la prestation de ce chanteur de 20 ans attire l'attention du service du travail obligatoire (STO) institué par les Allemands et, en raison de son refus d'y participer, Jean Dréjac doit cesser toute activité publique. Il profite de son inactivité pour écrire des textes de chansons. Grâce à un gain aux courses de chevaux, il s'octroie un petit séjour en banlieue dans une auberge des bords de Marne face à l'Île d'amour[3]. C'est le printemps et le petit vin blanc aidant, l'inspiration vient[1]. Il a l’occasion de présenter ses textes au compositeur Charles Borel-Clerc. Celui-ci est déjà célèbre grâce à ses chansons à succès interprétées par Félix Mayol (La Mattchiche, 1903), Dranem et par Maurice Chevalier à la fin des années 1930 (Le Chapeau de Zozo, Ma pomme, etc.)

Les années quarante[modifier | modifier le code]

Il écrit avec Charles Borel-Clerc une chanson qui s’inscrit immédiatement dans le patrimoine français, c'est Ah ! Le petit vin blanc, interprétée par Lina Margy. Plus d’un million de partitions vendues en 1943, ce qui constitue un record en ces temps-là. Ils enchaînent avec des succès pour Georges Guétary (Le P’tit bal du samedi soir, 1946), pour Jean Lumière (Maman vous êtes la plus belle et Je parle à la nuit), et pour Alibert (C'est un petit square).

En 1947 il écrit Les Quais de la seine interprété par Lucienne Delyle, Lina Margy et Danièle Darrieux.

C’est lors d’une tournée en Égypte en 1949 où il passe en vedette à l’Auberge bleue d’Alexandrie qu’a lieu « la rencontre des trois Jean ». C’est effectivement là qu’il fait la connaissance de Jean Marais et Jean Cocteau. Ce dernier lui témoigne toute son amitié en lui offrant un dessin du célèbre « profil œdipien » promptement exécuté sur une enveloppe de fortune[1]

C’est également à Alexandrie où, découvrant dans les vitrines des partitions de succès parisiens tels que À Paris de Francis Lemarque et Mademoiselle de Paris (notamment interprétée par Jacqueline François), lui vient l’inspiration de La Chanson de Paris grâce à laquelle il remportera en 1950 le Grand Prix de la chanson française de l’ABC[1].

Les années cinquante[modifier | modifier le code]

Mais à l'orée des années 1950, Jean Dréjac confirme sa renommée grâce à une autre chanson mythique. Remarqué par le scénariste Henri Jeanson au cours de l'émission Télé-Paris, durant laquelle il interprète La Chanson de Paris, Jean Dréjac est alors convoqué avec le compositeur Hubert Giraud par le réalisateur Julien Duvivier qui recherche la chanson-thème pour son film en cours, Sous le ciel de Paris. Dans les jours qui suivent, ils lui apportent au Jardin des Tuileries — où Duvivier est en plein tournage — leur chanson Sous le ciel de Paris, qui est immédiatement acceptée par le réalisateur.

Créée dans le film par Jean Bretonnière, puis reprise par Anny Gould, la romance devient internationale grâce à des interprètes prestigieux qui la portent sur les scènes du monde entier : Les Compagnons de la chanson, Jacqueline François, Juliette Gréco, Yves Montand et Édith Piaf. Le style « Dréjac » est né : des rimes poétiques dotées d’une veine populaire. Il va s'imposer grâce à une multitude d'interprètes les plus divers durant les décennies à venir.

Sous le ciel de Paris est adapté en anglais sous le titre Under Paris Skies. Notamment interprétée par Andy Williams et Paul Anka, la chanson remporte un grand succès aux États-Unis. De nombreux jazzmen comme Duke Ellington, Toots Thielemans et Coleman Hawkins enregistrent la version instrumentale.

Jean Dréjac poursuit sa collaboration avec Hubert Giraud, ils écrivent La Dame en gris pour Jean Sablon, Une petite île et Le Petit Remorqueur pour le trio Do ré mi, et, pour Jacques Hélian et son orchestre, Musique en tête, L'amour vient de naître, L'amour se joue, Tambour battant et Dites-nous monsieur Jacques.

Pour Édith Piaf, il écrit Le Chemin des forains sur une musique de Henri Sauguet et les adaptations françaises de deux chansons américaines, L'Homme à la moto et Soudain une vallée[4].

Avec Jean Constantin, il écrit Fleur de Papillon pour Annie Cordy et Ma petite rime interprété par le compositeur lui-même.

Les années soixante[modifier | modifier le code]

Parallèlement, Jean Dréjac passe par la télévision où il anime, en 1961, les émissions Rendez-vous avec Jean Dréjac et Carte Blanche en compagnie de Jacqueline Joubert.

Pour Yves Montand, il écrit avec le compositeur Philippe-Gérard, La Chansonnette, Rengaine ta rengaine et La Musique.

Pour Marcel Amont, il écrit Le Bal de ma banlieue, Il a le maillot jaune, Flamenco Rock et Bleu, blanc, blond, un grand succès de 1960.

Pour Dalida, il écrit avec Hubert Giraud L'Arlequin de Tolède.

Il signe les paroles et la musique de La Cuisine pour Juliette Gréco, de Ma muse pour Jean-Claude Pascal et Faut pas gamberger pour Patachou.

Les années soixante-dix[modifier | modifier le code]

Jean Dréjac entame une longue collaboration avec Michel Legrand. Ils écrivent pour Serge Reggiani (Rupture, Édith, C’est comme quand la mer se retire, Contre vents et marées, Le Vieux Costume, Les Vieux Gamins)'. Ils écrivent également pour Dalida, Mireille Mathieu, Jean-Claude Pascal. Avec Henri Salvador, il écrit plusieurs titres, Un air de France, Comme un Prince et Quand un artiste.

Jean Dréjac enregistre ponctuellement des disques avec quelques-unes de ses œuvres, notamment à l’occasion des festivités organisées pour ses 30 ans de chanson à Bobino en 1976.

Les années quatre-vingt-dix[modifier | modifier le code]

Jean Dréjac fête ses cinquante ans de chansons à l’Olympia en 1994.

Les années deux mille[modifier | modifier le code]

Sur des musiques de Michel Legrand, Jean Dréjac écrit tous les textes du dernier album de Serge Reggiani, Enfants soyez meilleurs que nous.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Honneurs[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

  • 1950 : Grand Prix de la chanson française à l'ABC pour La Chanson de Paris (musique de Jean Dréjac et André Lodge).
  • 1967 : Prix des Komsomols soviétiques pour la chanson Octobre (musique de Philippe-Gérard).
  • 2002 : Grand prix SACEM de la chanson française pour l’ensemble de son œuvre.

Pérennité et hommages[modifier | modifier le code]

  • 1994 : « Les cinquante printemps du petit vin blanc – Hommage à Jean Dréjac » à la Salle des Congrès de Nanterre avec Michel Legrand, Marcel Amont, Romain Didier, Les Enfants de la Contemporaine, les Jean Dubois, Moïna Erichson, Laurent Malot, Véronique Gain, Pascale Vyvère, Tamara, Benjamin Legrand, Muriel et Jo Privat, Karim Kacel et les Stylomaniaques.
  • Mario Pelchat et Michel Legrand enregistrent et reprennent en 2009 sur scène Comme elle est longue à mourir ma jeunesse, Rupture, L'Été 42 et Un ami s'en est allé.
  • 2006 : création du square du Petit-Vin-Blanc et de l’allée Jean-Dréjac à Nogent-sur-Marne. Inauguration le en présence de Claude Lemesle (président du Conseil d’administration de la Sacem) et de l'écrivain Frédéric Brun (fils de Jean Dréjac).
  • 2008 : Café musique à la Médiathèque de la Filature à Mulhouse.
  • 2009 : hommage de la classe chanson du Conservatoire Hector-Berlioz à Bourgoin-Jallieu (Isère).
  • 2009 : pose d’une plaque commémorative à l'emplacement de sa maison natale aujourd'hui disparue, devant l'immeuble sis au 42 bis, quai de France à Grenoble[6]. Jean Dréjac avait songé à écrire son autobiographie, et celle-ci commençait par ces quelques lignes : « Je suis né le 3 juin 1921 à Grenoble, dans une maison qui n’existe plus. Elle était située à l’entrée de la ville, quai de France, en face de l’ancien pont, au pied du Jardin des Dauphins. Il y a quelques années, elle a été rasée et aujourd’hui à sa place on peut voir un trottoir, des pelouses, et un parking de la police de la route. On m’a offert récemment la reproduction d’une gravure ancienne qui représente ce coin de Grenoble en 1779... »[1]. Nostalgie du poète confronté à la disparition de lieux de mémoire, autant d'« images, dont la plupart sont détruites par l’inexorable insouciance de la plupart des hommes » comme le déplorait un autre poète, Pierre Mac Orlan[7]. Mais l'erradication de pans monumentaux de souvenirs n'affecte pas l'âme des poètes, car « longtemps, longtemps, longtemps après que les poètes ont disparu, leurs chansons courent encore dans les rues »[8].

Citations[9][modifier | modifier le code]

  • À propos de l’arrivée de Charles Trenet dans la chanson : « Ça m'a tout de suite impressionné. C'était complètement nouveau, en contradiction avec ce qui se chantait à ce moment-là… Pour nous, c'était un peu comme de nos jours quand les jeunes préfèrent le rock… »
  • À propos d’Édith Piaf : « Ce fut une grande amitié. Je garde le souvenir de quelqu'un de formidable, de très gaie, et non pas une droguée, une poivrote, comme certains l'ont décrite… »
  • L’Homme à la moto : « C'est le film L'Équipée sauvage avec Brando qui m'a inspiré ainsi que tous ces jeunes en blouson de cuir qui apparaissaient dans les banlieues. »
  • En tant qu’interprète : « J'ai quand même continué à chanter de temps en temps. Mais progressivement ça s'est espacé. Je n'aimais pas la répétition… »

Sa discographie[modifier | modifier le code]

Anthologies / Compilations

Filmographie[modifier | modifier le code]

Ses interprètes[modifier | modifier le code]

1943
1946
1947
  • Lucienne Delyle, Les Quais de la Seine, musique de Jean Dréjac et André Lodge.
1950
  • Eddie Constantine, La Plus Belle Nuit, adaptation par Jean Dréjac de The Loveliest Night of the Year, d’après les paroles américaines de Paul Francis Webster, musique de Juventino Rosas.
  • Anny Gould reprend La Plus Belle Nuit.
  • Jacques Hélian et son orchestre, reprennent La Plus Belle Nuit.
  • Lina Margy, Sur la côte d’Azur, musique de Jean Bouly.
  • Jean Sablon, La Chanson de Paris, musique de Jean Dréjac et André Lodge, Grand Prix de la chanson de l'ABC 1950.
1951
1952
1954
1955
1956
1957
1959
  • Marcel Amont :
    • Bleu, blanc, blond, adaptation de True true Happiness de Hal Greene et Dick Wols.
    • Il a le maillot jaune, musique de Claude Romat.
    • Quand on est amoureux, adaptation de Il piccolo montanaro de Frontini.
    • Y'en avait pas beaucoup, paroles et musique de Jean Dréjac.
1960
1961
1962
  • Marcel Amont :
    • Au bal de ma banlieue, musique de Calfati et Georges Ulmer.
    • Françoise aux bas bleus, musique de Philippe-Gérard.
    • Les Filles de Copenhague, adaptation d'après R. Hopkins et P. Mynte.
    • Mon cœur fait des bonds, adaptation d'après E. Sinks et B. Mongomery.
    • Percolateur, adaptation d'après L. Biden et E. Freeman.
    • Pigalle… Pigalle, adaptation d'après H. Bradtke et H. Gietz.
  • Sacha Distel, Bon vent ma jolie.
1963
1965
1966
1967
1968
1969
1970
1971
1972
1973
1975
1978
1981
  • Renaud reprend Le P'tit Bal du samedi soir, paroles de Jean Dréjac et Jean Delettre, musique de Charles Borel-Clerc et Jean Delettre.
1987
1998
2000
2001
2003
2011
2012
2014

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Source : Le Roman de Jean de Frédéric Brun.
  2. Si le nez de Cléopâtre dans le répertoire de la Sacem
  3. Voir aussi l'article Île d'Amour (Bry-sur-Marne) concernant la même île, mais celle-ci relève juridiquement de la commune de Chennevières-sur-Marne selon le rapport gouvernemental d'études patrimoniales, lire « Sensibilité paysagère des boucles de la Marne »
  4. Soudain une vallée dans le répertoire de la Sacem
  5. Noël d'espoir dans le répertoire de la Sacem
  6. Article sur Le Dauphiné.com
  7. Extrait de l’avant-propos de ses Mémoires en chansons (Gallimard, 1962).
  8. Refrain de la chanson L'Âme des poètes de Charles Trenet.
  9. Les Nouvelles de Grenoble, e-journal de la ville de Grenoble, mai 1996.

Lien externe[modifier | modifier le code]