Anabaptisme

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

L'anabaptisme est le courant chrétien évangélique qui prône un baptême volontaire et conscient. Le mot vient du grec ecclésiastique anabaptizein signifiant « baptiser à nouveau ». Cette pensée est un point essentiel de la Réforme radicale, mais se retrouve aussi parmi les vaudois, les bogomiles et les pauliciens, ainsi que dans l'assemblée des chrétiens apostoliques de Thessalonique au XVIe siècle[1]. Les anabaptistes eux-mêmes considèrent descendre directement de l'Église primitive, sans s'être jamais unis avec l'Église catholique.

Le terme a aussi pris historiquement un sens politique, car ce mouvement s'opposa au pouvoir politique et religieux en place en Rhénanie (théocratie de Münster) et dans le canton de Berne au XVIe siècle[2]. Mais il faut savoir que la majorité des anabaptistes ne suivirent pas leurs frères qui usèrent de violence, et aujourd'hui ils constituent l'un des seuls groupes religieux au sein duquel on a toujours prôné la non-violence, mais aussi la non-résistance au nom de l'amour de Dieu et du fait que son royaume n'est pas de ce monde. Voltaire et Tolstoï les citent souvent dans leurs œuvres. Tolstoï ira même jusqu'à largement adopter leurs préceptes et ceux des Quakers, bien qu'au bout d'un cheminement personnel[3].

Le christianisme évangélique comprenant, baptisme, pentecôtisme, mouvement charismatique évangélique, mouvement néo-charismatique et christianisme non-dénominationnel sont héritiers de ce mouvement.

Historique[modifier | modifier le code]

Diffusion de l'anabaptisme 1525-1550.

Fondement biblique[modifier | modifier le code]

En Marc 16.15-16 , les dernières paroles de Jésus sont: "Allez par tout le monde, et prêchez l'évangile à toute créature. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé; mais celui qui ne croira point sera condamné". En Actes 2.38, Pierre dit: "Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus Christ, pour le pardon de vos péchés ; et vous recevrez le don du Saint Esprit". Ces passages démontrent clairement que le baptême s'applique aux croyants et suit la repentance et l'instruction.

Selon Matthieu 3.13-16, Jésus est allé au Jourdain vers Jean, pour être baptisé par lui. Dès qu'il fut baptisé, Jésus sortit de l'eau. Et selon Luc 3.23, il avait trente ans.

Dans le livre des Actes 8.10 et 12, il est dit : « Toute la population, du plus petit jusqu'au plus grand (enfants et adultes), lui accordait donc une grande attention. Mais quand ils crurent Philippe qui leur annonçait la Bonne Nouvelle du Règne de Dieu et de Jésus-Christ, ils se firent baptiser, tant les hommes que les femmes (et non les enfants) ».

Certains réformateurs du XVIe siècle, inspirés par ces passages, n'ont plus accordé de valeur au baptême imposé aux jeunes enfants (apparu en 350 et adopté officiellement par l'église catholique en 1545) [4]. Ils estiment que ce sacrement ne doit être reçu qu'en pleine connaissance de cause par les candidats. Ainsi, ceux qui ont été baptisés avant l'âge de raison se faisaient rebaptiser. Se considérant les descendants de l'Église primitive, les anabaptistes n'ont jamais pratiqué le baptême des enfants et ont rebaptisé tous les catholiques et protestants déjà baptisés qui se joignaient à eux (entre autres Menno Simons).

Premières communautés anabaptistes modernes[modifier | modifier le code]

Par opposition aux anabaptistes primitifs, pauliciens, bogomiles, vaudois et albigeois, qui sont traités séparément dans d'autres articles, cet article se concentre sur l'anabaptisme moderne, c'est-à-dire le mouvement qu'on a observé surtout dans la vallée du Rhin et dont on possède beaucoup plus d'informations que des précédents groupes dans la même lignée religieuse, dont les écrits ont été presque entièrement détruits par le temps et les persécutions cruelles, mais dont on retrouve la trace dans le Miroir des martyrs[5].

Selon la confession de Schleitheim regroupant un certain nombre de communautés autour de Schaffhouse, sept traits de la théologie illustrent l'anabaptisme :

  1. Le baptême est réservé aux consentants de la foi, c'est-à-dire aux adultes sûrs de la rédemption et qui veulent vivre dans la fidélité au message du Christ.
  2. La cène n'est que symbolique. C'est une cérémonie du souvenir faite avec du pain (parfois sans levain) et du vin (parfois non alcoolisé) mais il n'y a ni consubstantiation ni transsubstantiation.
  3. Le pasteur est élu librement par la communauté et n'est pas investi du sacerdoce.
  4. Sont exclus de la cène tous les fidèles tombés dans l'erreur ou le péché.
  5. La séparation du monde est totale aussi bien religieusement que politiquement. Il s'agit de se séparer de toutes les institutions qui ne sont pas dans l'Évangile.
  6. Ne pas « user de l'épée », c'est-à-dire de participer à l'institution judiciaire (juge, témoin, plaignant).
  7. Ne pas prêter serment.

Dans les faits, de petites communautés de croyants sont réunies dans des conventicules, le plus souvent clandestins, afin de lire la Bible. Les chefs des communautés sont des laïcs qui officient en habit civil. La discipline est importante pour maintenir une pureté éthique et doctrinale.

La progression de l'anabaptisme en Europe centrale est un véritable problème pour les autorités religieuses catholiques en place puisqu'il incite les personnes à ne pas faire baptiser leur enfant avant leur prise de conscience, ce qui risque de les priver du salut selon la doctrine catholique. Par ailleurs, sur le plan politico-religieux, les anabaptistes refusent la soumission de la religion au prince. Ils ne s'engagent pas dans l'armée.

Le terme « anabaptiste » provient, à l'origine, des adversaires de ce courant de pensée. En effet, les prosélytes étaient baptisés après leur profession de foi alors qu’ils avaient déjà été baptisés par d'autres Églises, d’où le nom d’« anabaptistes » ou « rebaptiseurs », puisqu'ils ne reconnaissaient pas la valeur du baptême administré aux enfants[6].

Les différents anabaptistes[modifier | modifier le code]

L'appellation « anabaptiste » regroupe des communautés différentes, qui n'ont parfois rien à voir les unes avec les autres. Bullinger, successeur de Zwingli à Zurich, a dressé une typologie des anabaptistes où apparaissent une dizaine de communautés :

  • Les anciens anabaptistes, dont certains groupes sont cités plus haut.
  • Les anabaptistes des Pays-Bas, qui seront très persécutés d'abord, et dont les dirigeants les plus connus sont Menno Simons et Dietrich Philips (nl). Vers la fin de la vie de Menno Simons (au XVIe siècle) la persécution deviendra moins forte et éventuellement disparaîtra. Les mennonites deviennent alors très prospères et reconnus pour leur travail de qualité et leur assiduité. Nombreux sont ceux qui perdent la foi, ou qui iront s'installer en Prusse ou encore aux États-Unis au cours des XVIIe et XVIIIe siècles. On estime que dans Provinces-Unies, en 1700 le nombre de mennonites se situait aux environs de 160 000[7], sur une population d'un peu plus de 2 500 000 personnes, soit environ 6% de la population. Aujourd'hui il ne reste que 10 000 mennonites aux Pays-Bas, sur une population de 16 millions, soit 0,06% de la population.
  • Les Frères suisses se sont formés dans l'entourage de Zwingli à Zurich. À l'inverse de ce dernier, ils pensent que la religion ne doit pas être institutionnalisée et réclament la liberté de choisir les pasteurs. De plus, ils pensent que le caractère obligatoire du baptême le disqualifie. Zwingli les expulse de la ville tandis que le même jour Grebel autorise le second baptême.
  • Les anabaptistes autour de Melchior Hoffman pensent que la cène est un acte symbolique. Melchior Hoffman se retrouve à Strasbourg où il se lie d'amitié avec Martin Bucer. Comme il pense que la fin du monde est proche (1538), il s'empresse de procéder au second baptême. S'entendant bien avec le magistrat de la ville, il peut procéder au second baptême de ses amis. Ses disciples iront jusqu'à MünsterJean de Leyde gagne les élections et fonde un règne eschatologique du Christ.
  • Les Huttérites vivent en communauté, repliés sur eux-mêmes. En 1650, on en comptait 10 000. Vivant groupés, ils considèrent que l'individu doit une obéissance totale aux lois de sa communauté, celui qui les transgresse devenant immédiatement un paria.
  • Les Brudern (Frères) sont apparus dans le Palatinat allemand vers 1708, où Alexander Mack et ses partisans se baptisent dans la rivière Eder. Appelés d'abord « Frères baptistes allemands », ils émigrent en Amérique du Nord où ils fondent différentes églises qui perdurent aujourd'hui.

Les sociétés anabaptistes sont surtout urbaines et pacifistes mais, devant l'horreur qu'inspire le non baptême chez les autres chrétiens, elles se réfugient vers la campagne où elles espèrent éviter les répressions. Entre 1525 et 1529, il n'y en a que 29 à Zurich et 10 à Schaffhouse. Vers 1630, on les estime au nombre de 4 000[réf. nécessaire].

Le « müntzerisme », dissidence de l'anabaptisme[modifier | modifier le code]

Le müntzerisme n'est pas représentatif de l'anabaptisme[8], mais il s'appuie sur cette idée pour développer une approche plus poussée de la préparation du règne eschatologique du Christ.

En 1521, Thomas Müntzer tout d'abord pasteur luthérien rompt avec Luther alors qu'il réside à Prague. Avec Nicholas Storch, il prêche les idées anabaptistes en Bohême et en Silésie, tout en prônant une réforme plus radicale des institutions sociales. Les idées de Müntzer et de Storch remettent en cause la propriété privée du sol. Elles ont beaucoup de succès parmi les paysans. Logiquement, Müntzer soutient les paysans révoltés contre leurs seigneurs. Müntzer rêve de fonder une nouvelle monarchie théocratique en Allemagne. Il est fait prisonnier au cours d'une déroute de son armée et exécuté. La guerre des Paysans allemands ou « guerre des gueux » s'éteint en 1525 : elle a été noyée dans le sang.

L'anabaptisme n'en est pas mort pour autant. Le rêve caressé par Müntzer subsiste dans le cœur de certains. Ainsi Jan Matthijs et Jean de Leyde prennent la tête d'une insurrection pour établir une théocratie dans la ville de Münster. L'armée coalisée des princes ne tarde pas à mettre le siège devant la ville révoltée. Les assiégés, fanatisés par leur propre résistance, donnent libre cours à leur imagination religieuse : Jean de Leyde, par exemple, comme d'ailleurs David Joris (un autre chef anabaptiste pacifiste quant à lui), va jusqu'à se proclamer successeur de David et, à l'instar de ce roi, s'unit à plusieurs femmes.

Article détaillé : Révolte de Munster.

Quand, en 1535, après une année de siège et de résistance opiniâtre, la ville est prise d'assaut, Jean de Leyde et ses lieutenants succombent sous la torture. Les anabaptistes dits « conquérants » sont traqués et poursuivis dans toute l'Allemagne et jusqu'en Suisse. Ceux d'entre eux qui en réchappent se rallient aux anabaptistes dits « pacifiques », communion strictement religieuse, mettant l'accent sur le baptême des adultes et sur l'inspiration personnelle dans l'interprétation de la Bible.

Dans son roman L'Œuvre au noir, Marguerite Yourcenar a consacré un des chapitres (« La mort à Münster ») au siège de la ville anabaptiste par les armées catholiques et luthériennes coalisées.

Menno Simons[modifier | modifier le code]

En réaction aux violences des disciples de Thomas Müntzer, et notamment à l'attaque par plusieurs centaines d'entre eux du monastère d’Oldeklooster, en Frise en avril 1535, le prêtre frison Menno Simons, proche des anabaptistes, écrit un pamphlet contre les dirigeants münsterites et leurs projets de théocratie violente, intitulé Le Blasphème de Jan van Leyden. En janvier 1536, il quitte ses fonctions ecclésiastiques pour diriger les fidèles anabaptistes dans une voie non violente. C'est de Menno Simons que se réclament aujourd'hui les Églises mennonites.

John Smyth[modifier | modifier le code]

John Smyth a été ordonné prêtre anglican en 1594 en Angleterre. Peu de temps après son ordination, il souhaite opérer un retour à la foi de l'église primitive. En raison de ses convictions partagés avec les puritains et congrégationalistes, il rompt avec l'Église anglicane et s'exile en 1607 pour la Hollande avec d'autres croyants qui ont les mêmes positions bibliques[9],[10]. C'est en Hollande que Smith découvre la théologie anabaptiste et en retient les principes, notamment sur le baptême pour les croyants adultes, opposé au baptême des enfants et le mémorial de la cène, opposé à la consubstantiation et la transsubstantiation. Il fonde ainsi la première Église baptiste à Amsterdam en 1609 (ou 1611 selon certains historiens)[11],[12].

Thomas Helwys[modifier | modifier le code]

Thomas Helwys fonde la première église baptiste générale d’Angleterre à Spitalfields, à l’est de Londres en 1612[13]. Cette même année, il publie Une courte déclaration sur le Mystère de l'iniquité, une critique du brownisme, du puritanisme et de la papauté[14]. Cet ouvrage est un des premiers plaidoyers pour la liberté religieuse en Angleterre et au Pays de Galles. Helwys l'envoie au roi Jacques Ier d'Angleterre en lui rappelant qu'il était lui aussi mortel, « poussière et cendres » comme le reste d'entre nous, sans aucun pouvoir sur les âmes immortelles de ses sujets. Le roi réagit en l'envoyant en prison, où il demeura jusqu'à sa mort, en 1616[15].

L'anabaptisme aujourd'hui[modifier | modifier le code]

L'anabaptisme est ce qui permet de distinguer une église « chrétienne évangélique » (comprenant le baptisme, pentecôtisme, mouvement charismatique évangélique, mouvement néo-charismatique et christianisme non-dénominationnel)d'une Église protestante traditionnelle (luthéranisme, presbytérianisme, méthodisme) [16],[17].

Parmi les groupes anabaptistes originaux encore présents on retrouve les mennonites, les amish ou encore les huttérites.

Selon les chrétiens évangéliques, l'anabaptisme est un retour à la foi apostolique et non un nouveau mouvement religieux. Les anabaptistes seraient donc ceux qui sont restés fidèles aux enseignements bibliques et qui ont été appelés de certains noms en France, tels les vaudois ou les albigeois[18].

La remise en question du baptême des enfants ou pédobaptisme est une réflexion constante des Églises protestantes en Europe. On a assisté dans les années 1950, puis dans les années 1970, à la croissance d'un mouvement en faveur du report du baptême à un âge de pleine conscience.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Stuart Murray, Radicalement chrétien, Excelsis, Angleterre, 2013
  • Patrice de Plunkett, Les évangéliques à la conquête du monde, Perrin, France, 2009
  • Sébastien Fath, La révolution des megachurches, Autrement, France, 2008
  • Charles Mathiot & Roger Boigeol, Recherches historiques sur les Anabaptistes de l'ancienne principauté de Montbéliard, d'Alsace et du territoire de Belfort, éditions Le Phare, Flavion, 1969
  • Jean Séguy, Les Assemblées anabaptistes-mennonites de France, Mouton & Co, Paris et La Haye, 1977 (ISBN 2713200032)
  • « Les Anabaptistes mennonites d'Alsace », in Saisons d'Alsace no 76, librairie Istra, 1981
  • Claude Baecher, L'Affaire Sattler, éditions Sator-Mennonites, 1990
  • (de) Host Erlach, Mein Reich ist nicht von dieser Welt, Im Selbstverlag Verfassers, 1993
  • Norman Cohn, Les Fanatiques de l'Apocalypse, Payot, 1996
  • Lydie Hege et Christophe Wiebe, Les Amish. Origine et particularismes 1693-1993, éditions AFHAM, 1996
  • Arnold Snyder, Graines d'anabaptisme - Éléments fondamentaux de l'identité anabaptiste, éditions Mennonites, Montbéliard, 2000 (ISBN 2904214615)
  • Luther Blissett, L'Œil de Carafa, Seuil,‎ , 743 p. (ISBN 2020400669)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Église de Dieu en Christ, mennonite, This is my Heritage, Gospel Publishers,‎ , 136 p. ([pp.%2054-80 lire en ligne])
  2. (en) This is my Heritage, Gospel Publishers, Church of God in Christ, Mennonite,‎ , 136 p., p.72.
  3. Philip Yancey, Ce Jésus que je ne connaissais pas, Editions Farel,‎ (ISBN 9782863142530, lire en ligne)
  4. http://evangile.ca/etudes/bibrel.html
  5. (en+nl) Thieleman van Braght, Miroir des Martyrs
  6. Revue d'Alsace no 137 (2011), p. 467 à 473, Les Assemblées anabaptistes-mennonites de la Haute Vallée de la Bruche (1708-1870), article de Françoise Fischer-Naas
  7. (en) « Global Anabaptist Mennonite Encyclopedia Online, Netherlands »
  8. Confession et Pacification conclue à Dordrecht, l'année 1632 : quatorzième point.
  9. http://www.universalis.fr/encyclopedie/smyth-smith/
  10. http://www.universalis.fr/encyclopedie/baptisme/
  11. http://www.lueur.org/textes/baptistes-qui-sont-ils.html
  12. http://shdbf.hautetfort.com/archive/2009/01/20/extrait-d-une-conference-sur-john-smyth.html
  13. Bernard ROUSSEL, Encyclopædia Universalis, HELWYS THOMAS, France (consulté le 02/01/2016)
  14. Stephen R. Holmes, "Baptist Theology", Éditions A&C Black, Angleterre, 2012, pages 112-120
  15. Site web de l’Encyclopédie Britannica, THOMAS HELWYS, Angleterre (consulté le 02/01/2016).
  16. [1].
  17. Murray 2013
  18. Patrice de Plunkett, Les évangéliques à la conquête du monde, Éditions Perrin, France, 2009.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien interne[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :