Ismaïl ben Chérif

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Moulay Ismaïl
مولاي إسماعيل
Portrait de Moulay Ismaïl, sultan du Maroc de 1672 à 1727.
Portrait de Moulay Ismaïl, sultan du Maroc de 1672 à 1727.
Titre
Sultan du Maroc

(54 ans 11 mois et 8 jours)
Couronnement à Fès
Prédécesseur Moulay Rachid
Successeur Moulay Ahmed
Gouverneur du Royaume de Fès
1667
Biographie
Dynastie Alaouite
Nom de naissance Ismaïl ben Chérif
Date de naissance v. 1645
Lieu de naissance Sijilmassa
Date de décès (à env. 82 ans)
Lieu de décès Meknès
Père Moulay Cherif
Enfant(s) Entre 1 042 et 1 171 enfants dont :
Moulay Zine El Abidine Red crown.png
Moulay Ahmed Red crown.png
Moulay Abdallah Red crown.png
Mohammed II Red crown.png
Moulay Ali Red crown.png
Moulay Abdelmalek Red crown.png
Moulay Mostadi Red crown.png
Religion Islam
Monarques du Maroc

Moulay Ismaïl (en arabe : مولاي إسماعيل) ou Moulay Ismaïl ben Chérif[N 1], né vers 1645 à Sijilmassa et mort le à Meknès, est sultan du Maroc de 1672 à 1727. Septième fils de Moulay Chérif, il occupe la fonction de gouverneur du Royaume de Fès et du nord du Maroc à partir de 1667, jusqu'à la mort de son demi-frère, le sultan Moulay Rachid, en 1672. Moulay Ismaïl se proclame alors sultan du Maroc à Fès et affronte son neveu et prétendant au trône, Moulay Ahmed ben Mehrez, pendant une quinzaine d'années, jusqu'à la mort de celui-ci en 1687. Le règne d'Ismaïl correspond à une période d’apogée de la puissance marocaine. Le sultan dote le Maroc d’une puissante armée, composée pour une bonne part d’esclaves noirs qui lui sont totalement dévoués, ce qui permet au pouvoir central d’être moins dépendant des tribus trop souvent rebelles. Moulay Ismaïl réussit à combattre les Ottomans d'Alger et à chasser les Européens des ports qu'ils occupent, en l'occurrence Larache, Assilah, El-Mamoura et Tanger. Il fait des milliers de prisonniers chrétiens et manque de peu de s'emparer de Ceuta.

Il maintient le contrôle sur la flotte de corsaires basée à Salé-le-Vieux et Salé-le-Neuf, qui le fournit en esclaves chrétiens, puis en armement grâce à leurs razzias en Méditerranée et jusqu'à la mer du Nord. Cela ne l'empêche pas de nouer des relations diplomatiques conséquentes avec les puissances étrangères, en particulier avec la France, l’Angleterre et l’Espagne. Souvent comparé à son contemporain Louis XIV par son charisme et son exercice du pouvoir en tant que monarque absolu, Moulay Ismaïl était surnommé le « roi sanguinaire » par les Européens, à cause de sa cruauté et de ses exécutions sommaires.

Roi bâtisseur, il entreprend la construction du grand palais de Meknès, de jardins, de portes monumentales, de plus de quarante kilomètres de murailles et de nombreuses mosquées. Il meurt le à Meknès des suites d'une maladie, et laisse un pays déchiré par une rébellion causée par la garde noire des Abid al-Bukhari, laquelle contrôle le pays jusqu'à l’avènement de Sidi Mohamed Ben Abdellah.

Moulay Ismaïl détient à ce jour le record de longévité en tant que monarque absolu, son règne ne durant pas moins de 55 ans, sans régence préalable puisqu'il ne prit le pouvoir qu'à l'âge de 27 ans.

Biographie[modifier | modifier le code]

Contexte, origines et accession au pouvoir[modifier | modifier le code]

dans des tons ocres, sur trois plans, un sol de pierre, un village de terre de même couleur, et des arbres verts éparses
Le Tafilalet, région où les Chérifs alaouites se sont installés à partir du XIIIe siècle.

Né vers 1645 à Sijilmassa[L 1], Ismail ben Chérif est le septième fils de Moulay Chérif Ben Ali, prince du Tafilalet et fondateur de la dynastie des Alaouites[1]. Sa mère est une esclave noire et son père descendrait de Muhammad al-Nafs al-Zakiya[L 2]. Il est le descendant de Hassan Ad-Dakhil, qui se réclame 21e descendant de Mahomet et 17e descendant de al-Zakiya, et qui se serait installé à Sijilmassa en 1266[L 3].

Après la mort du célèbre sultan saadien Ahmed al-Mansour, le Maroc entre dans une période mouvementée caractérisée par une lutte entre les fils du défunt pour le trône, et par le morcellement du pays au profit de différents chefs militaires et pouvoirs religieux[L 4],[L 5]. Au commencement du règne de Zaidan el-Nasir, le sultanat saadien est complètement affaibli. La Zaouïa de Dila contrôle le centre du Maroc, la Zaouïa d'Illigh établit son influence du Souss jusqu'au Drâa, le marabout el-Ayachi prend possession des plaines du nord-ouest, des côtes atlantiques jusqu'à Taza, la République de Salé s'établit en état indépendant à l'embouchure du Bouregreg, et la ville de Tétouan devient une cité-État gouvernée par la famille Naqsis[2]. Au Tafilalet, nommés par les filaliens[N 2] pour repousser l'influence de la Zaouïa d'Illigh et de la Zaouïa de Dila, les Alaouites établissent à partir de 1631, une principauté indépendante, la principauté du Tafilalet[L 5].

Trois souverains précèdent Ismail ben Chérif : il s'agit de son père puis de ses deux demi-frères. Premier souverain de la dynastie alaouite à partir de 1631, Moulay Chérif permet au Tafilalet d'échapper à l'influence de la puissante Zaouïa de Dila[L 6]. Moulay Chérif abdique en 1636 et son fils aîné, Moulay Mohamed ben Chérif, lui succède. Sous le règne de ce dernier, le domaine alaouite s'étend jusqu'au Moulouya et au Draâ[3]. Son frère Moulay Rachid, ambitieux et désobéissant, se rebelle et réussit à le tuer le lors d'une bataille qui se déroule dans la plaine des Angad (près de Oujda)[L 7]. Moulay Ismaïl, qui choisit le camp de Rachid, en est récompensé. Nommé gouverneur de Meknès, Ismaïl a soif d'or et il se consacre, dès sa jeunesse, à l'agriculture et au commerce dans le but d'augmenter ses richesses[L 2], pendant que son demi-frère Moulay Rachid règne comme prince du Tafilalet, puis, comme sultan du Maroc après la prise de Fès le [L 7]. Jouissant de la confiance de son aîné, Ismaïl reçoit le commandement militaire du Nord du Maroc et devient, à partir de 1667, calife (vice-roi) de Fès pendant que son frère combat dans le Sud du Maroc. Moulay Rachid s'empare de la Zaouïa de Dila en 1668 puis met deux ans à mater les rebelles de Marrakech avant de pénétrer dans la ville en 1669[4].

Le , Ismaïl célèbre son premier mariage à Fès, en présence de son frère Rachid[L 8]. Le 25 juillet, il met à mort 60 brigands des Oulad Djama qu'il crucifie sur la muraille du Borj el-Jadid, à Fès[L 9]. Alors que Rachid continue ses opérations contre les tribus insoumises du Haut Atlas, il meurt le à Marrakech des suites d'une chute de cheval. Le 13 avril[L 1], après avoir appris la mort de son demi-frère Rachid, Moulay Ismaïl s'empare de Fès, où se trouvent les trésors de son demi-frère, puis se proclame sultan du Maroc le [L 2], à l'âge de vingt-six ans[L 1].

Sa proclamation a lieu vers deux heures de l'après-midi, et est suivie d'une grande cérémonie[L 1]. Toute la population de Fès dont ses notables, savants et chérifs, apporte serment de fidélité au nouveau souverain. Tout comme les tribus et villes de tout le Royaume de Fès, qui lui envoient des députations et des présents. Seule Marrakech et sa région n'envoie aucune députation. Ismaïl fait de Meknès sa capitale définitive, séduit par l'eau et le climat de cette ville[L 10].

Instabilité et révoltes internes[modifier | modifier le code]

gravure d'un homme en armure regardant à sa droite. Il porte un sceptre
Moulay Ismail. Illustration de John Windus tirée de Reise nach Mequinetz, der Residentz des heutigen Käysers von Fetz und Marocco, Hanovre 1726.

Après sa prise de pouvoir, Moulay Ismaïl doit faire face à plusieurs cas de rébellions : tout d'abord la révolte de son neveu Moulay Ahmed ben Mehrez, fils de Moulay Mourad Mehrez ; puis celle de ses frères, parmi lesquels Moulay Harran, qui prend le titre de roi au Tafilalet. Le chef de guerre tétouanais Khadir Ghaïlan oppose également une résistance au sultan Ismaïl, ainsi que plusieurs tribus insoumises et groupes religieux[L 11]. Lorsque la nouvelle de la mort de Moulay Rachid atteint Sijilmassa, Ahmed ben Mehrez se précipite en direction de Marrakech, dans le but de s'y faire proclamer sultan. Les tribus du Haouz, les Arabes du Souss et les habitants de Marrakech se joignent à lui, et lui permettent de s'emparer de toute la région. Moulay Ismaïl qui apprend ces faits, lance le , une campagne contre son neveu Ahmed, qui a rallié les tribus du Sud et s'est proclamé sultan à Marrakech[L 12]. Ismaïl réussit à remporter une victoire grâce à son artillerie et à entrer dans la ville de Marrakech[L 11], puis à s'y faire reconnaître comme sultan le [L 12],[L 13]. Ahmed, blessé par une balle, s'enfuit dans les montagnes[L 2]. Ismaïl pardonne les habitants de Marrakech, puis réorganise les défenses de la ville[L 14]. Il atteint ensuite Fès pour ramener le cercueil de son frère Rachid, et l'enterrer dans le mausolée du cheikh Ali ben Herzouhm, avant de retourner à Meknès le [L 12].

Moulay Ismaïl prépare l'organisation de l'empire, et distribue des biens aux soldats de son armée en vue d'une expédition dans la région du Sahara. Le projet est abandonné à la suite d'une révolte qui éclate dans la ville de Fès. Les révoltés tuent le caïd Zidan ben Abid Elamri, commandant en chef de l'expédition devant se dérouler, et repoussent les forces du sultan Ismaïl hors de la ville, dans la nuit du jeudi au vendredi . Moulay Ismaïl vient camper immédiatement sous les murs de la ville. Après plusieurs jours de combat, les gens de Fès désespérés, font appel à Moulay Ahmed ben Mehrez, qui répond favorablement aux demandes des habitants de Fès, et campe à Debdou, puis Taza, d'où il est proclamé sultan par les habitants de Fès. Entre-temps, Khadir Ghaïlan envoie un courrier à Fès, et prévient ses habitants de son arrivée par mer depuis Alger à Tétouan, d'où il est accueilli favorablement par la famille Ennaqsîs, qui gouverne la ville. Tous ces faits provoquent de véritables troubles dans le pays. Moulay Ismaïl au courant, marche sur Taza qui se soumet après un siège qui dure plusieurs mois, ce qui oblige Ahmed ben Mehrez à prendre la fuite vers le Sahara. Alors que le siège de Fès dure toujours[L 15], Ismaïl se tourne vers le nord-ouest et précisément contre Khadir Ghaïlan qui, avec l'aide des Turcs d'Alger, soulève les régions du Gharb et du Habt. Avec une force de douze mille hommes, Ismaïl mate la rébellion et soumet les provinces du nord[L 11] en tuant Ghaïlan le , près de Ksar El Kébir[L 16]. Il se dirige ensuite vers Fès, en particulier Fès el Jadid, cerne la ville puis s'empare d'elle sans combat le , à la suite d'un siège de quatorze mois et huit jours. Il accorde le pardon aux habitants de Fès, et est à nouveau reconnu sultan. Il réorganise la ville, et nomme les gouverneurs de Fès el Bali et Fès el Jadid[L 15].

Marrakech, une des capitales impériales du Maroc, qui s'est révoltée à trois reprises face à Mouley Ismaïl, en faveur de Mouley Ahmed ben Mehrez. La ville en subit les frais et est victime de cruautés.

De retour à Meknès, Mouley Ismaïl continue la construction de la capitale, et l’embellit notamment de nombreux palais[L 17]. Il est de nouveau interrompu par son neveu Moulay Ahmed ben Mehrez, qui s'est emparé de Marrakech depuis mai 1973[L 18]. Lorsque Ismaïl l'apprend en 1674, il se lance tout d'abord dans une campagne face aux tribus Arabes du pays Angad, qui pratiquent le brigandage. Il inflige une sévère défaite à la tribu Sgoûna, puis met en place les préparatifs d'une opération d'envergure sur son neveu. Une fois prêt, Ismaïl marche à la tête de son armée sur le pays Tadla, et rencontre l'armée de Ahmed à Bou Agba, au bord de l'Oued el-Abid. Une bataille se déclenche, et se termine par la victoire d'Ismaïl qui bat l'armée de son neveu, et tue son chef, Hida Ettouïri. Ahmed est poursuivi par son oncle jusqu'à Marrakech, où il s'y retranche[L 19]. Il s'en empare de vive force toujours en 1674, obligeant Ahmed à s'enfuir dans la province du Drâa. Le sultan dirige ensuite une série d'opérations contre les tribus Chaouïas, Haha et Chebanat[L 17]. En 1675, avec l'aide d'habitants de Taroudant, Ahmed rentre secrètement à Marrakech, puis réoccupe la ville après avoir battu l'armée royale[L 20]. Ismaïl débute alors le siège de Marrakech en 1675. Le conflit est meurtrier, et cause de très lourdes pertes des deux côtés notamment en juin 1676[L 19]. Ahmed réussit finalement à s'enfuir de la ville le , en direction de Souss[L 21]. Cette fois-ci, Ismaïl châtie violemment et avec cruauté ceux qui ont soutenu Ahmed[L 11],[L 20].

Toujours à Marrakech, Ismaïl apprend que Ahmed ben Abdellah ad-Dila'i, descendant des marabouts de la Zaouïa de Dila, pille les tribus arabes du Tadla jusqu'au Saïss, et compte faire renaître la défunte zaouïa. Il est d'ailleurs soutenu par les Turcs d'Alger. Le sultan occupé à surveiller Ahmed ben Mehrez qui se trouve dans le Souss, envoie alors 3 000 cavaliers battus par l'armée d'Ahmed ben Abdellah, composée principalement de Berbères Sanhadja. Ismaïl envoie deux autres corps également battus un par un. Entre-temps, il apprend également que trois de ses frères Moulay Harran, Moulay Hammada et le père d'Ahmed, Moulay Mourad Mahrez, se révoltent et s'affrontent en plein Tafilalet. Le sultan décide tout d'abord de mettre fin aux troubles au Tadla, et met en déroute les Berbères Sanhadja lors d'une bataille qui coûtent près de 3 000 morts aux Berbères, et plusieurs centaines à l'armée impériale[L 22]. La répression ne se fait pas attendre, près de 10 000 têtes de rebelles ainsi que de leurs familles sont clouées aux murs de Fès et Marrakech afin d'inspirer la terreur aux deux capitales de l'empire[5],[L 20]. Mouley Ismaïl rentre à Meknès vers la fin de l'année 1677, et met fin à la révolte de ses frères, puis capture Moulay Harran qu'il relâche par pitié[L 23].

La révolte apaisée, Ismaïl fait asseoir son autorité sur la presque totalité du pays. Les premières années de règnes passées, Ismaïl a tué et affaibli ses principaux concurrents, et peut enfin retourner à Meknès pour y organiser son empire[L 21]. C'est durant ces troubles que Moulay Ismaïl a l'idée de créer le corps des Abid al-Bukhari[L 24],[L 25], puisque l'armée chérifienne n'est composée majoritairement que de soldats issus du Tafilalet, de renégats européens ou de soldats qui viennent des tribus qui doivent être souvent récompensées et qui se voient octroyer des terres en échange[4],[L 3]. Ismaïl décide donc d'acheter un grand nombre d'esclaves noirs, vraisemblablement au nombre de 14 000, totalement dévoués à lui[L 26]. Il met également en place la création du guich des Oudaïas[L 21].

Stabilisation de l'Empire et apogée[modifier | modifier le code]

Moulay Ismaïl tente entre 1678 et 1679 une expédition au-delà du Djebel Amour dans la région du Cherg, accompagné d'un grand contingent de tribaux arabes dont parmi-eux les Beni Amer. L'artillerie turque fait fuir la totalité des tribaux arabes que compte l'expédition, et pousse le sultan à reconnaître la limite sur la Tafna comme frontière séparant l'Empire ottoman du Maroc[6],[7]. Le sultan restaure et organise Oujda à son retour[L 27]. Il réorganise le Sud de l'Empire après un voyage mené en 1678, des oasis du Touat jusqu'aux provinces de Chenguit, l'actuelle Mauritanie. Dans son périple, Ismaïl nomme caïds et pachas puis fait construire des forts et ribats, ce qui démontre le contrôle du Makhzen sur ces contrées[8]. Le contrôle marocain sur le Pachalik de Tombouctou redevient effectif en 1670 et le reste tout au long du règne de Mouley Ismaïl[L 5].

Vers la fin du ramadan 1678-1679, ses trois frères Moulay Harran, Moulay Hachem et Moulay Ahmed se révoltent contre son autorité avec l'aide de la tribu Aït Atta. Mouley Ismaïl réussit, à l'aide d'une importante armée, à défaire les rebelles qui s'enfuient au Sahara, lors d'une bataille qui s'est déroulée au Djebel Sâgro, le [L 28],[L 11]. La peste fait ensuite son apparition vers la fin de la décennie et tue plusieurs milliers de personnes[L 20], principalement dans les régions du Gharb et du Rif[5]. Au retour, en plein Atlas, une tourment de neige fait perdre au Sultan près de trois mille tentes, une partie de son armée et de sa richesse. Il élimine son vizir pour se venger ainsi que tous ceux qui travaillent avec lui bien qu'ils n'ont rien à voir avec cette catastrophe[L 28],[L 20].

Plan en perspective cavalière d'une place forte donnant sur la mer (côté gauche et bas) entourée de montagnes schématisée laissant une route s'étendant à gauche où se déroulent des combats de cavaliers et d'épées
Gravure de 1680 représentant la place forte tangéroise sous possession anglaise

Après avoir achevé l'unification du Maroc, Moulay Ismaïl décide de mettre un terme à la présence chrétienne dans le pays. Il lance tout d'abord une campagne pour reprendre la ville de Tanger aux Anglais qui n'est plus sous contrôle marocain depuis 1471. Tout d'abord portugaise, la ville passe aux mains des Anglais après la dot de Catherine de Bragance à Charles II. Très fortifiée, la garnison de la ville est importante et atteint 4 000 hommes[9]. Moulay Ismaïl charge l'un de ses plus grands généraux, Ali ben Abdallah Er-Riffi, de mettre le siège devant Tanger à partir de 1680[L 29]. Durant le siège, Moulay Ismaïl envoie une partie de son armée commandée par Omar ben Haddou El-Bottoui conquérir la ville d'El-Mamoura en 1681[10]. Cette ville est occupée par les Espagnols depuis 1614, période où le Maroc sombre dans le chaos. Ismaïl assiège la ville, la prive d'eau, puis l'occupe et fait prisonniers tous les Espagnols présents dans la ville, soit précisément 309 hommes[L 30]. Omar ben Haddou, chef du contingent meurt de la peste au retour, et est remplacé par son frère Ahmed ben Haddou[L 31]. À Tanger les Anglais résistent, mais face au coût très élevé du maintien d'une garnison, les Anglais décident d'abandonner la ville à l'armée marocaine le [L 29],[L 20].

Durant ces opérations menées par ces généraux, Moulay Ismaïl est occupé à stabiliser le pays. Après une expédition menée dans la région du Cherg contre les Beni Amer, il reçoit la nouvelle qu'une entente entre Ahmed ben Mehrez et les Turcs de la régence d'Alger est signée. Il apprend également que l'armée turque a approché la Tafna, et a même atteint le territoire des Béni-Snassen. Ismaïl met immédiatement en place une importante vigilance dans le sud du pays contre Ahmed, et se lance dans une expédition contre les Ottomans, qui n'a finalement pas lieu, à la suite du retrait des armées turques[L 31]. Il se lance ensuite dans une expédition contre son neveu au Souss en 1683, et y déclenche une bataille entre son armée et celle d'Ahmed, en avril. Après 25 jours de combats, Ahmed s'enfuit à Taroudant et s'y fortifie. Un nouveau combat est livré et cause 2 000 morts, dans lequel Ahmed et Ismaïl sont blessés, vers le . Les affrontements durent jusqu'au mois de ramadan, toujours en 1683[L 32]. Mouley Ismaïl mène ensuite deux expéditions couronnées de succès, qui permettent de pacifier plusieurs régions berbères[L 33],[L 34].

Photographie en couleurs, en trois plans : route asphaltée, alignement de palmiers, et muraille de pierres de grand appareil avec deux tours
Taroudant, ville ayant soutenu l'insurrection de Ahmed Ben Mehrez et Moulay Harran.

Alors que Moulay Ismaïl est occupé à combattre les tribus insoumises de l'Atlas, Ahmed Ben Mehrez profite de la situation, et s'allie avec Moulay Harran pour déstabiliser l'Empire chérifien d'Ismaïl. Lorsque celui-ci apprend en 1684-1685 que les deux rebelles se trouvent à Taroudant et contrôlent toute la région, Moulay Ismaïl se met immédiatement en route vers la ville pour l'assiéger à l'improviste. Ahmed n'étant pas au courant de ces faits, sort accompagné d'esclaves visiter un sanctuaire, mais se retrouve face à des membres de la tribu Zirâra, soldats d'Ismaïl. Ne le reconnaissant pas, les Zirâra l'attaquent et déclenchent une courte bataille qui se finit par la mort d'Ahmed. Les soldats du sultan de s'en rendent compte qu'après sa mort, vers le milieu d'octobre 1685. Ismaïl ordonne de célébrer ses funérailles et de l'enterrer[L 35]. Moulay Harran continue la résistance, jusqu'en avril 1687, lorsque Harran s'enfuit au Sahara. La population de Taroudant massacrée, la ville est repeuplée par des Rifains de Fès[L 36]. Beaucoup de chefs militaires de l'armée d'Ismaïl ont perdu la vie durant les combats[L 35]. À partir de cette date, plus personne ne conteste le pouvoir du souverain. La guerre qui oppose Ahmed et Ismaïl prend fin après treize années de conflits[L 11].

dans un cadre doré, portrait d'un noble, en armure et perruque de style Louis XIV. Il porte divers attributs du pouvoir
Portrait de Jean-Baptiste Estelle, consul de France à Salé qui négocie le rachat de captifs français capturés par des corsaires, à Moulay Ismaïl.

Moulay Ismaïl envoie ensuite une forte armée dont le nombre est évalué entre 30 000[L 37] et 50 000 soldats, sous les ordres des généraux Ali Ben Abdallah Er-Riffi[L 38] et Ahmed Ben Haddou El-Bottoui, s'emparer de la ville de Larache, sous contrôle espagnol depuis 1610[L 39]. Le sultan qui déclare ses intentions dès 1688, oblige les Espagnols à fortifier lourdement la ville à l'aide de 200 canons ainsi qu'entre 1 500 et 2 000 hommes[L 37]. Les opérations militaires débutent à partir du , et le siège de la ville à partir d'[L 38]. L'armée chérifienne s’empare finalement de la ville le après cinq mois d'affrontements, au prix de lourdes pertes estimées à plus de 10 000 morts. Les Marocains capturent 1 600 soldats Espagnols dont 100 officiers, et 44 canons. L'armée espagnole perd 400 soldats dans les combats[L 37]. Les négociations se terminent par l'échange d'un officier pour dix Maures, soit cent officiers pour mille Maures tandis que le reste de la garnison à l'agonie, reste et travaille en esclavage à Meknès, à l'exception de ceux qui se convertissent à l'Islam[L 40]. À peine Larache conquise, Ismaïl envoie Ahmed Ben Haddou assiéger la ville d'Assilah. Épuisés, les Espagnols prennent la fuite par mer, laissant l'armée marocaine entrer dans la ville en 1691[L 39].

Mouley Ismaïl organise la plus grosse expédition lancée face aux dernières tribus insoumises. Il s'agit des tribus Brâbér Sanhadja, berbères du Fêzzâz, ancienne région située dans la partie ouest du Moyen Atlas. Ces tribus forment la dernière poche du « bled siba », terme qui désigne l'espace non soumis à l'autorité centrale du pays. Avec une armée très nombreuse, équipée de mortiers et d'obus, et aidés par plusieurs tribus notamment les Zemmour et les Beni Hakim. Les tribus non soumises regroupant les Aït Oumalou, les Aït Yafelmâl et les Aït Isri[L 41], sont encerclés par Mouley Ismaïl qui utilise toute son artillerie pour effrayer les Berbères dissidents. Une bataille terrible est ensuite déclenchée, les Berbères pris en tenaille se dispersent en déroute dans les ravins et vallées. Après une « chasse » de trois jours, 12 000 têtes de Berbères sont ramenés au sultan, et 10 000 chevaux et 30 000 fusils sont pris en butin[L 42]. Mouley Ismaïl pacifie donc tout le Maroc, et soumet toutes les tribus du pays. Il est ainsi le premier sultan alaouite à l'avoir fait. Ismaïl organise rapidement la défense des régions pacifiées par la constructions de plusieurs dizaines de forteresses dans tout le pays, permettant ainsi de conserver le pouvoir central sur des régions éloignées tel que le Fêzzâz par exemple[L 43].

Les Guerrouane connaissent le même sort. Certains hommes de cette tribu qui brigandent dans le Haut Ziz sur la route de Sijilmassa, pousse Mouley Ismaïl à réagir. Il charge alors le caïd Idrassen Ali ben Ichchou El-Qebli de procéder à un massacre. Dans Al-Istiqsa, il est rapporté que Moulay Ismaïl a fourni 10 000 cavaliers à Ali ben Ichchou, le caïd des tribus Zemmour et Bni Hakem, et lui a dit : « Je ne veux plus te revoir tant que tu ne seras pas tombé sur les Guerrouanes, et que tu ne m’auras pas rapporté autant de têtes qu’il y en a ici. ». Celui-ci part donc tuer le maximum de Guerrouanes et pille tous leurs campements. Il propose 10 mithqals à ceux qui lui apportent des têtes supplémentaires. Il a ainsi réunit 12 000 têtes au sultan, qui ravi, étend son commandement aux Aït Oumalou et aux Aït Yafelmâl[L 44].

Carte du nord-ouest de l'Afrique délimitant une zone principale en rouge sur la côte atlantique, et une zone en vert, plus à l'Est, sur la frange méditerranéenne.
Empire chérifien alaouite à son apogée au début du XVIIIe siècle, sous le règne de Moulay Ismaïl.

Jean-Baptiste Estelle, consul de France à Salé écrit en 1698 à son ministre, le marquis de Torcy, « que la vaste étendue de l'Empire chérifien est d'un seul tenant, de la Méditerranée au fleuve du Sénégal. Y vivent, du Nord au Sud, les mêmes populations Maures qui paient la Gharama au sultan »[8]. À son apogée, l'armée chérifienne est composée de 100 000[L 25] à 150 000 soldats noirs de la garde des Abid al-Bukhari[1], en plus d'autres milices arabes en l’occurrence le guich des Ouadaïs[L 29], de renégats européens et de combattants de tribus soumises qui reçoivent en contrepartie des terres et des esclaves[L 3].

Fin de règne et mort[modifier | modifier le code]

La fin du règne de Moulay Ismaïl est marquée par des échecs militaires et des problèmes familiaux concernant les luttes de succession. Ainsi en 1694, Ismaïl tente d’assiéger la ville de Ceuta avec une armée de 40 000 soldats mais devant l'importance de la résistance espagnole, le siège s'éternise[L 45],[11]. Une partie de l'armée d'Ismaïl assiège également Mellila entre 1694 et 1696, mais en vain devant les fortifications de la ville[L 45]. Au printemps 1701, Moulay Ismaïl lance une expédition militaire contre la régence d'Alger. Avec une troupe estimée entre 10 000 et 12 000 hommes, l'armée ottomane réussit à repousser les 60 000 soldats de l'armée marocaine[L 25], après la perte d'Oujda en 1692[12]. En 1702, Moulay Ismaïl charge son fils Moulay Zeïdan à la tête d'une armée de 12 000 hommes, s'emparer du Peñón de Vélez de la Gomera. Les Marocains rasent la forteresse espagnole mais ne parviennent pas à garder l'île[L 46]. Entre-temps, l'amiral George Rooke participe au siège de Ceuta en bloquant son port en 1704[L 45].

Entre 1699 et 1700, Mouley Ismaïl partage les provinces du Maroc entre ses fils. Moulay Ahmed devient responsable de la province de Tadla, et dispose d'un corps de 3 000 Abids. Moulay Abdelmalek est désigné comme dirigeant de la province du Draâ, et dispose d'une kasbah et d'un corps de 1 000 cavaliers. Moulay Mohammed al-Alam reçoit le commandant du Souss, et de 3 000 cavaliers. Moulay El-Mâmoun commande Sijilmassa, et reçoit 500 cavaliers. Il est remplacé deux ans plus tard par Moulay Youssef, après sa mort. Moulay Zeïdan reçoit le commandement du Cherg, qu'il perd à la suite d'une incursion face aux Ottomans, avec lequel, Ismaïl a signé une paix[L 47]. Il est ainsi remplacé par Moulay Hafid. Ce partage provoque cependant des jalousies et des rivalités entre les fils, et donc même des affrontements entre eux. C'est ainsi pour ça que Moulay Abdelmalek est battu par son frère Moulay Nasser qui s’empare de tout le Draâ[L 48]. Moulay Chérif, désigné par son père gouverneur du Draâ à la place d'Abdelmalek, reprend la région à son frère Nasser[L 49].

Moulay Ahmed, fils de Moulay Ismaïl, succède à son père à la tête du Maroc en 1727.

Pendant ce temps, devant les intrigues, les calomnies et la haine de sa belle-mère Lalla Aïcha Moubarka (en), qui veut introniser son fils Moulay Zeïdan, l'ainé Moulay Mohammed al-Alam se révolte dans le Souss, puis s'empare de Marrakech le . À l'approche de son frère Moulay Zeïdan à la tête d'une armée, Moulay Mohammed al-Alam prend la fuite et se cache à Taroudant. Son frère assiège la place, puis le capture le , et l'emmène à Oued Beht, le 7 juillet[L 49]. Son père le punit cruellement en l'amputant d'une main et d'un bras, puis exécute le boucher qui a refusé de répandre le sang du chérif et celui qui l'a mutilé[L 50]. Il élimine ensuite avec une violence inouïe, un caïd de Marrakech coupable d'avoir livré la ville à Moulay Mohammed al-Alam[L 51]. Celui-ci décède quelques jours plus tard malgré les précautions de son père pour le garder en vie, à Meknès, le 18 juillet[L 52]. Puis en apprenant les horreurs que commet Moulay Zeïdan à Taroudant, notamment le massacre des habitants de cette ville[L 49], Ismaïl organise la mort de son fils et engage ses femmes qui l'étouffent en 1707 alors qu'il était en état d’ébriété[L 50]. C'est ensuite son fils Moulay Nasser qui se révolte dans le Souss, mais qui est finalement tué par les Oulad Delim, fidèles à Mouley Ismaïl[L 53].

Ainsi, pour éviter de nouveaux troubles, Mouley Ismaïl retire à tous ses fils les gouvernements qu'il leur a confiés, sauf pour Moulay Ahmed, qui garde son poste de gouverneur du Tadla, et Moulay Abdelmalek qui devient gouverneur du Souss[L 54]. Plus tard, mécontent de Moulay Abdelmalek, gouverneur de la province de Souss, du fait que celui-ci se comporte comme un souverain absolu et indépendant, et qu'il refuse en 1718 de payer les tribus, Ismaïl décide de changer l'ordre de succession d'autant plus que la mère d'Abdelmalek n'a plus d'importance pour lui[L 55]. Abdelmalek présente plus tard ses excuses après une réconciliation[L 56], mais Ismaïl conserve une haine envers son fils[L 55]. C'est Moulay Ahmed que choisit Mouley Ismaïl[L 57].

En 1720, Philippe V d'Espagne qui veut se venger de Moulay Ismaïl pour avoir fourni de l'aide aux impériaux durant la guerre de succession d'Espagne, envoie le marquis de Lede, à la tête d'une flotte lever le siège de Ceuta et forcer l'armée marocaine à renoncer à une entreprise qu'il lui a coûté de lourdes pertes. La ville de Ceuta qui résistait depuis 1694 malgré le conflit en Espagne, n'est plus en état de siège pendant près d'un an grâce à l'opération avant que lorsque la flotte avec à sa tête le marquis de Lede retourne en Espagne, Moulay Ismaïl décide de remettre le siège devant Ceuta en 1721. Le Sultan qui voulait se venger des Espagnols avait préparé un armement considérable qu'une tempête détruit en 1722. Le siège de Ceuta dure jusqu'à la mort du souverain alaouite en 1727[L 50],[L 45].

Moulay Ismaïl meurt finalement le à l’âge de 81 ans[L 50], d'un abcès au bas-ventre accompagné du chagrin de ne plus pouvoir monter à cheval selon ses habitudes. Moulay Ahmed lui succède[L 57]. Son règne a duré 57 ans[L 58]. À sa mort, l'Empire se déchire en raison d'une rébellion causée par les Abid al-Bukhari, où plus de sept prétendants au trône se succèdent entre 1727 et 1757, dont certains à plusieurs reprises comme Moulay Abdallah qui a été sultan trois fois[L 59].

Constructions[modifier | modifier le code]

route passant sous une porte monumentale à arc outre passé, flanquée de deux imposantes tours symétriques, et se poursuivant sur une muraille
Bab El-Khmiss, porte construite sous le règne de Moulay Ismaïl au XVIIe siècle.

Moulay Ismaïl est un roi bâtisseur, ses constructions sont autant politique, économique, culturelle, religieuse que militaire. Il choisit Meknès comme capitale de son empire en 1672. En raison de la frénésie de constructions qu'il déploie dans cette ville, il est souvent comparé à son contemporain Louis XIV. Il vide ainsi le palais saadien d'El Badi de Marrakech de la quasi-totalité de ses richesses pour les faire transporter à Meknès[L 60], ainsi que tout le marbre et autres piliers encore utilisable dans la ville antique de Volubilis avoisinante[L 61]. Employant pas moins de 30 000 de ses sujets comme ouvrier, ainsi que 2 500 esclaves chrétiens, Ismaïl aime aller au milieu de ses chantiers, corrige ou renverse ce qu'il ne lui convient pas[L 60], mais travaille aussi avec ses esclaves et ouvriers. Il est également cruel envers eux, et n'hésite pas à exécuter et punir ceux qui font mal leur travail. C'est par ces méthodes que Moulay Ismaïl impose ce travail d'esclaves à des populations entières[L 62].

enfilade d'arcs outre passés
Les écuries royales, d'une capacité de 1200 chevaux.
Plan d'eau rectangulaire enserré dans une muraille de même forme.
Bassin de l'Agdal.

Il commence la construction de son magnifique palais de Meknès avant de connaître les travaux de son contemporain Louis XIV à Versailles, selon les ambassadeurs occidentaux présents à Meknès à l'époque les remparts du palais seul faisaient plus de vingt-trois kilomètres de long. Dâr-el-Kbira le premier des palais à être fini après trois ans de construction était immense à lui seul et possédait des jardins suspendue à l'image de ceux de Babylone, sitôt fini il se met à poser les fondations de Dâr-al-Makhzen qui devait relier une cinquantaine de palais les uns aux autres chacun comprenant ses propres thermes et sa propre mosquée pour ses multiples femmes et concubines et leur descendances, suivi ensuite par Madinat er-Riyad qui serait le lieu de résidence des vizirs[13].

Sur le plan militaire, il fait édifier un réseau de soixante-seize forteresses qui jalonnent les principales routes et entourent les montagnes. Meknès est protégée par quarante kilomètres de murailles percés de vingt portes fortifiées de tours et de bastions[14]. Dans le cadre de ses expéditions contre les Ottomans d'Alger, Moulay Ismaïl permet la pacification de l'Est du pays grâce à ses campagnes et à la construction d'un nombre important de forts protégeant le nord-est du pays. Des forts sont également construits dans les territoires de chaque tribu maintenant ainsi la sécurité dans le pays[5]. Il édifie également des constructions défensives lors de son périple des oasis du Touat jusqu'aux provinces de Chenguit[8], puis réorganise et reconstruit des murailles dans certaines villes à l'image d'Oujda[12] et de Taza[5]. Les garnisons d'Abid al-Bukhari sont souvent protégées de la kasbah dans les grands centres de population[L 26], à l'image de la kasbah des Gnaouas de Salé[15].

Économiquement, Mouley Ismaïl construit le Hri Souani, important lieu de stockage des denrées alimentaires qui alimentent grâce à ces puits aussi bien le bâtiment que le bassin de l'Agdal, celui-ci construit pour irriguer les jardins de Meknès. De grandes écuries d’une capacité de 1 200 chevaux sont également construites par le sultan. Sur le plan politique et intérieur, il reçoit ses ambassadeurs dans le Koubat Al Khayatine, pavillon qu'il construit à la fin du XVIIe siècle, tandis que c'est dans la prison Qara, que tous les criminels, esclaves chrétiens et prisonniers de guerre sont incarcérées. Sur le plan religieux et culturel, Ismaïl dote la ville d'un nombre important d'institutions religieuses, mosquées et medersas, places publiques, fontaines et jardins. Il en est ainsi d'un perpétuel travail de construction acharné pendant tout le long de son règne de 55 ans[14].

Relation diplomatique[modifier | modifier le code]

Moulay Ismail recevant l'ambassadeur de Louis XIV François Pidou de Saint-Olon, 1693, peinture de Pierre-Denis Martin.

Poursuivant la politique d'ouverture initiée par Abu Marwan Abd al-Malik, Moulay Ismaïl entretient de bonne relations avec la France et la Grande-Bretagne afin de lier des relations commerciales. Elles concernent aussi la vente des marins chrétiens capturés sur mer principalement par les corsaires de Salé, mais aussi la création d'alliance. C'est ainsi que Moulay Ismaïl demande en vain à la France de l'aider dans son combat contre l’Espagne. Une alliance contre la régence d'Alger est également élaborée en association avec la France et le Bey de Tunis[5]. La Grande-Bretagne participe aussi en 1704 au blocus du port de Ceuta lors du siège de la ville[L 45].

En 1682, un traité d’amitié entre le Maroc et la France est signé à Saint-Germain-en-Laye[16], mais l’accès au trône d’Espagne du petit-fils de Louis XIV en 1710 condamne cette alliance, puis provoque en 1718 une rupture des relations diplomatiques avec la France et l'Espagne, puis le départ des commerçants et consuls français et espagnols[L 63],[L 64].

Moulay Ismaïl reçoit de nombreux ambassadeurs de France, d'Angleterre et d'Espagne à des fins commerciales, dont notamment le rachat de captifs chrétiens. Moulay Ismaïl envoie également de son coté des ambassadeurs dont les plus connus sont Mohammad Temim et Abdellah Benaïcha qui ont visité la France. Une mission diplomatique a pour but de demander la main de Mademoiselle de Blois, l'une des filles naturelles Louis XIV, mais sans succès[L 63],[5].

Les relations avec la Grande-Bretagne sont très bonnes, puisque les Britanniques malgré la perte de Tanger aident Moulay Ismaïl dans son combat contre l'Espagne, et signent également plusieurs traités de paix et de commerce[16]. Après la rupture des relations avec la France, l'influence anglaise augmente[L 64]. Moulay Ismaïl traite également avec Jacques II d'Angleterre, lui propose son aide et lui demande de se convertir à l'Islam[L 65].

Pour les diplomates français, Moulay Ismaïl est extrêmement cupide, et ses négociations et alliances ont seulement pour but de recevoir des présents. Une fois sa cupidité satisfaite, il n'hésite pas à nier ce qu'il a proposé aux puissances occidentales et même ses lettres[L 66],[L 67].

Description physique, caractère et regards des contemporains[modifier | modifier le code]

gravure d'un homme debout, couronné d'un turban, portant une cape et un sceptre
Mouley Ismaïl, sultan du Maroc de 1672 à 1727.

Les principaux traits de caractère de Moulay Ismail, sur lesquels insistent toutes les chroniques et toutes les légendes de l'époque, sont sa « tendance à l'ordre et à l'autorité, ainsi que sa volonté de fer ». Sa vigueur et sa force, il les met au service d'une volonté à toute épreuve : « Si Dieu m'a donné le royaume, personne ne peut me l'ôter », dit-il. Cette volonté va toujours apparaître dans ses actions et décisions[17].

Cruel, cupide, avide, mais aussi sans parole et sans honneur lorsqu’il traite avec les Européens, Moulay Ismaïl laisse aux Européens une mauvaise image de lui. C'est surtout sa cruauté et sa sauvagerie qui attire l'attention des Européens. Selon un esclave chrétien, en 26 ans de règne, Moulay Ismaïl aurait tué de ses mains plus de 36 000 personnes, ce qui semble exagéré[L 68]. Mais selon François Pidou de Saint-Olon, ce serait 20 000 personnes que Moulay Ismaïl aurait assassiné en 20 ans de règne[L 69]. Il était décrit par plusieurs auteurs tel que Dominique Busnot, comme un « monstre sanguinaire »[L 70].

C'est aussi un très bon cavalier, d'une grand vigueur physique, d'une agilité et d'une adresse extraordinaire qu'il conserve dans sa vieillesse[L 50],[L 69]. « L'un de ses divertissements ordinaires était de tirer son sabre en montant à cheval, et de couper la tête à l'esclave qui lui tenait l'étrier[L 50]. ».

Sa description physique est presque définie de la même façon par les Européens. Il a « le visage long, plutôt noir que blanc, c’est-à-dire fort mulâtre », selon Saint-Amans, ambassadeur de Louis XIV, ajoute « il est l'homme le plus fort et le plus vigoureux de ses États. ». Sa taille est moyenne et son visage de couleur noir l'est sûrement par sa mère[L 50], qui était une esclave noire[L 2].

Selon Germain Moüette, captif français ayant vécu au Maroc jusqu'en 1682, dans son ouvrage intitulé Relation de la captivité du Sr. Mouette dans les royaumes de Fez et de Maroc :

« C'est un homme vigoureux, bien bâti, assez haut mais de taille fort déliée […] Son visage qui est d'un châtain clair est un peu long, et les traits en sont assez bien faits, il porte une longue barbe qui est un peu fourchue ; son regard qui paraît assez doux, n'est pas un indice de son humanité, au contraire, il est fort cruel, et jusqu'à un tel excès […][L 71]. »

Vie privée[modifier | modifier le code]

Selon les écrits du diplomate français Dominique Busnot, Moulay Ismail entretient pas moins de 500 concubines, dont il a eu plusieurs centaines d'enfants. Un total de 867 enfants dont 525 fils et 343 filles est mentionné en 1703 et il aurait obtenu son 700e fils en 1721 dépassant largement le millier d'enfants vers la fin de son règne[1], 1 042 selon le Livre Guinness des records[18], 1 171 selon deux chercheurs anthropologues de l'université de Vienne[19].

Parmi ses quatre femmes officielles, se trouve Lalla Khenata qui était la fille du grand Cheikh Bakkar des M'ghafra de Chenguit. Belle, intelligente, lettrée, elle était l'une des rares personnes dont Moulay Ismail admettait remarques et conseils. Moulay Abdallah était son fils. Lalla Aïcha Moubarka (en) est également l’une de ses quatre femmes officielles, elle était très influente envers Moulay Ismaïl et faisait tout pour introniser son fils, Moulay Zidan, qui est finalement tué sous les ordres de son père en 1707. Lalla Aïcha Moubarka ou Zaïdana, était surnommée l’Impératrice du Maroc par les Européens[1].

« Sultan fidèle et pieux observateur de sa religion[L 72] », il tente de convertir le souverain Jacques II d'Angleterre à l'islam, par l'envoi de lettres dont la sincérité et les sentiments religieux ne sont pas contestables[L 65]. Même Dominique Busnot habitué à le juger avec peu d'indulgence avoue « qu'il avait un grand attachement à sa Loi et en pratiquait publiquement toutes les cérémonies, ablutions, prières, jeûnes et fêtes avec une scrupuleuse exactitude[L 61]

Il aime parler de théologie avec les religieux trinitaires qui se trouvent au Maroc sur des points de controverses. Ainsi, il demande à plusieurs reprises lorsqu'il revient de la mosquée le vendredi, d'amener dans sa cour des religieux chrétiens. Il dit ceci au cours d'un débat aux pères de la Mercy :

« J'en ai dit assez pour l'homme qui fait usage de sa raison ; si vous êtes des opiniâtres, tant pis pour vous. Nous sommes tous enfants d'Adam et par conséquent frères ; il n'y a que la religion qui met de la différence entre nous. C'est donc, en qualité de frère et en obéissant aux commandements de ma loi que je vous avertis charitablement que la vraie religion est celle de Mahomet, que c'est la seule où l'on puisse faire son salut. Je vous donne cet avis pour la décharge de ma conscience et pour être en droit de vous accuser au grand jour du jugement[L 73]. »

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Aussi orthographié « Mouley Ismaël ». Moulay est un titre marocain porté par les descendants d'Al Hassan et Al Hussein.
  2. Les habitants du Tafilalet sont appelés les Filaliens.

Sources bibliographiques[modifier | modifier le code]

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Références[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Francophone[modifier | modifier le code]

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Hispanophone[modifier | modifier le code]

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  • (es) Tomás García Figueras et Carlos Rodríguez Joulia Saint-Cyr, Larache : datos para su historia en el siglo XVII, Paris, Instituto de Estudios Africanos, Consejo Superior de Investigaciones Científicas,‎ , 499 p. Document utilisé pour la rédaction de l’article
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