Idola Saint-Jean

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Idola Saint-Jean
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Idola Saint-Jean vers 1925
Naissance
Montréal
Décès (à 64 ans)
Montréal
Profession

Idola Saint-Jean, née le 19 mai 1880 et décédée le 6 avril 1945 à Montréal, est une journaliste, une éducatrice et une féministe québécoise. Elle est la fille d'Edmond Saint-Jean, un avocat criminaliste et d'Emma Lemoine.

Biographie[modifier | modifier le code]

Monument en hommage aux femmes en politique, colline parlementaire de Québec

Idola Saint-Jean étudie au couvent Villa-Maria, chez les religieuses de la Congréation de Notre-Dame. Elle suit également des cours de diction, de mise en scène et de théâtre. Dès les années 1900, elle donnera quelques représentations et récitals de poésie, à Montréal et à Québec, qui lui permettront de développer son talent d'oratrice. Elle part pour Paris en 1903 pour y suivre des cours de théâtre et s'inscrit du même coup, à la Sorbonne[1].

De retour à Montréal, elle est embauchée comme professeure de français à l'Université McGill; un poste qu'elle occupera jusqu'à son décès. Pour un temps, elle était dans l'entourage du poète Émile Nelligan et du franc-maçon Arsène Bessette. C'est à l'université qu'elle rencontre Carrie Derick, la première femme à occuper un poste de professeure titulaire au sein d'une université canadienne. Madame Derick est également la présidente de la Montreal Suffrage Association, une association fondée en 1913 pour promouvoir le suffrage féminin aux élections fédérales.

Idola Saint-Jean mène de front sa carrière dans l'enseignement et son engagement social, notamment auprès de la jeunesse. Elle publie des ouvrages sur la diction et donne un cours ouvert au public au Monument national et s'implique dans diverses sociétés d'entraide dont le comité catholique de la cour juvénile de Montréal et la Société d'aide aux enfants catholiques. En 1918, elle adopte seule (elle sera célibataire toute sa vie) une petite fille noire devenue orpheline à la suite du décès de ses parents, victimes de la pandémie de grippe espagnole. L'enfant mourra deux ans plus tard.

Suffragette, Idola saint-Jean fonde, en 1922, le Comité provincial pour le suffrage féminin avec Marie Lacoste-Gérin-Lajoie et Anna Marks Lyman. Elles participent, avec Carrie Derick, Julia Drummond et Grace Ritchie-England à la grande délégation féminine qui rencontre, à Québec, le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau. Elle sera de tous les rassemblements et actions d'éclat ayant pour objectifs de convaincre les députés de l'Assemblée législative d'appuyer un projet de loi visant à accorder le droit de vote aux femmes.[2] Les citoyennes canadiennes qui sont âgées de 21 ans et plus ont obtenu le droit de vote aux élections fédérales le 24 mai 1918. Le projet de loi, présenté par le député Henry Miles, est abandonné avant sa deuxième lecture et le débat est ajourné.

En 1927, elle fonde l'Alliance canadienne pour le vote des femmes. Elle y œuvre avec Marie Lacoste-Gérin-Lajoie et Thérèse Casgrain.

En 1930, elle est la première candidate québécoise à une élection fédérale. Elle se représente dans la circonscription de Montréal–Saint-Denis et 1 732 personnes (3,87 %) votent pour elle; elle arrive en troisième place[3]. Cependant, l'accès des femmes aux affaires publiques et le combat d'Idola Saint-Jean contre les inégalités et la discrimination systémiques envers les femmes permettent d'obtenir, en 1931, l'amendement du Code civil du Québec qui leur donne le droit de gérer librement leurs avoirs, fait passer l'âge légal du mariage de 12 à 14 ans, pour les filles et reconnaît les femmes comme témoins lors de la ratification d'un testament notarié. Ceci constitue une certaine avancée en regard de l'incapacité juridique des femmes mariées sur laquelle statuait le Code civil de 1866[4].

S'exprimant sur diverses tribunes, comme des journaux, émissions radiophoniques, marches et rassemblements, Idola Saint-Jean répète inlassablement son message d'égalité et de justice sociale et ce, malgré les obstacles: le clergé catholique, la majorité des journalistes et parlementaires et de très nombreuses femmes. Ceux-ci sont les défenseurs de valeurs traditionnelles et d'un ordre social où la femme qui reste au foyer est la gardienne de la race canadienne-française. Elle envoie une pétition de 10 000 noms à George V du Royaume-Uni en 1935.

En 1938, lors d'un congrès du Parti libéral du Québec visant à préparer le programme électoral, Thérèse Casgrain, alors vice-présidente du Club des femmes libérales du Canada, parvient avec une délégation féminine, à faire inscrire le suffrage féminin au programme du parti. Élus en 1939, les libéraux tiendront leur promesse. Les femmes québécoises obtiennent le droit de vote et d'éligibilité sous Adélard Godbout en 1940, alors que le gouvernement fédéral accordait le suffrage féminin depuis 1918. C'est l'aboutissement d'une lutte menée depuis 20 ans. Une loi, votée en 1849 par le ministère de Louis-Hippolyte La Fontaine et Robert Baldwin interdisait jusque là le suffrage féminin[5].

En 1944, les québécoises peuvent, pour la première fois, participer aux élections provinciales. Idola Saint-Jean exercera son droit de vote peu de temps avant son décès, à l'âge de 64 ans.

La Fédération des femmes du Québec remet le Prix Idola Saint-Jean en son honneur. Le parc Idola-Saint-Jean est nommé en son honneur dans l'arrondissement montréalais de Rosemont–La Petite-Patrie. Un monument, érigé à proximité de l'Assemblée nationale du Québec, lui rend hommage avec Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie, Thérèse Casgrain et Marie-Claire Kirkland-Casgrain, pionnières en politique qui se sont levées pour la promotion de l'égalité sociale.

En 2015, la Ville de Montréal la désigne Bâtisseuse de la Cité[6].

Elle compte parmi les femmes célèbres du Plateau Mont-Royal car elle a vécu sur la rue Saint-Hubert à Montréal[7].

Citation[modifier | modifier le code]

  • « Permettre aux femmes de voter aux élections fédérales et municipales et leur refuser ce droit quand il s’agit d’une élection provinciale est une anomalie qui n’est pas à l’honneur de nos législateurs. » [8]

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Idola Saint-Jean, Récitations enfantines choisies, Montréal, , 108 p. (lire en ligne).
  • Idola Saint-Jean, Morceaux à dire, Montréal, .
  • Idola Saint-Jean, Morceaux à dire, Montréal, éd. Granger, 1923 (réédition), 226 p. (lire en ligne).

Articles[modifier | modifier le code]

  • Défense de la femme qui travaille pour vivre, L'Autorité, 17 novembre 1924, p.4.
  • L'esthétique féminine, La revue moderne, 15 novembre 1919.
  • L'esthétique féminine, La revue moderne, 15 février 1920.
  • Impressions de voyage dans la Nouvelle-Angleterre, La revue moderne, 15 février 1921.
  • L'esthétique féminine, La revue moderne, 15 avril 1921.
  • La personnalité et l'étude, La Canadienne, Novembre 1921.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Idola saint-Jean », sur encyclopediecanadienne.ca, (consulté le 8 mars 2017)
  2. « La longue marche vers le droit de vote », sur ici.radio-canada.ca, (consulté le 8 mars 2017)
  3. « Historique des circonscriptions – Saint-Denis », sur lop.parl.ca (consulté le 30 juillet 2017)
  4. « La loi accordant le droit de vote aux femmes », sur ameriquefrancaise.org (consulté le 8 mars 2017)
  5. « Droit de vote et d'éligibilité des Québécoises », sur electionsquebec.qc.ca (consulté le 8 mars 2017)
  6. « Bâtisseuses de la Cité 2015 : Idola Saint-Jean », sur archivesdemontreal.com, (consulté le 8 mars 2017)
  7. « Femmes du Plateau », Bulletin de la Société d'histoire du Plateau Mont-Royal,‎ printemps 2015, vol. 10 no 1, p. 17
  8. Saint-Jean, Idola. « Pour le rôle des femmes » Le Devoir, 30 mars 1939, p.5.