John Bost

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John Bost
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Jean Antoine Bost, dit John Bost, est un pasteur calviniste et revivaliste du XIXe siècle, pionnier de l'action sociale. Natif de Moutier, dans le canton suisse de Berne, devenu en 1844 ministre pastoral à La Force, dans le Périgord, il est le fondateur des Asiles John Bost, « utopie prophétique » destinée aux orphelins, aux handicapés et aux vieillards, reconvertie aujourd'hui en une fondation à vocation médicosociale qui gère plus de trente établissements de santé, la Fondation John Bost.

« Ceux que tous repoussent, je les accueillerai au nom de mon Maître, sans murs ni clôtures, et je mettrai des fleurs sur leur chemin. »

— Devise donnée par le pasteur Bost à sa fondation.

Biographie[modifier | modifier le code]

Vocation familiale (1817-1843)[modifier | modifier le code]

Jean est le fils du pasteur Ami Bost, figure du Réveil protestant, qui est un mouvement évangélique genevois, et de Jeanne Françoise Pattey. Ses huit frères deviendront eux aussi pasteurs, dont Ami Bost Junior, homme d'affaires et père d'Helen Bost[1],[2].

Il reçoit une formation de relieur, métier manuel que ses parents jugent adapté à sa mauvaise santé, mais, pianiste émérite, il envisage de faire de ce don sa profession. En 1839, il reçoit des leçons et des encouragements de Franz Liszt de passage au Conservatoire de Genève puis, comme l'avait fait sa compatriote Catherine-Valérie Boissier adolescente, se rend à Paris pour suivre le maître tout en donnant lui même des leçons de piano.

Après avoir entendu au théâtre le début du Domino noir (en) et passé une nuit d'angoisse, il est dégouté par la vanité de la vie à laquelle il se prépare, si éloignée de celle de son enfance. En 1841, il a vingt quatre ans, renonce à sa carrière artistique. Sur les conseils du pasteur Louis Meyer, il part travailler un an comme précepteur en Irlande. A la rentrée 1842, il s'inscrit au collège protestant de Sainte Foy.

À l'automne 1843, il entre à la Faculté de théologie protestante de Montauban. La tradition de la faculté est que les étudiants consacrent leurs loisirs à des œuvres charitables. « John » Bost se dévoue comme moniteur d'enfants dans un pensionnat gratuit que dirige le professeur Prosper-Frédéric Jalaguier. En compagnie de Hannah Monod, il découvre la misère des enfants des rues et des orphelins ainsi que l'absence de solutions pour les cas d'urgence sociale et pour les enfants de moins de six ans.

Pasteur en dissidence (1844-1850)[modifier | modifier le code]

Le Grand Temple de Bergerac aujourd'hui, dont dépendaient les paroissiens de La Force jusqu'à la venue du pasteur Bost.

« Détachez cet ânon et amenez le moi (...) Le Seigneur en a besoin. »

— Marc 11:2-3, thème du sermon inaugural du pasteur Bost.

John Bost n'étudiera qu'une année à la Faculté protestante. En août 1844, il est en effet appelé à prendre le poste de pasteur du village de La Force, dans le département de la Dordogne. Les villageois ont refusé de suivre le pasteur du chef-lieu voisin de Bergerac quand celui-ci a accepté de se soumettre au régime concordataire et d'être rémunéré par l'état. John Bost, nouveau pasteur dissident, est ordonné le 26 septembre 1844 à Orléans.

Sa première tâche est de donner un nouveau temple à sa communauté, qui n'a plus accès au temple de la Force. L'édifice est inauguré à la sortie est du village le 15 décembre 1846 par son père, Ami Bost. Il est complété par un presbytère et une école.

John Bost reste cependant confronté à des cas d'enfants souffrants de grande misère et de grand handicap qu'aucune institution n'a la capacité de prendre en charge. Face au renoncement de la colonie agricole que la Société du protestantisme français a créée à Sainte Foy[3], il décide d'ajouter à ses constructions un asile destiné aux enfants indésirés, prioritairement les filles handicapées, orphelines, pauvres. Le 24 mai 1848, grâce aux recommandations des professeurs de la Faculté protestante de Montauban et aux souscriptions recueillies à Paris, à Londres et à Edinbourg mais aussi aux matériaux livrés gracieusement par les paysans et à un don de huit mil francs reçu d'une paroissienne, est inauguré un orphelinat pour jeunes filles appelé La Famille évangélique, où sont également placés des enfants abandonnés. Suivront huit autres pavillons.

La Révolution de 1848 a fait naître chez les libristes l'espoir d'une séparation de l'Église et de l'État et de l'abolition du régime concordataire mais en 1849 la Deuxième République décide du maintien de celui-ci. John Bost participe alors à la création de l'Union des Églises évangéliques libres, qui regroupe les communautés protestantes, telle la sienne, hostiles au Concordat.

Fondateur inspiré (1851-1860)[modifier | modifier le code]

Le projet d'établissements privés à vocation sociale reprend dans ce cadre de la dissidence. Une des motivations de John Bost, qui est aussi un de ses arguments, est de ne pas abandonner au secours catholique et à la conversion les familles protestantes en difficulté[3]. Il consacre tout son temps disponible à voyager pour collecter des dons. Seul dépositaire de l'argent récolté, il imposera seul ses conceptions, ses organigrammes et ses règlements. Ceux ci assigneront aux patients les tâches domestiques conçues comme un dressage[4], principalement le lavage du linge (trois fois par semaine de quatre heure du matin à quatre heure du soir) mais aussi le ménage, la cuisine, la boulangerie, le soin de la basse cour, et prévoiront des punitions.

Opposé à la loi de 1838 qui réglemente l'internement des aliénés, le pasteur Bost veut proposer des hospitalisations en milieu ouvert, sans les murs inspirés par la clôture monastique. Opposé aux pronostics des médecins à l'époque impuissants face à la vésanie, il juge que considérer une maladie psychique comme incurable est une forme de résignation qui revient à « renier l’amour de Dieu ». Il organisera la vie de ses pensionnaires comme celle de ses employés autour de la lecture de la Bible et des cantiques.

En 1855, quarante cinq mil francs, récoltés à Paris avec le soutien d'Adolphe Monod et d'Henriette André-Walther, lui permettent d'acquérir un domaine de douze hectares et d'y ouvrir Bethseda, asile pour jeunes filles aveugles, infirmes ou handicapées mentales. Trois ans plus tard, c'est Siloe, le pendant pour garçons.

La prise en charge du polyhandicap (1861-1876)[modifier | modifier le code]

Détail de la Transfiguration de Raphaël illustrant selon le pasteur Bost le rôle de sa fondation soutenant l'enfance souffrante, la souffrance étant pour lui une expiation planifiée par Dieu[3].

À quarante-quatre ans, le 1er juillet 1861, John Bost épouse Eugénie Ponterie, la fille du premier pasteur libriste de La Force. Le couple aura quatre enfants, Leila (1862), Caroline (1864), Henriette (1866), Henri (1867).

Le pasteur poursuit son projet en se consacrant à la prise en charge la plus difficile et la plus négligée, celle des enfants atteints du haut mal. Ceux ci n'ont aucun centre de postcure spécialisé pour les accueillir et sont parfois récusés, l'« épilepsie », souvent confondue avec toutes sortes d'agitations ou même une démence précoce, s'inscrivant souvent dans un tableau clinique de polyhandicap qui associe chorée et abasie.

Une nouvelle souscription organisée par un congrès des pasteurs de Paris sous la présidence du banquier François Delessert permet de leur ouvrir en 1862 Eben-Hezer, réservé aux filles, et en 1870 Bethel, pour les garçons. Entretemps, en 1867, un nouveau temple est inauguré. Des galeries latérales y ont été aménagées pour les épileptiques. Elles sont grillagées. Des stores s'abaissent en cas de crise et le patient est évacué par derrière sur un des matelas à disposition.

En 1875 et 1876, le pasteur Bost inaugure deux maisons de retraite, respectivement de quarante et douze chambres, Le Repos pour dames séniles, infirmes ou indigentes, La Retraite pour femmes de condition plus modeste[3], célibataires, veuves et servantes âgées. Pour le pasteur Bost en effet, si les différences sociales, et la misère, disparaitront à la fin des temps, elles ne doivent être niées ni combattues en ce monde mais reçues comme une épreuve envoyée par Dieu à ceux qui souffrent comme à ceux qui soulagent[3].

La reconnaissance (1877-1881)[modifier | modifier le code]

En 1877, le pasteur libriste abandonne l'UEEL et, non sans heurter les plus radicaux de ses paroissiens, réintègre l'Église réformée, qui s'est rapprochée du librisme en 1872 en adoptant la confession, c'est-à-dire l'engagement public de chacun pour sa foi, la laïcité étant au contraire de faire de sa foi une affaire purement privée. Les Asiles John Bost sont reconnus d'utilité publique cette même année par la IIIe République. Cette reconnaissance leur confère une personnalité juridique, leur impose des statuts définis par la loi et un conseil d'administration, qui les fait échapper au mode de fonctionnement jusqu'alors imposé par l'unique propriétaire.

John Bost retrouve le chemin de la doctrine officielle et de la Faculté de théologie protestante de Montauban, où il complète et achève sa formation universitaire en présentant en 1880 une thèse de baccalauréat en théologie, bref mélange de sermon et d'anecdotes, intitulée L'Église chrétienne considérée comme asile de souffrance.

Les Asiles John Bost se complètent de deux autres établissements grâce à cent mil francs de dons. La Miséricorde à partir de 1878 et La Compassion à partir de 1881 accueillent toutes sortes de cas d'handicap mental ou physique, de sénilité, d' « épilepsie ». Ces bâtiments sont équipés de salles d'hydrothérapie.

Le 7 octobre 1881, trois semaines avant de mourir, John Bost lègue aux Asiles les terrains et les immeubles qu'ils utilisent. Après le décès de leur fondateur, leur direction est prise par le pasteur Rayroux, auquel le pasteur Bott, son gendre, succédera en 1908, la direction médicale revenant au docteur Ernest Paul Louis Rolland, médecin des asiles[5] influencé par les travaux de Charcot et son école de la Salpêtrière[6].

La famille Bost[modifier | modifier le code]

Filles et nièces[modifier | modifier le code]

  • Sa fille Leïla Bost épouse le docteur François Charon ; leur fille Suzanne Charon épouse le docteur Léopold Nègre qui met au point la technique de vaccination du BCG
  • Sa fille Caroline Bost épouse le docteur Adolphe Jalaguier, qui réalise les premières opérations d'appendicite.
  • La nièce de John Bost épouse Louis Séchan, père d'Olivier Séchan et grand-père de Renaud[7].
  • Helen Bost, une autre nièce de John Bost et fille d'Ami Bost Junior, est la mère des frères Cadier[1],[2].

Fondation John Bost[modifier | modifier le code]

Le temple de la fondation protestante John Bost

Objet[modifier | modifier le code]

Créée en 1848 et reconnue d'utilité publique depuis 1877, la Fondation John Bost est le propriétaire privé et l'exploitant sans but lucratif de centres d'assistance sociale et de soins, principalement de moyen et de long séjour. Ceux ci participent au service public hospitalier (PSPH), depuis 2010 en tant qu' « établissement de santé privé d'intérêt collectif » (ESPIC).

Elle y accueille des personnes de tout âge supérieur à six ans souffrant de maladies psychiques, d'handicap mental ou d'handicaps physiques, ainsi qu'à des personnes âgées ayant perdues leur autonomie[8]. Ne sont pas pris en charges les malades contagieux, les patients souffrant de troubles psychiatriques aigus, les toxicomanes, les psychopathes.

Moyens[modifier | modifier le code]

La fondation dispose en 2015 de trente quatre centres thérapeutiques implantés principalement dans le sud ouest de la France mais aussi en Normandie et en région parisienne[8]. Son centre de formation de Bergerac forment chaque année six cents personnels[8]. La fondation compte en 2015 mille neuf salariés pour mille cinq cents résidents[8].

Orientation[modifier | modifier le code]

Le conseil « éthique et scientifique » de la fondation réunit médecins, pasteurs et personnes impliquées dans la pastorale. L'approche développée dans les centres d'hébergement[9] associe aux soins médicaux et aux psychothérapies des projets éducatifs et des activités culturelles dans un esprit de respect de la personne et si possible d’épanouissement de sa spiritualité[8], quelle que soit sa religion[10] ou son absence de religion.

La fondation adhère à la Fédération des établissements hospitaliers et d'aide à la personne (FEHAP) et travaille en étroite association avec les établissements pour polyhandicapés de l'APHP d'une part, et des établissements du département du Lot et Garonne (Association Après 47) d'autre part. Elle est soutenue par la Fondation du protestantisme et est guidée par la charte de la Fédération de l’entraide protestante (FEP). Elle participe aux groupes d'intérêts Aide européenne aux personnes handicapées mentales (EAPH) et Handicap et églises.

Œuvre publié[modifier | modifier le code]

  • Les œuvres de Laforce, Faisandier impr., Bergerac, 1867, 131 p.
  • Les asiles de Laforce, Aux Librairies Protestantes, Paris, 1873-1877, 3 vol.

Distinctions[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Léon Maury, John Bost, le fondateur des asiles de Laforce, La Cause, Paris, 1925.
  • Alexandre Westphal, John Bost et sa cité prophétique, 1937.
  • Philippe Rey Lescure, John Bost, un homme devant la souffrance, Dieu, l'amour, des fleurs, 1959.
  • Collectif, Le Handicapé mental et la communicabilité, Fondation John Bost, La Force, 1974, 121 p.
  • Charles-Marc Bost, Mémoires de mes fantômes, 1981,
    • t. I "Ami et ses dix fils",
    • t. II "John"
    • t. III "Les descendants".
  • John Bost, Fondation John Bost, la Force, 1990 (bande dessinée).
  • Geneviève Carion-Machwitz, La Meynardie, pour l'amour de John Bost, 1992 (biographie de son épouse Eugénie Ponterie).
  • Michel Baron, John Bost, la cité utopique, 1998.
  • Jean Baubérot, « John Bost (Jean Augustin, dit 'John') », in dir. Patrick Cabanel & André Encrevé, Dictionnaire biographique des protestants français de 1787 à nos jours, t. 1 A-C, p. 404-405, Éditions de Paris, Paris, 2015 (ISBN 978-2846211901).

Sources[modifier | modifier le code]

  1. a et b Alfred Cadier, La Vallée d'Aspe et le Béarn Protestant, Éditions MonHélios, 2002 et 2003
  2. a et b La famille Cadier et la location d'Izarda
  3. a, b, c, d et e J. Bost, L'église chrétienne considérée comme asile de la souffrance, Faculté de théologie, Montauban, février 1880.
  4. E. Rayroux, Rapport sur les asiles John Bost, p. 47, Aux Librairies protestantes, Paris, juin 1898.
  5. E. P. L. Rolland, Les asiles John Bost à Laforce (Dordogne), Aux librairies protestantes, Paris, 1884, 92 p.
  6. E. P. L. Rolland, Un cas de sclérose en plaques avec localisation bulbo-protubérantielle, et disparition complète de la plupart des symptômes après un sommeil prolongé d'au moins deux heures., G. Gounouilhou, 1889, 19 p.
  7. "Xan de l'Ours" de Marc Large, préface de Renaud, Ed. Cairn
  8. a, b, c, d et e Service communication, Fondation John Bost, Artigues-près-Bordeaux, 2015.
  9. Fondation John Bost, Schéma d'orientation pédagogique et thérapeutique, Fondation J. Bost, La Force, 1977, 16 p.
  10. I. Bousquet, « Quels sont les signes protestants qui peuvent illustrer un parcours de soins ? », in Annales des Journées Nationales 2015, FEP, Lille, 27-28 mars 2015.

Textes de John Bost[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe : Jacques Reclus (1796-1882).