Jacques Ferron

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Jacques Ferron
Naissance
Louiseville, Drapeau du Canada Canada
Décès (à 64 ans)
Saint-Lambert
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Français
Genres

Œuvres principales

Contes du pays incertain (1962)
L'Amélanchier (1970)

Jacques Ferron (Louiseville - - Saint-Lambert - ) est un écrivain, dramaturge, médecin, journaliste et homme politique canadien (québécois). Au Québec, il est surtout connu pour son œuvre écrite, qui mêle politique, médecine et humour. Il a fondé et dirigé le Parti Rhinocéros.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jacques Ferron est né à Louiseville, dans le comte de Maskinongé qui deviendra un des hauts lieux de sa géographie intime et littéraire. Après la mort de sa mère, il vit surtout en compagnie de femmes, auprès des Filles de Jésus du Jardin de l'Enfance de Trois-Rivières. Il fait son cours classique au Collège Jean-de-Brébeuf où il apprécie l'enseignement du père Robert Bernier. Il se lie à Pierre Baillargeon, rencontre Pierre Laporte et Pierre Elliott Trudeau. À deux occasions, il sera expulsé de ce collège, dirigé par les Jésuites. « Moraliste précoce et précieux, timide, grand seigneur, aisément narquois », Ferron écrit déjà « admirablement bien », se rappelle Pierre Vadeboncœur[1].

À l'Université Laval, il devient médecin en 1945 : « Ce sera le médecin qui entretiendra l'écrivain. Je serai mon propre mécène[2]. » Enrôlé dans les Forces armées canadiennes, il reçoit sa formation militaire dans plusieurs bases du Canada. Finalement, il se retrouve au camp de Grande-Ligne, « partagé entre les prisonniers allemands et les Olds Vets qui les gardaient, neutre comme un bon Québécois[3]. »

À sa démobilisation, plutôt que d'exercer une carrière aisée à la ville, il s'installe pour deux ans à Rivière-Madeleine en Gaspésie. En 1949, il s'établit près de Montréal, à Ville Jacques-Cartier (municipalité annexée à Longueuil depuis), où il est consterné par la situation linguistique et par la détérioration du français qui se décompose au contact de l'anglais. Bien que sa pratique se déroulera par la suite principalement en banlieue de Montréal, la Gaspésie occupe une place de choix au sein de son œuvre.

Dans les années qui suivent, le militant pacifiste sympathise avec les idées socialistes, rencontre les opposants au régime duplessiste et les futures têtes d'affiche du mouvement indépendantiste. Par l'intermédiaire de sa sœur Marcelle Ferron, il connaîtra aussi le groupe des Automatistes de Paul-Émile Borduas.

Ses historiettes et ses lettres aux journaux se multiplient, mêlant politique, histoire et littérature. Entre les petites gens qui visitent le médecin et la vie publique de l'écrivain militant, une œuvre prend forme lentement.

Les contes qui ont fait sa réputation sont écrits durant la période de réveil, de transition qui couvrent la fin des années 1950 (Contes du pays incertain), le milieu des années 1960 (contes anglais) jusqu'au début des années 1970 (contes inédits), et montrent bien que Ferron fut « le dernier d'une tradition orale, et le premier de la transcription écrite[4]. »

Écriture prolifique, grandes œuvres, genres multiples, critiques favorables, prix littéraires, les années 1960 reconnaissent et consacrent l'écrivain. Mais entre l'auteur du Ciel de Québec et le futur négociateur et démystificateur de la crise d'Octobre québécoise, entre l'écrivain et l'homme public, fondateur et chef du Parti Rhinocéros, il y a une sorte de malentendu : « Ah ! vous nous faites rire, fait-il dire à ses lecteurs, et parce qu'ils riaient, j'ai eu droit à un laissez-passer d'humoriste. Je m'en suis beaucoup servi pour aller à ma guise[5]. »

Risque et ambiguïté de l'engagement, bien sûr, mais aussi de l'ironie ferronienne avec laquelle il imagina son « pays incertain ». Paradoxe d'autant plus significatif que cette reconnaissance quasi unanime survient au moment où, après deux contrats professionnels dans des hôpitaux psychiatriques et une crise personnelle assez grave, il comprit « que la politique était secondaire et que primait le rapport du moi et des autres. » (ibid.)

À partir de 1973, Ferron se consacre à un grand livre sur la folie, le Pas de Gamelin, jamais complété, d'où sortiront ses derniers livres et des « contes d'adieu ». On y retrouve la maîtrise du faiseur de contes et l'incertitude emblématique du mécréant: « Aurais-je vécu dans l'obsession d'un pays perdu? Alors, Seigneur, je te le dis: que le Diable m'emporte[6]. »

Il est le frère de l'écrivaine Madeleine Ferron (1922-2010), du médecin et humaniste Paul Ferron (1926-) et de la peintre Marcelle Ferron (1924-2001)[7],[8]. Il est aussi le neveu du député J.-Émile_Ferron.

Ferron est mort d'un arrêt cardiaque[9] en 1985 à son domicile de Saint-Lambert, Québec, alors âgé de 64 ans.

Le fonds d'archives de Jacques Ferron est conservé au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec[10].

Distinctions[modifier | modifier le code]

Œuvre[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

  • La Barbe de François Hertel, Montréal, Éditions d'Orphée, 1951 ; réédition, Montréal, VLB éditeur, 1981
  • Cotnoir, Montréal, Éditions d'Orphée, 1962 ; réédition avec La Barbe de François Hertel, Montréal, Éditions du Jour, collection « Les Romancier du Jour », 1970 ; réédition uniquement de Cotnoir, Montréal, VLB éditeur, 1981 ; réédition, Montréal, Typo no 156, 2001
  • La Nuit, Montréal, Éditions Parti pris, 1965
  • Papa Boss, Montréal, Éditions Parti pris, 1966 ; réédition dans une version refondue et suivi de La Créance, Montréal, L'Hexagone, Typo no 52, 1990
  • La Charrette, Montréal, Éditions HMH, collection « L'Arbre », 1968 ; réédition, Montréal, Bibliothèque québécoise, 1994
  • Le Ciel de Québec, Montréal, Éditions du Jour, collection « Les Romancier du Jour », 1969 ; réédition, Montréal, VLB éditeur, 1980 ; réédition, Outremont, Lanctôt, 1999 ; réédition, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2009
  • Le Salut de l'Irlande, Montréal, Éditions du Jour, collection « Les Romancier du Jour », 1970 ; réédition, Outremont, Lanctôt, Petite collection Lanctôt no 6, 1997
  • L'Amélanchier, Montréal, Éditions du Jour, collection « Les Romancier du Jour », 1970 ; réédition, Paris, Robert Laffont, 1973 ; réédition, Montréal, VLB éditeur, collection « Courant », 1986 ; réédition, Montréal, L'Hexagone, Typo no 72, 1992
  • Les Roses sauvages, petit roman suivi d'une lettre d'amour soigneusement présentée, Montréal, Éditions du Jour, collection « Les Romancier du Jour », 1971 ; réédition, Outremont, VLB, « Courant », 1990 ; réédition, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2008
  • La Chaise du maréchal ferrant, Montréal, Éditions du Jour, collection « Les Romancier du Jour », 1972 ; réédition, Montréal, Bibliothèque québécoise, 2010
  • Le Saint-Élias, Montréal, Éditions du Jour, collection « Les Romancier du Jour », 1972 ; réédition, Montréal, L'Hexagone, Typo no 76, 1993
  • Les Confitures de coings (nouvelle version corrigée La Nuit, précédée d'une nouvelle version refondue de Papa Boss), Montréal, Éditions Parti pris, 1972 ; réédition seule de Les Confitures de coings, Montréal, L'Hexagone, Typo no 49, 1990
  • Du fond de mon arrière-cuisine, Montréal, Éditions du Jour, 1973
  • Rosaire, précédé de L'exécution de Maski, Montréal, VLB éditeur, 1981 ; réédition, Outremont, Lanctôt, Petite collection Lanctôt no 23, 2003

Recueils de contes[modifier | modifier le code]

  • Contes du pays incertain, Montréal, Éditions d'Orphée, 1962
  • Contes anglais et autres, Montréal, Éditions d'Orphée, 1964
  • Contes, édition intégrale des deux volumes de contes ci-dessus, Montréal, HMH, collection « L'Arbre », 1968
  • Contes, édition précédente enrichie de contes inédits, Montréal, HMH, « L'Arbre », 1985 ; réédition, Montréal, Bibliothèque québécoise, 1993 ; réédition universitaire, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, Bibliothèque du Nouveau Monde, 1998

Pièces de théâtre[modifier | modifier le code]

  • Les Rats, 1948 ; réédition dans Jacques Ferron - autour des commencements, édition de Brigitte Faivre-Duboz, Outremont, Lanctôt, 2000
  • L'Ogre, 1949
  • La Mort de monsieur Borduas, 1949
  • Le Dodu ou le prix du bonheur, 1950
  • Tante Élise ou le prix de l'amour, 1956
  • Le Cheval de Don Juan, 1957
  • Les Grands Soleils, 1958
  • Cazou, 1963
  • La Tête du roi, 1963
  • Le Don Juan chrétien, 1975
  • Le Permis de dramaturge, 1975
  • L'Impromptu des deux chiens, 1975
  • Théâtre, 2 vol., Montréal, Librairie Déom, 1968 et 1975
  • Théâtre I, Montréal, L'Hexagone, Typo no 47, 1990 (Le second tome n'est jamais paru)

Autres publications[modifier | modifier le code]

  • Historiettes, Montréal, Éditions du Jour, collection « Les Romancier du Jour », 1969
  • Escarmouches, Montréal, Leméac, 1975 ; réédition, Montréal, Bibliothèque québécoise, 1998
  • Gaspé-Mattempa, Trois-Rivières, Éditions du Bien public, 1980
  • Lettres aux journaux, Montréal, ULB, 1985
  • La Conférence inachevée, suivi de Le Pas de Gamelin et autres récits, Montréal, VLB éditeur, 1987 ; réédition, Outremont, Lanctôt, Petite collection Lanctôt no 8, 1998
  • Le Désarroi, correspondance entre Julien Bigras et Jacques Ferron, Montréal, VLB éditeur, 1988
  • Une amitié particulière, correspondance entre John Grube et Jacques Ferron, Montréal, Boréal, 1990
  • Par la porte d'en arrière, entretiens entre Jacques Ferron et Pierre L'Hérault, Outremont, Lanctôt, 1997
  • Papiers intimes - fragments d'un roman familial, Outremont, Lanctôt, 1997
  • Laisse courir ta plume..., correspondance entre Jacques Ferron et ses sœurs, Outrement, Lanctôt, 1998
  • Textes épars, Outremont, Lanctôt, 2000
  • Vous blaguez sûrement... - correspondance 1976-1984, entre Jacques Ferron et François Hébert, Outremont, Lanctôt, 2000
  • Jacques Ferron, éminence de la grande corne du Parti Rhinocéros, textes politiques des années 1964, 1972 et 1974, Outremont, Lanctôt, 2003
  • Tenir boutique - correspondance 1941-1965, Outremont, Lanctôt, 2004
  • Nous ferons nos comptes plus tard - correspondance 1962-1983, Outremont, Lanctôt, 2004
  • Vautour haché, suivi de la, Petite histoire du Mont-Providence pour le profit de la Révérende Renée Dansereau, sa nouvelle supérieure, Notre-Dame-des-Neiges, Éditions Trois-Pistoles, 2006
  • Chroniques littéraires, 1961-1981, Outremont, Lanctôt, 2006
  • La Charrette des mots, Notre-Dame-des-Neiges, Éditions Trois-Pistoles, 2006

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Vadeboncœur, « Dix lettres de Jacques Ferron » in Études littéraires, p. 105
  2. Gaspé-Mattempa, p 43
  3. ibid., p. 10
  4. Le Mythe d'Antée in Escarmouches, vol. 2, p. 34
  5. (Faiseur de contes, ibid., p. 29)
  6. Jacques Ferron, « Les Deux Lys » in Conférence inachevée, p. 222
  7. Le Devoir. Décès du Dr Paul Ferron. Le 22 août 2007.
  8. Gauvreau, Luc. Décès du médecin Paul Ferron (1926-2007). Le 20 août 2007.
  9. http://archives.radio-canada.ca/arts_culture/litterature/dossiers/1636-11280/
  10. Fonds Jacques Ferron (MSS424) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ).

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Reproduction autorisée par l'auteur
  • Betty Bednarski, Lire une littérature, Québec : Université Laval, 1986, 135 p. (thèse de doctorat en études littéraires)
  • Yves Taschereau, Le médecin et la médecine dans l'œuvre de Jacques Ferron. Mémoire de maîtrise, Université de Montréal, 1974.
  • Yves Taschereau, Le Portuna: la médecine dans l'œuvre de Jacques Ferron. Éditions L'Aurore, 1975.
  • Yves Taschereau, Jacques Ferron, qui êtes-vous? (moyen métrage), 1976. « Collection cinémathèque »
  • Michel Biron, « Jacques Ferron : la fête de la littérature » in L’absence du maître : Saint-Denys Garneau, Ferron, Ducharme, Montréal, Les Presses de l’Université de Montréal, 2000, p. 99-182.
  • Pierre Cantin, Jacques Ferron polygraphe. Essai de bibliographie suivi d'une chronologie, Bellarmin, 1984, 548 p.
  • Isabelle Lemire, L’évolution de la figure du lecteur dans Le ciel de Québec de Jacques Ferron. Étude sociopoétique, mémoire de maîtrise en études littéraires, Québec, Université Laval, 1999, 188 f.
  • François Ouellet, Grandeurs et misères de l'écrivain national. Victor-Lévy Beaulieu et Jacques Ferron, Montréal, Nota Bene, 2014.

Liens externes[modifier | modifier le code]