Wittiza

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Portrait imaginaire du roi Wittiza.

Wittiza (ou Witiza, Vitiza, Witica, Vitica ; né c. 685 - † c. 710) est roi wisigoth d'Hispanie et de Septimanie de 702 à 710.

Biographie[modifier | modifier le code]

Monnaie d'or à l'effigie du roi Wittiza frappée à Braga.

Wittiza est le fils du roi Égica (687-702) et de la princesse Cixillo, fille du roi Ervige (680-687). Il naît vraisemblablement dans les années 680.

Devenu adolescent, son père le nomme dux de Galice et l'associe au pouvoir, au plus tard en 698[1], cherchant comme ses prédécesseurs à imposer sa dynastie. Durant le règne de son père, Wittiza siège principalement à Tuy en Galice, dans l'ancien royaume des Suèves.

À la mort du roi Égica en 702, il règne seul sur un royaume hispano-wisigothique décadent, ruiné, et surtout miné par des épidémies de famine et de peste, et d'incessantes intrigues orchestrées par une noblesse turbulente complotant contre le pouvoir, provoquant de nombreuses divisions et guerres civiles. La chronique d'Alphonse III dite ad Sebastianum, rédigée vers 900, trace un portrait peu flatteur du roi Wittiza. Il est décrit comme un homme malhonnête aux mœurs scandaleuses qui se souilla entre ses épouses et ses concubines et qui, pour ne pas lever la censure contre lui, déprava l'ordre religieux. Toujours selon cette chronique, ses crimes furent la cause de la chute des Goths et de la perdition de l'Espagne. La chronique est peut-être inspirée par une autre chronique rédigée au IXe siècle, le Chronicon moissiacense (Chronique de Moissac), qui trace un portrait extrêmement défavorable de Wittiza, un roi "adonné aux femmes", qui "enseigna par son exemple aux prêtres et au peuple à vivre luxurieusement, irritant la colère du Seigneur.". Au contraire, la chronique mozarabe de 754 est presque dithyrambique, qualifiant notamment le roi Wittiza de "très clément" (clementissimus). La chronique précise que Wittiza répara les crimes de son père Égica en rappelant notamment les bannis du royaume et en les dédommageant, leur restituant leurs biens et les rétablissant dans leurs fonctions.

Sous son règne se déroule le XVIIIe Concile de Tolède, probablement en 703, concile présidé par l'archevêque Gondéric de Tolède.

Selon Isidorus Pacensis[2], une flotte byzantine attaqua le royaume wisigoth, à l'instigation de l'empereur Justinien II, mais les forces grecques furent repoussées par le comte goth Théodemir (Theudimer).

Fin de règne[modifier | modifier le code]

La fin de son règne reste mystérieuse. Est-il mort de mort naturelle, comme le dit la chronique d'Alphonse III ? Ou a-t-il été renversé et éliminé par Rodéric (Rodrigue) ? Selon la chronique mozarabe de 754, Rodéric se saisit de la royauté "tumultueusement", s'emparant du trône "sur les instances du Sénat", c'est-à-dire l'assemblée des hauts représentants de la noblesse laïque au palais. Selon une légende[3], le père de ce Rodéric, le noble goth Théodefred, avait été l'une des nombreuses victimes de la tyrannie du cruel Wittiza qui l'avait fait aveugler et jeter en prison, où il mourut. Rodéric, pour venger son père, complote pour renverser le tyran ; suscitant une révolte dans le royaume, il s'empare du roi à Tolède, capitale wisigothe, et le fait exécuter après l'avoir fait aveugler. Puis il monte sur le trône, évinçant les jeunes fils du roi déchu qui s'allieront plus tard aux envahisseurs musulmans de l'Espagne wisigothique.

Wittiza aurait laissé au moins trois fils en bas âge selon un historien andalou du Xe siècle, Ibn al-Qūṭiyya : Agila (Agila II), Ardabast (peut-être Ardo), et Olmund (ou Romulus), qui seront évincés par Rodéric.

La durée du règne de Wittiza varie selon les sources. Selon le Chronicon moissiacense, Wittiza règna 7 ans et 3 mois (de fin 702 à début 710), tandis que, selon la chronique d'Alphonse III dite ad Sebastianum, il règna 10 ans (de 700 à 710). La continuation du Laterculus Regum Visigothorum, mentionne un règne de 12 ans (de son association au pouvoir en 698 à sa mort en 710). Enfin, d'autres sources, chrétiennes[4] et musulmanes[5], parlent d'un règne total de 15 ans (de c. 694/95 à c. 709/10).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. C. Sanchez-Albornoz, El Senatus visigodo. Don Rodrigo, rey legitimo de Espana, dans : Origines de la nacion espanola. Estudios criticos sobre la historia del reino de Asturias, I, Oviedo, 1972 (Instituto de Estudios Asturianos), p. 191-269.
  2. Isidorus Pacensis, éd. Florez, t. VIII, p. 301.
  3. Citée dans l'ouvrage d'Henry Bradley, The Story of the Goths, XXXV, p. 357.
  4. Comme la chronique d'Albelda et le Chronicon mundi de Luc de Tuy.
  5. Comme les auteurs musulmans Ahmad al-Razi et Al-Himyari.

Sources[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]