Michel Tremblay

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les personnes ayant le même patronyme, voir Tremblay.
Michel Tremblay
Naissance (74 ans)
Montréal, Canada
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Français
Genres

Œuvres principales

Michel Tremblay, né le à Montréal au Québec, est un dramaturge, romancier et scénariste québécois.

Il est aussi conteur, traducteur, adaptateur, scénariste de films et de pièces de théâtre, ainsi que parolier pour Pauline Julien, Renée Claude et Monique Leyrac. L'utilisation inédite et originale qu'il fait du parler populaire québécois marquera définitivement le paysage théâtral, si bien que le français québécois, ou joual, qui lui est rattaché, est aussi désigné sous la périphrase « la langue de Tremblay »[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Montréal en 1942, Michel Tremblay vit sa jeunesse dans un appartement de sept pièces du quartier Plateau Mont-Royal avec trois familles totalisant 12 personnes. Considérant avoir eu une enfance heureuse, il grandit entouré de femmes, qu'il observe, discrètement. Le milieu culturel dans lequel il se développe, ses proches et le quartier du Plateau-Mont-Royal seront à la source de son œuvre. L'origine modeste de Tremblay et son homosexualité marqueront aussi la forme que prendront ses récits[2],[3]. En 1960, il écrit en secret une pièce de théâtre nommée Le Train. En 1964, Radio-Canada annonce le Concours des Jeunes Auteurs, Tremblay envoie cette œuvre et gagne le 1er prix[4].

Sa mère adore les livres et lui transmet ce goût. Tremblay le mentionne dans le roman La grosse femme d'à-côté est enceinte (1978) et, de nouveau, dans la pièce Encore une fois, si vous permettez (1998), où il se met lui-même en scène en train d'écouter les histoires et les questionnements de sa propre mère sur les romans qu'elle lit. En 2007, dans le roman La Traversée du continent, il raconte l'enfance de sa mère et son long voyage entre la Saskatchewan et le Québec.

Œuvre[modifier | modifier le code]

Michel Tremblay a écrit 28 pièces de théâtre, 32 romans, dont un de science-fiction intitulé La Cité dans l'œuf, 4 recueils de récit autobiographique, 1 recueil de contes fantastiques, 7 scénarios pour le cinéma ou la télévision, 39 adaptations traduites, 1 livret d'opéra, 2 comédies musicales et les paroles d'une douzaine de chansons.

La deuxième pièce de Tremblay, Les Belles-sœurs, écrite en 1965 et jouée pour la première fois sur scène au Théâtre du Rideau Vert le 28 août 1968, cause un gros scandale. Son impact est énorme, car elle fracasse le carcan des principes du théâtre canadien-français, souvent bourgeois, élitiste, tourné vers les classiques français et conforme à la morale religieuse catholique importante durant le règne de Maurice Duplessis. Plus que Gratien Gélinas ou Marcel Dubé en leur temps, Tremblay intègre de façon franche le dialecte québécois (le « joual ») dans ses pièces, ainsi qu'un humour basé sur le grotesque et la caricature, chose qui est encore rare dans la dramaturgie québécoise des années 1960. Sa peinture de la vie de femmes de la classe ouvrière québécoise, de travestis, d'homosexuels, de schizophrènes constituent en outre des thèmes oubliés ou condamnés, qui choque une partie du public et de la critique.

Michel Tremblay profite ainsi de l'élan du renouveau social et culturel amorcé par la révolution tranquille que connaît le Québec des années 1960 pour imposer cette nouvelle forme de dramaturgie qui brise les valeurs prônées précédemment et jugées « dépassées ». Ce renouveau sera bien entendu un ferment du nationalisme québécois et porte aussi un regard à la fois critique et attendri sur les individus du petit peuple ouvrier, sur leur sort et leur vie quotidienne conformément à la pensée libérale en pleine effervescence. En cela, Michel Tremblay se rapproche du romancier et dramaturge ukrainien Gogol. Ce parallèle n'est pas vain, puisque Tremblay a donné avec Le Gars de Québec, une version québécoise de la pièce Le Revizor du dramaturge russe du XIXe siècle.

Tremblay ne cache pas dans ses œuvres son regard sur la société québécoise qu'il considère comme une société ouvrière dominée par l'Église catholique et sa morale contraignante (À toi, pour toujours, ta Marie-Lou) ou par une élite anglophone et bourgeoise comme en témoigne, de manière métaphorique la fin de la pièce Les Belles-sœurs. Cette réflexion aura une portée considérable autant sur l'identité québécoise que sur le mouvement indépendantiste québécois.

Selon la journaliste et auteure Denise Bombardier, « Michel Tremblay fut récupéré lui-même par les tenants du joual bien que ce ne fût jamais l'intention de ce talentueux dramaturge de faire l'apologie de ce parler. Il dut défendre le joual pour défendre sa pièce Les Belles-Sœurs qui subissait du même coup les attaques des adversaires du joual[5] ».

Dans les années 1970, Tremblay publie les Chroniques du Plateau Mont-Royal, une série de six romans qui s'ouvre avec La grosse femme d'à côté est enceinte (1978) et se poursuit avec, notamment, La Duchesse et le Roturier (1982). Multipliant les liens avec les pièces déjà écrites, puisque bon nombre de personnages s'y retrouvent, ce cycle romanesque poursuit la description du quartier Le Plateau-Mont-Royal de Montréal, quartier qui était à l'époque celui de la classe ouvrière montréalaise.

Dans les années 1980, il écrit Albertine, en cinq temps, pièce majeure qui marque un pas décisif dans sa recherche dramaturgique. Cette pièce présente Albertine, personnage déjà présent dans la pièce En pièces détachées, en dialogue avec elle-même à cinq différentes époques de son existence.

Le roman C't'à ton tour, Laura Cadieux, d'une veine plus nettement humoristique, est porté à l'écran par la metteuse en scène et comédienne Denise Filiatrault. Une série télévisée en est ensuite tirée.

Après avoir signé quelques scénarios pour le cinéma, Tremblay travaille à l'écriture de la série télévisée Le Cœur découvert, tirée du roman éponyme, qui a pour sujet de la vie d'un couple homosexuel au Québec. La série est diffusée en 2003, à heures de grande écoute, par le réseau de télévision francophone Radio-Canada.

Il collabore à plusieurs reprises avec le metteur en scène André Brassard des Belles-Sœurs, et il accorde dans plusieurs de ses pièces un rôle à la comédienne Rita Lafontaine, et ce depuis sa toute première. Des metteurs en scène québécois de renom ont monté ses pièces, notamment René Richard Cyr et Denise Filiatrault.

En 2006, il remporte le Grand Prix Metropolis bleu pour l'ensemble de son œuvre.

Romans, contes et récits[modifier | modifier le code]

  • Chroniques du Plateau Mont-Royal, série de six romans :
La grosse femme d'à côté est enceinte (1978) ;
Thérèse et Pierrette à l'école des Saints-Anges (1980) ;
La Duchesse et le roturier (1982) ;
Des nouvelles d'Édouard (1984) ;
Le Premier Quartier de la lune (1989) ;
Un objet de beauté (1997).
  • Le Gay Savoir, série de cinq romans :
La Nuit des princes charmants (1995) ;
Quarante-quatre minutes, quarante-quatre secondes (1997) ;
Le Cœur découvert (1986) ;
Le Cœur éclaté (1993) ;
Hôtel Bristol New York, N.Y. (1999).
  • Les Cahiers de Céline, série de trois romans :
Le Cahier noir (2003) ;
Le Cahier rouge (2004) ;
Le Cahier bleu (2005).
  • Le Trou dans le mur (2006)
  • La Diaspora des Desrosiers, série de neuf romans :
La Traversée du continent (2007) ;
La Traversée de la ville (2008) ;
La Traversée des sentiments (2009) ;
Le Passage obligé (2010);
La Grande Mêlée (2011) ;
Au hasard la chance (2012) ;
Les Clefs du Paradise (2013);
Survivre! Survivre! (2014);
La Traversée du malheur (2015).

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Le Train, 1964
  • Les Belles-sœurs, 1968
  • En pièces détachées, 1970
  • À toi, pour toujours, ta Marie-Lou, 1970
  • Trois Petits Tours, 1971
  • Demain matin, Montréal m'attend, 1972 (Comédie musicale)
  • Hosanna, 1973
  • La Duchesse de Langeais, 1973
  • Bonjour, là, bonjour, 1974
  • Les Héros de mon enfance, 1976
  • Sainte Carmen de la Main, 1976
  • Surprise ! Surprise !, 1976
  • Damnée Manon, sacrée Sandra, 1977
  • L'Impromptu d'Outremont, 1980
  • Les Anciennes Odeurs, 1981
  • Albertine, en cinq temps, 1984
  • Le Vrai Monde? 1987
  • Nelligan, 1990. (Comédie musicale)
  • La Maison suspendue, 1990
  • Marcel poursuivi par les chiens, 1992
  • En circuit fermé, 1994
  • Messe solennelle pour une pleine lune d'été, 1996
  • Encore une fois, si vous permettez, 1998
  • L'État des lieux, 2002
  • Le Passé antérieur, 2003
  • Impératif présent, 2003
  • Bonbons assortis, 2006 (adaptation théâtrale du roman éponyme)
  • Le Paradis à la fin de vos jours, 2008
  • Fragments de mensonges inutiles, 2009
  • L'Oratorio de Noël, 2012

Adaptation pour le théâtre[modifier | modifier le code]

  • Lysistrata (d'après Aristophane), Leméac, 1969, réédition 1994. Avec la collaboration de André Brassard
  • L'Effet des rayons gamma sur les vieux garçons (de Paul Zindel), Leméac, 1970
  • Et mademoiselle Roberge boit un peu (de Paul Zindel), Leméac, 1971
  • Mademoiselle Marguerite (de Roberto Athayde), Leméac, 1975
  • Oncle Vania (d'Anton Tchekhov), Leméac, 1983
  • Le gars de Québec (d'après la pièce Le Revizor de Gogol), Leméac, 1985
  • Six heures au plus tard (de Marc Perrier), Leméac, 1986
  • Premières de classe (de Casey Kurtti), Leméac, 1993

Scénarios de films[modifier | modifier le code]

ONF, 1972, 29 min. Scénario: Michel Tremblay; réalisation: André Brassard
Ciné/Art, Montréal, 1974, 100 min. Scénario: André Brassard et Michel Tremblay; dialogues: Michel Tremblay; réalisation: André Brassard
Films 16, Montréal, 1976, 122 min. Scénario: Michel Tremblay; réalisation: Jean-Claude Lord
Films 16, Montréal, 1977, 111 min. Scénario: Michel Tremblay; réalisation: André Brassard
Montréal 1998, 92 min. Scénario: Michel Tremblay, réalisation: Denise Filiatrault et rôle principal: Ginette Reno

Le fonds d'archives Michel Tremblay est conservé au centre d’archives de Montréal de la Bibliothèque et Archives nationales du Québec[6].

Son inspiration[modifier | modifier le code]

Michel Tremblay s'inspire notamment de sa vie privée, y mêlant son imagination, par exemple :

  • Dans La Traversée du continent, il raconte le voyage de sa mère mais avec de faux noms.
  • Dans C't'à ton tour, Laura Cadieux, il parle d'une femme obèse, tout comme sa mère l'était.
  • Dans sa toute première pièce, Le train, il décrit la rencontre de deux personnages qui sont, en fait, un dédoublement de sa personnalité.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sarah Zylberberg, « La grosse Femme d'à côté est enceinte, Michel Tremblay – Lettres & Arts », sur www.lettres-et-arts.net (consulté le 15 avril 2016)
  2. Entrevue donné à Jacques Boulanger le 7 juin 1964 à Radio Canada concernant sa pièce de théâtre Le Train gagnante du prix de la meilleure dramatique du concours des jeunes auteurs de Radio-Canada.
  3. Trouvant son bonheur dans ses nombreuses lectures, ce jeune adolescent souhaitait devenir un auteur. C'est à l'âge de 13 ans, qu'il découvre Gabrielle Roy durant son voyage en Gaspésie. « Une semaine avec sa famille en essayant de trouver le bon chemin ? Non merci ! » Il a déjà prévu d'apporter une série de livres qu'il connaît déjà quand sa mère lui fait la surprise : elle lui prête Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy qu'elle a énormément apprécié. Se délectant à chaque page, Michel lit ce roman sans voir les paysages majestueux de la Gaspésie et en restant sourd aux menaces de sa mère. Gabrielle Roy qui a écrit un roman traitant des problèmes d'ici, rejoint les personnes passionnées comme Michel. Il n'en revenait pas, trouver comme idole une romancière québécoise. (Un ange cornu avec des ailes de tôle, Michel Tremblay)
  4. Un jeune dramaturge qui promet, Radio-Canada, 7 juin 1964
  5. Denise Bombardier, Dictionnaire amoureux du Québec, Plon, 2014, p. 366.
  6. Bibliothèque et Archives nationales du Québec, « Bibliothèque et Archives nationales du Québec - Fonds Michel Tremblay (MSS368) » (consulté le 20 janvier 2014)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Luc Boulanger, Pièces à conviction, recueil d'entretiens avec Michel Tremblay, Éditions Leméac, 2001
Au début de l'an 2000, après plus de trente ans de théâtre de Michel Tremblay, le critique Luc Boulanger décide de réaliser avec le dramaturge une série de 18 entretiens autour des différentes pièces de son répertoire. Le théâtre devient ici le prétexte pour refaire le parcours du Québec des trente dernières années et de la vie d’un des grands auteurs du Québec contemporain. Sur près de deux cents pages, le célèbre dramaturge parle à cœur ouvert de son œuvre et de sa vie.
  • Adrian Wills, Entre les mains de Michel Tremblay, documentaire, Métropole Films Distribution / Mongrel Media / Ciné Qua Non Média, 2007, durée: 52 minutes.
L'écrivain Michel Tremblay crée des familles de personnages qui voyagent librement du théâtre au roman, en passant par le récit autobiographique. Depuis les années 1960, l'écrivain Michel Tremblay puise son inspiration parmi les siens, créant des familles de personnages qui voyagent librement du théâtre au roman, en passant par le récit autobiographique. À tel point qu'il est parfois difficile de faire la part des choses entre la réalité et la fiction, entre la famille réelle de l'écrivain et celle qu'elle a inspirée. Ce documentaire invite à voyager à travers le temps, les pays et les œuvres de l'écrivain, afin de découvrir l'étendue réelle de son univers.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Documents audiovisuels

  • Tremblay parle de l’influence de Brassard sur sa production théâtrale, 29 septembre 1983, Archives de Radio-Canada [2]