Adèle Hauwel

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Adèle Hauwel, est une féministe belge[1], née le à Saint-Gilles[2] et décédée le à Forest et incinérée[3] au crématorium de Uccle le [4].

Adèle Hauwel
Adèle Hauwel.png
Biographie
Naissance

Saint-Gilles
Décès
(à 84 ans)
Forest
Nationalité
Belge
Domicile
Formation

Athénée Royal d'Ixelles

Université Libre de Bruxelles
Activité
féministe
Autres informations
Archives conservées par
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Biographie[modifier | modifier le code]

Influences[modifier | modifier le code]

Elle a vécu dans une famille de classe moyenne[5] et de conviction catholique[6]. Son père, Florimond, était vendeur dans le textile et sa mère, Irma, était femme au foyer[6]. Elle avait deux sœurs, Marguerite[3] et Lucie Hauwel[5]. Sa maman l’a souvent emmenée à des rencontres qui permettaient la réflexion ainsi qu'une initiation à la lecture[6]. C’est par ce biais qu’Adèle a lu à l’âge de 15 ans, “Fécondité” d’Emile Zola, où elle réalise que l’image de la femme véhiculée par la société est dégradante[6].

Au même moment, elle rencontre une femme qui deviendra sa première grande influence, Louise De Craene-Van Duuren, qui s’avère en fait la fondatrice du groupement de la porte ouverte qui va l’intégrer au groupement et va la promouvoir au poste de secrétaire au sein de l’organisme[6]. De plus, deux aventurières l’on passionnée et ont influencé son parcours féministe telles que Ella Maillart et Virginie Hériot, l'une participant à l'exploration de l'Afghanistan et l'autre ayant parcouru le monde avec son bateau[6],[7]. À son tour, et durant toute sa vie, elle a milité pour que de nouvelles générations s'intéressent à la condition de la femme dans la société. On peut donc dire en quelque sorte qu'Adèle Hauwel a servi de lien entre l'ancienne et la nouvelle génération[6].

Études et carrière médicale[modifier | modifier le code]

Adèle Hauwel a fait toutes ses secondaires à l’Athénée Royal d’Ixelles[5] et en arrivant aux portes de l’université, ne sachant que choisir entre des études de philosophies et de médecines, elle opta finalement pour la médecine car elle considérait que cela lui permettrait d’avoir un plus grand degré de "liberté d’expression et d’action"[6]. Suite au décès de son père, sa famille n’avait pas assez d’argent pour subvenir aux dépenses universitaires, cependant une bourse lui a été octroyée en récompense à ses bons résultats scolaires[5]. Elle a choisi l’Université libre de Bruxelles où a notamment étudié Marie Popelin, une des premières femmes belges étudiant le droit. Adèle Hauwel, quant à elle fut une des premières femmes belges à obtenir son diplôme de médecine[8]. Par la suite, en 45 à Anvers, elle ouvre son cabinet de médecine dans le "quartier ma campagne”[6].

Dans le cadre de sa profession médicale, elle encourageait les femmes à la prise d’une contraception ou encore même à la pilulle du lendemain, ce qui permettait aux femmes de vivre leur sexualité de manière libre et contrôlée[7]. En cas de grossesse non voulue, elle conseillait les femmes concernées et si celles-ci le souhaitaient elle les mettait en contact avec un praticien de l’avortement[9]. Pour les filles qui ne souhaitaient pas servir d’objet sexuel en tant que “vierge”, Adèle Hauwel leur proposait la "défloraison artificielle" comme alternative[7]. En ce qui concerne les femmes qui voulaient sortir du cercle de la prostitution, le docteur Hauwel leur proposait son aide[7]. Elle et sa sœur Lucie vont aussi donner de leur temps aux femmes victimes de violences conjugales[9]. Au-delà de ses activités féministes, elle s’est investie au près des plus démunis en leur offrant des soins médicaux gratuits[7].

Autres activités professionnelles[modifier | modifier le code]

  • À partir 1935, elle a fait partie du groupement de la porte ouverte en tant que secrétaire[1].
  • Présidente honoraire du GPO après la deuxième guerre mondiale[8]. Elle a souhaité redonner une nouvelle image, un renouveau à cette association. Grâce à Adèle Hauwel et Germaine Hannevart, l’association est revenue sur le devant de la scène au lendemain de la libération[5].
  • Elle a fait partie de l’organisation internationale du travail (Genève)[1].
  • Elle a été la porte-parole de la CMF (groupe jeune) où elle a contesté les idées que promulguait l’extrême droite de l’époque telle que celle de la “femme-mère”[10].
  • Elle a aussi participé à l’organisation “syndicat libre” à Bruxelles[1].
  • Sur la scène internationale, elle était membre notamment de la FBFU et du Business and Professional Women of Belgium[9].

Ses combats[modifier | modifier le code]

Dans les années 1934 et suivantes, son activité était essentiellement basée autour de la santé des femmes. De plus, elle tenait à cœur de mettre en place des dispositifs pour aider les femmes à devenir indépendante sur le plan économique[8]. Ainsi, Adèle Hauwel mettait un point d’honneur sur la conscientisation des femmes sur leurs conditions et leurs droits[6]. Au même moment, au niveau de l’emploi, elle militait pour les “congés de maternité” et les emplois de types “hommes”[11]. En effet dans la société de l'époque, l'image de la femme était essentiellement tournée vers celle de la femme à la maison ou d'autres préjugés tels que la femme séductrice. Adèle Hauwel a donc milité pour la placer la femme à l'égal de l'homme[7].

Faits[modifier | modifier le code]

Durant la deuxième guerre mondiale, Adèle Hauwel fut une résistante de l’occupation nazie. Cependant, étant une féministe de l’ombre, elle n’a jamais voulu reconnaitre publiquement ce statut de résistante ne considérant pas son acte comme majeur face aux atrocités que d’autres ont pu subir[12],[5],[11]. Marquée par son passé durant la guerre, elle va se battre pour que les hommes et les femmes soient égaux face au droit civique de passer leur service militaire. Dans la continuité de ce souhait, elle voulait aussi que les femmes puissent être représentées à tous les échellons du monde militaire[13]. De plus, elle s’est aussi battue pour que les femmes enceintes ne soient pas défavorisées par leur statut récent de mère ou de future mère dans le monde du travail. En effet, elle a pu se rendre compte que même si le droit prohibait le droit aux employés de poser des questions à ce sujet aux futures travailleuses lors d'un entretien, la plupart le faisait tout de même[7]. Elle est donc intervenue car cela les empêchait de notamment faire des heures supplémentaires alors que celles-ci étaient parfaitement capable physiquement de les prester, ce qui aurait pu participer à leur indépendance économique[7].

Adèle Hauwel, pendant toute sa vie a participé à de nombreuses manifestations pour revendiquer le droit des femmes[1]. Lors de l’élection de Miss Belgique en 71 à Anvers[14], un coup monté de la part du GPO a été pensé et réalisé par une des activistes du groupement de la porte ouverte. Danielle Colardijn, malgré sa minorité, a participé à l’élection de miss Belgique et a finalement gagné le titre[9]. Au moment de son discours de remise de prix, elle en a profité pour dénoncer l’image “patriarcale” de la femme que véhicule ce genre de concours[6].

Enfin, 70 ans après la manifestation féministe du et juste avant sa mort, elle avait commencé à organiser la commémoration[15] de ladite manifestation dans la salle de la grande Harmonie à Bruxelles, en réponse aux mesures prises par le gouvernement de l’époque à l’égard de la limitation du travail des femmes en temps de crise où les hommes étaient privilégiés dans le secteur de l’emploi[8].

Politique[modifier | modifier le code]

Mai 68 n'a pas été considéré comme une réussite selon Adèle Hauwel car elle estimait que cela n'était que "l'aboutissement du désir des hommes de se réserver l'accès au corps des femmes sans contrainte"[8]. C'est ainsi qu'en 1972, Adèle Hauwel avec d’autres féministes de l’époque créent le parti féministe unifié, parti féminin, qui a pour objectif de revendiquer les droits des femmes dans leur ensemble[9],[16],[17].

Adèle Hauwel étant démocrate, face à la montée du rexisme ainsi que du communisme, elle restera toujours contraire à cette tendance politique et demeurera donc fidèle à ses idées de liberté en général, c’est pour cela que le titre de “féministe radicale” lui a été posé. De plus, elle s'abstiendra de tout engagement avec le bloc de l’Est[18].

Toute sa vie Adèle Hauwel ainsi que Louise De Craene, Marcelle Renson, Stella Wolf et Jeanine Van Esch ont été très actifs sur le plan de la recherche de documentations relatives au droit des femmes. Ce travail de recherche lui a permis d’être à tout moment sur le qui-vive[1] en cas de projet de loi, de manifestations,… car elle était attentive "aux écrits, aux publications journalistiques, aux prises de position des organes officiels tant belges qu'étrangers et particulièrement ceux des Nations Unies"[7]. Nous pouvons aujourd’hui retrouver l’ensemble de ses recherches sur le CARHIF.[7]

Adèle Hauwel a fait partie de ceux qui ont permis l’obtention de l’égalité salariale qui a été concrétisée par l’art. 119 du traité de Rome[7].

Son combat au niveau législatif[modifier | modifier le code]

En 1980, elle a pu notamment représenter l’ODI au sein des Nations Unies[19] et a notamment pu participer à l'élaboration de "la convention sur l'élimination de toute forme de discrimination à l'égard des femmes"[19]. De plus, Adèle Hauwel a pu voir se concrétiser la loi sur la libéralisation de l’avortement[8],[2]. En effet, à travers son activité de médecin, elle militait pour l’émancipation sexuelle de la femme de part l’avortement, alors que l’avortement était alors encore interdit sous Mr Willy Peers[6].

Récompense[modifier | modifier le code]

Elle est la première à avoir reçu en 1983 le prix Avon au château Sainte-Anne à Bruxelles pour ses actions féministes au niveau belge et international faisant partie du Groupement belge de la porte ouverte dont le corollaire international est L’ODI (“open door international”)[9]. Rappelons que le prix Avon a été inauguré au Japon en 1978 dont l'objectif est principalement de "récompenser les femmes qui ont réussi dans divers domaines grâce à leurs propres ressources et à leurs propres initiatives"[19]. Elle a ainsi remporté une somme de 250.000 F qu’elle a reversé à un organisme de son choix[19].

Ses ouvrages[modifier | modifier le code]

Chaque mois, dans le mensuel du groupement de la porte ouverte, elle publie des articles sur les positions de la travailleuse[6]. Adèle Hauwel a aussi rédigé “Algemene geschiedenis der Nederlanden” ainsi que “les éphémérides du féminisme”[19].

Vie personnelle[modifier | modifier le code]

Adèle Hauwel est restée célibataire toute sa vie et n’a pas eu d’enfant tellement elle était impliquée dans son activité féministe[6].

Citation[modifier | modifier le code]

“Le boléro de Ravel… Parce qu’il illustre à merveille le travail des féministes : seriner et taper sur le même clou à longueur de vie pour obtenir l’égalité” –Adèle[4].

Ses dernières volontés furent de ne pas recevoir de fleurs lors de son enterrement, en contrepartie, elle préférait que des dons soient reversés au groupement de la porte ouverte[3].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e et f CARHIF, dossier bibliographique 490, Adèle Hauwel : " Vervolg gegevens candidates "extra aandacht" ", 19 juin 1991.
  2. a et b DEJEMEPPE P., Saint-Gilles. Huit siècles d'histoire(s). 1216-2016, Bruxelles, Mardaga, 2016, p. 82.
  3. a b et c CARHIF, dossier bibliographique 490, Adèle Hauwel : " "Le féminisme d'abord" disait-elle toujours ".
  4. a et b CARHIF, dossier bibliographique 490, Adèle Hauwel : "Le soir", 1er septembre 2004.
  5. a b c d e et f GUBIN E., Dictionnaire des femmes belges: XIXe et XXe siècles, Bruxelles, Racine, 2006, p. 310.
  6. a b c d e f g h i j k l m et n BOUDJAOUI F., JEPSEN M., PEEMANS-POULLET H. et COENEN M.T., "L'emploi crée l'emploi", Chronique Féministe, Bruxelles, 2004, n°89/90, p. 44.
  7. a b c d e f g h i j et k EXSTEYL M-C., "Hommage à Adèle Hauwel", Groupement de la porte ouverte, Bulletin décembre 2004.
  8. a b c d e et f CARHIF, dossier bibliographique 490, Adèle Hauwel : Hommage " Le féminisme d'abord ! ".
  9. a b c d e et f GUBIN E., Dictionnaire des femmes belges: XIXe et XXe siècles, Bruxelles, Racine, 2006, p. 311.
  10. JACQUES C., Les féministes belges et les luttes pour l'égalité politique et économique 1918-1968, Bruxelles, Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, 2013, p.60.
  11. a et b VAN ROKEGHEM S., AUBENAS J. et VERCHEVAL-VERVOORT J., Des femmes dans l'histoire en Belgique depuis 1830, Bruxelles, Luc Pire, 2006, p. 215.
  12. JACQUES C., Les féministes belges et les luttes pour l'égalité politique et économique 1918-1968, Bruxelles, Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, 2013, p. 68.
  13. JACQUES C., Les féministes belges et les luttes pour l'égalité politique et économique 1918-1968, Bruxelles, Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, 2013, p. 105.
  14. CARHIF, dossier bibliographique 490, Adèle Hauwel : "Adèle Hauwel".
  15. CARHIF, dossier bibliographique 490, Adèle Hauwel : Sénat de Belgique et Groupement de la Porte Ouverte, " Commémoration de la manifestation féministe du 21 décembre 1934 contre les mesures prises par le gouvernement pour réduire le travail des femmes", Bruxelles, 13 décembre 2004.
  16. "Les associations féminines en Belgique", Courrier hebdomadaire du CRISP, 1973/35 (No 621-622), p. 15.
  17. La mémoire de Paul van Zeeland, par Adèle Hauwel. In: Les Cahiers du GRIF, no 1, 1973. Le féminisme pour quoi faire ?, p. 41.
  18. JACQUES C., Les féministes belges et les luttes pour l'égalité politique et économique 1918-1968, Bruxelles, Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, 2013, p. 81.
  19. a b c d et e CARHIF, dossier bibliographique 490, Adèle Hauwel : " Pour la première fois en Belgique. Le prix Avon pour les femmes attribué à Mmes Hauwel, Flament-Durand et Tolkowsky", 29 novembre 1983.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

DEJEMEPPE P., Saint-Gilles. Huit siècles d'histoire(s). 1216-2016, Bruxelles, Mardaga, 2016.

GUBIN E., Dictionnaire des femmes belges: XIXe et XXe siècles, Bruxelles, Racine, 2006.

BOUDJAOUI F., JEPSEN M., PEEMANS-POULLET H. et COENEN M.T., "L'emploi crée l'emploi", Chronique Féministe, Bruxelles, 2004, n°89/90, p. 43 à 44.

JACQUES C., Les féministes belges et les luttes pour l'égalité politique et économique 1918-1968, Bruxelles, Académie Royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, 2013.

HAUWEL A., "La mémoire de Paul van Zeeland", Le féminisme pour quoi faire ?, Les Cahiers du GRIF, no 1, 1973, p. 41 à 42.

VAN ROKEGHEM S., AUBENAS J. et VERCHEVAL-VERVOORT J., Des femmes dans l'histoire en Belgique depuis 1830, Bruxelles, Luc Pire, 2006.

CARHIF, dossier bibliographique 490, Adèle Hauwel :

  • " Vervolg gegevens candidates "extra aandacht" ", .
  • " "Le féminisme d'abord" disait-elle toujours ".
  • "Le soir", .
  • Hommage " Le féminisme d'abord ! ".
  • " Pour la première fois en Belgique. Le prix Avon pour les femmes attribué à Mmes Hauwel, Flament-Durand et Tolkowsky", .
  • "Adèle Hauwel".
  • Sénat de Belgique et Groupement de la Porte Ouverte, " Commémoration de la manifestation féministe du contre les mesures prises par le gouvernement pour réduire le travail des femmes", Bruxelles, .

"Les associations féminines en Belgique", Courrier hebdomadaire du CRISP, 1973/35 (No 621-622), p. 1 à 45.