Inés de Castro

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Inés de Castro

Inés de Castro (Inês de Castro en portugais), née autour de 1320 en Galice (A Limia) et décédée le 7 janvier 1355 à Coimbra, est une noble galicienne qui fut couronnée reine consort de Portugal après sa mort. Cet épisode de l'histoire du Portugal, bien que secondaire, va marquer fortement les esprits et donner naissance à de nombreuses légendes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille naturelle de Pedro Fernandes de Castro, l'un des nobles les plus puissants de Castille, grand chambellan du roi Alphonse XI de Castille, et d'une dame portugaise, Aldonça Lourenço de Valadares, Inés est descendante par voie bâtarde de Sanche IV de Castille du côté de son père et descendante d'Alphonse VI de Léon du côté de sa mère. Elle est demi-sœur de Fernando Ruiz de Castro, comte de Lemos, et de Joana de Castro. Elle est sœur de Álvaro Pirez de Castro.

En 1339, elle suit Constance de Castille dont elle est dame de compagnie au Portugal ; Constance, fille de Don Juan Manuel, prince de Vilhena et d'Escalona, duc de Peñafiel, tuteur d'Alphonse XI de Castille, «puissant et vaillant magnat de Castille»[1], mais aussi petit-fils de Ferdinand III de Castille, doit épouser le prince héritier de la couronne portugaise, Pierre de Portugal. Ce mariage a lieu le 24 août 1339 dans la Cathédrale de Lisbonne.

Or, le prince tombe rapidement amoureux fou de cette suivante, au point de négliger sa femme. L'histoire d'amour s'ébruite et commence à être commentée et mal acceptée par la Cour mais aussi par le peuple.

Pierre Ier de Portugal, surnommé le Cruel ou le Justicier suite à son attitude avec les assassins d'Inês de Castro

Sous prétexte de moralité, le roi Alphonse IV de Portugal, le père de Pierre, désapprouve cette relation. Mais ce sont surtout des raisons diplomatiques, l’influence d’Inés et de sa famille sur son fils, qui motivent son attitude. En effet, cette relation a pour effet de rapprocher du trône certains nobles castillans (les propres frères d’Inés, Fernando de Castro et Álvaro Pirez de Castro, deviennent amis et confidents du prince), et de favoriser l'émergence d'un parti dit des Castro à la cour royale portugaise.

Alphonse IV décide d'abord d’attendre que leur passion s’éteigne d’elle-même. Celle-ci continuant néanmoins forte et constante malgré la désapprobation royale, il décide, en 1344, d'exiler Inés en Castille dans le château d'Alburquerque, à la frontière castillane, où elle avait été élevée par sa tante Teresa, femme d'un de ses demi-frères. La distance ne parvient pas à apaiser cet amour, les deux amants entretenant même une correspondance fréquente selon la légende.

En octobre 1345, la princesse Constance meurt en donnant naissance au futur roi Ferdinand Ier de Portugal. Contre la volonté de son père, l'infant Pierre, devenu veuf, fait revenir Inés d'exil. Alphonse IV tente de remédier à la situation en mariant son fils avec une dame de sang royal. Mais Pierre rejette ce projet prétendant être encore trop affecté par la perte de sa femme pour envisager un autre mariage. Il refuse tout projet d'union matrimoniale. Pourtant Pierre et Inès vivent désormais ensemble ce qui provoque un grand scandale à la Cour et le grand désespoir du roi. Père et fils sont en désaccords.

Inès donne naissance à plusieurs enfants de Pierre : Alphonse (né en 1346 mais qui meurt peu après sa naissance), Jean (1349), Denis (1354) et Béatrice (1347). Leur naissance ne fait qu'envenimer la situation : en effet, sous le règne de Denis Ier, son fils Alphonse IV avait craint d'être écarté en faveur de l'un des fils bâtards de son père. Des rumeurs commencent à courir selon lesquelles les Castro chercheraient à assassiner l'infant Ferdinand, héritier de Pierre, afin que la Couronne revienne au fils aîné d'Inés de Castro.

Il faut dire que le fils légitime de Pierre, (le futur roi Ferdinand Ier) est un garçon chétif alors que les quatre enfants illégitimes de Pierre et d’Inés prospèrent au désespoir de la noblesse portugaise inquiète de l’influence du parti des Castro sur Pierre.

Pendant ce temps, le royaume de Castille plonge dans une grave agitation suite à la mort d'Alphonse XI. Son successeur, Pierre Ier, surnommé "le Cruel", est très impopulaire. La famille d'Inés prend la tête de la révolte contre lui. Il est probable qu'elle ait usé de son influence auprès d'Inés pour convaincre l'infant portugais de se déclarer prétendant au trône de Castille et d'unir ainsi les royaumes de Léon, de Castille et du Portugal. Après tout, Pierre était, du côté de sa mère, petit-fils de Sanche IV de Castille.

Un mariage est organisé entre le nouveau roi de Castille et la propre sœur d'Inés, Joana de Castro afin de ramener la paix. Mais celle-ci est répudiée lorsque le roi apprend que sa belle-famille tente toujours de convaincre l'infant portugais de prendre la tête d'une conjuration visant à le proclamer héritier des trônes de Castille et de Léon. Seule l'intervention énergique d'Alphonse IV, apprenant la proposition des Castro et de leurs alliés, empêche que cela se produise. Le roi du Portugal a toujours maintenu une attitude de neutralité, s'abstenant d'intervenir dans la politique des autres nations, ce qui lui vaut le respect de ses voisins et garantit la paix.

Après quelques années passées dans le nord du pays, Pierre et Inés reviennent s'installer à Coimbra, dans le palais de Santa Clara.

Après plusieurs tentatives pour séparer le couple et inquiets de l'éventualité de voir le Prince Pierre prendre parti dans la crise politique castillane, les conseillers du roi le persuadent que la seule solution est de tuer Inés de Castro. Installé à Montemor-o-velho le roi ordonne l'exécution d’Inés. Pêro Coelho, Álvaro Gonçalves et Diogo Lopes Pacheco sont désignés pour cela et partent pour le monastère de Santa Clara à Coimbra où elle réside. Profitant de l'absence de Pierre parti chasser, ils la tuent le 7 janvier 1355. À cette nouvelle, Pierre se rebelle contre son père et engage le pays dans une courte guerre civile.

Le tombeau d'Inés de Castro

Une fois devenu roi du Portugal en 1357, Pierre annonce au pays par la proclamation de Cantanhede qu’il a secrètement épousé Inés en 1354 à Bragance, faisant ainsi d’elle la reine de Portugal. La parole du roi, confirmée par quelques témoins de son entourage (son chapelain et un domestique), est alors, et reste de nos jours, la seule preuve de ce mariage. Toutefois les enfants de cette union s'en trouvent de ce fait reconnus comme légitimes, ce qui peut avoir constitué le motif principal d'une telle proclamation.

Selon la légende, il fait déterrer le corps d’Inés, la fait revêtir d’un manteau de pourpre. Assise sur le trône de la reine, Inés est couronnée et Pierre oblige tous les grands du royaume à lui baiser la main.

Cette funèbre cérémonie du couronnement et du baise-main à la reine morte que Pierre aurait prétendument imposé à la cour, devenue une des images les plus fortes de l'imaginaire populaire, aurait été introduite pour la première fois dans les récits espagnols de la fin du XVI siècle.

Il fait poursuivre les trois assassins d’Inés réfugiés en Castille ; deux d’entre eux (Pêro Coelho et Álvaro Gonçalves) sont capturés et mis à mort à Santarém. Le roi aurait ordonné au bourreau de leur arracher le cœur, à l’un par la poitrine (Pêro Coelho) et à l’autre par le dos (Álvaro Gonçalves), tandis que lui-même assistait à la scène en plein banquet, selon la Chronique du Roi D. Pierre Ier de Fernão Lopes. Ceux-ci sont ensuite brûlés. Diogo Lopes Pacheco se serait enfui en France et aurait finalement reçu le pardon du roi sur son lit de mort.

De nouvelles funérailles sont organisées, cette fois dans le monastère d'Alcobaça : Pierre y fait construire deux splendides tombeaux pour lui et Inés de Castro, puis il fait transférer son corps en 1361 ou en 1362. Il viendra la rejoindre à sa mort en 1367. Les deux tombeaux étaient à l'origine placés côte à côte, les pieds tournés vers le levant, face à la première chapelle du transept sud, alors dédiée à Saint Benoît. Autour de 1780, les tombeaux furent déplacés vers le tout nouveau panthéon royal, et placés l'un en face de l'autre. En 1956, ils furent placés dans leur position actuelle, Pierre dans le transept sud et Inés dans le transept nord, l'un face à l'autre. C'est au XVIIIe siècle, lorsque les tombeaux furent placés face à face qu'est apparue la légende selon laquelle ils étaient dans cette position afin de "pouvoir se regarder dans les yeux quand ils se réveilleront le jour du jugement dernier".

Descendances[modifier | modifier le code]

De son union avec Pierre naissent trois enfants :

  • Béatrice de Portugal (1347-1374), dite Béatrice de Bourgogne, mariée en 1373 avec Sanche de Castille (1339-1374), comte d'Albuquerque ;
  • Jean de Portugal (1349-1397), duc de Valencia de Campos, marié en 1375 avec Marie de Tellez de Menezes. Veuf, il épouse Constance de Castille en 1378 ;
  • Denis de Portugal (1354-1397), marié en 1372 avec Jeanne de Castille.

Œuvres inspirées de l'histoire d'Inés[modifier | modifier le code]

La vie d’Inés de Castro a inspiré beaucoup d'artistes.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Suzanna Cornil, Inés de Castro, Coll. Mémoires de la Classe des Lettres et des Sciences Morales et Politiques, tome 47, fasc. 2, Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 1952.

Voir[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

(en) The Royal articles

  1. Nobreza de Portugal, Tomo I, página 207