Émile Nelligan

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Émile Nelligan
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Émile Nelligan

Naissance
Montréal, Drapeau : Québec Québec
Décès (à 61 ans)
Montréal, Drapeau : Québec Québec
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Français
Mouvement Symbolisme

Œuvres principales

Émile Nelligan, né le à Montréal et mort le dans la même ville, est un poète québécois influencé par le mouvement symboliste ainsi que par les grands romantiques. Souffrant de schizophrénie, Nelligan est interné dans un asile psychiatrique peu avant l'âge de vingt ans et y restera jusqu'à sa mort. Son œuvre est donc à proprement parler une œuvre de jeunesse. Ses poèmes, d'abord parus dans des journaux et des ouvrages collectifs, sont publiés pour la première fois en recueil par son ami Louis Dantin sous le titre Émile Nelligan et son œuvre (1904).

Ce recueil constitue un ensemble inégal sur le plan de l'authenticité créatrice – nombre de poèmes sont des pastiches ou des reflets de plumes bien connues –, mais révèle néanmoins un poète original au talent indéniable. La musicalité des vers est très certainement l'aspect le plus remarquable de la poésie d'Émile Nelligan. Les principaux thèmes abordés sont l'enfance, la folie, la musique, l'amour, la mort et la religion.

Au fil des ans, sa figure prend de plus en plus d'ascendant et il est généralement vu comme le point de départ de la poésie québécoise moderne, rompant avec la thématique patriotique de son époque pour explorer plutôt son espace intérieur. Depuis plus d'un siècle, Nelligan a inspiré chansons, films, tableaux, pièces de théâtre et même un opéra ; nombre de critiques, d'écrivains et de cinéastes ont exalté son génie, sa folie ou son martyre. Le phénomène a atteint une telle ampleur que sa figure a pris la dimension d'un « mythe » populaire, qui conjoint la figure romantique du poète maudit et celle de l'éternel adolescent. En tant que tel, il a aussi suscité la controverse et certains ont tenté d'attribuer son œuvre à un  « compositeur de génie ».

Plusieurs de ses poèmes sont « parmi les plus réussis de la littérature québécoise, et mériteraient d'être intégrés au patrimoine de la littérature d'expression française. »

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

Nelligan naît le à Montréal au 602, rue de La Gauchetière[n 1]. Il est le premier fils de David Nelligan, un Irlandais de Dublin arrivé au Québec vers l'âge de sept ou huit ans[n 2] et d'Émilie Amanda Hudon, Québécoise de Rimouski[n 3]. Il a deux jeunes sœurs, Béatrice Éva (1881-1954) et Gertrude Freda (1883-1925)[n 4]. Il passe une enfance aisée, entre la maison de Montréal et la résidence d'été des Nelligan à Cacouna au Québec. Il s'absente souvent de l'école et sa mère s'occupe alors de son éducation. Il vit pratiquement toute sa vie à Montréal avec sa famille.

En décembre 1892, le jeune Émile récite un poème lors d'une séance dramatique et musicale organisée en l'honneur du directeur de l'école du Mont-Saint-Louis[1]. En septembre 1893, il commence son cours classique au Collège de Montréal, mais il échoue dès la première année et doit reprendre ses éléments latins. En 1895, il poursuit son cours de syntaxe au Collège Sainte-Marie de Montréal, où il restera jusqu'en mars 1897, échouant encore une fois. Élève distrait et peu motivé, il est toutefois intéressé par le théâtre et se fait remarquer par les poèmes et compositions qu'il écrit, fortement influencés par les poètes romantiques, et dont il est très fier[n 5].

Débuts en poésie[modifier | modifier le code]

Il récite occasionnellement des poèmes lors de soirées culturelles et se prend de passion pour la musique, lorsqu'il voit Paderewski en concert un soir d'avril 1896[n 6]. Dès cette époque, il fréquente un groupe de jeunes poètes, notamment Joseph Melançon, Charles Gill et Arthur de Bussières, de trois ans son aîné et qui vient d'être admis à l'École littéraire de Montréal fondée peu auparavant.

Le journal Le Samedi de Montréal ayant organisé un concours de poésie, Nelligan y participe en envoyant « Rêve fantasque », publié le , suivi de huit autres poèmes qui paraissent dans les trois mois qui suivent[n 7]. Il publie sous un pseudonyme à l'instar de la plupart des participants de ce concours, choisissant « Émile Kovar », nom proche de celui du héros d'une pièce à succès alors jouée à Montréal —Paul Kauvar or Anarchy[n 8],[n 9]. Dès cette époque, le jeune poète est fortement influencé par Verlaine qui guide ses recherches formelles[2].

Monument à Émile Nelligan au centre-ville de Québec, par Gregory Pototsky (2004).

Ayant échoué en syntaxe, il doit reprendre ce cours, mais il manque d'enthousiasme et abandonnera définitivement l'école en mars 1897.

En février 1897, parrainé par Arthur de Bussières[3], il soumet sa candidature à l'École littéraire de Montréal et est accepté à l'unanimité. À la séance du 27 février, il lit trois poèmes : « Tristia », « Sonnet d'une villageoise » et « Carl Vohnder est mourant »[4]. Dans ce cénacle d'une vingtaine de personnes, tous plus âgés que lui, il se fait « remarquer par une persistante mélancolie et une précoce maturité[5]. » Joseph Melançon note dans son journal personnel le soir de l'entrée de Nelligan :

« Soirée de l'École littéraire. Émile Nelligan, un tout jeune en poésie, lit des vers de sa composition, d'une belle voix grave, un peu emphatique qui sonne les rimes. Il lit debout, lentement avec âme. La tristesse de ses poèmes assombrit son regard. Il y a de la beauté dans son attitude, c'est sûr. Mais ses vers ? —De la musique, de la musique et rien d'autre[3]... »

Il avait une « physionomie d'esthète : une tête d'Apollon rêveur et tourmenté, où la pâleur accentuait le trait (...) des yeux très noirs[n 10], très intelligents, où rutilait l'enthousiasme; et des cheveux, oh! des cheveux à faire rêver, dressant superbement leur broussaille d'ébène, capricieuse et massive, avec des airs de crinière et d'auréole[6]. » Émule de Baudelaire, il se lie d'une amitié indéfectible avec le peintre Charles Gill dont « la bohème était légendaire[7] » et cultive une allure de « poète maudit ». Jean Charbonneau, de quatre ans son aîné, le décrit ainsi :

« Grand, mince, les cheveux en broussaille, majestueux, un pli d'amertume à la commissure des lèvres, les yeux perdus dans l'infini, il n'avait pas l'air de tenir au monde matériel. Il parlait souvent avec emphase. Ses gestes larges embrassaient l'étendue, et sa voix captivante, murmurant comme une mélopée, trahissait l'obsession qui le dominait et semblait influencer ses moindres actes[8]. »

Nelligan participe à deux réunions de l'École littéraire de Montréal, mais démissionne le 27 mars, peu intéressé par les conférences annoncées[9]. Il continue à écrire, cependant, et dès le mois de mai, il envoie au journal Le Monde illustré divers poèmes : « Vieux piano », « Moines en défilade », « Paysage », « Le Voyageur », « Sculpteur sur marbre ». Tous ces poèmes sont signés « Emil Nelligan », le jeune poète ayant décidé de donner une forme germanique à son prénom, mais le premier envoi portait le pseudonyme « E.N. Peck-à-boo Villa »[n 11]. En septembre, il publie « Rythmes du soir » dans L'Alliance nationale et rédige « Salons allemands » pour un recueil collectif offert à l'occasion du mariage d'un membre de l'École littéraire de Montréal[10]. Mais son humeur devient sombre.

En février 1898, il lit « Tristesses » lors d'une réunion de l'École. Il s'intéresse à Dante et publie dans Le Monde illustré le sonnet « Sur un portrait de Dante », qu'il signe Emil Nellghan[11]. Au printemps, selon Luc Lacourcière, Nelligan père, qui n'apprécie guère le mode de vie bohème d'Émile, l'aurait mis sur un bateau pour l'Angleterre, mais ce voyage n'avait duré que « quatre à cinq semaines » selon le témoignage de sa sœur Éva[12]; il n'en existe aucune trace documentaire. En revanche, on sait qu'il a passé l'été à Cacouna[13]. De retour à Montréal, il se passionne pour la poésie de Georges Rodenbach à qui il consacrera un poème lors de son décès. Il trouve chez Maurice Rollinat une atmosphère morbide qui lui inspirera de nombreux poèmes, tels « Le Chat fatal », « Le Spectre », « La Terrasse aux spectres », « La Vierge noire », « Prélude triste » et « Soirs hypocondriaques »[14].

À partir de septembre, cherchant à publier un poème dans une petite revue, il se lie d'amitié avec le Père Seers, plus tard connu sous le nom de Louis Dantin[15]. Celui-ci lui sert de mentor littéraire. En même temps, Nelligan fréquente aussi Robertine Barry, une amie de sa mère, qui vit près de chez eux et qui est chroniqueuse au journal La Patrie sous le nom de Françoise. il sollicite ses conseils et l'évoque dans plusieurs poèmes : « Rêve d'artiste », « Beauté cruelle », « Le Vent, le triste vent de l'automne », « À une femme détestée » et « À Georges Rodenbach »[16]. Même si cette relation n'aboutit pas, Françoise lui garde son amitié : « elle publiera ses poèmes, écrira des articles à son sujet, parlera en termes élogieux de sa poésie[17]. »[n 12]

Il est réadmis à l'École littéraire de Montréal le et lit « L'idiote aux cloches » et « Un rêve de Watteau ». Lors d'une séance publique subséquente, il lira, outre ces deux poèmes, « Le Récital des Anges ». Il produit une forte impression sur l'auditoire et « plusieurs lui assignent une place d'honneur, tout de suite après Louis Fréchette[18]. »

Invité comme les autres membres à donner une conférence, il inscrit comme sujet « Les poètes étrangers »[19]. Tranchant sur le conservatisme littéraire de l'époque, il proclame Rimbaud un de ses maîtres[20] alors que le symbolisme était boudé par les membres de l'École et avait même fait l'objet d'une vigoureuse attaque de la part de Jean Charbonneau lors de la séance du [21].

En 1899, sa production s'intensifie. Le , il lit « Le roi du souper », « Le menuisier funèbre », « Le suicide du sonneur », « Le perroquet ». Le  : « Bohème blanche », « Les Carmélites », « Nocturne séraphique », « Notre-Dame des Neiges ». Le 24 mars : « Le Suicide d'Angel Valdor ». Le 7 avril : « Prière vespérale », « Petit vitrail de chapelle », « Amour immaculé » et « La Passante ».

Le père Pitre, qui fut témoin des rencontres entre le père Seers et Nelligan, évoque cette période d'effervescence —que Louis Dantin commentera également vers la fin de sa vie[n 13] :

« Nelligan arrivait au parloir [du couvent du Très-Saint-Sacrement] tout ébouriffé et excité, « monté à plein comme un cadran ». C'est le mot de Pitre pour dire qu'il était sous tension. Nelligan disait à Dantin qu'il avait fait un rêve, et le lui racontait. Dantin répondait que ça ferait un beau poème. « Mets donc ça en vers! » Dantin faisait des corrections ou proposait des changements. D'autres fois, c'était une idée. Quelquefois, il sortait un papier de sa poche et lisait un poème. Dantin et Pitre l'écoutaient. Puis Dantin disait: « Relis ça! » Il lisait un vers ou deux. Dantin l'arrêtait: « Faute de grammaire ! » ou « Pas français ! » Ou bien lui indiquait des vers sur le papier: « Reprends ça. C'est pas de la poésie! » Il « touchait » les poèmes de Nelligan. Par « toucher », le père Pitre voulait dire enlever les bavures, nettoyer les incorrections, etc. Les corrections de Dantin étaient surtout de vive voix, mais parfois il marquait des corrections sur le texte. Le lendemain, ou deux ou trois jours plus tard, Nelligan apparaissait avec le poème corrigé et souvent refait au complet[22]. »

Enfin, le , lors d'une séance publique de l'École, Nelligan fait la lecture de trois poèmes, « Le Talisman », « Rêve d'artiste » et son réputé « La Romance du vin » qui est accueilli avec enthousiasme et reste gravé dans la mémoire collective : « Lorsque le poète, crinière au vent, l'œil enflammé, la voix sonore, clama ces vers vibrants de sa « Romance du Vin », ce fut un délire dans toute la salle. Des acclamations portèrent aux nues ces purs sanglots d'un grand et vrai poète[23]. »

Ce fut aussi son chant du cygne, car ce poème est le dernier qu'il ait prononcé en public. En dépit du succès remporté, « Le poète broie du noir. La vie lui semble une trame cauchemardesque d'heures et d'incidents. Il veut s'éluder et pourtant il pense encore à son passé où la vie connaissait d'agréables euphories[24]. ». Il vit cloîtré et ne voit plus qu'une fois par semaine son ami Dantin, dont il esquisse le portrait dans « Frère Alfus », un poème évoquant la légende du moine d'Olmutz[25]. Louis Dantin a décrit le progrès de la maladie chez Nelligan :

« Dans les derniers temps, Nelligan s'enfermait des journées entières, seul avec sa pensée en délire, et, à défaut d'excitations du dehors, s'ingéniant à torturer en lui-même les fibres les plus aigües, ou bien à faire chanter aux êtres ambiants, aux murs, aux meubles, aux bibelots qui l'entouraient, la chanson toujours triste de ses souvenirs. La nuit, il avait des visions, soit radieuses, soit horribles : jeunes filles qui étaient à la fois des séraphins, des muses, et des amantes, ou bien des spectres enragés, chats fantômes, démons sinistres qui lui soufflaient le désespoir. Chacun des songes prenait corps, le lendemain, dans des vers crayonnés d'une main fébrile, et où déjà, parmi les traits étincelants, la Déraison montrait sa griffe hideuse[26]. »

C'est à cette époque, selon toute probabilité, que Nelligan aurait composé son poème le plus connu : « Le Vaisseau d'or ».

Internement[modifier | modifier le code]

Le poète est interné en 1925 à l'asile de Saint-Jean-de-Dieu. Il y passera les 16 dernières années de sa vie.

Le poète n'a jamais eu la possibilité d’achever son premier recueil de poésie qui, selon ses dernières notes, devait s'intituler Le Récital des anges ou Motifs du récital des anges. Conformément à une sombre prémonition — « Je mourrai fou. Comme Baudelaire »[n 14] —, Nelligan est en effet atteint de démence précoce ou schizophrénie, maladie que la médecine était incapable de soigner et dont il ne se remettra jamais. Il n'avait pas vingt ans.

Selon toute vraisemblance, les troubles avaient commencé dès le mois de mars 1897, mais la névrose s'est fortement aggravée au printemps 1899, suscitant chez l'adolescent des idées de suicide et des crises aiguës de comportement : « cris prolongés, altercations avec son père, rebuffades envers sa mère, mépris total à l'égard de son entourage. Il est probablement survenu à ce moment-là un accès de fièvre avec délire qui amena des lésions cérébrales irréversibles et une fatigue générale propice à l'apathie[27]. »

À la demande de son père, il est interné le à la Retraite Saint-Benoît-Labre, un asile tenu par les frères de la Charité dans l'est de l'île de Montréal. On connaît peu de choses sur les conditions de son internement. Il a certainement subi la camisole de force[28]. Il a peut-être même subi une lobotomie comme le laisse entendre un poème de son ami Albert Lozeau, qu'avait d'ailleurs révolté le récit du docteur Choquette sur sa visite à l'asile[n 15]; toutefois, cette affirmation ne saurait être prouvée, tout le dossier médical du séjour à cet asile ayant disparu[29]. Selon le témoignage du Frère Romulus, on lui a aussi inoculé le virus de la typhoïde afin de le guérir par pyrétothérapie : « il a eu les fièvres typhoïdes ici. Après ses fièvres, on croyait qu'il était guéri. Mais il est retombé[30]. »

Sa mère, profondément dépressive[n 16], attendra trois ans avant d'être à même de lui rendre sa seule et unique visite[n 17]. Outre Dantin et Germain Beaulieu, diverses personnes intéressées par le poète vont le visiter à l'asile, notamment Ernest Choquette et Guillaume Lahaise/Guy Delahaye, qui sera plus tard un de ses médecins traitants[31].

À l'asile, Nelligan vit retiré dans son monde intérieur : « Pendant ces premières années de sa réclusion, il passait des heures à écrire des vers informes, inintelligibles [...] Le plus souvent il restait inerte, à moitié endormi dans une existence végétative tranquille, perdu comme autrefois dans une rêverie, mais plus lointaine et sans attaches avec les réalités de la vie[32]. » Dans un calepin autographe de 1929, il a recopié, de mémoire, « des textes de poètes français et anglais, et 18 de ses propres poèmes d'autrefois, dont le titre est écrit parfois différemment[33]. » « Le Vaisseau d'or » est celui de ses poèmes que ses visiteurs lui demandent le plus souvent de réciter ou de leur copier. En dépit de la maladie, il a gardé une mémoire étonnante et est capable de réciter de mémoire des centaines de vers, de dizaines de poètes.

En 1925, Nelligan est transféré à l'asile de Saint-Jean-de-Dieu. Léo Bonneville a donné un témoignage de la visite qu'il lui a faite :

« J'ai eu l'insigne honneur de rencontrer Émile Nelligan, un dimanche après-midi de 1939. J'ai passé une heure avec lui, une heure inoubliable. Dans un petit parloir, assis face à face, nous causions bien simplement. De poésie avant toute chose. Et Nelligan me confiait ne plus pouvoir écrire parce que l'inspiration ne venait plus. Mais il avouait aussi que sa poésie, il la portait en lui depuis toujours. Et comme je lui demandais s'il se souvenait encore de ses poèmes et du Vaisseau d'or en particulier, il proposa de me les réciter. Il se leva, tourna les yeux vers le plafond et dit lentement, sans hésiter, monocorde, les mains pendants, d'une voix grave «Ce fut un grand vaisseau...». Au dernier vers, il porta sa main droite à son cœur. Je le remerciai. Et lui confessai que j'avais une affection particulière pour La romance du vin. Il se leva et récita ce long poème sans élever la voix[34]. »

Nelligan vécut dans cet hôpital jusqu'à son décès, le .

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Étapes de publication[modifier | modifier le code]

Lors de l'internement du poète, seuls étaient connus du public une cinquantaine de poèmes[35]. En 1900, plusieurs poèmes inédits sont publiés dans deux recueils collectifs : Les Soirées du Château de Ramezay[n 18] et Franges d'autel[n 19]. Divers articles critiques lui sont consacrés[n 20]. Mais c'est surtout une série d'articles de Louis Dantin, proposant une analyse critique magistrale de l'œuvre, qui établit le poète à une place prééminente dans la littérature nationale : « Cette vocation littéraire, l'éclosion spontanée de ce talent, la valeur de cette œuvre tout inachevée qu'elle demeure, tiennent pour moi du prodige. J'ose dire qu'on chercherait en vain dans notre Parnasse présent et passé une âme douée au point de vue poétique comme l'était celle de cet enfant de dix-neuf ans[n 21]. »

Dantin travaille alors durant deux ans à l'édition princeps d'un recueil des meilleurs poèmes, à partir du volumineux manuscrit que lui a confié la mère du poète[36], en lui donnant pour préface les cinq tranches de son article —préface à laquelle certains attribuent la renommée littéraire de Nelligan[n 22]. Le recueil, prévu pour 1903, paraît en 1904[n 23]. Il compte 107 poèmes, répartis en dix sections.

Après que Dantin eut quitté Montréal en 1903, des poèmes inédits de Nelligan continuent à faire surface, révélés par Charles Gill, Françoise et Germain Beaulieu[37].

D'autres pièces sont découvertes en 1952 par Luc Lacourcière dans le fonds Nelligan-Corbeil.

L'édition complète des poèmes de Nelligan compte maintenant 171 titres, dont une quinzaine de textes inachevés. Seuls 37 poèmes ont pu être datés avec certitude[38].

Art poétique[modifier | modifier le code]

Au plan formel, la poésie de Nelligan s'inscrit dans des formes classiques, avec une nette prédilection pour le sonnet tout en faisant également une large place au rondel[n 24]. Le rondel, qui était une forme fixe en honneur au Moyen Âge, avait été remis à la mode par Banville et les parnassiens. Tout en adoptant cette forme ancienne, Nelligan l'adapte à sa sensibilité musicale et à sa recherche de la variété rythmique. Au lieu de se maintenir dans la monotonie de l'octosyllabe, il « manie à merveille l'alexandrin, le décasyllabe, l'octosyllabe et le pentasyllabe, et réussit à intégrer son refrain dans des contextes syntaxiques qui se modifient d'un bout à l'autre du poème[39]. » Il recherche des rimes riches et, comme le note un critique belge en 1905 : « son vers, qui a la fluidité soyeuse et le glissement léger des syllabes verlainiennes, est agréable à l'oreille[40]. »

Le rondel « Clair de lune intellectuel », placé en tête du recueil, peut se lire comme une synthèse des préoccupations du jeune poète :

« Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs
Elle a l'éclat parfois des subtiles verdeurs
D'un golfe où le soleil abaisse ses antennes. »

Selon Louis Dantin, le poète affirme ici la primauté de la fantaisie et veut créer une atmosphère poétique, en laissant la pensée se diffracter en « une poussière d'idées »[41]. En fait, il y a bien davantage dans ce poème d'une métrique recherchée, car celui-ci contient « une véritable proclamation de l'esprit analogique. [...] c'est dans la variation du dernier vers que tout le jeu prismatique aboutit au clair de lune du titre, mais dans un horizon élargi[42]. » Le critique Henri Cohen y voit aussi un condensé de l'art poétique de Nelligan, où prévaut le jeu des rythmes et des sonorités, et il y relève des « accents baudelairiens » —le jeu des équivalences n'étant pas sans évoquer le sonnet « Correspondances » de Baudelaire[39].

Un trait fréquent est le renversement du début du poème par sa fin. Ainsi, dans «  Châteaux en Espagne », les deux derniers tercets consistent à nier le rêve exprimé par les deux quatrains du début. Le même trope est également présent dans neuf autres poèmes, notamment « Le Vaisseau d'or »[43].

Thèmes[modifier | modifier le code]

« Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j’ai, que j’ai. »


Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire ! où-vis-je ? où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D’où les blonds ciels s’en sont allés.

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À tout l’ennui que j’ai, que j’ai !…

Soir d'hiver

Dans nombre de poèmes, le poète exprime sa nostalgie de l'enfance et la crainte des vingt ans, comme si cet âge marquait la sortie définitive du paradis perdu[44] : « Mon âme a la candeur d'une chose étoilée / D'une neige de février.../ Ah! retournons au seuil de l'Enfance en allée[45] ». Dans le poème « Mon âme », il exprime son dégoût de la bassesse et sa peur du monde adulte :

Ah ! la fatalité d’être une âme candide
En ce monde menteur, flétri, blasé, pervers,
D’avoir une âme ainsi qu’une neige aux hivers
Que jamais ne souilla la volupté sordide !

Il évoque souvent l'art et particulièrement la musique, avec une dévotion particulière pour Sainte Cécile, patronne des musiciens, qu'il évoque dans trois poèmes, dont les titres ont été modifiés à plusieurs reprises : « Le Récital des anges », « L'Organiste du paradis » et « Rêve d'une nuit d'hôpital ». Alors que le premier pourrait avoir été écrit en 1897, le troisième a été rédigé en 1899, peu après une crise qui lui avait valu d'être hospitalisé à Notre-Dame, une clinique psychiatrique, avant d'être interné[46]

Le jeune poète est fasciné par le rêve et « ces états qui marquent une faiblesse et une fragilité de la psyché[47] ». Selon Louis Dantin, « le jeune poète mettait un orgueil tout particulier à annoncer qu'il mourrait fou, comme s'il pensait acquérir ainsi son auréole de poète[48] ». En témoigne ce quatrain isolé, parmi bien d'autres :

Je sens voler en moi les oiseaux du génie,
Mais j'ai tendu si mal mon piège qu'ils ont pris
Dans l'azur cérébral leurs vols blancs, bruns et gris,
Et que mon cœur brisé râle son agonie.

Gérard Bessette a identifié cinquante-deux poèmes « franchement féminins », où le poète fait allusion à une mère, une sœur, une femme mythologique, une amoureuse, une sainte ou une morte[49], mais peu de ces poèmes expriment véritablement un sentiment amoureux, sauf dans deux « cycles ». Le premier est constitué de poèmes adressés plus ou moins directement à Françoise : « Rêve d'artiste » et « À une femme détestée », « Le Vent, le vent triste de l'automne! », « Beauté cruelle » et « La Vierge noire ». Si le premier sonnet adressé à Françoise (nom de plume de Robertine Barry) n'exprime qu'un désir d'amitié littéraire, le second (« À une femme détestée ») manifeste au contraire un dépit amoureux violent : « De toute évidence, le jeune poète a fait la cour à Françoise et elle n'a pas répondu à ses déclarations », lui interdisant même de recommencer[50]. Françoise n'a d'ailleurs révélé l'existence de ce poème qu'en 1908, en le publiant dans son Journal[51]. Toutefois, aucun de ces poèmes ne fait allusion à la sensualité, à l'amour charnel[52].

Dans le cycle de Gretchen, au contraire, Bessette voit des traces de sensualité et des allusions aux sensations éprouvées par le poète. Il range dans ce cycle : « Five o'clock », « Gretchen la pâle », « Lied fantasque » et « Frisson d'hiver », ainsi que « Rêves enclos », « Hiver sentimental » et « Soirs d'octobre »[53]. Les allusions sont cependant toujours voilées et très chastes.

En revanche, deux poèmes adressés à des femmes inconnues traduisent de façon symbolique les sentiments du poète. « Châteaux en Espagne » est « un des plus beaux et des plus troublants poèmes de Nelligan. Il présente une fusion unique de rêves littéraires, mystiques et charnels. Les allusions historiques, bibliques et mythologiques y revêtent une telle densité qu'on se demande jusqu'à quel point Nelligan en est conscient[54]. ». Il en va de même pour « Le Vaisseau d'Or », qui « raconte une histoire analogue, mais d'où le poète sort vaincu[55]. ». Avec ces divers poèmes, « [n]ous possédons maintenant tous les éléments du drame œdipéen de Nelligan. Hostilité envers le père, désir de le détruire; affection enveloppante de la mère, amour ambivalent chez le fils qui aboutit à un besoin de la diviniser et en même temps de l'éloigner[56]. »[n 25]

D'autres thèmes fréquents sont la beauté, la mort et la religion. L'apport de symboles chrétiens reflète la tendance des écrivains symbolistes à réinvestir la religion catholique sans pour autant revenir à la foi. À ce propos, une des sections de son œuvre s'intitule « Petites chapelles ». Nelligan y reprend des images classiques comme celle du Christ expirant sur la croix, ou des mythes médiévaux comme celui du Juif errant, que Charles Baudelaire et Victor Hugo avaient déjà revisités bien avant lui.

« Il prend son bien où il le trouve, c'est-à-dire qu'il force son imagination à transfigurer les mots et les images, les revêt de formes exceptionnelles, les dénature, si l'on peut dire, pour leur prêter une nouvelle signification. Une seule phrase, un seul vers entendu lui ouvrent des horizons inattendus[57]. »

Surtout attentif au jeu des sonorités et à la musicalité des vers, il n'hésite pas à se contredire entre diverses versions d'un même poème, comme le souligne Dantin à propos du poème « Le Cloître noir », d'abord intitulé « Les Moines noirs » puis « Les Moines blancs » : « L'idée absente laisse toute la place aux effluves du sentiment[58]. » En revanche, le poète est constant dans l'expression de la nostalgie de l'enfance et de la douleur de vivre[59]. Plus que des thèmes précis, c'est une atmosphère que l'on trouve dans ses poèmes : « Je crois avec Gérard Bessette qu'il n'existe pas vraiment de thèmes chez Nelligan, mais seulement, je résume son expression, l'évolution cyclique d'une atmosphère. La réalité extérieure était si intolérable au poète que la représentation qu'il arrive à se faire des plus doux souvenirs et des plus vifs sentiments même, demeure extrêmement floue[60]. »

Filiations littéraires[modifier | modifier le code]

L'œuvre d'Émile Nelligan, qui conserve une étonnante faculté à restituer la musicalité propre à l'alexandrin, a été profondément influencée par Charles Baudelaire et les symbolistes Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, dont il avait fait ses auteurs de chevet[61], ainsi que par Edgar Allan Poe, dont il aimait réciter par cœur le poème The Raven[62]. Il a également fréquenté Rollinat, Théodore de Banville, Alfred de Musset et Georges Rodenbach. Sa poésie garde aussi des traces évidentes de l'influence romantique et lyrique des poètes de la première moitié du XIXe siècle: Vigny et Lamartine, ainsi que du parnassien Leconte de Lisle. Ces multiples influences sont parfois « pur décalque[63] » : doué d'une mémoire exceptionnelle qui lui permet d'apprendre par cœur quantité de poèmes[64], le jeune poète absorbe facilement ses lectures et emprunte sans discernement à toutes les écoles[61]. Dantin critique d'autant plus volontiers cette part imitative qu'il adhère lui-même à la suprématie de l'idée en poésie et aurait aimé que le jeune poète donne « un cachet canadien » à son œuvre[65].

La brièveté des années de production du jeune poète ne lui a malheureusement pas permis d'affirmer son appartenance à un quelconque mouvement littéraire. Par leur esprit, ses poèmes appellent au renouveau symboliste dans la ligne de Rimbaud, Verlaine et Mallarmé, qui étaient alors vus comme des poètes « décadents ». En même temps, par la forme, sa poésie se rattache au mouvement parnassien, ainsi que le souligne Dantin[66]:

« Comme les grands poètes de tous les temps, il voit les choses les plus vieilles sous des angles inaperçus : il y saisit des rapports très lointains, très indirects, qui frappent pourtant par leur simplicité et leur justesse. Il renouvelle l'arsenal usé de la métaphore, et du lieu commun lui-même sait faire une conception personnelle et une création. Ennemi-né de la banalité dans l'art, il cherche toujours le mot typique, le trait expressif, la comparaison imprévue, la sensation raffinée, le coup de pinceau qui fait éclair, la touche subtile qui remuera dans l'âme quelque corde non encore atteinte[67]. »

Réception critique[modifier | modifier le code]

Lors des lectures publiques de ses poèmes en 1898 , Nelligan « ne semble pas s'être élevé au-dessus des autres[68] » et ne rencontre pas le succès espéré. Il est vivement blessé par de Marchy, le critique du Monde illustré, qui allie bêtise et méchanceté[69], et à qui il répondra par « La Romance du vin » deux mois plus tard.

Dès la parution du recueil en 1904, les réactions de la critique sont favorables. La préface de Dantin projette sur l'œuvre un éclairage qui la rend intéressante et exceptionnelle et dont s'inspireront les critiques subséquents. Charles Gill dit de celle-ci qu'elle est « la critique la plus impartiale et la plus juste que jamais un Canadien ait pu faire de poésies canadiennes[70] ». Le critique français Charles ab der Halden se montre particulièrement positif, saluant le génie du poète et son originalité : « Il y a en effet dans l'œuvre de Nelligan des accents d'une profondeur à laquelle le Canada ne nous avait point accoutumé. [...] Avec lui, si la poésie de son pays perd en couleur locale, elle s’élargit en même temps qu’elle devient plus intime. [...] Mais le grand résultat de sa tentative, c’est d’assouplir le vers français là-bas[n 26]. »

Selon Albert Lozeau : « L'oeuvre merveilleuse et incomparable de Nelligan, douloureuse comme la vie, poétique comme un rêve et belle comme la lumière, restera le plus riche trésor littéraire dont puisse s'enorgueillir le Canada français[71]. »

La figure de Nelligan prendra dès lors de plus en plus d'ascendant, comme on peut le voir à travers les diverses éditions du manuel d'histoire littéraire de Camille Roy[n 27]. Dès les années 1920, Nelligan est reconnu comme « le point de départ de la poésie moderne[72] ». Marcel Dugas y voit « l'apparition de la poésie pure » : « Nelligan fut un libérateur... À partir de Nelligan, l'art individualiste était né[73]. »

Dès 1924, sa renommée s'étendait au Canada anglais, où il apparut bientôt comme un poète de premier ordre : le seul vers « Ma pensée est couleur de lumières lointaines », tiré de « Clair de lune intellectuel », suffirait à attester de l'existence d'une littérature canadienne, écrivait un critique en 1930[74]. Il a d’abord été traduit en anglais en 1960 par P. F. Widdows. En 1983, Fred Cogswell traduit tous ses poèmes dans l’ouvrage The Complete Poems of Émile Nelligan.

Après sa mort en 1941, le public s’intéresse de plus en plus à Nelligan et son travail suscite un intérêt croissant chez les spécialistes. Un des premiers critiques à étudier les poèmes au plan stylistique est Gérard Bessette en 1946[75]. Au terme d'une étude très fouillée sur les images chez des dizaines de poètes, Bessette écrit :

« il a créé avec une fécondité apparemment inépuisable une profusion de figures neuves, originales, éblouissantes qui, non seulement rejettent dans l'ombre les meilleures réussites de nos autres poètes, mais qui égalent celles des plus grands créateurs d'images français : un Baudelaire, un Rimbaud, un Valéry[76]. »

Jacques Ferron voit dans la figure de Nelligan un véritable héros, écrivain engagé au sens fort du terme[n 28]. Nelligan est aujourd'hui généralement considéré comme le premier grand poète québécois. Même s'il « n'a pas légué une œuvre parfaite et uniforme [...] certains de ses poèmes sont, encore aujourd'hui, parmi les plus réussis de la littérature québécoise, et mériteraient d'être intégrés au patrimoine de la littérature d'expression française[77]. » Certains de ses vers sont d'une rare beauté, révélant à la fois la facilité à écrire du poète et annonçant le drame mental dont il prévoyait de façon très lucide l'éclosion. Ainsi, le dernier tercet du sonnet Le Vaisseau d'or :

« Que reste-t-il de lui dans la tempête brève ?
Qu'est devenu mon cœur, navire déserté ?
Hélas ! Il a sombré dans l'abîme du Rêve ! »

Nombre d'auteurs ont noté le choc que fut leur découverte des poèmes de Nelligan, tel Pierre Châtillon : « Ma découverte de l'œuvre de Nelligan fut un choc[78]. » Examinant le poème « Châteaux en Espagne », cet auteur voit le jeune Nelligan comme « un rêveur de feu. Il n'ambitionne rien de moins que de posséder tout le globe. Il rêve de gloire comme un conquérant[79]. »

Une aura de poète maudit[modifier | modifier le code]

Dans sa préface, Louis Dantin place l'œuvre de Nelligan sous la figure romantique du poète maudit, figure dont les signes annonciateurs étaient présents dans ses poèmes et même fièrement revendiqués par l'adolescent. Le critique se demande ainsi : « Pourquoi sa tristesse même est-elle toujours hantée du souvenir de Baudelaire, de Gérard de Nerval et autres poètes maudits[80] ? » Cette filiation sera également soulignée par le premier critique français à rendre compte de la parution de son recueil de poèmes, Charles ab der Halden, qui intitule son article « Un poète maudit : Émile Nelligan »[81].

En 1918, Robert de Roquebrune publie une importante étude dans laquelle il décrit Nelligan comme « une figure héroïque et sacrée », profondément moderne, et qui est par excellence « le poète de l'adolescence ». Le poète est assimilé à « une figure d'archange » : « annonciateur de beauté, d’ordre et de joie, il se tient à la porte d'un paradis ». En même temps, sa physionomie était « prédestinée au double vertige de l'art et de la folie »[82]. Même s'il a cessé d'écrire depuis des décennies, Nelligan est de plus en plus revendiqué par les auteurs désireux de s'aligner sur la modernité littéraire.

Cette vénération quasi mystique du poète est encore partagée par Nicétas Orion, dans Émile Nelligan, prophète d’un âge nouveau (1996). Pour lui, l'âme de Nelligan, c'est « l'âme du peuple québécois » et sa déchéance apparente dans la folie est comparable à la passion du Christ : « Tout à fait à la façon du Christ, Nelligan a endossé nos tares névrotiques pour que nous en soyons guéris. Il a porté notre folie pour que nous puissions penser librement[83]. »

Formation d'un mythe national[modifier | modifier le code]

Comme le signale Nelson Charest, « dans le cas de Nelligan, ce ne sont ni ses œuvres ni l'auteur qui sont le mieux connus : c'est le « mythe » de Nelligan, mélange de fiction et de réalité qui est vite devenu le symbole d'une naissance difficile de la littérature québécoise. » Le poète répond en effet au double poncif du poète romantique génial et du marginal exclu de la société[84]. Le fait qu'il soit exalté comme un génie et qu'il ait été enfermé comme fou confère à son personnage une dimension paradoxale qui suscitera inévitablement des travaux de réévaluation critique. Dès 1966, Nicole Deschamps identifiait l'aura mythique dont on avait entouré le poète comme tenant en partie à son adéquation avec l'image du Québécois aliéné[n 29].

Dans Le mythe de Nelligan, un essai de type psychanalytique publié au lendemain de l'échec du référendum de 1980, Jean Larose voit une allégorie du peuple québécois chez le poète qui sombre dans le silence au lendemain même de son triomphe lors de la séance du 26 mai 1899 : « l'exagération paroxystique du triomphe [élection du Parti québécois le 15 novembre 1976] déterminait, à distance, le découragement non justifié de l'après-référendum »[85]. Dans les deux cas, il y aurait incapacité, tant chez le poète que dans le peuple québécois, à assumer son propre génie. Pour François Hébert, qui juge sévèrement l'essai de Larose, « on n'a pas vraiment devant soi Nelligan sous son mythe (au sens ici de mensonge). On a plutôt Larose lui-même et son théâtre personnel[86]. »

Dans Nelligan n'était pas fou (1986), Bernard Courteau soutient que Nelligan avait choisi de simuler la folie. Il invoque divers témoignages montrant que Nelligan a conservé jusqu'à la fin de sa vie une mémoire extraordinaire. Toutefois, sa démonstration, qui cite un journal imaginaire de Nelligan et donne des extraits de son monologue intérieur, est considérée par un historien comme « fantaisiste […], inacceptable pour une biographie scientifique[87] ». Les nombreux témoignages de l'époque confirment la réalité de la maladie du poète : « Toute l'affectueuse et lucide sollicitude de l'étudiant en médecine (Guillaume Lahaise) à l'égard du poète suffirait à elle seule à discréditer les fantaisies farfelues, quoique bien intentionnées, de ceux qui se refusent à reconnaître le fait pourtant indéniable et concrètement avéré contre tout faux-semblant de complot, du fait permanent de la maladie du poète[88]. »

Pour Pascal Brissette, qui adopte une démarche sociocritique, on peut parler d'un « mythe » parce que : « Nelligan, pour la collectivité québécoise, est à la fois le feu et l'eau, un lion et un papillon, un astre et une épave, Prométhée et Icare. C'est ce qui fait de lui un mythe. Si la signification de Nelligan était une, il serait emblème, à la limite symbole, mais non mythe. Le propre du mythe est de rendre cohérents, dans un langage second, une réalité complexe et des faits contradictoires[89]. »

François Hébert conteste le rôle donné à Dantin dans ces approches « mythiques » :

« Les deux écoles de pensée (psychanalyse chez Larose et sociocritique chez Brissette) se seront heurtées au mythe, au sens fort du mot, à la parole ou à la voix de Nelligan, à sa poésie en un mot, à laquelle Dantin croyait sincèrement, affectueusement, malgré certaines réserves, et auront frappé un nœud, car le mythe est l'étrange moyen par lequel l'homme et le dieu dialoguent à l'unisson, notamment dans la langue de la littérature, des arts et des figures, et en particulier dans la poésie [90] »

Né de père irlandais et de mère canadienne-française, Nelligan a choisi de prononcer son nom à la française et même de l'orthographier de façon à en effacer l'origine anglaise, tels « Nellighan » et « Nélighan »[91]. Les premiers critiques considéraient cette double ascendance linguistique comme une richesse potentiellement conflictuelle, tant Roquebrune que Dantin : « Né d'un père irlandais, d'une mère canadienne-française, il sentait bouillir en lui le mélange de ces deux sangs généreux. C'était l'intelligence, la vivacité, la fougue endiablée d'un Gaulois de race, s'exaspérant du mysticisme rêveur et de la sombre mélancolie d'un barde celtique. Jugez quelle âme de feu et de poudre devait sortir de là! quelle âme aussi d'élan, d'effort intérieur, de lutte, d'illusion et de souffrance!... »[92] Après la Révolution tranquille, quand les deux langues sont considérées comme profondément antagonistes, ce bilinguisme est vu de façon négative et le malheur de Nelligan vient précisément de cette hérédité, selon Jean Éthier-Blais : « Ainsi se retrouvent dans la vie poétique des peuples les crimes célestes de la chambre et du lit[93]. » La même idée revient avec force dans l'opéra de Michel Tremblay, qui insiste sur l'impossibilité de fusionner les cultures anglaise et française dans « une famille normale » : « Un père anglais. Une mère française. Des enfants forcés à choisir entre leur père et leur mère. Une famille coupée en deux dès le départ, vouée à l'échec[94]. »

Controverse sur le « véritable » auteur[modifier | modifier le code]

Dans Le Naufragé du Vaisseau d'or, Yvette Francoli défend la thèse selon laquelle Louis Dantin serait le principal auteur de l'œuvre publiée d'Émile Nelligan[95],[96]. Cette thèse avait déjà été avancée par Claude-Henri Grignon en 1938 dans les Pamphlets de Valdombre[n 30]. Dès qu'il en prend connaissance, Dantin déplore l'insulte faite ainsi à Nelligan, tant dans une lettre à Jules-Édouard Prévost[n 31] que dans sa correspondance avec Germain Beaulieu, où il qualifie cette supposition de « fielleuse canaillerie » et affirme n'avoir fait tout au plus qu'une douzaine de retouches pour l'ensemble du volume « n’affectant jamais à la fois plus d’un mot ou un vers, et, sauf trois ou quatre peut-être, ne concernant que des erreurs ou des gaucheries grammaticales[97] ». Il ajoute :

« Ainsi, Nelligan signait mes poèmes, étant fou et croyant qu’ils étaient de lui : Croyez-vous vraiment, cher ami, qu’il soit utile de relever une « insanité » pareille! J’ai tenu dans mes mains les cahiers originaux de Nelligan, écrits avant qu’il m’eût jamais connu — ces cahiers doivent être encore en possession de sa famille et formeraient la preuve surabondante qu’il en est bien l’auteur[98]. »

Dans ses lettres à Beaulieu, Dantin précise que l'œuvre de Nelligan « n'est pas de moi, car elle n'exhibe ni mon style ni ma conception de la vie. » Il précise :

« En résumé, j'ai recueilli des cahiers de Nelligan, tous écrits de sa main, les pièces qui m'ont paru dignes de survivre. J'ai dû choisir souvent entre plusieurs versions de la même pièce. Les textes que j'ai gardés, je les ai conservés tels quels, sauf des altérations minimes qui s'imposaient à ma conscience d'éditeur et d'ami, et qui ne pouvaient d'aucune manière diminuer le rôle d'auteur unique appartenant à Nelligan. Je n'ai pas refait ces poèmes, parce que j'étais incapable de les avoir faits…() »

« Certainement, j'ai connu, et bien connu, Émile Nelligan avant la catastrophe: au moins deux ans avant, peut-être davantage. Je le dis d'ailleurs expressément tout au début de ma préface. Je ne sais plus guère à quelle occasion précise nous nous rencontrâmes d'abord. Je crois qu'il vint m'apporter une pièce de vers pour une petite revue religieuse que je dirigeais alors […]. Je m'intéressai tout de suite à son talent manifeste et l'invitai à revenir me voir. Nous fûmes depuis lors très bons amis, et je ne crois pas qu'il ait composé rien sans venir me le dire. () »

Vers la fin de sa vie, Dantin raconte à Gabriel Nadeau sa relation de mentor avec Nelligan, confidences corroborées par le témoignage indépendant du père Pitre sur la façon dont se déroulaient les rencontres entre Nelligan et Dantin (voir ci-dessus) et rapportées soixante-dix ans plus tard par le père Boismenu —qui n'était pas encore novice lorsque Dantin avait quitté la communauté :

« Nelligan apportait ses vers et Dantin les lisait, en les commentant, en critiquant des rimes ou des images. Nelligan n'acceptait jamais de bonne grâce les corrections de son ami. [...] Quelquefois, au milieu d'une conversation ou d'une lecture, Nelligan était pris d'une inspiration subite et se mettait à improviser. Des vers entiers sortaient de sa bouche, tout faits. Les autres, il achevait de les scander avec des sons inarticulés, comme un chanteur fredonnant un air dont il a oublié les mots. Dantin, un crayon à la main, saisissait les vers pendant que Nelligan, marchant de long en large, faisait de grandes gesticulations. Enfin il s'arrêtait et se taisait. Dantin lisait l'ébauche; Nelligan écoutait sans rien dire, frappé d'une indifférence soudaine, comme s'il se fût agi de la poésie d'un autre. Dantin recopiait les vers au net et Nelligan les emportait[99]. »

Francoli déduit de cet extrait que Nelligan ressemblait « à un médium qui entre en transe, se dépersonnalise, comme possédé par un esprit étranger[100] ». Cette capacité d'« improviser sous la poussée de l'inspiration » est confirmée par les témoignages de Jean Charbonneau et Louvigny de Montigny[101]. Cela n'empêchait pas le jeune poète de défendre ses textes avec énergie, ainsi que l'écrit Dantin dans la préface du recueil :

« À ses camarades en poésie, aux amis que lui faisait la recherche commune de l’Art, il montrait assez son attachement par de fréquentes et souvent interminables visites. C’était dans leur cénacle qu’il faisait lecture de ses nouvelles inspirations ; et il fallait voir avec quel feu obstiné il se défendait contre l’assaut critique que ne manquait pas d’exciter chacune de ses pièces ! Jamais pourtant il ne leur tint rancune de leur sévérité, et souvent il ratura en secret le mot qu’il avait soutenu devant eux avec la dernière énergie[102] »

Dantin tient encore le même témoignage dans ses propos à Nadeau quarante ans plus tard[99]. Du reste, il n'a jamais caché son rôle de mentor auprès de Nelligan, et le signalait dès sa Préface de 1903. Aussi François Hébert l'a-t-il désigné comme « notre premier professeur de création littéraire »[103]. Dantin rapporte même avoir suggéré au jeune poète le sujet du poème « Les Déicides »[15], publié en octobre 1898 dans la petite revue religieuse dont il s'occupait —pièce qui, selon Wyczynski, n'est pas dans la meilleure veine nelliganienne[104]. Profondément attaché au jeune homme, il a vécu sa descente dans la folie « comme un deuil personnel [et] résolut de faire connaître son œuvre et de sauver son nom de l'oubli[32] ». Dans les derniers mois de sa vie, alors qu'il est cloué au lit par le cancer, des images de son ami surgissent comme des hallucinations : « À deux ou trois reprises, il a revu Nelligan, le cher Nelligan. Il était là, près de lui; il aurait pu le toucher[105]. »

Loin d'être un menteur cherchant à berner le lecteur « par des informations fabriquées de toute pièce sur des faits totalement erronés » comme l'affirme Francoli[106], Dantin avait une passion pour la vérité : « Il confiait à Louvigny de Montigny n'avoir jamais pu de sa vie trahir ce qui lui semblait une vérité, dût-il en être de mille manières torturé[107]. » Gabriel Nadeau, son premier biographe, le confirme : « La Vérité! Il l'a aimée avant la foi et plus que la foi, nous dit-il. Par delà les credo et les dogmes, il l'a cherchée toujours, sans répit, sans compter les déchirures qu'il se faisait à lui-même et qu'il faisait aux autres[108]. » En tant qu'éditeur des poèmes de Nelligan, Dantin fait preuve du même souci de rester fidèle à la vérité du texte original, se limitant à des corrections mineures inhérentes au travail d'édition : « le scrupuleux Dantin n'aura toujours agi qu'avec prudence et non sans hésitation[109]. » Le père Boismenu lui-même, au témoignage duquel Francoli attache tant d'importance, affirme que « par probité intellectuelle, [Dantin] ne s'est jamais substitué à son protégé[110]. »

Germain Beaulieu —avocat à l'esprit positif hautement respecté, qui était président de l'École littéraire de Montréal au moment où Nelligan y fut admis et qui assista à plusieurs des séances privées au cours desquelles le jeune poète lisait ses textes— réfute avec force les allégations de Valdombre et confirme les déclarations de Dantin sur les étonnants dons poétiques de Nelligan, affirmant que « les membres de l'École avaient pour cet enfant une admiration sans borne [et] lui reconnaissaient des dispositions extraordinaires ». Il reconnaît cependant que le jeune poète était loin d'être arrivé à la « perfection de la forme » mais « en poésie, le génie réside non dans la forme, non même dans la force ou la profondeur de la pensée, mais dans l'exaltation d'un sentiment dont l'expression vraie, sincère, enthousiaste, fait vibrer au même diapason l'âme du lecteur et celle du poète[111]. ».

Selon Wyczynski, « Cette polémique où l'on a dressé aussi Olivar Asselin (décédé) contre Nelligan, fait aujourd'hui figure d'enfantillage tout à fait gratuit quant à l'argumentation insensée de Claude-Henri Grignon[112]. » Dans un long article paru en 2016, Hayward et Vandendorpe passent au crible les arguments de Francoli et déconstruisent son « fragile échafaudage », tout en soulignant les différences d'inspiration, de style et de technique poétique entre les deux poètes[113].

Postérité[modifier | modifier le code]

Au cours du XXe siècle, Nelligan devient pour le Québec un « personnage fétiche », comparable à la figure de Rimbaud en France et à celle de James Dean aux États-Unis, inspirant de nombreux hommages, sous forme de poèmes, de films, d'œuvres musicales et plastiques, exaltant son génie, sa folie ou son martyre[114] : « Nelligan le rêveur est devenu, traversant diverses métamorphoses, le rêve même de Nelligan : la Poésie, avec sa majuscule initiale qui est empreinte de douleur et suggère une légèreté musicale sereine[115]. »

Poèmes en musique[modifier | modifier le code]

La musicalité des vers de Nelligan attire très tôt musiciens et interprètes. En 1914, D. A. Fontaine met en musique « L'Idiote aux cloches » avec accompagnement de L. Daveluy. En 1920, Charles Beaudoin écrit des mélodies pour « Le Sabot de Noël » et « Soirs d'automne ». En 1930, Léo Roy entreprend de constituer un imposant recueil musical comportant 17 poèmes. En 1941, Léopold Christin réalise une partition pour « La Romance du vin ». En 1949, Maurice Blackburn compose une autre partition pour « L'Idiote aux cloches » ainsi que pour « Soir d'hiver »[116].

À l'approche du centenaire de naissance de Nelligan, sa poésie attire une nouvelle génération de compositeurs. François Dompierre met en musique « L'Idiote aux cloches ». Claude Léveillée crée un accompagnement pour « Soir d'hiver ». En 1974, Monique Leyrac se fait la fervente interprète de la poésie de Nelligan[117], chantant trente poèmes sur une musique d'André Gagnon[118]. Nicole Perrier chante Le Vaisseau d'or (1966), poème qui sera repris par Claude Dubois en 1987. Richard G. Boucher crée Anges maudits, veuillez m'aider! : cantate dramatique sur des poèmes d'Émile Nelligan[119]. Jacques Hétu compose Le tombeau de Nelligan : mouvement symphonique opus 52[120], ainsi que Les abîmes du rêve : opus 36[121]. Alberto Kurapel, Lucien Francœur, Félix Leclerc l'ont aussi évoqué.

Au début des années 2000, l'intérêt pour Nelligan n'a pas fléchi. Luck Mervil chante Soir d'hiver[122]. Sui Caedere sort l'album ThrèneHommage à Émile Nelligan en 2009. Chris Lago compose Émile Nelligan: 7 poèmes mis en musique, 2011.

Cinéma[modifier | modifier le code]

En 1969, l'Office du film du Québec produit un long métrage intitulé Dossier: Nelligan réalisé par Claude Fournier, avec Paul Hébert, Luc Durand et François Tassé. Synopsis: un juge, assisté de deux procureurs, fait l'étude du dossier du poète et appelle à la barre un certain nombre de témoins afin de déterminer si le poète était fou ou génial : Luc Lacourcière; Béatrice Hudon-Campbell, cousine du poète; Gilles Corbeil, neveu du poète[n 32]; Guillaume Lahaise, psychiatre à la retraite de l'Hôpital Saint-Jean-de-Dieu; Gaston Miron; Michel Beaulieu et Alfred DesRochers. Ce film, qui prétendait interroger le « mythe » de Nelligan, s'intéressait surtout à l'homme malade[123] et reposait sur cette fausse alternative énoncée dans la conclusion par l'avocat général : « Est-ce le drame de la maladie qui a fait naître la poésie, ou bien la poésie qui a engendré la maladie[124] ». Wyczynski résume ainsi l'opinion générale : il s'agit d'un « film prétentieux et raté[125] ?. »

En 1977, l'ONF produit un nouveau film intitulé Nelligan: in memoriam sous la direction de Robert Desrosiers. Ce film est « basé sur une documentation solide[126]. »

En 1991, Robert Favreau réalise Nelligan, film romancé qui évoque les moments les plus déterminants de la vie du poète (Michel Comeau) et met l'accent sur la relation trouble avec sa mère (Lorraine Pintal), l'hostilité de son père (Luc Morissette), et ses rapports avec le père Seers (Gabriel Arcand), Robertine Barry (Andrée Lachapelle), Arthur de Bussières (David La Haye), Idola St-Jean (Dominique Leduc), Joseph Melançon (Patrick Goyette), Jean Charbonneau (Christian Bégin), Gonzague Deslauriers (Luc Picard), Albert Ferland (Martin Drainville), Louis Fréchette (Gilles Pelletier), etc.

Théâtre[modifier | modifier le code]

En 1979, Michel Forgues crée la pièce Émile Edwin Nelligan, qui fait revivre le poète à partir de fragments divers.

Armand Larouche a recours au même procédé de composition dans sa pièce Nelligan Blanc produite l'année suivante[127].

En 1980, Normand Chaurette consacre à Nelligan sa première pièce, intitulée Rêve d'une nuit d'hôpital, où le poète « évolue dans un monde régi par des femmes nourricières, une mère, des sœurs et des anges » et dans lequel son internement « symbolise son retour au lieu premier de l'homme, substitut du paradis : le ventre de la mère ». Chaurette en arrive ainsi à « miner la notion de folie en laissant supposer qu'elle n'est, au fond, qu'une perception plus personnelle, moins conventionnelle du réel[n 33]. ».

Opéra[modifier | modifier le code]

L'année 1990 voit la sortie très médiatisée de l'opéra Nelligan, sur une musique d'André Gagnon et un livret Michel Tremblay. Dans la distribution : Jim Corcoran, Louise Forestier et Renée Claude[128]. Dans cet opéra, le protagoniste « est un héros exemplairement québécois » engagé dans une « quête prométhéenne de la poésie » et, en tant que tel, dangereux pour l'ordre social parce que rebelle, insoumis et irréductible[129]. Reprenant la thèse de Jean Larose, le romancier « s'emploie à réduire le père Seers (Louis Dantin) au benêt qui aurait voulu faire connaître des poèmes édifiants et donner de Nelligan la vision d'un poète catholique[130] » et attribue le malheur de Nelligan à une famille tiraillée entre deux cultures inconciliables ainsi qu'à l'amour « ambigu, vaguement incestueux » que l'adolescent vouait à sa mère[131]. Selon Brissette, le livret de cet opéra « fournit l'une des versions du mythe les plus fortement travaillées, tant par l'angoisse crispée de l'idéologie nationaliste (québécoise) que par l'idéologie littéraire et le mythe de l'écrivain maudit[132]. »

Cet opéra a été repris, avec un plus petit ensemble, en juillet 2012 à Québec[133].

Arts plastiques[modifier | modifier le code]

Le peintre Jean-Paul Lemieux lui a consacré cinq aquarelles et, surtout, le très célèbre « Hommage à Nelligan » (1966), portrait stylisé du poète avec pour fond le carré Saint-Louis un jour d'hiver et quelques silhouettes de femmes sur fond de neige[134]. Louis Pelletier, de Saint-Antoine-sur-Richelieu, a réalisé des gravures pour illustrer neuf poèmes (1977)[135]. Ugo di Palma a exécuté un portrait stylisé de Nelligan[136].

En 2004, la ville de Québec érige à proximité du Parlement une œuvre du sculpteur Gregory Pototsky, dans laquelle un buste de Nelligan est placé aux côtés de celui d'Alexandre Pouchkine[137]. Le , la Fondation Émile-Nelligan et la Ville de Montréal inauguraient également un buste en sa mémoire au Carré Saint-Louis.

Prix Émile-Nelligan[modifier | modifier le code]

Depuis 1979, le Prix Émile-Nelligan couronne un livre de poésie en langue française d'une ou d'un jeune poète d'Amérique du Nord.

Toponymes[modifier | modifier le code]

Plusieurs villes du Québec ont nommé une rue en son honneur : Montréal, Trois-Rivières, Chicoutimi, Boisbriand, Mirabel, Boucherville, Mont-Saint-Hilaire... Le réseau des bibliothèques publiques de la Ville de Montréal a donné son nom au « Catalogue Nelligan »[138]. Plusieurs écoles et bibliothèques portent son nom, ainsi que le salon des élèves du Collège Mont-Saint-Louis où il a fait une partie de ses études. En 1980, une circonscription électorale provinciale située sur l'île de Montréal est dénommée en son honneur, la circonscription Nelligan. Un hôtel de luxe porte également son nom dans le Vieux Montréal.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Wyczynski 1987, p. 61 écrit qu'il est né le jour de Noël, mais les sources indiquent qu'il est né le 24 décembre et a été baptisé le lendemain en l'église Saint Patrick. La famille a ensuite habité dans l'avenue Laval, d'abord au no 112 puis, en 1892, au 260 (maintenant 3958).
  2. David Nelligan est né à Dublin en 1848. Patrick, le grand-père paternel d'Émile et Catherine Flynn, sa grand-mère paternelle, sont arrivés à Montréal avec toute leur famille en 1855 ou 1856 (Wyczynski 1987, p. 26-31).
  3. Émilie Amanda est née en 1856. Elle rencontre Patrick à Rimouski en 1874, alors qu'il faisait une visite d'inspection pour le service canadien des postes. Ils se marient à Rimouski le . Émilie est « de langue et de culture canadiennes-françaises et parle l'anglais avec un léger accent. David parle français mais avec un accent anglais. » (Wyczynski 1987, p. 58).
  4. Alors que Éva est restée célibataire, Gertrude épouse Émile Corbeil en 1904. Dans son édition de 1952, Luc Lacourcière a recueilli auprès de cette famille une vingtaine de poèmes inédits.
  5. « Un autre souvenir de Bernard Melançon évoque un incident qui eut lieu à l'automne de 1896. Le professeur, le père Hermas Lalande, s.j., ayant appris que Nelligan écrivait déjà des poèmes, en saisit un et en fit, devant toute la classe, une critique sévère, sinon outrancière. Nelligan resta d'abord immobile, figé dans sa rêverie; il posa ensuite sa tête sur le pupitre et, au moment où le professeur terminait sa diatribe, il se leva et, d'une voix ferme, répliqua: « Monsieur, faites-en autant. » » (Wyczynski 1987, p. 91-92.)
  6. Ce serait lors de la soirée du 16 avril que Nelligan aurait rencontré Louis Dantin, selon Wyczynski 1987, p. 112-115. Alors qu'il était à l'asile, Nelligan a affirmé à un visiteur qu'il avait bien connu Paderewski. (Lacourcière 2009, p. 228)
  7. Les titres des huit autres poèmes publiés dans Le Samedi sous le pseudonyme de Kovar sont, dans l’ordre : « Silvio Corelli pleure » (11 juillet), « Nuit d’été » (18 juillet), « La Chanson de l’ouvrière » (1er août), « Nocturne » (15 août), « Cœurs blasés » (22 août), « Mélodie de Rubinstein » (29 août), « Charles Baudelaire » (12 septembre) et « Béatrice » (19 septembre). Le quatrième et le cinquième ont été rédigés à Cacouna, où les Nelligan avaient leur résidence d'été. Ils sont dédiés à Denys Lanctôt, un ami de collège qui passait ses vacances au même endroit et qui était sur le point d'entrer chez les Rédemptoristes. Voir Wyczynski 1987, p. 121 et 146.
  8. Pièce de Steele Mackaye écrite en 1887 et jouée à Montréal en 1889, 1891, 1892, 1893 et 1894. Elle est considérée par la critique comme « une des meilleures pièces du théâtre américain » (Wyczynski 1987, p. 121-123).
  9. Le pseudonyme Kovar a pu être attribué à Nelligan par Luc Lacourcière grâce au fait que deux des neuf poèmes signés de ce nom étaient dédicacés à son ami Denys Lanctôt, avec qui il passait les vacances d'été à Cacouna (Wyczynski 1987, p. 141-149). Lacourcière a aussi recueilli le témoignage de Lucien Lemieux, ancien bibliothécaire-adjoint de l'Assemblée législative du Québec, qui a fréquenté le poète lors de ses vacances d'été à Cacouna. Celui-ci se souvenait bien de cette époque : 

    « "Nous étions toujours tous les trois ensemble. Nelligan et Lanctôt faisaient des vers. Mais Lanctôt était plus pratique. Il se destinait au Droit, tandis qu'Émile ne voulait pas entendre parler de travailler pour gagner sa vie. La poésie seule l'intéressait et il cultivait sa mélancolie. Il n'acceptait aucune contrariété, aucune remarque. Dans nos petites réunions on ne pouvait jamais compter sur lui. Il venait si ça lui plaisait. Quelquefois il était très gai. Il chantait, récitait des vers, les siens et ceux des poètes qu'il aimait. Puis tout à coup il tombait dans des jongleries comme s'il avait été seul. […] Il était grand et beau, une belle chevelure, des yeux extraordinaires. […] Nelligan écrivait des poèmes sous le nom de Paul-Émile Kovar. (Lacourcière 1966, p. 32-33). »

  10. Corrigeant Dantin, Madeleine affirme que l'œil de Nelligan « brillait d'un éclat particulier où au vieux sang milésien s'ajoute la clarté des Celtes fleurie de mirages » (Wyczynski 1987, p. 370-371. Pour Yvette Francoli, en trompant le lecteur sur la couleur des yeux de Nelligan, ce lapsus de Dantin est une « singerie » volontaire afin de « rappeler sa présence sous le masque » (Francoli 2013, p. 21-22). En fait, les témoins de l'époque sont divisés sur la couleur des yeux de Nelligan : « Gris d'après M. Ch. Gill, noirs d'après Louis Dantin. Que l'histoire est donc difficile à écrire ! » (ab der Halden 1907, p. 342).
  11. Peek-à-boo Villa est le nom de la résidence d'été de la famille Nelligan à Cacouna. Wyczynski 1987, p. 140 et 184.
  12. Lors de la parution de son recueil de poèmes en 1904, elle donne ce témoignage : « J’ai devant les yeux ce livre dont il avait ardemment souhaité la publication, mon pauvre et jeune ami. Ils sont là, devant moi, ces vers, morceaux de son âme qu’il nous a livrés et qui resteront toujours comme autant de preuves éclatantes de son talent frémissant et vibrant. Non, jamais je ne pourrai je le sens, faire de ce livre la critique qui fouille et qui dissèque. J’ai vu de trop près s’épanouir et fleurir ce beau talent ; trop longtemps je fus pour lui cette « sœur d’amitié » pour que je puisse aujourd’hui apporter à son œuvre autre chose que le témoignage de la grande affection que je lui avais vouée. [...] Presque toutes les poésies que contient le livre d’Émile Nelligan, je les ai entendues de sa bouche. », Le Journal de Françoise, 2 avril 1904.
  13. Peu avant sa mort, Louis Dantin confie au docteur Gabriel Nadeau, qui le questionnait au sujet de Nelligan : « Que serait-il arrivé à son talent s'il n'avait pas été surpris par la folie? À mon avis, il aurait subi quand même une profonde éclipse. Cette effervescence apparue à la puberté avec tant de violence ne pouvait durer. Il se serait tu, forcément. Plus tard, vers la quarantaine, par exemple, il aurait peut-être repris son œuvre et créé des poèmes plus achevés. Mais je le répète encore une fois, il n'aurait mis ce couronnement à son génie qu'à condition d'être protégé de toutes manières, car il n'était qu'un enfant. Peut-être serait-il devenu un autre Rimbaud: sain d'esprit mais vidé complètement de toute poésie, dégoûté de la littérature, reniant les œuvres de sa jeunesse comme quelque chose de honteux. » Nadeau 1948, p. 236.
  14. Dantin, Préface, (Robidoux 1997, p. 66). Selon le témoignage du Frère Romulus, ancien directeur de l'asile Saint-Benoît-Labre, « Un jour avant d'être malade, il était dans le tramway qui va au bout de l'île. En passant ici, il a dit à son compagnon en montrant Saint-Jean-de-Dieu à gauche et Saint-Benoît à droite: « Je mourrai dans une de ces deux maisons-là». » (Lacourcière 1966, p. 28-29). Son compagnon était peut-être Louis Dantin.
  15. Albert Lozeau, « À Émile Nelligan », Le Nationaliste, 16 janvier 1910, p. 2. (En ligne BANQ). L'article du docteur Choquette, publié dans Le Canada du 24 décembre 1909, est cité in extenso dans Wyczynski 1987, p. 493-496 et dans Nadeau 1972, p. 2456-2458.
  16. Elle aurait également connu des épisodes de schizophrénie et mena une vie de recluse jusqu'à sa mort le . (Wyczynski 1987, p. 403 ; Vanasse 1996, p. 23)
  17. La journaliste Madeleine (Marie-Anne Gleason) a décrit cette rencontre dans « Testament d'Âme. Aux amis d'Émile Nelligan », La Patrie, no 225, , p. 22. (en ligne). (Wyczynski 1987, p. 364-367 et 386). Quant au père de Nelligan, mort en 1924, il n'a jamais revu son fils après son internement. (Vanasse 1996, p. 185)
  18. Cet ouvrage publié par l'École littéraire de Montréal compte 17 poèmes de Nelligan, dont six inédits, ce qui vaut à Nelligan la deuxième place en importance. (Wyczynski 1987, p. 340)
  19. Dans cet ouvrage publié par Louis Dantin figurent cinq poèmes de Nelligan, aux côtés de poèmes de Louis Dantin (sous le pseudonyme Serge Usène), Arthur de Bussières, Louis Fréchette, Lucien Rainier, Albert Ferland, Amédée Gélinas et Jean-Baptiste Lagacé. (Wyczynski 1987, p. 341)
  20. Joseph Saint-Hilaire, « Les Soirées du Château de Ramezay. M. Émile Nelligan », Les Débats, , no 23, p. 3 (Joseph Saint-Hilaire est un pseudonyme généralement attribué à Olivar Asselin selon Wyczynski 1987, p. 345-346); Émile Bélanger, « Silhouette littéraire. M. Émile Nelligan », Le Passe-Temps, , vol. 6, no 141, p. 1.
  21. Wyczynski 1987, p. 359. Cette série d'articles a été publiée dans Les Débats, no 143-149, du 17 août au 28 septembre 1902. Ils serviront de préface au recueil de 1904.
  22. En 1931, Claude-Henri Grignon écrit : « Et franchement, oui franchement, Émile Nelligan n'existerait pas aujourd'hui, ou à peu près pas, si Louis Dantin n'avait eu le courage, pour ne pas écrire l'audace quasi scandaleuse, de ramasser les perles d'un pareil écrin pour en composer la plus belle œuvre (en tout cas la plus originale) qui honore la littérature canadienne. [Dantin] entrait dans le domaine de la critique par la porte royale d'une introduction fameuse et définitive à l'œuvre de Nelligan. Ainsi, il posait les assises de sa renommée comme écrivain de race et comme révélateur de l'art poétique en terre canadienne. » L'Avenir du Nord, . Cité par Larose 1981, p. 118
  23. Émile Nelligan, Émile Nelligan et son œuvre, Beauchemin, Montréal, 1904, xxxiv-164 p. Ainsi que l'écrit Louis Dantin : « J'ai moi-même surveillé l'impression jusqu'à la moitié du volume, ou plutôt jusqu'à la page 70; cette impression se faisait sur les presses de la communauté dont je faisais partie. Ce fut juste à ce point que je partis pour les États-Unis; et ne pouvant dès lors m'occuper du volume, je fis transporter les feuilles déjà imprimées chez Mme Nelligan, mère d'Émile et lui remis le reste du manuscrit (que j'avais d'avance colligé des multiples cahiers du jeune homme et ce fut elle qui se chargea de faire terminer le volume. » (Nadeau 1948, p. 41). Après le départ de Dantin, le , la suite de l'ouvrage sera imprimée par les éditions Beauchemin, sous la supervision de Charles Gill. Voir Robidoux 1997, p. 24-33.
  24. Selon le décompte effectué par Wyczynski 1960, p. 298, on trouve dans le recueil de Poésies complètes 76 sonnets et 73 poèmes à strophes de longueurs variées. On compte aussi 17 rondels dont les titres sont : « Clair de lune intellectuel », « Placet », « Le Missel de la morte », « Rondel à ma pipe », « Confession nocturne », « Sainte Cécile », « Billet céleste », « Les Carmélites », « Éventail », « Potiche », « Marches funèbres », « Le Puits hanté », « Le Bœuf spectral », « Noël de vieil artiste », « Roses d'octobre », « Fra Angelico » et « La terrasse aux spectres ».
  25. Selon un témoignage de sa sœur Éva, Nelligan « préférait les jeunes filles plus âgées à celles de son âge. Comme Marie Beaupré et Idola Saint-Jean. Voire des femmes comme Robertine Barry (Françoise) et Anne-Marie Gleason (Madeleine), amies de sa mère qu'il avait connues très tôt. » Lacourcière 2009, p. 226.
  26. ab der Halden 1907, p. 344. Tout en reconnaissant s'être inspiré pour son étude de la préface de Louis Dantin, ab der Halden affirme avoir consulté les articles de Madeleine, Saint-Hilaire et Charles Gill, et avoir obtenu des renseignements supplémentaires de la part de Olivar Asselin et E. Z. Massicotte.
  27. En 1907, tout en reconnaissant que Nelligan avait « une âme d'artiste », Camille Roy note que sa poésie « tient au tempérament surexcité, malade du poète, et nullement à nos traditions nationales et religieuses » (Tableau de l'histoire de la littérature canadienne-française, 1907, p. 28). Cette dernière critique disparaît dans son Histoire de 1930 , où l'éloge du poète est plus appuyé : « Il avait écrit quelques-uns de nos plus beaux vers (Histoire de la littérature canadienne-française, 1930, p. 162) ».
  28. « Nelligan qui, plus qu’un poète, fut un héros au sens irlandais du mot. [...] Et si curieux que cela paraîtra, à une époque où l’on niait l’existence d’une littérature nationale, où le pays était conçu comme l’enfer de l’homme de lettres, je crois que Nelligan fut un écrivain engagé, le premier que nous ayons eu. Adolescent, il se donne tout entier à la poésie et durant près de trois ans conçoit et exécute son œuvre envers et contre tous. Envers sa mère, née Hudon, pauvre femme effacée […] ; contre son père, Irlandais déculturé, ni Français, ni Anglais, robot des Amériques ; contre l’École littéraire de Montréal, où la poésie n’était qu’un prétexte à confrérie, un subterfuge pour s’infatuer chacun de soi, voire pour s’embourgeoiser; une œuvre hautement significative qui annonce clairement qu’il s’y épuise et qu’il en sortira dévitalisé. », J. Ferron, « La littérature utilitaire et l’écrivain engagé », Le Magazine Maclean, X, 7, juillet 1970, p. 44.
  29. Nicole Deschamps écrit lors du colloque Nelligan : « Je crois que Nelligan avait un merveilleux tempérament poétique que Louis Dantin, le premier, avait reconnu, mais je me demande dans quelle mesure nous n'en avons pas fait nous-mêmes un mythe, excusant les faiblesses évidentes de l'œuvre en exaltant la personnalité du poète qui devient alors soit un symbole de la réalité absolue qu'est la poésie, soit l'image du Québécois aliéné. » Deschamps 1966, p. 96.
  30. Réagissant à un article des Nouvelles littéraires qui faisait l'éloge des poèmes de Nelligan, Grignon écrit : « C'est dommage que ce pauvre Asselin soit mort car il était sur le point d'écrire l'histoire authentique des fameux poèmes du trop fameux poète. Il paraît que ses plus beaux vers ne sont pas de lui, mais d'un certain typographe, bohème, ivrogne à ses heures, poète aux heures des autres et malheureusement mort depuis. Ce compositeur, de génie, c'est le cas de le dire, refaisait les vers de Nelligan et Nelligan, qui était fou, les signait et croyait qu'ils étaient de lui. Ces drames-là arrivent et ils se produisent plus souvent qu'on ne le croit. », Pamphlets de Valdombre, no 4, mars 1938, p. 174.
  31. « Et que dire de ce soi-disant secret possédé par Asselin [...] d'après lequel un « typographe, bohème, ivrogne, mort depuis » serait le vrai auteur des poèmes de Nelligan ? Concevez-vous une invention plus ridicule? J'ai tenu en mes mains tous les manuscrits de Nelligan, tous écrits de sa main sans aucune surcharge étrangère. C'est d'eux que j'ai tiré l'édition que j'en ai donnée, et je sais que ces vers n'ont été « refaits » par personne; pas même par moi qui, en certains cas rares et urgents, pour des vers qui gardaient un caractère d'ébauche, en ai retouché quelques détails. Autre insulte malicieuse à la mémoire d'un homme qui ne peut se défendre, sur la soi-disant confidence d'un homme mort qui ne peut nier, touchant la fourberie d'un autre mort mythique ! ». Lettre du , citée par Yves Garon, « Louis Dantin et la critique intime », Revue de l'Université Laval, vol. XVI, no 5-6, janvier-février 1962, p. 5.
  32. Gilles Corbeil (1920-1986) est le fils de l'homme d'affaires Émile Corbeil et de Gertrude Nelligan, sœur d'Émile. Il a créé le Prix Gilles-Corbeil.
  33. Brissette 1998, p. 123. Cette vision positive de la folie sera également le thème central de l'ouvrage de Michon 1983.

Références[modifier | modifier le code]

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  20. Charbonneau 1935, p. 122.
  21. Charbonneau se repentira plus tard de cette erreur de jeunesse : Charbonneau 1935, p. 50.
  22. Cité par Francoli 2013, p. 189
  23. Charbonneau 1935, p. 51.
  24. Wyczynski 1987, p. 318.
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  26. Robidoux 1997, p. V [1]. Cité par Wyczynski 1987, p. 294-295.
  27. Wyczynski 1987, p. 327.
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  116. Wyczynski 1987, p. 445.
  117. La Romance du vin; André Gagnon et Claude Léveillée. Monique Leyrac chante Emile Nelligan, Verdun : Disques Mérite, 1991, 1 disque; Monique Leyrac. Monique Leyrac chante Nelligan, Enregistrement au Cinéma Outremont, 1976, 2 disques Barclay référence 9001.
  118. André Gagnon. Nelligan, Toronto : Disques SRC, 2005, 2 disques (Concert enregistré à la Salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts à Montréal, les 18 et )
  119. Montréal : Radio Canada international, 1981, durée 38 min.
  120. Saint-Nicolas : Doberman-Yppan, 1995 (1 partition : 44 pages)
  121. Montréal : Société nouvelle d'enregistrement, 1987, durée: 30:21
  122. Album Luck Mervil, 2000.
  123. Bonneville 1969.
  124. Lacourcière 2009, p. 173
  125. Wyczynski 1987, p. 465.
  126. Wyczynski 1987, p. 464.
  127. Wyczynski 1987, p. 475.
  128. 2 CD. Texte publié sous le titre Nelligan : livret d'opéra, Montréal : Leméac, 1990, 90 p. Extraits de Renée Claude, Michel Comeau et Louise Forestier
  129. Brissette 1998, p. 183-186.
  130. Robidoux 1997, p. 28.
  131. Brissette 1998, p. 179.
  132. Brissette 1998, p. 202.
  133. « L'opéra Nelligan revisité »
  134. Wyczynski 1987, p. 459-460. Voir en ligne.
  135. Wyczynski 1987, p. 460.
  136. Wyczynski 1987, p. 461.
  137. Monument Émile-Nelligan
  138. Catalogue Nelligan

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Éditions de l'œuvre[modifier | modifier le code]

  • Luc Lacourcière, Poésies complètes : 1896-1899, Montréal & Paris, Fides, 1952.
  • Réjean Robidoux et Paul Wyczynski, Émile Nelligan, 1879-1941 : œuvres complètes. Vol. 1. Poésies complètes, 1896-1941, Montréal, Fides,‎ , 646 p.
  • Jacques Michon, Émile Nelligan, 1879-1941 : œuvres complètes. Vol. 2 Poèmes et textes d'asile, 1990-1941, Montréal, Fides,‎ , 615 p.
  • Émile Nelligan, Émile Nelligan et son œuvre : Préface de Louis Dantin., Montréal, Beauchemin,‎ , 164 p. (Lire en ligne)
  • Louis Dantin, Émile Nelligan et son œuvre : Édition critique par Réjean Robidoux, Montréal, Beauchemin,‎ , 297 p. (lire en ligne)
  • Paul Wyczynski, Poèmes autographes, Montréal, Fides, 1991.
  • Émile Nelligan, Poésies complètes, Éditions Typo, Montréal, 1998.

Le fonds d'archives d'Émile Nelligan est conservé au centre d'archives de Bibliothèque et Archives nationales du Québec.

Ouvrages et articles critiques[modifier | modifier le code]

  • Léo Bonneville, « Procès à Nelligan », Séquences, no 57,‎ , p. 55-59 (lire en ligne)
  • Germain Beaulieu, « Nelligan est-il l'auteur de ses vers? », Les Idées,‎ mai-juin 1938, p. 337-348
  • Claude Beausoleil, « Émile Nelligan et le temps », Nuit blanche,‎ 1999, p. 28-33 (lire en ligne)
  • Réjean Beaudoin, Une étude des Poésies d'Emile Nelligan, Montréal, Boréal, coll. « Les classiques québécois expliqués »,‎ , 110 p.
  • Gérard Bessette, « Nelligan et les remous de son subconscient », dans L'École littéraire de Montréal, Montréal, Fides, coll. « Archives des Lettres canadiennes »,‎ , p. 130-149
  • Pascal Brissette, Nelligan dans tous ses états : Un mythe national, Montréal, Fides,‎ , 224 p. (ISBN 2762120322, lire en ligne)
  • Jean Charbonneau, L'École littéraire de Montréal : Ses origines, ses animateurs, ses influences, Montréal, Albert Lévesque,‎
  • Pierre Chatillon, « La lune d'or d'Émile Nelligan », dans Le mal-né. Seize études sur la poésie québécoise, Montréal, Presses de l'Université du Québec,‎ (lire en ligne), p. 5-17
  • Henry Cohen, « Le rondel dans la poésie d'Émile Nelligan », Studies in Canadian Literature / Études en littérature canadienne,‎ (ISSN 1718-7850, lire en ligne)
  • Bernard Courteau, Nelligan n'était pas fou!, Montréal, Louise Courteau,‎ , 154 p.
  • Nicole Deschamps, « Le thème de la sœur dans l'œuvre de Nelligan », dans Nelligan. Poésie rêvée. Poésie vécue, Montréal, Le Cercle du livre de France,‎ , p. 87-97
  • Nelson Charest, « Comme des lumières lointaines. Les Poésies d'Émile Nelligan », dans Quinze classiques de la littérature québécoise, Montréal, Fides,‎ (ISBN 9782762139280), p. 15-35
  • Yvette Francoli, Le naufragé du Vaisseau d'or : Les vies secrètes de Louis Dantin, Montréal, Del Busso,‎
  • Charles ab der Halden, « Émile Nelligan », dans Nouvelles études de littérature canadienne-française, Paris, Rudeval,‎ , p. 339-377
  • Annette Hayward, La querelle du régionalisme au Québec (1904-1931) : Vers l’autonomisation de la littérature québécoise, Ottawa, Le Nordir,‎ , 622 p. (ISBN 978-2-89531-049-5, lire en ligne)
  • Annette Hayward et C. Vandendorpe, « Dantin et Nelligan au piège de la fiction : Le naufragé du Vaisseau d'or d'Yvette Francoli », @nalyses,‎ printemps-été 2016, p. 232-327 (ISSN 1715-9261, lire en ligne)
  • François Hébert, Dans le noir du poème : Les aléas de la transcendance, Montréal, Fides,‎ (ISBN 9782762126327)
  • Luc Lacourcière, Émile Nelligan : Poésies complètes, Montréal, Fides,‎ , 329 p.
  • Luc Lacourcière, « À la recherche de Nelligan », dans Nelligan. Poésie rêvée, poésie vécue, Montréal, Le Cercle du livre de France,‎ , p. 23-54
  • Luc Lacourcière, Essais sur Émile Nelligan et sur la chanson populaire : Édition préparée par André Gervais, Montréal, Fides,‎ , 448 p. (ISBN 9782762129854)
  • Jean Larose, Le mythe de Nelligan, Montréal, Quinze,‎ , 141 p. (ISBN 9782890262713)
  • Sylvain Matton, « Note sur la source de Frère Alfus d'Émile Nelligan », Academia.edu,‎ (lire en ligne)
  • Jacques Michon, Émile Nelligan : Les racines du rêve, Montréal, Presses de l'Université de Montréal,‎
  • Gabriel Nadeau, Louis Dantin : Sa vie et son œuvre, Manchester, Éditions Lafayette,‎
  • Gabriel Nadeau, « Le docteur Ernest Choquette et Nelligan. II », L’Union médicale du Canada, t. 101,‎
  • Nicétas Orion, Émile Nelligan : Prophète d'un âge nouveau, Montréal,‎ , 131 p. (ISBN 2980109460)
  • (en) Emile Talbot, Reading Nelligan, Montréal, McGill-Queen’s Press,‎
  • Michel Tremblay, Nelligan : Livret de l'opéra, Montréal, Leméac,‎ , 90 p.
  • André Vanasse, Émile Nelligan : Le spasme de vivre, Montréal, XYZ,‎ , 201 p. (ISBN 2-89261-179-2) (Biographie romancée)
  • Paul Wyczynski, Émile Nelligan 1879-1941 : Biographie, Montréal, Fides,‎ , 635 p. (ISBN 9782762113822)
  • Paul Wyczynski, Émile Nelligan : Sources et originalité de son œuvre, Ottawa, Éditions de l'Université d'Ottawa,‎ , 349 p.

Traductions[modifier | modifier le code]

  • (en) Selected Poems by Émile Nelligan, traduits par P.F. Widdows. -- Toronto : Ryerson, 1960.
  • (en) The Complete Poems of Émile Nelligan, édités et traduits par Fred Cogswell. -- Montréal : Harvest House, 1983.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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