Walthère Frère-Orban

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Walthère Frère-Orban
Walthère Frère-Orban
Walthère Frère-Orban
Fonctions
14e et 18e chef de cabinet belge
3 janvier 18682 juillet 1870
Monarque Léopold II
Gouvernement Frère-Orban I
Coalition Libéral
Prédécesseur Charles Rogier
Successeur Jules d'Anethan
19 juin 187816 juin 1884
Monarque Léopold II
Gouvernement Frère-Orban II
Coalition Libéral
Prédécesseur Jules Malou
Successeur Jules Malou
Biographie
Date de naissance 24 avril 1812
Lieu de naissance Liège, Drapeau de l'Empire français Empire français
Date de décès 1er janvier 1896 (à 83 ans)
Lieu de décès Bruxelles, Drapeau de la Belgique Belgique
Nationalité belge
Parti politique Parti libéral
Résidence 16, rue de la Loi

Walthère Frère-Orban
Chefs de cabinet belges

Hubert Joseph Walthère Frère, dit Frère-Orban est né à Liège le 24 avril 1812 et est décédé le 2 janvier 1896 à Bruxelles. Docteur en droit, avocat à la Cour d'appel et à la Commission des hospices civils de Liège, cet homme politique libéral belge a marqué de son empreinte le premier demi-siècle d'indépendance belge. Il put se consacrer à la vie politique grâce à la fortune de sa femme, Claire-Hélène Orban (1815-1890), riche héritière d'Henri Orban-Rossius.

Fondateur du parti libéral en 1846 dont il restera président jusqu'à sa mort, il fut ministre des finances de 1848 à 1852 et de 1857 à 1870, et Premier ministre à deux reprises, la première de 1868 à 1870 et la seconde de 1878 à 1884. Conseiller communal dès 1840, puis député de Liège dès 1847, il resta à ce poste jusqu'en 1894.

Libéral doctrinaire[modifier | modifier le code]

Distant, peu populaire et pourtant doué d’un évident charisme, Frère-Orban est un autocrate dans l’âme. Leader des libéraux doctrinaires, il s'opposa aux progressistes, représentés par Paul Janson, favorables au suffrage universel.

Pour lui, le suffrage universel ferait passer « le pouvoir politique aux mains des moins capables et des plus ignorants », aux « manouvriers et valets de fermes[1] ». Lors du premier Congrès du parti libéral en 1846, il se prononçait également contre l’abaissement du cens au minimum fixé par la Constitution pour être électeur (20 florins), en déclarant que « vous aurez, à 20 florins, non pas des électeurs, mais des serviteurs, des gens soumis à la domination d'autrui, des hommes qui n'auront ni assez de lumière, ni assez d'indépendance, pour résister aux influences dont ils seront entourés ». Protestant et anticlérical, il œuvre sans relâche pour l’indépendance du pouvoir civil qui se traduit d’abord par la laïcisation de l’instruction publique[2]. Il n’est pas loin de voir dans toute réglementation une entrave à la liberté.

Ministre des Finances visionnaire[modifier | modifier le code]

Walthère Frère vers 1860.

Dans le cabinet de Charles Rogier formé en 1847, il occupe d'abord le poste de ministre des Travaux publics. À ce poste il décide en 1848 d'une réduction des tarifs postaux. Le gouvernement doit alors faire face aux conséquences de la révolution française de 1848 dont les répercussions se font sentir jusqu'en Belgique. Craignant une invasion française imminente, les épargnants retirent massivement leur dépôt auprès de la Société générale de Belgique et de la Banque de Belgique. Celles-ci font face à une sévère crise de liquidités, leurs avoirs étant immobilisés dans l'industrie. Le gouvernement prend alors des mesures pour éviter la faillite. Il fait émettre des billets de banque garantis par l'État à un cours forcé pour éviter la dévaluation. Le ministre des Finances, Veydt, s'oppose à certaines mesures du gouvernement pour gérer la crise (notamment l'augmentation du port des lettres) et il remet sa démission le 28 mai 1848.

Frère-Orban est chargé ad interim du portefeuille des Finances. N.J. Delfosse ayant refusé de reprendre le ministère, Frère-Orban fut nommé officiellement Ministre des Finances le 18 juillet 1848. Celui-ci propose en 1850 la création de la Banque nationale de Belgique, dotée du monopole de l'émission de la monnaie et la fixation du taux de réescompte. Il crée aussi une caisse de retraite pour les ouvriers, qui connaît un succès mitigé.

Pour sortir de la crise structurelle qui touche les campagnes flamandes et condamne la population à la misère, le gouvernement libéral de Charles Rogier prend des mesures qui ont un impact budgétaire important, comme le lancement de grands travaux d'infrastructure (canaux, chemins de fer, routes). De nouveaux impôts sont votés. Frère-Orban propose en 1851 d'imposer aussi les successions en ligne directe. Depuis 1817 en effet, seules les successions entre collatéraux sont taxées. Cette proposition suscite une opposition virulente des classes possédantes dont le ministre est pourtant issu et provoque la chute du gouvernement libéral aux élections législatives de 1852. En 1855, il décide d'une réduction des tarifs du télégraphe.

Une nouvelle fois responsable des finances à partir de 1857 sous le second gouvernement de Charles Rogier, Walthère Frère-Orban met en place une série de mesures fiscales destinées à supprimer les entraves à la circulation des marchandises :

  • 1858 et 1865 : suppression des taxes à l'exportation;
  • 1860 : suppression de l'octroi, taxe qui frappait les marchandises à l'entrée des grandes villes;
  • 1863 : rachat aux Néerlandais du péage sur l'Escaut, au plus grand profit du port d'Anvers.

Pour dynamiser le crédit, il encourage également la création de nouvelles banques, comme le Crédit communal de Belgique (1860) et la Caisse générale d'épargne et de retraite (1865).

Ce bilan éclatant lui vaut une aura particulière auprès de la bourgeoisie commerçante et industrielle qui profite largement des mesures qu'il prend. Il fut nommé Ministre d’État en 1861.

Les divergences de vues de Frère-Orban et de Rogier en termes de politique étrangère provoquèrent la retraite de ce dernier en 1868. Frère-Orban devint le chef du cabinet libéral. Déjouant les plans expansionnistes de Napoléon III par la compagnie des chemins de fer de l'Est français, Frère-Orban fit voter en 1869 un loi interdisant la vente de lignes de chemin de fer sans l’autorisation du gouvernement. Vaincu aux élections de 1870, Frère-Orban démissionna et retrouva son siège à la Chambre. Pendant huit ans, il fut le chef de l'opposition libérale.

Un dernier ministère chahuté[modifier | modifier le code]

Ayant réussi à concilier les doctrinaires et les radicaux de son parti autour de l'anticléricalisme, il remporta une victoire électorale en 1878. Le gouvernement qu'il forma par la suite (dont étaient membre Jules Bara, Pierre Van Humbeeck, Charles Graux) mena une politique violemment anticléricale, qui mena à la première guerre scolaire (vote en 1879 de la « loi de malheur » sur l'enseignement primaire). En 1879, il fit voter un important budget pour doter les deux universités d'État (l'Université de Liège et l'Université de Gand) de moyens dignes de leur ambition. Ministre des Affaires Étrangères, Frère-Orban supprima en juin 1880 la légation belge auprès du Saint-Siège, à la suite de longues négociations avec Rome qui échouèrent. Frère pensait que cette représentation n'avait plus lieu d'être depuis la disparition des États Pontificaux. Il était par ailleurs irrité par l'attitude des évêques et du Saint-Siège par rapport à la loi de 1879.

En Août 1883, Frère-Orban introduisit le vote des capacitaires pour les élections communales et provinciales. Cette loi sur le suffrage capacitaire augmenta quelque peu le nombre d'électeurs, mais elle maintenait néanmoins le suffrage censitaire, ce qui amena une véritable discorde entre doctrinaires et radicaux au sein du parti libéral.

La politique anticléricale du gouvernement et la division de plus en plus profonde du parti libéral finirent cependant par mécontenter l'opinion publique et les libéraux connurent une importante défaite électorale en 1884. Frère-Orban démissionna et les catholiques devaient obtenir une majorité absolue qu'ils conserveront jusqu'à la Première Guerre mondiale.

Retourné dans l'opposition, Frère-Orban continua à participer activement au travail parlementaire, notamment sur la question militaire et la révision de la Constitution en 1892. Arrivé seul de la liste libérale au ballotage lors des élections d'octobre 1894, il ne fut pas réélu, refusant catégoriquement le soutien des catholiques contre les progressistes et les socialistes. Affaibli par la maladie, il mourut le 2 janvier 1896. Frère-Orban repose dans sa ville natale, Liège, au cimetière de Robermont.

Honneurs[modifier | modifier le code]

Référence[modifier | modifier le code]

  1. Pascal Delwit, La vie politique en Belgique de 1830 à nos jours, Bruxelles, Éditions de l'Université de Bruxelles, 2010, p. 61.
  2. L. Portugaels, La présence protestante à Liège, 17 janvier 2005, Gazette de Liège, LaLibre.be

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jules Garsou, Frère-Orban, La Renaissance du Livre (Bruxelles), 1945.
  • Jules Garsou, Frère-Orban de 1857 à 1896, vol. I 1857-1878, L'Avenir (Bruxelles), 1946.
  • Henry Van Leynseele et Jules Garsou, Frère-Orban de 1857 à 1896, vol. II 1878-1896, La Renaissance du Livre (Bruxelles), 1954.
  • Paul Hymans, Frère-Orban 1812-1857, Lebègue & Cie (Bruxelles), 1905-1910 (2 vol.).
  • Nadine Lubeski-Bernard, Léopold II et le Cabinet Frère-Orban (1878-1884). Correspondance entre le roi et ses ministres, Nauwelaerts (Leuven), 1983 (2 vol.).

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Lien externe[modifier | modifier le code]