Guerre civile en al-Andalus

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La guerre civile en Al-Andalus est une période qui vit l'effondrement du califat de Cordoue. Elle commence avec la mort d'Al-Mansûr en 1002 et se termine par la constitution des taïfas, vers 1040.

Les causes[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la mort d'Al-Hakam II, en 976, le califat de Cordoue, fut un état puissant, respecté et craint des royaumes chrétiens. Son fils Hicham II était encore enfant, et le vizir Al-Mansûr prit le pouvoir et le conserva, faisant d'Hicham un prince fantôche. La force de l'état omeyyade reposait sur la cohabitation des différentes ethnies islamique. Pour asseoir et conserver son pouvoir, Almanzor favorisa les Berbères, au détriment des autres.

À la mort d'Almanzor, c'est son fils Al-Muzaffar qui prend la relève en continuant sur la voie tracée par son père en assainissant les finances de l'état si bien qu'on espérait un second âge d'or[1]. L'industrie et le commerce qui avaient été initiés par Abd al-Rahman III permettait a beaucoup d'andalous de faire fortune d'une manière très rapide. La haine raciale entre arabes, berbères et slaves qui avait longtemps menacé le pays a disparu et le pays jouissait d'une grande tranquillité grâce à Almanzor qui a éteint les foyers de contestation intérieurs et extérieurs[2].

Si en apparence tout allait pour le mieux, la situation était trouble. Abd al-Rahman III puis Almanzor ont tout fait pour faire disparaître la noblesse arabe qui avec sa fierté et son esprit belliqueux, avait souvent lutté contre le pouvoir royal. À présent ruinée, vaincue et brisée, les anciennes familles arabes s’éteignaient tandis que le pouvoir des nouvelles familles enrichies sous Abd al-Rahman III et Almanzor augmentait sans cesse[1]. Parvenue, ignorante de la culture andalouse et d'un comportement hautain, cette nouvelle noblesse était peu respectée par la population qui ne cessait de se plaindre des vexations qu'elle faisait. De plus l'idée qu'Almanzor et ses fils aient volés le trône à la place de la famille royale ommeyyade mécontentait le peuple. La lutte raciale éteinte depuis près d'un siècle avait fait place à une haine et une lutte des classes. Cordoue, ville délaissée au profit des palais de Madinat al-Zahra et Madinat Al-Zahira, est devenue une cité manufacturière où vivaient des milliers d'ouvriers. Les prémices de cette guerre civile se faisaient sentir depuis longtemps et Almanzor de son vivant avait déjà compris que le pays allait vers l'implosion plusieurs décennies avant le début de la guerre civile. Alors qu'il se promenait à Cordoue avec un ami il dit :

« Malheureuse Zâhira! Ah! Je voudrais connaître celui qui te détruira sous peu! Toi-même, tu seras témoin de cette catastrophe. Je le vois déjà saccagé et ruiné, ce beau palais, je vois le feu de la guerre civile dévorer ma patrie[3] »

Bien que le désir de changement se faisait urgent, tout le monde espérait que dès la chute de la famille d'Almanzor les choses changeraient naturellement, si bien que tout s'arrangerait de soi-même. À la mort d'Al-Muzaffar, un autre fils d'Almanzor, Abd al-Rahman Sanchuelo prend la relève mais il est encore plus haï que son frère. Accusé d'avoir empoisonné son frère il est connu pour sa passion du vin[4]. Incompétent, il n'arrive pas à la hauteur de son père et de son frère mais malgré tout, il commet ce qui aux yeux de nombreux andalous était un sacrilège, il oblige Hisham II, l'héritier ommeyyade, à abdiquer et à peine un mois après la mort d'Al-Muzaffar il est couronné calife[5].

Le mécontentement à Cordoue atteint son comble mais malgré tout aucune révolte ne se fait entendre. Trompé par le semblant de tranquillité, Sanchuelo lance en 1009 contre le royaume de León une expédition militaire et décide pour l'occasion de se coiffer d'un turban (coiffure uniquement réservée aux théologiens et hommes de loi à l'époque) et ordonne à ses soldats d'en faire de même. Ce nouveau caprice est considéré par les Cordouans comme un nouvel affront envers la religion et l'état[6] et à son retour de cette campagne Sanchuelo apprend qu'une révolution est en cours dans la capitale. Conduite par Muhammad II, cousin d'Hisham II et arrière-petit-fils d'Abd al-Rahman III, qui à la tête de quatre-cents hommes se sont fixés pour objectif de reprendre le pouvoir au profit de la dynastie ommeyyade. Le 15 février 1009 en fin d'après-midi, accompagné de trente hommes parmi les plus déterminés Muhammad se rend près du palais califal[7]. Profitant de l'effet de surprise, ils désarment les gardes du palais et s'introduisent dans les appartements d'Ibn-Ascalédja qui gouverne le palais en l'absence de Sanchuelo. Avant qu'il ait le temps de se défendre, Muhammed II et ses hommes le tuent[8]. L'annonce de la nouvelle dans la ville de Cordoue est accueillie avec joie; les Cordouans n'attendant qu'une bonne raison pour prendre les armes contre les fils d'Almanzor. De tout Cordoue et des campagnes environnantes le peuple se joignait à la foule des protestataires[8].

Hisham II, l'hériter au trône qui avait abdiqué au profit de Sanchuelo et qui depuis est enfermé dans le palais, craignait d'être assassiné par son cousin Muhammad II. Il lui fait parvenir une lettre indiquant qu'il lui laissait le pouvoir en échange de sa vie, ce à quoi Muhammed II répond que cela n'a jamais été son souhait mais qu'il ne refuserait pas de devenir calife lui-même :

« Quoi! le calife pense-t-il donc que j'ai pris les armes pour le tuer? Non, je les ai prises parce que j'ai vu avec douleur qu'il voulait ôter le pouvoir à notre famille. Il est libre de faire ce qui lui plaît; mais s'il veut me céder la couronne de son plein gré, je lui en serai fort reconnaissant, et dans ce cas il pourra exiger de moi tout ce qu'il voudra[9] »

Le soir même Hishâm II abdique de nouveau au profit de Muhammad II et dès le lendemain un premier ministre est nommé. De très nombreux cordouans de toutes conditions sociales souhaitent immédiatement s'enrôler dans l'armée de Muhammad II, tant l'enthousiasme et la satisfaction de voir la famille royale de nouveau au pouvoir était grand. C'est ainsi qu'en moins de vingt-quatre heures, la dynastie amiride au pouvoir depuis plus de trente ans tombe dans l'oubli. Muhammed II informé de scènes de pillage dans la ville ordonne de transporter tous les objets de valeur à Cordoue, mais il est trop tard, le palais d'Al-Madînat al-Zâhira ainsi que toutes les propriétés de la famille d'Almanzor sont pillées jusque dans leurs portes et boiseries et furent incendiées. Malgré tout, Muhammed II parvient à récupérer plus d'un million de pièces d'or issus du palais. Plusieurs impôts sont abolis quant à Muhammad II, il exige de se faire appeler Mahdî et appelle à la guerre contre Sanchuelo. Le succès est encore au rendez-vous, puisque de tout Al-Andalus des gens accouraient pour s'engager dans la guerre[10].

Sanchuelo, qui au même moment est à Tolède décide de mater la rébellion mais pendant sa marche, de très nombreux soldats l’abandonnent, y compris les éléments berbères qui avaient été très généreusement financés par les Amirides. Sanchuelo inconscient des réalités, est convaincu qu'il lui suffirait de rentrer à Cordoue pour voir la population se ranger de nouveau de son côté[11]. Le 4 mars, Sanchuelo est arrêté par les soldats de Muhammed II au couvent de Chauch et envoyé au premier ministre (un membre de la famille ommeyyade) qui ne lui épargne aucune humiliation. Durant le voyage, Sanchuelo tente désespérément d'assassiner le premier ministre mais il est tué sur le coup par ce dernier[12]

Le règne et la chute de Muhammed II (Mahdî)[modifier | modifier le code]

La mort de Sanchuelo est accueilli avec joie dans tout le califat, les berbères de même que les slaves promettent fidélité au nouveau calife. Mais Muhammed II se relève incompétent à diriger un pays qui avait besoin de profonds changements et commet de nombreuses erreurs comme le licenciement de 7 000 soldats cordouans qui se retrouvent sans emploi. Il fait exiler de nombreux slaves fidèles à Almanzor et son comportement ne plaît pas aux religieux qui ne voient pas de différence avec Sanchuelo. Mais c'est certainement son irrespect envers les soldats berbères, ceux-là même qui avaient portés la dictature amiride, qui perdra Muhammed II. Il interdit aux soldats berbères de Sanchuelo de monter à cheval et leur interdit l'accès au palais. Muhammed II comprend que sa situation est très instable et il craint que le peuple ne se retourne vers Hisham II. Muhammad II décide donc d'annoncer dans toute la ville que Hisham II est mort et fait exposer le corps d'une personne qui ressemblait fortement à celui-ci et dans le même temps il fait enfermer Suleiman un fils d'Abd al-Rahman III qui devait hériter du trône. Hisham II quant à lui est toujours enfermé dans sa prison dorée[13].

Un autre Hisham, fils de Suleiman décide de lancer une nouvelle révolution le 2 juin 1009. Accompagné de soldats berbères et de civils il marche sur le palais de Muhammad II. Une fois arrivés dans les appartements du calife, Hisham exige la libération de son père et l'abdication de Muhammed II mais celui-ci souhaitant gagner du temps feint des pourparlers qui durent des heures. Ne voyant pas Hisham sortir les soldats berbères se lancent dans le pillage de Cordoue[14] et très rapidement la population cordouane ainsi que les armées de Muhammed II ripostent si bien que le combat dure toute une journée et toute une nuit jusqu'au matin du 3 juin où les soldats berbères défaits sont chassés de la ville. Dans le désordre, Muhammad II fait enfermer Hisham et tue Suleiman[15].

Une fois chassés de Cordoue, les Berbères s'unissent autour d'un certain Zâwi et souhaient placer un autre Omeyyade lui aussi s'appelant Suleiman. Rapidement, les soldats berbères marchent vers Guadalajara mais ne parviennent pas à prendre Medinaceli. Ils décident donc de demander l'assistance du comte de Castille, mais celui-ci négocie déjà avec Muhammad II. En quelques mois, la situation avait totalement changée, et c'était à un roi chrétien qu'allait incomber le destin de l’Andalousie musulmane[16]. Le roi de Castille décide de se rallier au camp berbère qui immédiatement décide d'aller vers Cordoue. Muhammad II envoie toutes les forces disponibles dans la ville y compris des paysans armés, mais les soldats berbères aidés par les armées chrétiennes repoussent l'attaquent et tuent plus de 10 000 soldats[16]. Les soldats berbères et castillans entrent à Cordoue et pillent la ville. Ce n'est que vers le 14 novembre 1009, les bras chargés de trésors que les Castillans quittent la ville tout en rappelant à Suleiman le nouveau calife le engagements qu'il avait formulés auparavant, à savoir le don de plusieurs villes et forteresses au compte du roi de Castille.

Muhammed II, qui s'est enfui à Tolède décide de riposter afin de reprendre la ville de Cordoue aidé de soldats catalans. Ainsi au début du mois de juin 1010, les deux armées se font face et à la suite d'une erreur de Suleiman, Muhammad II remporte la bataille et rentre à Cordoue qui à peine six mois après les pillages perpétrés par les soldats castillans est de nouveau pillée par les soldats catalans[17]. Quelques jours plus tard, les deux armées se rencontrent de nouveau, mais cette fois-ci c'est Suleiman aidé des soldats berbères qui remporte la bataille. Quelque temps plus tard, le 23 juillet 1010, un groupe de soldats slaves tue Muhammad II et replace Hishâm II au rang de calife[17].

Le retour du calife Hishâm II, sa disparition et la chute de Cordoue[modifier | modifier le code]

Le retour du au trône du calife Hishâm II par les soldats slaves ne suffit pas à calmer les soldats berbères qui soutiennent un autre membre de la famille omeyyade, Suleiman. Ce dernier qui ne leur sert que de faire-valoir et qui est en réalité une marionnette du camp berbère comme l'est Hishâm II pour le camp slave exécute ce que ses maîtres lui dictent.

Enhardis par la mort de Muhammad II, les généraux du camp berbère souhaitent reprendre Cordoue et pour cela ils demandent l'aide de Sancho de Castille en lui promettant de céder plusieurs forteresses conquises par Almanzor s'ils arrivent à placer Suleiman au pouvoir. Sancho de Castille comprend immédiatement le pouvoir dont il dispose et il trompe le camp berbère. Il envoie une lettre à Hishâm II le menaçant de rejoindre camp berbère si celui-ci ne cède pas les forteresses désirées. L'astuce est très adroite car elle permet à Sancho de Castille d'étendre son territoire sans soutenir aucun camp et sans se donner la peine de faire une expédition en Andalousie. Très rapidement, tous les seigneurs chrétiens du nord de la péninsule qui avaient un quelconque pouvoir adressent les mêmes menaces, si bien qu'au final Hishâm II dut céder plus de deux cents forteresses[18] et quant aux Berbères ils ne reçurent aucune aide de la part des Castillans.

Les camps berbères détournent dès lors ses aspirations sur la ville de Madinat Al-Zâhra bâtie par Abd al-Rahman III et son palais proche de Cordoue, qui après un siège de trois jours est prise et sa population entièrement massacrée. Les atrocités commises à Zahrâ ne laissent dès lors plus aucun doute à la population de Cordoue sur son destin si les armées berbères parviennent à conquérir la ville[19]. Durant tout l'hiver, les armées de Suleiman lancent une politique de pillage et de massacre des villes et villages dans les environs de Cordoue, qui très rapidement commencent à manquer de vivres. L'été 1011, la peste frappe Cordoue ce qui augmente le désarroi au sein de la population[20]. Hishâm II et surtout son ministre Wadhih font une proposition de paix à Suleiman, mais les soldats slaves les en empêchent et tuent le ministre Wadhih, qu'ils accusent de les avoir trahis. Le nouveau gouverneur de la cité est à présent un slave dénommé Ibn-abî-Wadâa qui fait tout pour forcer les Berbères à attaquer la ville.

Au mois de mai 1012, lors d'une charge de la cavalerie berbère, un capitaine dénommé Hobâsa est capturé par les soldats slaves, tué et son corps est exposé dans tout Cordoue avant d'être brûlé[20]. Le camp berbère est furieux et ne pense plus qu'à venger Hobâsa mais Ibn-abî-Wadâa profitant de la joie du camp slave lance une contre offensive. Il parvient à lever le siège de Cordoue et à repousser les Berbères, il atteint même Séville mais échoue devant Calatrava ce qui a pour conséquence un retour des soldats berbères qui parviennent même à reprendre une partie de la ville de Cordoue et le 19 avril 1013, l'armée berbère pénètre à Cordoue par la porte du faubourg de Secunda. Les soldats slaves comprenant qu'ils n'avaient plus aucun espoir abandonnent la ville et sa population aux mains berbères, qui payent leurs longue résistance par un lourd massacre[21]. On dénombrera parmi les morts les membres les plus influents de la société andalouse, de nombreux théologiens, poètes, nobles. Après plusieurs jours de tueries la ville est finalement incendiée et les survivants sont contraints à l'exil.

Deux jours après le massacre, Suleiman est intronisé calife ; quant à Hishâm II son destin un inconnu, soit il a été tué durant les pillages, soit Suleiman l'a fait enfermé dans un cachot[22].

Le règne de Suleiman[modifier | modifier le code]

Les slaves chassés de Cordoue parviennent à s'emparer de plusieurs villes à l'est du pays et de fait ils deviennent totalement indépendants vis-à-vis de Suleiman, le nouveau calife placé par le clan berbère et qui n'est que leur marionnette. Ainsi le calife n'avait aucun pouvoir ni sur les slaves, ni sur les berbères. Quant aux rares familles nobles arabes qui avaient survenues aux différents massacres, ils haïssaient tout autant Suleiman et ne lui obéissaient plus. L'autorité du calife ne s'étendait plus qu'aux villes de Cordoue, Séville, Niebla, Ocsonoba et Beja[23]. Et même dans ces villes, le nom de Suleiman était conspué et beaucoup le considéraient comme un traître voir un impie.

Suleiman, inconscient de la situation croit bon menacer les populations des autres villes du même châtiment qu'à Cordoue s'ils ne l'acceptaient pas comme calife. L'incertitude à propos de l'état de Hishâm II permet aux slaves de s'unir dans le but de le replacer au trône. Le camp slave trouve un soutien de poids avec le ralliement d'un général nommé Alî ibn-Hammoud. Ce dernier, gouverneur de Ceuta et de Tanger était un Arabe, descendent du prophète de l'islam mais aussi très proche de la culture berbère ce qui lui permet de rallier autant les Arabes, les Slaves mais aussi les Berbères déçus par Suleiman. Le 1er juillet 1016, Alî capture Cordoue et s'empresse d'interroger le calife Suleiman de l'état de santé de Hishâm II mais sans donner plus d'explication, Suleiman leur annonce qu'il est déjà décédé[24]. Cette nouvelle permet à Alî de prétendre le trône et il fait immédiatement exécuter le calife Suleiman. Toutefois le doute sur Hishâm II, la seule personne pouvant menacer Alî de devenir calife est incertain et personne ne sait exactement ce qu'il en est advenu. Selon certaines sources, Hishâm II est parvenu à s'enfuir de son cachot, éventuellement aidé par le calife Suleiman lui-même, et est allé en Asie[25].

Le règne d'Ali ibn-Hammoud et son assassinat[modifier | modifier le code]

Les débuts du règne d'Ali semblent très prometteur, soutenu par le clan slave, il est un arabe imprégné d'une forte culture berbère. Il se montrait juste envers ses sujets et punissait durement tout comportement malhonnête, y compris envers les soldats berbères qui s'ils le souhaitaient pouvaient de nouveau relancer la guerre. Il nourrit même le projet de rendre tous les biens volés aux cordouans durant les pillages mais ses plans sont arrêtés net[26].

Un de ses généraux slave nommé Khaîran, qui durant une période l'avait correctement servi souhaite s'émanciper de la tutelle d'Ali. Pour cela, il envisage de remettre sur le trône un descendant de la famille ommeyyade. Vers le mois de mars 1017 il fait la rencontre d'un arrière-petit-fils d'Abd al-Rahman III, lui-même dénommé Abd al-Rahman et habitant Valence. Khaîran, rejoint dans son souhait par Mondhir le gouverneur de Saragosse mais aussi par les Andalous qui voulaient voir un Ommeyade sur le trône trahit donc Alî.

Furieux, Alî donne carte blanche aux Berbères de se comporter comme bon leur semble. Il augmente considérablement les impôts en guise de punition et humilie les notables de la ville. Il prévoit même de totalement détruire Cordoue mais la mort l'en empêche[27]. Au mois d'avril 1018, alors qu'il se préparait à une expédition militaire contre les insurgés, il est assassiné dans ses appartements par trois gardes slaves[27].

Chute de la dynastie hammudite[modifier | modifier le code]

La mort d'Alî, bien qu'accueillie favorablement par la population de Cordoue, ne signifie pas pour autant la chute de la dynastie Hammudite. Son fils Yâhya, gouverneur de Ceuta mais aussi son frère Qâsim prétendaient au trône.

Du côté du clan slave, le projet de couronner Abd Al-Rahman au titre de calife est toujours d'actualité mais trahi par Khaîran il est assassiné quelque temps plus tard. Après la mort d'Abd Al-Rahman, le clan slave ne trouve plus aucun chef capable de les unir et les Berbères devinrent maître de l'Andalousie avec leur tête le nouveau calife Qâsim, frère d'Alî. Qâsim est un souverain doux, qui a pour projet de faire oublier aux Cordouans les années de tourment qu'ils avaient subis. Conscient que la guerre civile pouvait à tout moment éclater, il souhaite diminuer le pouvoir des familles berbères en rachète des esclaves noirs qu'il libère et place à des postes d'importance au détriment des Berbères. Yahya le fils d'Alî, conscient de l'affront que Qâsim avait fait aux Berbères exploite cette colère et leur annonce que s'il devenait calife il soutiendrait leur camp[28].

Yahya, assuré du soutien berbère franchit le détroit de Gibraltar et arrive dans la péninsule. Informé de la situation, Qâsim abandonne le trône dans la nuit du 11 au 12 août 1021 sans combattre. Un mois plus tard Yahya fait son entrée dans Cordoue. La situation évolua pourtant très rapidement, exaspéré par son comportement et son orgueil, les Andalous et même les Berbères qui l'avaient porté au pouvoir l'abandonnent et rappellent Qâsim qui est de nouveau intronisé calife le 12 février 1023[28].

La population de Cordoue, totalement déçue et affaiblie par près de vingt ans de guerre civile était totalement indifférente à la lutte que l'oncle et le neveu menaient. Tous espéraient le retour au pouvoir d'un Ommeyade et rapidement le bruit d'un prétendant qui souhaitait reprendre le trône se fait entendre à Cordoue. Qâsim effrayé donne l'ordre d'arrêter tous les Ommeyades encore en vie[29] mais cela n'empêche pas la révolution qui se préparait.

Le 31 juillet mais surtout 6 septembre 1023, les Cordouans prennent les armes et parviennent à faire sortir Qâsim et tout le clan berbère de la ville. Encouragée par la vaillance des Cordouans, Séville fait de même et lorsque Qâsim arrive à ses portes pour demander asile on le lui refuse. Capturé par Yâhya, Qâsim est emprisonné puis assassiné treize ans plus tard[30].

Le retour des Ommeyades[modifier | modifier le code]

Qâsim mort, les Andalous souhaitent replacer sur le trône un membre ommeyade. Une élection est organisée pour choisir lequel allait être désigné calife. Trois prétendants apparaissent; Soleiman (un fils d'Abd al-Rahman IV), Abd al-Rahman et un certain Mohammed ibn Al-Irâki. Le 1er décembre une réunion est organisée dans la grande mosquée de la ville et le choix se porte sur Abd al-Rahman qui prend le titre de Abd al-Rahman V[31].

Le règne et la chute d'Abd al-Rahman V[modifier | modifier le code]

Très rapidement Abd al-Rahman V nomme comme premier ministre le poète, juriste et philosophe Ibn Hazm qui a toujours été fidèle à la dynastie ommeyade même durant la période de trouble qui venait de se dérouler.

Le plus grand défi d'Abd al-Rahman V est certainement de remettre le pays en marche; mais les deux décennies de guerre et de massacre ont laissé de profondes traces dans la société andalouse et totalement détruit son économie[32]. Cordoue était remplie de gens sans emploi et sans moyen de gagner leur vie, de plus l'ambiance de guerre et de massacres a rendu toute une nouvelle génération de cordouans belliqueuse, qui n'hésitait pas à la moindre occasion de sortir les armes. Un autre membre de la famille ommeyyade nommé Mohammed, qui à cause de son caractère et de son manque d'esprit n'avait même pas été retenu lors de l'élection du calife va profiter de cette situation pour renverser le calife nouvellement établi.

Mohammed se fond au sein des populations les plus pauvres de la ville et stimule leur passion pour le pillage et alimente l'esprit de révolte[33]. Très rapidement aidé par plusieurs esprits contestataires ils pénètrent dans le palais et assassinent plusieurs ministres puis finissent par tuer Abd al-Rahman V lui-même le 18 janvier 1024. Pendant ce temps Mohammed le troisième du nom est couronné calife[34].

Le règne et la mort de Mohammed III[modifier | modifier le code]

Dès le début Mohammed III souhaite se rendre populaire en distribuant au peuple de l'argent mais en faisant cela il gaspillait les maigres richesses que le pays disposait. Son incapacité à gérer le pays et son mauvais caractère mécontentent rapidement la noblesse. De plus, ayant lui-même vécu une partie de sa vie au sein des ouvriers de Cordoue il nomme un de ses amis, tisserand de métier, comme premier ministre; à son incompétence s'ajoute celle de son ministre, s'en était trop pour les notables de la ville.

Conscient de la situation sur laquelle il reposait, Mohammed III n'hésite pas à enfermer voir à tuer toutes les personnes qui le contestent, y compris les propres membres de sa famille. Il fait aussi enfermer de nombreux notables comme Ibn Hazm quant à ceux qui ont pu en échapper ils sont allés à Malaga auprès de l'Hammoudite Yahya afin de le supplier de mettre un terme à l'anarchie au sein de Cordoue[35]. Yahya accepte les demandes et rapidement se met en marche vers Cordoue où l'ambiance était exécrable.

Apprenant qu'une armée était sur le point d'arrivée à Cordoue, la population de la ville se révolte et dans sa rage finit par attraper et tuer Mohammed III et son ministre le tisserand[35].

Après ces évènements la ville de Cordoue se trouva sans dirigeant durant six mois durant lesquels la ville fut gouvernée tant bien que mal par le conseil d'état. La nécessité d'avoir un dirigeant se faisait sentir chaque jour de plus en plus, mais personne n'était capable de désigner un chef. Aurait-il fallu remettre un Ommeyyade au pouvoir et si oui lequel? Personne n'avait suffisamment de pouvoir afin de calmer l'agitation qui couvait au sein du peuple et donc finalement le choix s'est porté sur l'Hammoudite Yahya.

Le bref retour de la dynastie hammoudite[modifier | modifier le code]

Les notables de la ville envoient en 1025 à Yahya une demande afin qu'il devienne chef de Cordoue, mais ce dernier conscient du risque d'embrasement permanent dans la ville accepte mollement et ne daigne pas se déplacer dans la ville, préférant rester dans sa résidence de Malaga. Il envoie toutefois plusieurs soldats et un de ses généraux berbère afin de gérer la ville.

Furieux de voir un Berbère de nouveau au pouvoir les Cordouans se révoltent de nouveau en 1026 et chassent les hommes de Yahya.

Hishâm III[modifier | modifier le code]

De nouveau le conseil d'État est dans l'obligation de trouver un chef et ils font appel de nouveau à un Ommeyade dénommé Hishâm, frère aîné d'Abd al-Rahman IV. En 1027, Hisham III est élu calife mais durant trois ans il lui est impossible d'entrer à Cordoue à cause de rivalités entre chefs de la ville. Finalement le 18 décembre 1029, Hisham III arrive dans la ville sous les acclamations mais de nouveau son inexpérience scellera le sort du pays. Vieux et incompétent, Hisham III nomme comme premier ministre un dénommé Hakam qui deviendra le vrai souverain de la ville, Hisham lui étant totalement indifférent aux affaires de l'état.

Le premier souci de Hakam est de remplir les caisses de l'état mais il fait face à au mécontentement des nobles de la ville qui lui reprochent ses origines modestes. Par conséquent Hakam attribue les plus hauts postes à des personnes issues du peuple ce qui enragea encore plus les hautes couches de la société. Très rapidement ils instrumentalisent la population et attribuent tous les problèmes économiques au calife mais leur plan échoue. Ils tentent aussi de convaincre Hishâm III que Hakam est un danger pour lui, mais Hishâm comme à son habitude ne se souciait pas de ces questions. Finalement la noblesse se résigna à vouloir destituer Hishâm III lui-même et par conséquent avec lui Hakam puis remplacer la monarchie par une oligarchie aux mains des notables de la ville. Le principal problème était de trouver des partisans car faire tomber la monarchie est autrement plus difficile que de renverser un calife. Ils décident donc de cacher leur jeu en utilisant un autre membre de la famille omeyyade s'appelant Omaiya.

Omaiya est un jeune homme courageux, riche et ambitieux mais sans clairvoyance, il accepte la proposition des notables de Cordoue sans imaginer un seul instant qu'il leur servait uniquement d'instrument. En 1031, il se met en route et assassinent Hakam à la sortie de son palais. À peine entré dans Cordoue et tandis que ses hommes pillaient la ville, Omaiya se comporte en tant que calife.

Omaiya toujours inconscient de ce qui se tramait derrière lui, organise la cérémonie d'intronisation quand, au même moment, les nobles de la ville annoncent que le califat est aboli. Le jour même Omaiya est chassé de la ville et on entendit plus parler de lui; selon certaines sources il aurait tenté quelque temps plus tard d'entrer de nouveau à Cordoue mais il fut assassiné[36]. Quant à Hisham III il parvient à sortir de sa prison et à s'installer à Lérida auprès de Soleiman ibn Houd et meurt cinq ans plus tard en décembre 1036 dans l’indifférence de la population[37].

Conséquences[modifier | modifier le code]

Le mouvement, amorcé par les Hammoudides avec la proclamation des royaumes de Malaga et d'Algésirias, se généralisa pendant cette période et conduisit au morcellement du califat en une série de royaumes taïfas. Cette période n'apportera pas la paix pour autant, car ces royaumes se combattront entre eux. Ce ne sera qu'en 1085, après la reconquête de certains de ces taïfas par les chrétiens, que les Almoravides débarqueront en Espagne pour réunifier Al-Andalus.

Sources[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 3, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.260
  2. Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 3, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.261
  3. Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 3, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.266
  4. Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 3, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.268
  5. Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 3, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.270
  6. Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 3, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.271
  7. Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 3, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.272
  8. a et b Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 3, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.273
  9. Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 3, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.274
  10. Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 3, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.277
  11. Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 3, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.279
  12. Histoire des Musulmans d’Espagne : jusqu’à la conquête de l’Andalousie par les Almoravides (711-1110) volume 3, Dozy Reinhart Pieter Anne, p.281
  13. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.287volume III
  14. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.289volume III
  15. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.288 volume III
  16. a et b Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.292 volume III
  17. a et b Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.297 volume III
  18. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.303 volume III
  19. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.305 volume III
  20. a et b Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.307 volume III
  21. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.309 volume III
  22. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.315 volume III
  23. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.312 volume III
  24. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.318 volume III
  25. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.320 volume III
  26. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.323 volume III
  27. a et b Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.325 volume III
  28. a et b Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.331 volume III
  29. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.332 volume III
  30. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.334 volume III
  31. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.337 volume III
  32. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.352 volume III
  33. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.353 volume III
  34. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.355 volume III
  35. a et b Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.356 volume III
  36. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.373 volume III
  37. Dozy Reinhart Pieter Anne op. cit.p.374 volume III