Banu Qaynuqa

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Les Banu Qaynuqa (également Banu Kainuka, Banu Kaynuka, Banu Qainuqa, arabe : بنو قينقاع) étaient l'une des trois principales tribus juives vivant en Arabie au VIIe siècle. Avec les tribus juives des Banu Nadir et des Banu Qurayza, les Banu Qaynuqa vivaient à Médine, anciennement Yathrib.

Selon le Kitab al-aghani, dont les chants et les poèmes sont accompagnés d'informations qui constituent une source importante pour les historiens, il semble que les Banou Qaynuqa aient été la première tribu juive à s'installer à Yathrib (future Médine). Il semble, d'après cet ouvrage monumental, mais sans qu'on en soit sûr, que cette installation remonterait à l'époque de la destruction de Jérusalem par les Romains (an 70), l'émigration continuant dans les siècles ultérieurs, avec les persécutions des romains puis des chrétiens byzantins[1]. À propos de l'Arabie préislamique, Maxime Rodinson écrit[2] : « Dans tout le Wâdi l-Qorâ (« le wâdi des villes », on nommait ainsi une ligne presque continue d'oasis au Hedjâz septentrional) et descendant au sud jusqu'à Médine, des colonies juives faisaient une agriculture florissante. » Riches agriculteurs et commerçants (au moins pour une part d'entre eux), ils exercent à Yathrib une position dominante et ils possèdent un marché, très fréquenté, qui porte d'ailleurs leur nom. Les poètes juifs font mention, dès avant l'an 300, des Banu Qaynuqa, des Banu Nadir et des Banu Qurayza, ainsi que des Banou Hadal, qui demeuraient avec les Banu Qurayza. Dans une large mesure, ces Juifs ont adopté les coutumes arabes, ils parlent un dialecte arabe et, à ces colons d'origine véritablement israélite venus du Nord, viennent de joindre des prosélytes arabes[3]. Leur domination dure jusqu'à l'arrivée des Banu Khazraj et des Banu Aws, qu'on dit d'origine yéménite, vers l'an 300. Elle est alors, d'après les textes poétiques, contestée par ces derniers, qui s'imposent progressivement après l'an 400[4]. Alors que les tribus arabes étaient sous la protection des tribus juives dominantes, la situation est inversée à la fin de la période préislamique et — le Kitab al-aghani ne laisse aucun doute sur ce point[5] — ce sont les tribus juives qui sont sous la protection des tribus arabes.

Trois ans après son arrivée à Medine, Mahomet décide de se débarrasser des Banu Qaynuqa (voir l'article Tribus musulmanes et juives de Yathrib). Ibn Ishaq est assez bref sur ce qu'il appelle « L'affaire de Banû Qaynuqâ[6] », en fait l'expulsion de la première des trois tribus juives : « Ibn Ishaq dit : 'Âsîm b. 'Umar b. Qatâdah m'a rapporté que Banû Qaynuqâ furent les premiers parmi les juifs à rompre (le pacte) entre eux et l'Envoyé d'Allah, et ils lui ont fait la guerre entre la Bataille de Badr et la Bataille de Uhud. »

« Ibn Ishaq dit : 'Âsîm b. 'Umar b. Qatâdah m'a dit : l'Envoyé d'Allah mit le siège aux Banû Qaynuqâ jusqu'à ce qu'ils se soumissent inconditionnellement à lui. »

Dans « Expédition contre les Banu Qaynuqa », Tabarî écrit[7] : « Ces juifs étaient autour de sept cent hommes, en dehors des infirmes, des vieillards et des enfants. Ils n'avaient pas de champs ni de vergers de dattiers, mais ils avaient un assez nombreux bétail et des armes. Ils étaient artisans ; tous les ouvrages de forgerie, toute l'industrie de Médine, de cordonnerie et de joaillerie, étaient entre leurs mains. » Il dit aussi que leurs fortins se trouvent autour de Médine, et qu'ils se rendent après quinze jours de siège. La raison de l'attaque, selon Tabarî, était que les Banu Qaynuqa raillaient la défaite des Quraychites à Badr, prétendant que, si les Quraychites avaient demandé leur aide, ils auraient, quant à eux, vaincu Mahomet. Selon Ibn Ishaq, ce sont les Banu Qaynuqa qui furent les premiers à rompre le pacte en faisant la guerre aux musulmans[8].

Selon l'anecdote d'Ibn Hicham (elle n'est pas d'Ibn Ishaq), l'affaire démarre quand un orfèvre juif soulève les jupes d'une femme arabe. Après la soumission des Banu Qaynuqa, il semble que l'intention première de Mahomet ait été d'exécuter les hommes. Mais 'Abd Allâh b. 'Ubayy b. Salûl[9], chef des Banu Khazraj, dont les Banu Qaynuqa sont les clients (les alliés), intervient vigoureusement auprès de Mahomet, faisant valoir qu'il ne veut pas que soient anéantis « en une seule matinée quatre cents hommes sans cuirasses, et trois cents hommes cuirassés ». Allant jusqu'à menacer Mahomet[réf. nécessaire], il obtient finalement satisfaction : « Alors, l'Envoyé d'Allâh lui répondit : « Ils sont à toi ! » ». Ibn Ishaq ne précise pas ce que deviennent ces vaincus, mais il est en général admis qu'ils vont à Khaybar (150 km au nord de Médine), où existe déjà une importante colonie juive.

Selon Tabarî, « Le Prophète ordonna de tuer tous les hommes, de réduire en esclavage les femmes et les enfants, et de piller leurs biens » (Ibn Ishaq ne le rapporte pas), mais Abdallah fils d'Obayy fils de Seloul, chef des Banu Khazraj avec lesquels les Banu Qaynuqa « avaient conclu un traité d'alliance », obtiennent de Mahomet leur grâce. Selon Tabarî, les Banu Qaynuqa partent alors en Syrie[10].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L. Veccia Vaglieri dans l'Encyclopédie de l'Islam, 2e édition, t.4 p. 1169-1174.
  2. Maxime Rodinson, Mahomet, p. 57, éditions du Seuil (février 1968), nouv. éd. rev. (3 mai 1994). ISBN 2020220334 ISBN 978-2020220330 p. 57.
  3. Maxime Rodinson, Mahomet, p. 169-170.
  4. Hartwig Hirschfeld, "Essai sur l'histoire des Juifs de Médine", Revue des Études juives, 1883, p. 167-193 (pdf en ligne). Voir p. 169-170 des précisions sur ces tribus juives. Un certain nombre de ces poésies ont été publiées par Theodor Nöldeke dans Beiträge zur Kenntnis der Poesie der alten Araber, Hannover 1864.
  5. R.B. Serjeant : The Sunnah Jami'ah, pacts with the Yathrib Jews, and the Tahrim of Yathrib: Analysis and translation of the documents comprised in the so-called "Constitution of Medina.", 40 pages, Bulletin of the School of Oriental and African Studies, University of London, Vol. 41, No. 1. (1978). Sur les tribus juives à l'époque préislamique, voir p. 2-3 Étude détaillée des huit documents, avec les textes en arabe et en anglais, téléchargeable ici en format pdf
  6. Sira de Ibn Ishaq transmise par Ibn Hicham, édition critique par Ferdinand Wüstenfeld, parue en 1858-1859 (tome 1 contenant le texte arabe) et 1860 (tome 2 contenant une introduction, des notes critiques et des indices). Voir p. 545-547. Édition française Ibn Ishaq, Muhammad, traduction française de la Sira de référence par Abdurrahmân Badawî, introduction et notes par Abdurrahmân Badawî, éditions Al Bouraq (28 septembre 2001) : tome 1, 654 pages, ISBN 2841611531 ; tome 2, 608 pages, ISBN 284161154X . Voir t.2 p. 14-17.
  7. Tabarî, La Chronique t.2, traduit du persan par Hermann Zotenberg, 1260 pages, éditions Actes Sud, collection Thésaurus (24 mai 2001), voir TH p. 178-179. ISBN 2742733183 ISBN 978-2742733187. Autre édition : Histoire des Envoyés de Dieu et des rois (en un seul volume), 1186 pages, éditions Al-Bustane (1er septembre 2002), voir AB p. 555-556. ISBN 2910856305 ISBN 978-2910856304
  8. Ibn Ishaq, "Muhammad", éd. El Bouraq, 2001, Tome II, p. 14 et p. 15
  9. Il s'agit de Abd-Allah ibn Ubayy, puissant chef médinois du clan des Awf, tôt converti.
  10. Chez Tabarî, Khaybar étant un village qu'il situe dans les environs de Médine, Khaybar ne peut offrir un refuge.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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