Al Idrissi

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Le monde d'al-Idrīsī orienté sud/nord

Al Idrissi ou Al-Idrīsī ou Edrisi ou encore Charif Al Idrissi, de son nom complet Abu Abdallah Muhammad Ibn Muhammad Ibn Abdallah Ibn Idriss al-Qurtubi al-Hassani (arabe : أبو عبد الله محمد ابن محمد ابن عبد الله ابن ادريس القرطبي الحسني), connu aussi sous le nom latin de Dreses et dit l'Arabe de Nubie[1], est un géographe et botaniste, né à Sebta, l'actuel Ceuta, vers 1100. Il a grandi à Cordoue sous l'empire Almoravide [2], et serait mort vers 1165 en Sicile.

Il doit sa renommée à la rédaction d'un ouvrage de géographie descriptive intitulé Kitâb Nuzhat al Mushtâq - « Livre de divertissement pour celui qui désire parcourir le monde »[3] ou Kitâb Rudjâr - Le « Livre de Roger ». Ce livre fut rédigé à la demande de Roger II, roi normand de Sicile, pour illustrer et commenter un grand planisphère en argent construit par Al-Idrīsī, qui est probablement mort en Sicile, à cause d'une probable interdiction de revenir dans sa ville natale où il était considéré comme un renégat au service d'un roi chrétien comme Roger II.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine[modifier | modifier le code]

On connaît peu de choses sur la vie d'Al-Idrīsī. Il serait né à Sebta, qui faisait à l'époque partie de l'empire des Almoravides, vers 1100, dans une famille noble d'Al-Andalous, pays où il semble avoir étudié à Cordoue, ville califale (d'où le nom Qurtubi). Sa famille provenait certainement de Malaga, dominée par la dynastie des Driss. Il aurait voyagé au Maghreb, en péninsule Ibérique, et peut-être même en Asie mineure, rapportant de ses voyages des notes sur la géographie et la flore des régions visitées. On connaît mal les circonstances de sa venue en Sicile où il arrive à Palerme en 1138. Le roi normand Roger II de Sicile l'aurait appelé à sa cour pour y réaliser un grand planisphère en argent et surtout pour écrire le commentaire géographique correspondant, le « Livre du divertissement de celui qui désire parcourir le monde ». Ce travail lui prendra 18 années de sa vie. On perd sa trace en 1158, après qu'il eut effectué ce travail. Les historiens situent la date de sa mort entre 1164 et 1180. Le peu de renseignements sur ce savant du Moyen Âge, réside peut-être, d'après l'historien Francisco Pons-Boigues, dans le fait que les biographes arabes ont considéré Al-Idrīsī comme un renégat, au service d'un roi chrétien.

Son nom complet tel que rapporté par la littérature arabe, Abu Abdallah Muhammad ibn Muhammad ibn Abdallah ibn Idriss ibn Yahya ibn Ali ibn Hammud ibn Maymun ibn Ahmad ibn Ali ibn Obeid-Allah ibn Omar ibn Idriss ibn Idriss ibn Abdallah ibn Hassan ibn Hassan ibn Ali ibn Abi-Talib [4], indique une ascendance chérifienne par le biais des Idrissides et des Hammudites. Le laqab al-Qurtubi[5] désigne une origine cordouane.

Le géographe[modifier | modifier le code]

L'inspiration principale d'Al-Idrisi est venue de deux géographes de l'ère pré-islamique: Orose, un voyageur espagnol dont l’« Histoire », écrite au Ve siècle, comprend un volume de géographie descriptive, et Ptolémée, le plus grand des géographes classiques, dont la « Géographie », écrite au IIe siècle, a été complètement perdue pour l'Europe, mais a été préservée dans le monde musulman dans une traduction en arabe. Il semble aussi avoir subi l'influence de son compatriote, l'astronome hispano-musulman Azarchel, qui a corrigé les données géographiques de Ptolémée concernant la région ouest de la Méditerranée.

Lorsqu'il arriva à Palerme en 1139, il se lança sous l'égide de Roger II de Sicile dans la constitution d'un planisphère et d'un commentaire associé -le Livre du divertissement de celui qui désire découvrir le monde (Kitāb nuzhat al-mushtāq fī ikhtirāq al-āfāq)- plus communément connu sous l'appellation de Livre de Roger, qui constitue l'un des meilleurs ouvrages de cartographie médiévale. Il a profité de la situation de la Sicile comme île stratégique de la Méditerranée, interrogeant les équipages de tous les navires touchant les ports du royaume sicilien.

Le Livre de Roger comprend une description de la Sicile, de l'Italie, de sa patrie l'Espagne, de l'Europe du Nord et de l'Afrique, ainsi que de Byzance : c'est une description résolument universaliste qui comprend aussi bien la géographie physique que les activités humaines. Sa connaissance du Niger, du Soudan et du Nil est remarquable pour son époque. L'ouvrage a bénéficié de la situation particulière du royaume normand de Sicile au XIIe siècle et du syncrétisme entre civilisations byzantine, normande et arabe qui le caractérisait.

Pour réaliser cet ouvrage, al-Idrīsī s'est appuyé sur les résultats de ses propres voyages mais aussi sur les observations qu'il commandait à d'autres voyageurs. Les cours d'eau et lacs d'eau douce sont représentés en vert, tandis que les mers sont en bleu[6].

Il semble que la première version de l'ouvrage date de 1157. On n'en possédait qu'un abrégé, publié pour la première fois en arabe à Rome en 1592, et traduit en latin sous le titre de Geographia Nubiensis, par Gabriel Sionite, Paris, 1619. Pierre Amédée Jaubert, interprète militaire, en retrouva en 1829 un manuscrit complet à la Bibliothèque nationale de France et en publia la traduction en français, Paris, 1837-1839, 2 volumes in-4, avec notes. C'est la seule traduction complète du Livre de Roger : elle est considérée comme peu fiable en raison des manuscrits de seconde main qu'elle utilise. Une nouvelle édition ne corrige que partiellement ces erreurs.

Plus tard, al-Idrīsī a mis au point une autre encyclopédie géographique, plus complète encore, que l'auteur a intitulée Rawd-Unnas wa-Nuzhat al-Nafs (Plaisir des hommes et joie de l'âme), livre également connu comme Kitab al-Mamalik wa al-Masalik (Livre des royaumes et des routes).

Al-Idrisi a soutenu la théorie de la sphéricité de la Terre et bien que ses cartes aient la forme d'un disque, il a expliqué que le disque symbolisait uniquement la manière du monde : « La terre est ronde comme une sphère, et l'eau s'y tient et y reste par le biais de l'équilibre naturel qui ne subit pas de changement ». Comme il l'a suggéré par ses observations, al-Idrisi pense que le monde est rond, n'étant pas le seul à insister sur ce fait : contrairement à l'idée fausse selon laquelle tout le monde croyait jusqu'à Christophe Colomb, que la Terre était plate, de nombreux chercheurs et astronomes pensaient que la Terre était une planète au moins depuis le Ve siècle av. J.-C..

Livre de Roger, carte avec points cardinaux inversés (nord au sud et vice versa), réalisée pour Roger II de Sicile en 1154.

Le botaniste[modifier | modifier le code]

En matière de plantes médicinales, son Kitab al-Jami-li-Sifat Ashtat al-Nabatat (Livre rassemblant les descriptions fragmentaires des plantes) témoigne de ses connaissances approfondies en botanique. Il a étudié et a examiné la littérature disponible en son temps sur le sujet des plantes médicinales et a fait progresser les connaissances en la matière depuis les Grecs anciens. Un grand nombre de nouvelles plantes, des drogues avec leur évaluation médicale, a ainsi été donné aux médecins. Il a donné les noms des drogues dans six langues : syriaque, grec, persan, hindi, latin et berbère.

À côté de la botanique et la géographie, al-Idrīsī a aussi écrit sur la faune, la zoologie et les aspects thérapeutiques. Son œuvre écrite en arabe a été traduite rapidement en latin. Ses livres sur la géographie sont restés populaires plusieurs siècles en Orient et en Occident, et sont considérés comme la base de la géographie moderne.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Édition du texte arabe 
  • أبو عبد الله محمد بن محمد بن عبد الله بن ادريس الادريسي [Abū ʿAbd Allāh Muḥammad bin Muḥammad bin ʿAbd Allāh bin Idrīs al-Idrīsī], نزهة المشتاق في اختراق الآفاق [Nuzhat al-mushtaq fî ikhirâq al-âfâq], éd. complète par A. Bombaci, Naples et Rome, 1970-1984, 9 vol.
Traductions et éditions partielles 
  • Al-Idrīsī, Le Magrib au XIIe siècle, trad. par M. Hadj-Sadok, Paris, 1983 (chapitres sur le Maghreb).
  • Al-Idrīsī (trad. Reinhart Pieter Anne Dozy, Michael Jan de Goeje), Description de l'Afrique et de l'Espagne, Leyde, Brill,‎ 1866 (lire en ligne) ; repr. 1968 (trad. en ligne) ; publ. avec une nouv. éd. du texte arabe par Fuat Sezgin, Francfurt am Main, 1992 (Mathematical geography and cartography, 16).
  • Al-Idrīsī, Livre de la récréation de l’homme désireux de connaître les pays, trad. complète par Pierre Amédée Jaubert, Paris, 1836-1840, 2 vol. ; rééd. sous le titre de La première géographie de l'Occident, par Henri Bresc et Annliese Nef, Paris, 1999 (ISBN 978-2-08-071069-7) (avec une mise à jour des chapitres sur l’Occident).

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • C. El Briga, « Idrisi », Encyclopédie berbère, vol.24, Edisud, 2001, p. 3636-3637 (lire en ligne)
  • Une exploration du livre de Roger à la BNF

Références[modifier | modifier le code]

  1. Duckett, M. W. Dictionnaire de conversation à l'usage des dames et des jeunes personnes, Volume 4. Paris: Langlois et Leclercq, Éditeurs, 1844, p.326.
  2. Britannica.com
  3. Neuf fascicules édités par A. Bombaci, à Naples, ed. Istituto Universitario Orientale
  4. Salah ed-Dine Khalil ibn Aybak as-Safdi, Al-Wafi bi'l-Wafyat,‎ XIVe siècle
  5. Idrîsî (trad. chevalier Pierre-Amédée-Émilien Probe Jaubert, revue par Annliese Nef, préf. Henri Bresc et Annliese Nef), Idrîsî, La première géographie de l’Occident, GF Flammarion,‎ 1999 (ISBN 2-08-071069-9), p. 418
  6. « Les Hauteville - La géographie d'Al-Idrissi », Qantara, Institut du monde arabe