Vendredi saint

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Vendredi saint
Christ à la couronne d'épines, peint par Dirck van Baburen en 1623.
Christ à la couronne d'épines, peint par Dirck van Baburen en 1623.

Observé par Les chrétiens
Type Célébration religieuse
Signification Commémoration de la Passion (Supplice et exécution de Jésus-Christ).
Date Vendredi précédant le dimanche de Pâques
Date 2017 14 avril (Orient et Occident)
Date 2018 30 mars (Orient et Occident)
Lié à Pâques

Le Vendredi saint est la commémoration religieuse célébrée par les chrétiens le vendredi précédant le dimanche de Pâques. Il marque le jour de la crucifixion et de la mort de Jésus-Christ. Il fait partie du triduum pascal, qui s'étend du Jeudi saint (commémoration du dernier repas du Christ avec ses apôtres) aux vêpres du dimanche de Pâques. Dans la tradition orthodoxe, il est appelé « Grand vendredi » ou « Saint et grand vendredi ».

Ce jour est férié dans un grand nombre de pays ou de régions dont une partie de la population est chrétienne, en Europe (Allemagne, Espagne, Italie, Royaume-Uni, Suisse...), en Amérique (Argentine, Canada, Chili, 12 des 50 États des États-Unis...), en Afrique (Éthiopie, Kenya, Nigéria...) et en Asie (Hong Kong, Inde, Indonésie, Macao...).

Objet de la commémoration[modifier | modifier le code]

Le Vendredi saint est la commémoration de la Passion et de la crucifixion de Jésus-Christ[1].

La mort du Christ et la foi en sa Résurrection sont fondamentales pour le christianisme ; ce jour est donc célébré par toutes les Églises chrétiennes.

Il s'agit d'un jour de tristesse et de méditation sur la signification de cette mort[1].

Coutumes catholiques[modifier | modifier le code]

Jeûne[modifier | modifier le code]

L'Église catholique préconise de jeûner (« privation substantielle de nourriture selon l’âge et les forces de chaque chrétien[2] ») le Vendredi saint.

Liturgie[modifier | modifier le code]

Les églises catholiques ont souvent coutume de faire voiler les crucifix ce jour-là jusqu'à la veillée pascale.

Des offices additionnels sont tenus ce jour-là avec des lectures du Nouveau Testament. L'office solennel catholique, appelé « messe des Présanctifiés », fait partie du Temps de la Passion de l'année liturgique et a la structure d’une messe, à savoir trois lectures, la prière universelle, l’adoration ou la vénération de la Croix au lieu du sacrifice eucharistique et la communion avec des hosties consacrées la veille à la messe du soir[3]. Des chemins de croix en quatorze stations, commémorant chaque scène conduisant à la crucifixion, ont également lieu ce jour-là; ils peuvent être suivis par les Impropères.

La prière Oremus pour les Juifs lors de la liturgie du Vendredi saint comportait une mention qui peut paraître offensante pour les Juifs, à cause d'une mauvaise traduction qui a fait croire qu'elle était à l'origine de l'antijudaïsme et de l'antisémitisme. Cette mention a été supprimée par Jean XXIII en 1959, et le Concile Vatican II a clarifié la position de l'Église sur les relations avec le judaïsme dans la déclaration Nostra Ætate (1965).

Article détaillé : Oremus et pro perfidis Judaeis.

Les crucifix voilés depuis le samedi de la quatrième semaine de carême (les images le sont aussi ce jour-là) sont dévoilés à l'issue de la célébration.

Processions[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Chemin de croix.

Dans la tradition catholique, le chemin de croix ou Via Crucis tend à méditer, ou même à reproduire, notamment en Amérique latine et aux Philippines, la Passion du Christ.

De nombreuses processions ont lieu à travers le monde catholique pour la Semaine sainte ou simplement le Vendredi saint. En France, les traditions du Catenacciu se poursuivent de nos jours en Corse, en particulier à Sartène[4]. En Allemagne, des « Portements de Croix vivants » (Lebendiger Kreuztracht) ont lieu dans les régions du sud du pays, comme à Wiedenbrück, à Ulm et à Neu-Ulm, ainsi qu'à Stuttgart-Bad Cannstatt.

Mais c'est surtout en Espagne et en Italie que les processions du Vendredi saint sont les plus impressionnantes, de même que dans les pays d'Amérique latine. Les plus connues mondialement sont probablement celles de la semaine sainte de Séville[4].

Dans le rite byzantin[modifier | modifier le code]

Fleurissement de la représentation du Sépulcre du Christ dans une église russe, le Vendredi saint.

Dans la plupart des Églises orthodoxes, un jeûne rigoureux (abstention totale de nourriture) est demandé le Vendredi saint au moins jusqu'aux Vêpres, pourvu que l'âge et l'état de santé des fidèles le permette[5].

L'office des matines a conservé, contrairement à celui du reste de l'année, influencé par les usages palestiniens, la marque des traditions de la Grande Église de Constantinople. On y chante quinze antiphones, au début de l'office, après quoi l'ordo est semblable à celui observé habituellement en carême. Le canon est un triode (à trois odes au lieu de huit) dont l'acrostiche est « Avant le Sabbat ». La particularité principale de cet office est que tout au long de son déroulement sont lues douze péricopes évangéliques qui relatent les derniers enseignements du Christ aux apôtres ainsi que la prière sacerdotale (première lecture, Jean 13,31 - 18,1), puis l'accusation par les Juifs, la condamnation devant Pilate, la Crucifixion, et l'ensevelissement, issus des quatre évangiles.

Les heures suivent le déroulement de l'office des heures royales, avec la lecture de psaumes propres, le chant de stichères, et des lectures de l'ancien testament, des épitres et des évangiles.

Aux vêpres, en plus des lectures de l'ancien testament, on lit une épitre et une péricope évangélique ; lorsque le chœur entonne l'apolytikion, le clergé sort du sanctuaire en portant l'épitaphion, une représentation du Christ gisant au tombeau, et vient la déposer au milieu de l'église, pendant que les fidèles s'agenouillent. A la fin de l'office, les fidèles vénèrent en se prosternant l'épitaphion.

Calendrier[modifier | modifier le code]

Le Vendredi saint est célébré deux jours avant Pâques, et est donc une commémoration mobile. En raison de la réforme du calendrier grégorien, il n'est pas célébré aux mêmes dates par toutes les Églises, les chrétiens orthodoxes ayant pour la plupart conservé le calendrier julien comme base de leur calendrier liturgique.

Ce jour est férié dans un grand nombre de pays dont une partie de la population est chrétienne, par exemple en Allemagne, en Angola, au Canada, en Espagne, en Finlande, en Italie, en Nouvelle-Zélande, aux Pays-Bas, au Portugal, au Royaume-Uni, en Suède ou encore en Suisse (dans tous les cantons sauf le Tessin et le Valais)[6].

En France, le Vendredi saint est également férié dans certains DOM/TOM (la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, la Polynésie française), en Alsace (Bas-Rhin et Haut-Rhin) et en Moselle[7]. Dans ces trois départements, la journée n'est chômée que dans les communes où se trouve un temple protestant ou une église mixte[8]. Ce jour-là en Alsace, les fidèles affluent dans les églises protestantes et certains qui ne vont jamais au culte tiennent à être présents ; on parle d'ailleurs des « chrétiens du Vendredi saint »[9]. Pour les catholiques, au contraire, ce n'est pas la mise à mort du Christ mais sa résurrection le jour de Pâques qui est une fête d'obligation. En sorte que, dans certains villages mixtes, les paysans catholiques romains s'arrangeaient pour rentrer le fumier devant leurs concitoyens protestants endimanchés... qui leur rendaient la pareille en travaillant ostensiblement le 15 août, fête de l'Assomption[10] .

Divers[modifier | modifier le code]

Dictons associés[modifier | modifier le code]

Plusieurs dictons sont associés à cette commémoration : « le Vendredi Saint, s’il pleut, le bœuf rit, le cochon pleure » (la pluie fournit de l'herbe pour le bœuf mais est néfaste pour le son ou les pommes de terre, aliments du cochon), « pour garder de gelée le lin, sème-le le Vendredi Saint », « pour que les rats ne mangent pas le raisin, il faut tailler la treille le Vendredi Saint », « le Vendredi saint, sème tes giroflées, elles doubleront dans l'année », « le Vendredi-Saint ensemence ton cotillage, tu auras de beaux légumes », « les pommes de terre plantées le Vendredi-Saint ne seront pas prises de gelée », « la gelée du Vendredi Saint gèle le pain et le vin » mais « s'il pleut le Vendredi Saint, la gelée voit sa fin », « qui coule la lessive le Saint vendredi, veut la mort de son mari », « s'il pleut le Vendredi saint, toute la pluie de l'année ne servira à rien » car « quand il pleut le Vendredi Saint, la pluie fait l'effet du sang au terrain »[13],[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Vendredi saint Fédération protestante de France.
  2. Jeûne sur eglise.catholique.fr.
  3. Vendredi saint Portail de la liturgie catholique
  4. a et b Philippe Rouillard, Les Fêtes chrétiennes en Occident, Le Cerf (ISBN 9782204071062), p. 71-80
  5. (en) Bulgakov, Sergei V. (1900), "Great Friday", Handbook for Church Servers, 2e éd., Kharkov, Tr. Archpriest Eugene D. Tarris, p. 543.
  6. On lit sur un site officiel suisse : « En raison de l'interdiction de circuler les jours fériés - applicable le Vendredi saint dans la plupart des cantons (mais ni au Tessin, ni en Valais)… »
  7. « Jours fériés en France », sur www.joursferies.fr (consulté le 7 mars 2018)
  8. « Vendredi saint considéré comme chômé en Alsace-Moselle », sur senat.fr
  9. F.G. Dreyfus écrit dans Le protestantisme alsacien : « Le nombre de fidèles peut être confirmé par le recensement et les chiffres de réguliers ou irréguliers pouvaient être recoupés avec les chiffres de présence le 29 avril et avec ceux du Vendredi saint et du Dimanche de Pâques. » On voit que l'assistance à ces deux célébrations est caractéristique.
  10. Voir chez Alfred Wahl, Confession et Comportement dans les campagnes d'Alsace et de Bade, 1871-1939, Éditions Coprur, 1980, p. 642 et sqq.
  11. « La bourse de Paris fermée pour un long week-end de Pâques », (consulté le 18 avril 2014)
  12. art. L3134-13 du code du travail [html] sur Légifrance (consulté le 19 juin 2015)
  13. Henri Pourrat, L'Almanach des saisons, Albin Michel, (lire en ligne), p. 121
  14. Sylvie Rozé, Le livre des proverbes, Omnibus, , 325 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]