Kitsch

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Le kitsch, ou kitch mot d'origine allemande devenu international, qualifie l'accumulation et l'usage hétéroclite, dans un produit culturel, de traits considérés comme triviaux, démodés ou populaires. Son emploi implique donc nécessairement un jugement de valeur et la norme qui le conditionne.

Encriers et ramure de cerf pour porte-plume (vers 1920).

Origines étymologiques[modifier | modifier le code]

Le terme « kitsch », introduit de manière plutôt accidentelle vers 1860, présente une étymologie incertaine. On recourt généralement à trois hypothèses différentes pour expliquer son origine. On relie parfois les sources du mot « kitsch » au verbe allemand verkitschen, qui signifie « brader », « vendre en dessous du prix » ou encore « vendre quelque chose à la place de ce qui avait été demandé ». On fait également remonter son origine au verbe allemand kitschen, qui signifie « ramasser des déchets dans la rue ». Finalement, on voit parfois dans le mot anglais sketch, prononcé à l'allemande, l'origine possible du terme « kitsch ». (William Styron indique une origine yiddish de ce mot dans son roman Le Choix de Sophie)

Origines historiques[modifier | modifier le code]

Le concept apparaît vers 1860-1870, en Bavière, sous le maniérisme de Louis II. Il est intimement lié à l'idée de l'inauthentique, de la surcharge et du mauvais goût. Désignant au départ la « production artistique et industrielle d'objets bon marché » (Legrand), le concept est indissociable de l'industrie de consommation de masse. Dans le langage courant, le KITSCH désigne des objets de mauvais goût, agrémentés de décorations superflues, qui copient le plus souvent des œuvres reconnues comme des classiques. Le kitsch est le produit de changements sociaux et historiques. Il émerge au cours de deux périodes précises.

La première phase du kitsch est amenée, au milieu du XIXe siècle, par l'industrialisation et l'urbanisation. En Europe et en Amérique du Nord, ceux qui profitent des positions offertes par l'industrie forment une nouvelle classe moyenne. Ces travailleurs, satisfaits autrefois par l'art rural et traditionnel, ont maintenant accès à de nouveaux produits culturels. Les nouvelles classes moyennes cherchent à se divertir avec des moyens adaptés à elles. Ces dernières se contentent donc de ce que Greenberg appelle un « succédané de culture […] destiné à une population insensible aux valeurs culturelles authentiques, mais néanmoins avide de ce divertissement que seule la culture, sous une forme ou une autre, peut offrir ». Les loisirs permettent entre autres aux classes moyennes de développer un goût pour les imitations à bon marché du grand art traditionnel. Les manufactures et le commerce au détail permettent ainsi aux classes moyennes d'acquérir facilement des produits culturels distribués à grande échelle.

Au milieu du XXe siècle, lorsque se développe la seconde phase du kitsch, ce dernier devient une cible privilégiée pour critiquer la culture de masse. Les intellectuels de gauche utilisent le kitsch pour condamner la culture de la nouvelle société de consommation. Cette fois, on ne reproche pas au kitsch d'éroder la culture d'élite, on l'accuse plutôt d'être un outil privilégié pour manipuler les masses : « Reducing adults to children, the new kitsch made masses easier to manipulate by reducing their cultural needs to the easy gratification offered by Disney cartoons, pulpliterature, and romance novels. » (Binkley) — Ce qui signifie : « Rabaissant les adultes en enfants, le nouveau kitsch rend les masses plus faciles à manipuler en réduisant leurs besoins culturels à la gratification facile offerte par les dessins animés de Disney, la littérature pulp (bon marché), et les romans à l'eau de rose. » Pour certains penseurs des années 1950, le kitsch, dans la mesure où il encourage l'abaissement de la masse devant l'autorité, opère de la même manière dans le contexte capitaliste américain qu'il a opéré chez les fascistes et les communistes.

L'auteur Milan Kundera développe dans son roman L'Insoutenable Légèreté de l'être le rapport entretenu par le régime d'après guerre communiste de Tchécoslovaquie entre les valeurs attendues chez le citoyen communiste idéal et le kitsch. Ainsi, selon lui, toute tentative de démarcation de l'individu par rapport au mode de pensée de la masse est rejeté par le kitsch communiste.

Aujourd'hui[modifier | modifier le code]

Magasin de souvenirs.

Parallèlement à la globalisation progressive des marchés et des produits échangés, le kitsch est devenu involontairement un des styles les plus répandus dans le monde à travers les produits de consommation courante. Le terme, entre péjoratif et affectif (« mauvais » goût assumé), reflète toutefois le point de vue esthétique d'individus généralement cultivés et occidentaux[réf. nécessaire] : le kitsch d'un objet est surtout corollaire des goûts de son observateur. Ainsi, l'art rococo, les nappes napolitaines, la boule à neige et les horloges bavaroises ou pendule à coucou sont souvent taxées de kitsch, parfois avec condescendance, ou avec humour.

Dans les années 1980, le plasticien Jeff Koons a délibérément développé son œuvre au sein de l'esthétique kitsch, trouvant dans la marketisation des images des ressources de création potentielles[réf. nécessaire]. Au Japon, la culture manga, et notamment le style kawaii (mignon) ont été les vecteurs d'incalculables[réf. nécessaire] productions kitsch : Takashi Murakami a détourné la connotation puérile de ces productions dans ses œuvres.

On peut estimer aujourd'hui que les courants esthétiques de l'après post-modernisme, accueillant avec bienveillance toutes les formes plastiques témoignant d'une histoire personnelle, ont largement revalorisé la notion de kitsch.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Valérie Arrault, L'Empire du kitsch, Éditions Klincksieck, Paris, 2010.
  • Isabelle Barbéris, art. « Kitsch », dans le Dictionnaire de la violence dirigé par Michela Marzano, PUF, 2011.
  • Hermann Broch, « Quelques remarques à propos du kitsch », Allia, Paris, 2001.
  • Pascale Casanova, « World fiction », dans Revue de littérature générale, II, 1996.
  • Gillo Dorfles, Le Kitsch : un catalogue raisonné du mauvais goût, trad. de Paul Alexandre, Bruxelles / Paris, Éditions Complexe / Presses universitaires de France, 1978.
  • Christophe Génin, Kitsch dans l’âme, Vrin, « Matière étrangère », 2010.
  • Abraham Moles, Psychologie du Kitsch, l'art du bonheur, Maison Mame, Paris, 1971.
  • Lionel Souquet, « Le Kitsch dans El beso de la mujer araña de M. Puig » (et animation d'une table ronde sur Puig), « Rencontre autour de la pièce Le baiser de la femme araignée de M. Puig », organisée à Charleroi en mars 1999, par Christine Defoin, Société Belge des Professeurs d'Espagnol, in Puente, Bulletin de la S.B.P.E., spécial Manuel Puig, no 98, juillet 1999, p. 26-35.
  • Lionel Souquet, « Manuel Puig : un auteur marginal et anticonformiste entre la communauté de destin homosexuelle et la famille intellectuelle du Kitsch », La Question de l'Auteur, Actes du XXXe. Congrès de la SHF (Société des Hispanistes Français), Brest, 18-19-20 mai 2001, Université de Bretagne Occidentale, Brest, 2002, p. 348-361.
  • « Kitsch et théâtralité. Effets et affects », dirigé par Isabelle Barbéris et Marie Pecorari, Éditions universitaires de Dijon, 2012.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]