Hammam

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Hammam à Chefchaouen (Maroc). Vue extérieure.
Hammam de la citadelle d'Alep en Syrie.
Intérieur du Bey Hamam à Thessalonique en Grèce.

Le hammam (« حمّام » soit « bain d'eau chaude » en arabe), appelé bain maure (en référence à l'Espagne musulmane d'Al-Andalus) et bain turc par les Occidentaux, est un bain de vapeur humide puisant ses origines dans les thermes romains. Dans sa forme actuelle, le hammam s'est développé dans l'Empire ottoman, de l’Afrique du Nord jusqu'au Moyen-Orient (comme en Syrie) à la faveur de l'expansion de l'islam. Le hammam désigne aussi l'établissement, le bâtiment dans lequel s'organise ce bain. L'architecture des hammams varie selon l'aire géographique et les époques.

Aujourd'hui, s'ils ont disparu totalement de certains pays comme l'Égypte (jadis réputée pour ses 365 hammams, Le Caire n'en compte plus que six), avec le développement des salles de bains privées, la pratique demeure encore vivace en de nombreux endroits et tend à se développer en Europe.

Variantes locales[modifier | modifier le code]

Femmes au bain par Azim Azimzade (Azerbaïdjan), 1935.
Bain Maure par Jean-Léon Gérôme (1824-1904).

Afrique du Nord[modifier | modifier le code]

En Afrique du Nord, le hammam est un phénomène social et toutes les catégories de la société fréquentent ce lieu public. Il se compose souvent de trois ou quatre chambres, la première à température ambiante, la deuxième un peu plus chaude, et ainsi de suite. Dans le hammam les pores se dilatent sous l'effet de la chaleur, ce qui permet un nettoyage en profondeur[réf. nécessaire]. Les ruines du plus ancien hammam islamique connu au Maroc, datant de la fin du VIIIe siècle, se trouvent à Volubilis[1]. Les bains publics au Maroc sont ancrés dans une histoire socioculturelle qui a joué un rôle important dans les villes marocaines tant urbaines que rurales. Ces espaces publics de nettoyage se sont rapidement développés à mesure que les cultures islamiques se sont assimilées aux techniques de baignade largement utilisées pendant les périodes romaine et byzantine. La structure des hammams islamiques dans le monde arabe diffère de celle de ce que l'on a appelé le « bain romain » traditionnel. De plus, comme le Maroc (contrairement à l'Égypte ou à la Syrie) n'a jamais été sous la domination ottomane, ses bains ne sont pas techniquement turcs, bien que les guides puissent s'y référer comme tels. Ce terme erroné peut être dû en partie à l'utilisation arabe du mot hammam, qui se traduit par « salle de bain » ou « lieu de bain public » et peut être utilisé pour désigner tous les bains, y compris ceux de conception turque et romaine.

France[modifier | modifier le code]

Les thermes romains traditionnels (ancêtres du hammam) comportaient :

  • le frigidarium (pièce tempérée à 20 °C) salle de repos, relaxation, thés à consommer
  • le tepidarium (pièce tiède à 32 °C) salle de soins, massage
  • le caldarium (petite pièce chaude à 42 à 48 °C)

En France, le hammam est introduit plus récemment, il ne se compose généralement que d'une seule salle, et la température varie entre 40 °C et 50 °C[2],[3],[4].

Terminologie[modifier | modifier le code]

Le substantif masculin[5],[6],[7] « hammam » [a(m)mam][6] est emprunté[5],[6] — soit directement[6] soit par l'intermédiaire du turc[5] — à l'arabe[5],[6] حَمّام[8] / ḥammām[6],[9] (« bain à étuves[9], bain chaud[5],[6], bain public[6] ») dérivé du verbe ḥamma[10] (« chauffer »). Un hammam est un établissement de bains[5],[6], public ou privé[6], qui comporte des étuves[9] saturées de vapeur d'eau[5]. « Bain maure »[5],[9] et « bain turc »[5] sont deux désignations alternatives du hammam.

Historique[modifier | modifier le code]

Le hammam a évolué à partir des thermes romains[11],[12]. Des vestiges archéologiques attestent de leur existence dès les Omeyyades[9]. Le premier établissement public connu est celui de Bassorah, en Irak[13].

Comme les thermes romains, un hammam est constitué d'au moins quatre pièces : al-maslakh, l'entrée et le vestiaire ; bārid, la première pièce de baignade, non chauffée ; wastānī, la deuxième salle de baignade, modérément chauffée ; et ḥarāra, la troisième pièce de baignade, complètement chauffée.

Effets[modifier | modifier le code]

L'action principale du hammam est une importante vasodilatation (voir la page pour plus de détails sur les effets), induisant une relaxation très efficace[14].

  • Le hammam est très recommandé après une activité musculaire. Il procure une relaxation intense qui va détendre les muscles, soulager (voire éviter) les courbatures et douleurs ligamentaires. Le bénéfice en termes de récupération le rend recommandable à l'entraînement des sportifs de haut niveau[14].
  • Cela permet aussi de décongestionner les bronches.
  • Par la relaxation qu'il procure, le hammam induit une torpeur bénéfique au sommeil.

Contre-indications[modifier | modifier le code]

  • Éviter d'y aller en phase de digestion : il est recommandé d'attendre trois heures après un repas copieux avant de se rendre dans un hammam[14].
  • Éviter de s'être rasé le jour même[14]: la peau irritée par le rasage peut démanger, la plupart des hammams diffusant des vapeurs de pin et d'eucalyptus aux propriétés urticantes.
  • Le hammam induisant une baisse de la tension artérielle est évidemment déconseillé aux personnes souffrant d'hypotension. (Pour les mêmes raisons, il est absolument déconseillé d'y aller sous l'emprise de l'alcool).

Tellak (employés)[modifier | modifier le code]

Tellak. Illustration tirée de Hubanname, une peinture homoérotique datant du XVIIIe siècle du poète turc Fazyl bin Tahir Enderuni.

Traditionnellement, les masseurs des hammams, appelés tellak en turc, aidaient les clients à se laver en les frottant et les savonnant[15],[16],[17].

Ils étaient recrutés parmi les rangs de non-musulmans de l'empire turc, à savoir les Grecs, Arméniens, Albanais, Bulgares, Roumains et autres.

Au milieu du XVIIIe siècle, les soldats haut gradés de l'armée ottomane avaient souvent un tellak comme amant. Quand les hommes d'un autre régiment enlevaient ce dernier et le passaient au commandant, une bataille de plusieurs jours entre les deux régiments pouvait s'ensuivre, laquelle se terminait seulement quand le sultan ordonnait la pendaison du tellak[18].

Après la défaite et le démembrement de l'Empire ottoman, lorsque la république de Turquie s'occidentalisa, les garçons tellak perdirent leur rôle sexuel. De nos jours, le rôle du tellak s'en tient à des formes plus prosaïques, telles que les massages.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Qantara - Hammam of Volubilis », sur www.qantara-med.org (consulté le )
  2. Hammam First Généralités sur le hammam, consulté le 25 novembre 2013.
  3. Sauna hammam quelle différence entre hammam et sauna, consulté le 25 novembre 2013.
  4. La température dans un hammam, consulté le 25 novembre 2013.
  5. a b c d e f g h et i « Hammam », dans le Dictionnaire de l'Académie française, sur Centre national de ressources textuelles et lexicales [consulté le 25 août 2016].
  6. a b c d e f g h i et j Définitions lexicographiques et étymologiques de « hammam » dans le Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre national de ressources textuelles et lexicales [consulté le 25 août 2016]
  7. Entrée « hammam », sur Dictionnaires de français, Larousse [consulté le 25 août 2016].
  8. Entrée « hammam », sur Dictionnaire français-arabe, Larousse [consulté le 26 août 2017].
  9. a b c d et e Janine Sourdel-Thomine et A. Louis, « Ḥammām », sur Encyclopédie de l'islam, Brill [consulté le 27 août 2016].
  10. (en) Clément Huart, « Ḥammām », sur Encyclopaedia of Islam (1re éd. en ligne), Brill [consulté le 27 août 2016].
  11. (en) Marjo Buitelaar, « Space: Ḥammām: Overview », sur Encyclopedia of Women and Islamic Cultures (en), Brill [consulté le 27 août 2016].
  12. Catherine Saliou, Le Proche-Orient : De Pompée à Muhammad, Ier s. av. J.-C. - VIIe s. apr. J.-C., Belin, coll. « Mondes anciens », , 608 p. (ISBN 978-2-7011-9286-4, présentation en ligne), II. Vivre au Proche-Orient romain, chap. 5 (« Institutions civiques et réalités urbaines »), p. 337.
  13. Asli et Jazi 2008, p. 178.
  14. a b c et d L'équipe Mag, « RELAXEZ-VOUS », sur https://www.lequipe.fr/, (consulté le )
  15. "[Flaubert, ] "Be informed, furthermore, that all of the bath-boys are bardashes [male homosexuals]."
    Ehud R. Toledano, State and Society in Mid-Nineteenth-Century Egypt, Cambridge University Press, , 336 p. (ISBN 978-0-521-53453-6, lire en ligne), p. 242
  16. Gazali et Münif Fehim, Book of Shehzade : Dafiü'l gumûm, rafiü'l humûm, Dönence, , 134 p. (ISBN 975-7054-17-8, lire en ligne), p. 106
  17. Source : Ismail Agha, Dellâkname-i Dilküşâ, eighteenth century work by Dervish, Süleymaniye, Istanbul, Ottoman archives
  18. Le bain maure (Hammam), Gérard Seguy (lire en ligne)

Activités naturistes[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • Mohammed Hocine Benkheira, « “La maison de Satan” : le hammâm en débat dans l'islam médiéval », Revue de l'histoire des religions, vol. 220, no 4 : « Aux confins de la Loi religieuse : expériences islamiques »,‎ , p. 391-443 (DOI 10.3406/rhr.2003.922, lire en ligne [fac-similé], consulté le ).
  • Farouk Omar Asli et Radhi Jazi, « “Le Hammam” à travers des manuscrits et autres ouvrages anciens de la littérature médicale arabe », Revue d'histoire de la pharmacie, vol. 56, no 358,‎ , p. 177-188 (lire en ligne [fac-similé], consulté le ).

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]