Ferdinand II d'Aragon

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Ferdinand II
Ferdinand le Catholique
Ferdinand le Catholique
Titre
Roi de Castille, de León, de Galice, de Tolède, de Séville, de Cordoue et de Murcie
13 décembre 147426 novembre 1504
(29 ans, 11 mois et 13 jours)
En tandem avec Isabelle Ire (1474-1504)
Prédécesseur Henri IV
Successeur Jeanne Ire et Philippe Ier
Roi d'Aragon, de Majorque,
de Valence, de Sardaigne et de Sicile
20 janvier 147923 janvier 1516
(37 ans, 0 mois et 3 jours)
Prédécesseur Jean II
Successeur Jeanne Ire et Charles Ier
Roi de Naples
29 décembre 150323 janvier 1516
(12 ans, 0 mois et 25 jours)
Prédécesseur Louis IV
Successeur Jeanne III et Charles IV
Roi de Navarre
151223 janvier 1516
Prédécesseur Catherine Ire
Successeur Couronne d'Aragon
Biographie
Dynastie Maison de Trastamare
Date de naissance 10 mai 1452
Lieu de naissance Sos, Saragosse (Aragon)
Date de décès 23 janvier 1516 (à 63 ans)
Lieu de décès Madrigalejo, Cáceres (Castille)
Père Jean II d'Aragon
Mère Jeanne Enríquez
Conjoint Isabelle Ire de Castille
(1469-1504)
Germaine de Foix
(1505-1516)
Enfant(s) Isabelle d'Aragon
Jean d'Aragon
Jeanne Red crown.png
Marie d'Aragon
Catherine d'Aragon
Pierre d'Aragon

Ferdinand II d'Aragon
Monarques d'Espagne

Ferdinand II d'Aragon (en castillan : Fernando II ; en catalan : Ferran II), dit Ferdinand le Catholique, né le 10 mai 1452 à Sos (aujourd'hui Sos del Rey Católico) et mort le 23 janvier 1516 à Madrigalejo, est roi de Castille et León de 1474 à 1504 (par mariage, sous le nom de Ferdinand V), roi d'Aragon, de Valence, de Majorque, de Sardaigne et de Sicile et comte de Barcelone de 1479 à 1516 (de son propre chef), comte de Roussillon et de Cerdagne de 1493 à 1516, et enfin roi de Naples en 1503.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse et mariage[modifier | modifier le code]

Fils du roi Jean II d'Aragon (1398-1479) et de sa seconde épouse Jeanne Enríquez (1425-1468), Ferdinand hérite des possessions de la couronne d'Aragon à la mort de son demi-frère Charles d'Aragon, le prince de Viane, en 1461.

Le 14 octobre 1469, il épouse secrètement la future Isabelle Ire de Castille (1451-1504). En effet, le roi de Castille et demi-frère d'Isabelle est opposé à cette union. Les promis, qui sont parents, n'ont pas obtenu la dispense papale nécessaire et sont obligés de produire un faux. Ce mariage politique s'avère heureux, malgré les infidélités de Ferdinand qu'Isabelle tolère. Contrairement aux mariages princiers de cette époque, Isabelle et Ferdinand passent beaucoup de temps ensemble.

Ferdinand mène avec elle une guerre civile visant à déposséder la nièce de cette dernière, Jeanne la Beltraneja (1462-1530), fille du défunt roi Henri IV mais dont la légitimité est contestée. Les contemporains pensent en effet que le roi était impuissant et que Jeanne est la fille illégitime de son favori, Beltran de la Cueva (d'où son nom). Le génie politique de Ferdinand et Isabelle fut capable de transformer[1],[2] la bataille indécise de Toro (1476)[3] en victoire politique[4],[5] garantissant le trône de Castille à Isabelle au détriment de Jeanne qui est enfermée dans un couvent.

Union des royaumes d'Aragon et de Castille[modifier | modifier le code]

Les rois catholiques.

En 1474, Isabelle monte sur le trône de Castille. Elle se proclame reine de Castille juste après les obsèques de son demi-frère, alors que Ferdinand est absent. Elle n'a pas jugé bon de le rappeler. Cette force de caractère et cet esprit d'indépendance ulcèrent le jeune homme. Un compromis est trouvé : Ferdinand est désigné roi de Castille mais c'est Isabelle qui exerce la réalité du pouvoir sur ses terres.

Cinq ans plus tard, à la mort de Jean II, Ferdinand accède à celui de la couronne d'Aragon. Les deux monarques règnent ensemble, même si les deux couronnes restent séparées. La concorde de Ségovie précise les droits respectifs des époux.

En 1479, il hérite donc des États de son père, et réunit ainsi sous son autorité presque toute l'Espagne.

Ferdinand et Isabelle mènent une politique religieuse coercitive en réorganisant en 1481 le Tribunal du Saint-Office de l'Inquisition et en décidant l'expulsion, en 1492, des Juifs non convertis vers l'Empire ottoman. Cette politique religieuse agressive est motivée par une piété sincère mais permet aux Rois Catholiques d'asseoir leur pouvoir (l'Inquisition relève de leur autorité et non de celle du pape) et remplit les caisses de l'Etat. En effet, l'Inquisition spolie les biens de tous ceux qu'elle emprisonne. Elle n'est abolie qu'en 1834.

En 1492 toujours, ils réalisent la conquête du royaume de Grenade (300 000 habitants), ce qui leur vaut de se voir décerner le titre de « Rois Catholiques » par le pape Alexandre VI, signant ainsi la fin de la Reconquista. Le 2 janvier, les clefs de Grenade, dernier bastion des Maures, sont officiellement remises aux Rois catholiques. La guerre a duré dix ans. Après cet acte qui clôt la Reconquista, ils peuvent préparer l'expansion espagnole par le soutien apporté aux expéditions de Christophe Colomb.

Ferdinand, alors même qu'il a reçu en 1493, par le Traité de Barcelone, les comtés de Roussillon et de Cerdagne de Charles VIII pour prix de sa non-intervention dans les guerres d'Italie, conquiert le royaume de Naples en 1504, dépossédant ainsi son cousin Frédéric.

La même année, à la mort d'Isabelle, Ferdinand devient le régent de la couronne de Castille au nom de sa fille Jeanne Ire de Castille, comme le prévoyait le testament d'Isabelle qui avait pressenti l'instabilité mentale de sa fille. Mais il se heurte à l'hostilité de la noblesse castillane qui lui substitue le mari de Jeanne, l'archiduc Philippe d'Autriche. Chacun essaie de profiter de la fragilité de Jeanne et de s'approprier le pouvoir. Son mari meurt en 1506. Des rumeurs circulent : le prince aurait été empoisonné après avoir bu un verre d'eau dans un contexte de forte chaleur et de fatigue (c'est un grand sportif). Ferdinand reprend alors les rênes de la Castille, cette fois-ci au nom de son petit-fils le futur Charles Quint.

Remarié en 1505 à Germaine de Foix, il annexe en son nom le Sud de la Navarre en 1512, où régnent les princes français Jean III d'Albret et Catherine de Foix-Béarn. La Haute-Navarre et une portion de la Basse-Navarre d'outre-Pyrénées tombent dans ses mains. Jean d'Albret tente vainement de reconquérir son royaume : une première en 1512 avec des renforts français et une seconde en 1516. Il meurt à cette date. Les tentatives de reconquête et de revendications ne cessent pourtant pas à sa mort : Henri II d'Albret (1503 - 1555) et sa fille Jeanne d'Albret (1528 - 1572) ne reconnaissent pas cette conquête. De sa seconde femme, il a un fils, mort-né.

Le jeu des alliances[modifier | modifier le code]

Ferdinand cherche par tous les moyens à isoler une France expansionniste. Voulant consolider son alliance avec l'empereur Maximilien Ier, il donne sa fille Jeanne à Philippe (1496), tandis que son fils Jean, l'héritier potentiel des deux couronnes, est marié à Marguerite d'Autriche (1497). Ferdinand rétablit également des liens avec le Portugal en donnant sa fille Isabelle, à l'infant Alphonse, qui disparaît rapidement. Sa veuve est promptement remariée au nouveau roi Manuel Ier. Isabelle meurt en couche en 1498, et son fils meurt en 1500. Ferdinand donne au roi Manuel sa dernière fille, Marie. Enfin Catherine épouse Arthur Tudor, héritier de la couronne d'Angleterre, puis, à la mort de celui-ci, son frère, le futur Henri VIII.

Cette politique d'unions se montre peu efficace. Jean, héritier des deux couronnes de Castille et d'Aragon, meurt sans descendance l'année même de son mariage. La nouvelle héritière, Jeanne, commence à donner des signes de défaillance mentale. Son époux est nommé roi mais disparaît en 1506 et Jeanne en perd définitivement la tête (d'où son surnom de Jeanne la Folle). Ferdinand est alors rappelé comme régent de Charles, son petit-fils, élevé dans le comté de Flandre.

Dans son ambition d'isoler la France, la politique de Ferdinand est à l'origine de l'arrivée de la maison autrichienne des Habsbourg sur le trône d'Espagne.

Après la mort d'Isabelle, Ferdinand tente en vain d'obtenir la main de La Beltraneja, veuve d'Alphonse V de Portugal, dans l'espoir de reconquérir le trône de Castille. Ferdinand se tourne alors vers une princesse française, Germaine de Foix, afin de contre-balancer la future position dominante des Habsbourg en Europe par un rapprochement avec la France.

Ce rapprochement ne peut avoir lieu, Ferdinand entrant en conflit avec le roi Louis XII lors de l'invasion puis du partage de la Navarre (1512).

Bilan[modifier | modifier le code]

Ferdinand élève l'Espagne au plus haut point de puissance, agrandit la puissance royale, abaisse la haute noblesse et rend aux lois toute leur force ; en outre, il mérite le surnom de Catholique par son ardeur à combattre les Infidèles ; mais on lui reproche sa versatilité et sa fourberie, qui lui valent aussi le surnom de Rusé : il se joue de la bonne foi de Charles VIII et de Louis XII, se montrant tantôt leur allié et tantôt leur ennemi. Il aurait inspiré Le Prince de Machiavel. Il est habilement secondé dans ses entreprises par son ministre, le cardinal Ximénès, et dans ses conquêtes par son général Gonzalve de Cordoue.

Le jeu compliqué et hasardeux des alliances matrimoniales a rassemblé les Espagnes de façon imprévue. À sa mort en 1516, Ferdinand laisse un empire immense mais fragile à son petit-fils Charles Quint, premier véritable roi des Espagnes. En effet, l'union de l'Aragon et de la Castille n'est que personnelle et à la mort des deux souverains tout est remis en question par la folie de leur héritière, Jeanne la Folle. Charles le Quint est trop jeune pour régner  : la vacance du pouvoir se fait sentir. Elle explique la conquête désordonnée des Antilles où de nombreux abus sont commis. Ferdinand avait en outre tenté de faire de son second petit-fils, Ferdinand, qu'il a élevé lui-même, roi d'Aragon mais les Cortès en ont décidé autrement. La naissance du fils de Germaine de Foix a aussi brièvement remis en question l'union des royaumes espagnols. Il faut souligner l'extraordinaire chance de Charles Quint qui a réuni toutes les couronnes et qui ne tient pas à un calcul politique.

Descendance[modifier | modifier le code]

De son union avec Isabelle, Ferdinand a cinq enfants :

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L’historien français Yves Renouard : « La bataille indécise de Toro (1476), que la propagande d’Isabelle transforma en victoire de ses armes, ruina à la fois les espoirs du roi de Portugal et ceux de l’Infanta Jeanne. » in Orestes Ferrara, L'avènement d'Isabelle la Catholique, Bulletin hispanique, volume 62, numéro 1, p.89, Faculté des Lettres de l’université de Bordeaux-III, 1960.
  2. L’historien français Philippe Erlanger : « Qui gagna [la bataille de Toro] ? Chacun se déclara vainqueur (…). Isabelle connaissait l'efficacité de la propagande. Elle fit aussitôt chanter le Te Deum en l'église Saint-Paul de Tordesillas, où elle se rendit pieds nus ; elle organisa des fêtes, proclama à travers les Espagnes la nouvelle de son triomphe, en sorte que tout le monde y croyait lorsque fut connue une vérité moins évidente. (…)Cette fausse manœuvre, et non le succès de leurs armes à Toro, donna leur royaume à Isabelle et Ferdinand. » in Isabelle la Catholique dame de fer in Historama, nr 40, 1er juin 1987.
  3. Heinrich Schaeffer : « [le prince portugais] Joao …, attaqua les six petites divisions des Castillans [l’aile droite Castillan]. (...) Ces derniers reçurent l’ennemi vaillamment; mais séparés en plusieurs corps, tandis que les escadrons du prince, la fleur de la noblesse Portugaise, formaient une masse compacte ..., ils ne purent longtemps résister à des charges impétueuses. Les Castillans commencèrent à fuir; beaucoup furent tués, quelques-uns blessés, le reste se refugie dans le corps oú se trouvait le Roi [Ferdinand, au centre]. (...) [Dans le centre commandée par Afonso V, et aussi dans l’aile droite portugaise] ... s'engagea une lutte sanglante et acharnée; ... les Portugais furent mis en désordre ... Les deux rois avaient quitté le champ de bataille avant que l’action fût décidée ... Affonso, voyant tomber la bannière royal, ... après la défaite du corps qu’il dirigeait, ... se tourna vers Castroñuno. (...). À la fin, le prince [João] resta seul sur le champ de bataille en vainqueur après la défaite du corps principal [Portugais]. Jusqu’au moment de cette défaite, João avait poursuivi les six divisions battues par lui. » in Histoire de Portugal, traduit de l’allemand en français par H. Soulange-Bodin, Adolphe Delahays, libraire-editeur, Paris, 1858, p. 553-556.
  4. L’historien espagnol Ignacio Olagüe : « ...Il y eut une bataille indécise à Toro… ; mais le Portugais, devant le dynamisme de Ferdinand, aidé par le cardinal Mendoza qui était passé dans son camp, abandonna la partie. » in Histoire d’Espagne, Éditions de Paris, 1958, p.192.
  5. L’historien britannique Townsend Miller : « Mais, si le résultat de [la bataille de] Toro, militairement, est discutable, il n’y a pas de doute quant à ses énormes effets psychologiques et politiques » in The battle of Toro, 1476, in History Today, volume 14, 1964, p.270

Références[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

Livres[modifier | modifier le code]

Chroniques[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]