Idola Saint-Jean

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Idola Saint-Jean
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Idola Saint-Jean vers 1925
Nom de naissance Marie Yvonne Rose Idola Saint-Jean
Naissance
Montréal
Décès (à 65 ans)
Montréal
Profession

Idola Saint-Jean, née le [1] et décédée le à Montréal, est une journaliste, une éducatrice et une féministe québécoise. Elle est une personnalité notoire de la lutte pour le droit de vote des femmes au Québec.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

Idola Saint-Jean est née le à Montréal, probablement dans l'appartement familial situé sur la rue Saint-Denis. Ses parents, Edmond Saint-Jean, un avocat criminaliste, Emma Guyon dite Lemoine se marient le dans la paroisse Notre-Dame de Montréal[2]. Idola Saint-Jean est issue d'une famille établie à Montréal depuis plusieurs générations. Elle est issue d'un milieu bourgeois, les membres de sa famille, dont plusieurs sont avocats, possèdent plusieurs propriétés et s'impliquent même dans le monde politique. Son oncle Alphonse-Levis, notaire et libéral modéré, est défait par Honoré Beaugrand lors d'une course à la mairie de Montréal en 1886[3]. La situation financière de la famille Saint-Jean devient encore plus aisée lorsque le père d'Idola, Edmond Saint-jean, devient associé d'une prestigieuse firme d'avocats impliquée en politique. Les Saint-Jean déménagent alors au Square Saint-Louis (sur le Plateau-Mont-Royal), un haut-lieu de la bourgeoisie canadienne-française de la fin du XIXe siècle[4].

Les premières années d'éducation d'Idola Saint-Jean n'ont laissé aucune trace mais il est possible qu'elles aient été assurées par des tuteurs à domicile[5]. La jeune Idola étudie ensuite au couvent Villa-Maria, chez les religieuses de la Congréation de Notre-Dame. Cette institution offre un enseignement bilingue aux jeunes filles de la bourgeoisie: arithmétique, lecture raisonnée, épellation, analyse grammaticale, géographie, catéchisme ou encore histoire sainte[6]. Elle suit également des cours de diction, de mise en scène et de théâtre. Dès les années 1900, elle donnera quelques représentations et récitals de poésie, à Montréal et à Québec, qui lui permettront de développer son talent d'oratrice. Idola Saint-Jean rêve alors de devenir comédienne professionnelle, jouant quelques rôles dans des pièces et des spectacles à Montréal[7]. En guise de gagne-pain, elle enseigne la diction et l'élocution à Villa-Maria et aux académies Marie-Rose, Saint-Urbain, Saint-Louis-de-Gonzague, Cherrier, Saint-Denis et Sainte-Marie. Elle enseigne même à Ottawa, au couvent de la rue Rideau[8].

En 1903, Idola Saint-Jean part à Paris pour y suivre des cours de théâtre et s'inscrit du même coup à la Sorbonne[9]. De retour à Montréal, elle est embauchée comme professeure de français à l'Université McGill; un poste qu'elle occupera jusqu'à son décès. Pour un temps, elle était dans l'entourage du poète Émile Nelligan et du franc-maçon Arsène Bessette. C'est à l'université qu'elle rencontre Carrie Derick, la première femme à occuper un poste de professeure titulaire au sein d'une université canadienne. Derick est également la présidente de la Montreal Suffrage Association, une association fondée en 1913 pour promouvoir le suffrage féminin aux élections fédérales.

Engagement politique et social[modifier | modifier le code]

Idola Saint-Jean mène de front sa carrière dans l'enseignement et son engagement social, notamment auprès de la jeunesse. Elle publie des ouvrages sur la diction et donne un cours ouvert au public au Monument national et s'implique dans diverses sociétés d'entraide dont le comité catholique de la cour juvénile de Montréal et la Société d'aide aux enfants catholiques. En 1918, elle adopte seule (elle sera célibataire toute sa vie) une petite fille noire devenue orpheline à la suite du décès de ses parents, victimes de la pandémie de grippe espagnole (Saint-Jean s'impliquera au sein d'un bureau de secours ouvert jour et nuit pendant l'épidémie). L'enfant mourra deux ans plus tard.

Suffragette, Idola Saint-Jean fonde, en 1922, le Comité provincial pour le suffrage féminin avec Marie Lacoste-Gérin-Lajoie et Anna Marks Lyman. Elles participent, avec Carrie Derick, Julia Drummond et Grace Ritchie-England à la grande délégation féminine qui rencontre, à Québec, le premier ministre Louis-Alexandre Taschereau. 400 à 500 femmes rencontrent alors le premier ministre du Québec afin de convaincre les députés québécois d'approuver un projet de loi visant à accorder le droit de vote aux femmes du Québec. Idola Saint-Jean sera de tous les rassemblements et actions d'éclat ayant pour objectif le suffrage féminin.[10] Les citoyennes canadiennes qui sont âgées de 21 ans et plus ont obtenu le droit de vote aux élections fédérales le . Le projet de loi, présenté par le député Henry Miles, est abandonné avant sa deuxième lecture et le débat est ajourné.

Monument en hommage aux femmes en politique, colline parlementaire de Québec

Durant les élections fédérales de 1925, elle se rapproche du Parti libéral du Canada, qui sollicite ses talents d'oratrice. Elle s'exprime au grand ralliement de campagne des Libéraux au Québec, au Forum de Montréal[11]. Ce rassemblement, que le journal Le Canada considère à l'époque comme le plus grand ralliement libéral de l'histoire de Montréal, établit la renommée politique d'Idola Saint-Jean[12]. En 1927, elle fonde l'Alliance canadienne pour le vote des femmes, une organisation issue du scindement du Comité provincial et qui se voue particulièrement aux ouvrières et aux femmes issues des classes moins aisées. Elle continue de collaborer avec Marie Lacoste-Gérin-Lajoie et Thérèse Casgrain. Cette dernière a fondé la Ligue des droits de la femme, une organisation féministe qui s'adresse plutôt aux bourgeoises et aux femmes mariées. En 1929, Saint-Jean, Gérin-Lajoie et Casgrain vont témoigner à la Commission Dorion, qui enquête sur la situation du droit civils des femmes québécoises. Saint-Jean y revendiquera des changements dans la législation du mariage. Elle demandera d'élever l'âge légal à 16 ans pour les garçons et les filles (il était à respectivement 14 et 12 ans à l'époque), d'octroyer aux mères le droit de donner ou de refuser le consentement au mariage de leurs enfants (conjointement avec leur mari), de permettre aux femmes de retirer l'argent d'une assurance qu'elles ont payé ou encore de modifier les lois sur l'adultère afin d'en abolir le double-standard[13]. Idola Saint-Jean, qui bénéficie depuis peu d'une page quotidienne d'actualité féministe bilingue dans le Montreal Herald, mettra de l'avant ces revendications dans ses éditoriaux en critiquant vivement les lois québécoises en vigueur au moment de la Commission[13].

En 1930, elle est la première candidate québécoise à une élection fédérale. Elle se représente dans la circonscription de Montréal–Saint-Denis et 1 732 personnes (3,87 %) votent pour elle; elle arrive en troisième place[14]. Cependant, l'accès des femmes aux affaires publiques et le combat d'Idola Saint-Jean contre les inégalités et la discrimination systémiques envers les femmes permettent d'obtenir, en 1931, l'amendement du Code civil du Québec qui leur donne le droit de gérer librement leurs avoirs, fait passer l'âge légal du mariage de 12 à 14 ans, pour les filles et reconnaît les femmes comme témoins lors de la ratification d'un testament notarié. Ceci constitue une certaine avancée en regard de l'incapacité juridique des femmes mariées sur laquelle statuait le Code civil de 1866[15].

S'exprimant sur diverses tribunes, comme des journaux, émissions radiophoniques, marches et rassemblements, Idola Saint-Jean répète inlassablement son message d'égalité et de justice sociale et ce, malgré les obstacles: le clergé catholique, la majorité des journalistes et parlementaires et de très nombreuses femmes. Ceux-ci sont les défenseurs de valeurs traditionnelles et d'un ordre social où la femme qui reste au foyer est la gardienne de la race canadienne-française. Elle envoie une pétition de 10 000 noms à George V du Royaume-Uni en 1935.

À partir de 1935, Idola Saint-Jean s'engage dans le mouvement pacifiste. Présidente du Comité pour la paix affilié à la Royal Society, elle participe à l'envoi d'une lettre à la Société des Nations (SDN) appuyant les efforts visant à empêcher le déclenchement d'une nouvelle guerre en Europe. Saint-Jean s'oppose également à un engagement canadien dans une potentielle guerre et organise plusieurs activités, notamment auprès des jeunes, afin de sensibiliser la population à la cause pacifiste. Elle invite notamment des conférenciers en faveur de la paix à venir prononcer des discours à Montréal et utilise son émission de radio, L'Actualité féminine (CKAC), pour faire avancer la cause[16]. Durant la même période, Saint-Jean milite également pour les droits civils. Elle s'oppose notamment à la « loi du cadenas » du Premier ministre Maurice Duplessis, un texte législatif discriminatoire visant à « protéger la province contre la propagande communiste[17] ».

En 1938, lors d'un congrès du Parti libéral du Québec visant à préparer le programme électoral, Thérèse Casgrain, alors vice-présidente du Club des femmes libérales du Canada, parvient avec une délégation féminine, à faire inscrire le suffrage féminin au programme du parti. Élus en 1939, les libéraux tiendront leur promesse. Les femmes québécoises obtiennent le droit de vote et d'éligibilité sous Adélard Godbout en 1940, alors que le gouvernement fédéral accordait le suffrage féminin depuis 1918. C'est l'aboutissement d'une lutte menée depuis 20 ans. Une loi, votée en 1849 par le ministère de Louis-Hippolyte La Fontaine et Robert Baldwin interdisait jusque-là le suffrage féminin[18]. Le soutien du chef du gouvernement du Québec est, aux yeux des historiens, un retournement car ce dernier a été membre du gouvernement libéral de Louis-Alexandre Taschereau qui s'est opposé au droit de vote des femmes pendant deux décennies[19].

Par son engagement politique, Idola Saint-Jean a contribué à vaincre la résistance du gouvernement du Québec à accorder aux femmes le droit d'exercer leurs droits démocratiques. Les historiennes Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, auteures d'une biographie de Madame Saint-Jean, attribuent cette résistance à un certain repli identitaire[20]. En effet, le caractère distinct du Québec, qui ne devait pas imiter les provinces et pays anglo-saxons, a été un argument des antisuffragistes lors des débats de l'assemblée législative[19].

Mort[modifier | modifier le code]

En 1944, les québécoises peuvent, pour la première fois, participer aux élections provinciales. Idola Saint-Jean exercera son droit de vote peu de temps avant son décès. Elle meurt le 6 avril 1945, à l'âge de 65 ans. Ses funérailles ont lieu le à l'église Saint-Léon de Westmount et neuf femmes, ses compagnes de combat, portent son cercueil[21]. Elle est enterrée au Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal[22].

La Fédération des femmes du Québec remet le Prix Idola Saint-Jean en son honneur. Le parc Idola-Saint-Jean est nommé en sa mémoire dans l'arrondissement montréalais de Rosemont–La Petite-Patrie. Un monument, érigé à proximité de l'Assemblée nationale du Québec, lui rend hommage avec Marie-Lacoste-Gérin-Lajoie, Thérèse Casgrain et Marie-Claire Kirkland-Casgrain, pionnières en politique qui se sont levées pour la promotion de l'égalité sociale.

En 2015, la Ville de Montréal la désigne Bâtisseuse de la Cité[23].

Elle compte parmi les femmes célèbres du Plateau Mont-Royal car elle a vécu sur la rue Saint-Hubert à Montréal[24].

Citation[modifier | modifier le code]

  • « Permettre aux femmes de voter aux élections fédérales et municipales et leur refuser ce droit quand il s’agit d’une élection provinciale est une anomalie qui n’est pas à l’honneur de nos législateurs. » [25]

Publications[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

  • Idola Saint-Jean, Récitations enfantines choisies, Montréal, , 108 p. (lire en ligne).
  • Idola Saint-Jean, Morceaux à dire, Montréal, .
  • Idola Saint-Jean, Morceaux à dire, Montréal, éd. Granger, 1923 (réédition), 226 p. (lire en ligne).

Articles[modifier | modifier le code]

  • Défense de la femme qui travaille pour vivre, L'Autorité, , p.4.
  • L'esthétique féminine, La revue moderne, .
  • L'esthétique féminine, La revue moderne, .
  • Impressions de voyage dans la Nouvelle-Angleterre, La revue moderne, .
  • L'esthétique féminine, La revue moderne, .
  • La personnalité et l'étude, La Canadienne, .

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Acte de baptême no 478 de Marie-Yvonne-Rose-Idola Saint-Jean du registre des naissances de l'année 1879 de la Basilique Notre-Dame de Montréal », sur FamilySearch, (consulté le 7 mars 2019) - Note. Baptisée le 20 mai 1879 et née la veille. Parents : Edmond-Napoléon Saint-Jean et Marie-Emma-Alice-Elizabeth Lemoine.
  2. Marie Lavigne et Michèle Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise : biographie, Montréal, Boréal, (ISBN 978-2-7646-2500-2 et 2764625006, OCLC 1014124293), p. 17
  3. Lavigne et Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise: biographie, p. 21.
  4. Lavigne et Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise: biographie, p. 27.
  5. Lavigne et Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise: biographie, p. 28.
  6. Lavigne et Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise: biographie, p. 28-29.
  7. Lavigne et Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise: biographie, p. 48.
  8. Lavigne et Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise: biographie, p. 62.
  9. « Idola saint-Jean », sur encyclopediecanadienne.ca, (consulté le 8 mars 2017)
  10. « La longue marche vers le droit de vote », sur ici.radio-canada.ca, (consulté le 8 mars 2017)
  11. Lavigne et Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise: biographie, p. 155.
  12. Lavigne et Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise: biographie, p. 155-156.
  13. a et b Lavigne et Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise: biographie, p. 217.
  14. « Historique des circonscriptions – Saint-Denis », sur lop.parl.ca (consulté le 30 juillet 2017)
  15. « La loi accordant le droit de vote aux femmes », sur ameriquefrancaise.org (consulté le 8 mars 2017)
  16. Lavigne et Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise: biographie, p. 280.
  17. Lavigne et Stanton-Jean, Idola Saint-Jean, l'insoumise: biographie, p. 285.
  18. « Droit de vote et d'éligibilité des Québécoises », sur electionsquebec.qc.ca (consulté le 8 mars 2017)
  19. a et b Marie Lavigne, « Le 18 avril 1940 — L’adoption du droit de vote des femmes : le résultat d’un long combat », sur fondationlionelgroulx.org, (consulté le 8 décembre 2019)
  20. Caroline Montpetit, « Idola Saint-Jean, le parcours d’une battante », sur ledevoir.com, Le Devoir, (consulté le 8 décembre 2019)
  21. Lavigne, Marie,, Idola Saint-Jean, l'insoumise : biographie (ISBN 978-2-7646-2500-2 et 2764625006, OCLC 1014124293, lire en ligne)
  22. Répertoire des personnages inhumés au cimetière ayant marqué l'histoire de notre société, Montréal, Cimetière Notre-Dame-des-Neiges, 44 p.
  23. « Bâtisseuses de la Cité 2015 : Idola Saint-Jean », sur archivesdemontreal.com, (consulté le 8 mars 2017)
  24. « Femmes du Plateau », Bulletin de la Société d'histoire du Plateau Mont-Royal,‎ printemps 2015, vol. 10 no 1, p. 17
  25. Saint-Jean, Idola. « Pour le rôle des femmes » Le Devoir, 30 mars 1939, p.5.

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]