Bataille de Höchstädt (1704)

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Bataille de Höchstadt
Le duc de Marlborough signant une dépêche à Blenheim  Huile sur toile de Robert Alexander Hillingford
Le duc de Marlborough signant une dépêche à Blenheim
Huile sur toile de Robert Alexander Hillingford
Informations générales
Date 13 août 1704
Lieu Blenheim, Bavière
Issue Victoire décisive britanno-austro-néerlandaise
Belligérants
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de l'Électorat de Bavière Électorat de Bavière
Drapeau de l'Angleterre Royaume d’Angleterre
Drapeau du Saint-Empire Saint-Empire
Drapeau de l'Autriche Archiduché d’Autriche
Provinces-Unies Provinces-Unies
Flag of Denmark.svg Danemark-Norvège
Commandants
Camille de Tallard
Maximilien-Emmanuel de Bavière
John Churchill Marlborough
Eugène de Savoie
Forces en présence
56 000 hommes
90 canons
52 000 hommes
66 canons
Pertes
13 000 à 20 000 morts ou blessés
14 190 prisonniers
4 542 morts
7 942 blessés
Guerre de Succession d'Espagne
Batailles
Campagnes de Flandre et du Rhin

Friedlingen · Kehl · Ekeren · Höchstädt · Spire · Schellenberg (Donauworth) · Bleinheim · Eliksem · Ramillies · Stollhofen (en) · Cap Béveziers · Cap Lizard · Audenarde · Wijnendale · Lille · Malplaquet · Douai · Denain · Bouchain (en) · Douai · Landau  · Fribourg

Campagnes d'Italie

Carpi · Chiari · Crémone · Luzzara · Cassano · Nice · Calcinato · Turin · Castiglione · Toulon · Gaeta · Cesana · Campo Maior · Syracuse

Campagnes d'Espagne et de Portugal

Cadix · Vigo (navale) · Cap de la Roque · Gibraltar (1re) · Ceuta · Málaga · Gibraltar (2e) · Marbella · Montjuïc · Barcelone (1705) · Badajoz · Barcelone (1706) · Murcie · El Albujón · Santa Cruz de Ténérife · Almansa · Xàtiva · Ciudad Rodrigo · Lérida · Tortosa · Minorque · Gudiña · Almenar · Saragosse · Brihuega · Villaviciosa · Barcelone (1713-1714)

Antilles et Amérique du sud
Santa Marta · Guadeloupe · Nassau · Colonia del Sacramento · Carthagène (1re) (en) · Rio (1710) · Carthagène (2e) · Rio (1711) · Cassard
Cette boîte : voir • disc. • mod.
Coordonnées 48° 38′ 00″ N 10° 38′ 00″ E / 48.633333333333, 10.633333333333 ()48° 38′ 00″ Nord 10° 38′ 00″ Est / 48.633333333333, 10.633333333333 ()  

Géolocalisation sur la carte : Allemagne

(Voir situation sur carte : Allemagne)
 Différences entre dessin et blasonnement : Bataille de Höchstädt (1704).

La deuxième[note 1] bataille de Höchstädt (connue aussi sous le nom de bataille de Blenheim), livrée le 13 août 1704, fut une bataille majeure de la guerre de Succession d'Espagne.

Le roi de France Louis XIV , cherchant à évincer l'Empereur Léopold Ier du conflit, tenta de s'emparer de Vienne, capitale du Saint Empire germanique des Habsbourg, pour obtenir un règlement de paix favorable. La menace développée contre Vienne fut sérieuse : l'Électeur de Bavière et les forces du maréchal de Marsin en Bavière convergèrent depuis l'ouest tandis que l'armée du duc de Vendôme, déployée dans le nord de l'Italie, fit peser un autre sérieux danger en menaçant d'une offensive par le col du Brenner. Vienne fut également menacée à l'est par l'insurrection hongroise déclenchée par Rákóczi. Réalisant la gravité de la situation, le duc de Marlborough résolut de réduire le péril en faisant marcher ses forces au sud de Bedburg (Bas-Rhin westphalien) pour conserver l'empereur Léopold au sein de la Grande Alliance.

Une heureuse combinaison de feintes et de magistrale conduite des opérations — destinée à masquer ses objectifs, tant à ses alliés qu'à ses adversaires — permit à Marlborough de parcourir discrètement quelque 400 kilomètres depuis les Pays-Bas jusqu'au Danube en cinq semaines. Après avoir pris Donauwörth sur le Danube, le duc anglais chercha à engager les armées de l'Électeur et de Marsin avant que le maréchal de Tallard ne puisse amener des renforts depuis la Forêt-Noire. Cependant, le commandement franco-bavarois refusant le combat avant de s'être assuré la supériorité numérique, le duc adopta une politique de terre brûlée en Bavière, visant à forcer la main à ses adversaires. Sa tactique échoua, mais quand Tallard arriva pour renforcer l'armée de l'Électeur et que de son côté le prince Eugène fut arrivé avec des renforts pour les Alliés, les deux armées se rencontrèrent sur les rives du Danube, dans et autour du petit village de Blenheim (Blindheim, en allemand).

Blenheim est entré dans l'Histoire comme un des tournants de la guerre de Succession d'Espagne, l'écrasante victoire alliée mettant Vienne à l'abri de l'armée franco-bavaroise et empêchant ainsi l'effondrement de l'Alliance. La Bavière fut éliminée de la guerre, privant Louis XIV de tout espoir d'une victoire rapide. L'armée française subit plus de 30 000 pertes dont son commandant en chef, le maréchal de Tallard, qui avait été fait prisonnier et amené en Angleterre. Quand la campagne de 1704 prit fin, les Alliés avaient pris Landau, et les villes de Trèves et Trarbach sur la Moselle en prévision d'une éventuelle campagne en France même[note 2].

Contexte militaire et politique[modifier | modifier le code]

En 1704, la guerre de Succession d'Espagne en était à sa quatrième année. L'année 1703 avait été une réussite pour la France et ses alliés, et plus particulièrement sur le Danube, où le maréchal de Villars et Maximilien-Emmanuel de Bavière aient créé une menace directe sur Vienne, la capitale des Habsbourg [1]. La capitale autrichienne n'avait dû son salut qu'à des dissensions entre les deux commandants, conduisant au remplacement du brillant Villars par le moins dynamique maréchal Marsin. Néanmoins, en 1704, la menace était toujours réelle : l'insurrection hongroise menée par Rákóczi menaçait déjà les marches orientales de l'Empire, et les forces du maréchal de Vendôme faisait peser celle d'une invasion depuis le nord de l'Italie[2]. Aux cours de Versailles et de Madrid, la chute de Vienne était anticipée avec confiance, un évènement qui aurait immanquablement mené à l'effondrement de la Grande Alliance[3].

Pour prévenir toute intervention des Alliés sur le Danube, les 46 000 hommes du maréchal de Villeroy espéraient arrêter les 70 000 soldats hollandais et anglais du côté de Maastricht dans les Pays-Bas, tandis que le général de Coigny protégeait l'Alsace contre toute surprise avec un autre corps [1]. Les seules forces immédiatement disponibles pour la défense de Vienne étaient constituées par les 36 000 hommes du Prince Louis de Bade stationnant sur les « lignes de Stollhofen »[note 3]pour observer le maréchal de Tallard à Strasbourg ; il y avait également une faible force de 10 000 hommes sous les ordres du comte Othon de Limburg-Styrum en observation à Ulm.

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Tant l'ambassadeur du Saint-Empire à Londres, le comte Wratislaw que le Duc de Marlborough réalisèrent les implications de la situation sur le Danube. Les Hollandais, cependant, qui comptaient désespérément sur leurs troupes pour la protection de leur pays, restaient opposés à toute aventure militaire aussi lointaine vers le sud que dans la direction du Danube et n'auraient dès lors jamais volontairement permis un affaiblissement majeur de leurs forces dans les Pays-Bas espagnols[4]. Marlborough, réalisant qu'il n'y aurait d'autre recours que celui du secret et de la ruse pour forcer la main des Hollandais, trompa ses Alliés en prétendant vouloir simplement déplacer ses troupes vers la Moselle - manœuvre approuvée par La Haye - mais une fois là, il s'empressa de faire sa jonction avec les forces autrichiennes dans le sud de l'Allemagne[note 4].

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Préliminaires à la bataille[modifier | modifier le code]

La marche des belligérants au Danube[modifier | modifier le code]

« Une chenille écarlate, sur laquelle tous les yeux étaient fixés, se mit à ramper sans relâche de jour en jour à travers la carte de l'Europe, amenant la guerre totale avec elle »

— Winston Churchill[note 5]

La progression du Duc de Marlborough depuis Bedburg, près de Cologne, jusqu'au Danube. Sa marche de 400 kilomètres pour empêcher Vienne de tomber entre les mains ennemies fut un chef-d'œuvre de dissimulation, de planification méticuleuse et d'organisation.

La marche de Marlborough débuta le 19 mai près de Bedburg, à 20 kilomètres au nord-oust de Cologne. Son armée, rassemblée par son frère le général Charles Churchill comptait 66 escadrons de cavalerie, 31 bataillons d'infanterie et 38 pièces d'artillerie et mortiers, totalisant 21 000 combattants - 16 000 d'entre eux étant anglais[5]. Cette force verra grossir ses rangs en chemin, tant et si bien que le Duc atteindra finalement le Danube avec quelque 40 000 hommes (47 bataillons et 88 escadrons). Cependant que Marlborough menait son armée, Lord Overkirk maintenait une position défensive dans les Provinces-Unies pour le cas où Villeroy passerait à l'offensive. Le Duc assura aux Hollandais qu'il serait promptement de retour si les Français lançaient une attaque mais il spécula sur la probabilité que s'il marchait vers le sud, son adversaire se lancerait à sa poursuite[6]. Marlborough vit juste : Villeroy le poursuivit avec 30 000 hommes répartis en 60 escadrons et 42 bataillons[7].

Les dangers militaires d'une telle entreprise étaient nombreux, les lignes de communication de Marlborough le long du Rhin étant dangereusement exposées à des actions françaises avec les généraux de Louis XIV contrôlant la rive gauche du fleuve et ses approches centrales. Une telle marche entraînerait par ailleurs immanquablement d'importantes pertes en hommes et en chevaux du fait de l'épuisement et de la maladie. Toutefois, Marlborough était convaincu de l'urgence : « j'ai bien conscience que je prends beaucoup sur moi mais agirais-je autrement, que l'Empire serait perdu… » écrivit-il à Godolphin[5].

Alors que les préparatifs des Alliés allaient bon train, les Français cherchaient à soutenir et à ré-approvisionner le maréchal de Marsin. Marsin avait opéré avec l'Électeur de Bavière contre le commandant impérial, le prince Louis de Bade, et se retrouva quelque peu isolé de la France, ses lignes de communication passant au travers des passes rocheuses de la Forêt Noire. Toutefois, le 14 mai, avec une grande maîtrise, le maréchal de Tallard réussit à amener 10 000 hommes en renforts et d'importantes quantités de provisions et de munitions à travers ce terrain difficile, manœuvrant habilement le baron de Thüngen, le général impérial qui cherchait à bloquer sa marche[8]. Tallard revint avec ses forces sur le Rhin, trompant une fois encore les efforts de Thüngen pour l'intercepter, toute l'opération constituant un brillant succès militaire [9].

Le 26 mai, Marlborough atteint Coblence, où la Moselle se réunit au Rhin. S'il supputait une attaque le long de la Moselle, le duc devait maintenant marcher vers l'Ouest, mais, tout au contraire, son armée passa le lendemain sur la rive droite du Rhin, s'arrêtant un moment pour attendre 5 000 Hanovriens et Prussiens[10]. « Il n'y aura pas campagne sur la Moselle, les Anglais se sont tous portés en Allemagne » écrivit Villeroy, qui avait pris une position défensive sur le fleuve. Un seconde option menaçait maintenant les Français : une incursion des Alliés en Alsace et une attaque contre la ville de Strasbourg. Marlborough entretint habilement cette appréhension en faisant construire des ponts sur le Rhin à Philippsburg, une ruse qui non seulement encourage erronément Villeroy à venir en aide à Tallard dans la défense de l'Alsace, mais qui de ce fait paralyse le plan français du mois de mars contre Vienne du fait de l'incertitude[11].

Avec Villeroy talonnant Marlborough au plus près, les craintes hollandaises d'une attaque française immédiate contre leurs positions affaiblies dans les Pays-Bas s'avérèrent donc infondées[12]. Dans tous les cas, Marlborough avait promis de revenir aux Pays-Bas, si une attaque française s'y était survenue, en transférant ses troupes sur le Rhin par barges au rythme d'étapes quotidiennes de 130 kilomètres[12]. Encouragés par ce sentiment de sécurité, les États généraux des Provinces-Unies acceptèrent promptement de libérer le contingent danois de sept bataillons et 22 escadrons pour renforcer Marlborough[12]. Le Duc atteint Ladenburg, dans la plaine du Neckar et du Rhin, sans encombre et s'arrête pendant trois jours pour permettre à sa cavalerie dese reposer et laisser l'infanterie et les canons la rejoindre[13]. Le 6 juin, il arrive à Wiesloch, au sud de Heidelberg et dès le lendemain, l'armée alliée s'éloigne du Rhin vers les collines du Jura souabe et le Danube au-delà : la destination ultime de Marlborough était donc enfin établie sans plus de doute.

Les choix stratégiques[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Bataille de Schellenberg.

Le 10 juin, le Duc rencontre pour la première fois le président du Conseil de la guerre impérial, le Prince Eugene de Savoye - en compagnie du comte Wratislaw - dans le village de Mundelsheim, à mi-chemin entre Danube et Rhin. Le 13 juin, le commandant en chef impérial, le prince Louis de Bade, les rejoint à Großheppach[14]. Les trois généraux étaient désormais à la tête d'une force de près de 110 000 hommes. Lors de la conférence, il fut décidé qu'Eugène de Savoye reviendrait avec 28 000 hommes sur les lignes de Stollhofen sur le Rhin pour garder un œil sur Villeroy et Tallard et les empêcher de venir à l'aide de l'armée franco-bavaroise sur le Danube. Pendant ce temps, Marlborough et les forces du Margrave de Bade se réuniraient en une masse de 80 000 hommes pour marcher sur le Danube et débusquer l'Électeur de Bavière et Marsin avant qu'ils ne puissent être renforcés[15].

Connaissant désormais les intentions de Marlborough, Tallard et Villeroy se réunirent à Landau en Alsace le 13 juin pour dresser rapidement un plan d'action pour sauver la Bavière, mais la rigidité du système de commandement français était telle que tout changement au plan initial devait être sanctionné par Versailles[16],[note 6]. L'approbation de Louis XIV parvint le 27 juin : Tallard devait renforcer Marsin et l'Électeur sur le Danube via la Forêt-Noire, avec 40 bataillons et 50 escadrons ; Villeroy devait cerner les Alliés défendant les lignes de Stollhofen, ou, si les Alliés devaient pousser toutes leurs forces vers le Danube, rejoindre le maréchal de Tallard, et le général de Coignies avec 8 000 hommes devait protéger l'Alsace. Le 1er juillet, Tallard, à la tête de ses 35 000 hommes, retraversa le Rhin à Kehl[16].

Entretemps, le 22 juin, les forces de Marlborough faisaient leur liaison avec les forces impériales du Margrave de Bade à Launsheim. Une distance de 400 kilomètres avait ainsi été couverte en cinq semaines[17]. Grâce à une parfaite planification de l'agenda, les effets de la fatigue furent réduits au minimum. Un capitaine anglais décrivit en ces termes la discipline de marche : « Comme nous marchions à travers le pays de nos alliés, des commissaires avaient été nommés pour nous fournir toutes sortes de choses nécessaires pour l'homme et le cheval… les soldats n'eurent rien d'autre à faire que de planter leurs tentes, faire bouillir la marmite et se coucher pour se reposer. »[18]. En réponse aux manœuvres de Marlborough, l'Électeur et le maréchal de Marsin, conscients de leur infériorité numérique avec leurs 40 000 hommes, déplacèrent leurs forces vers le camp retranché de Dillingen sur la rive nord du Danube où Marlborough ne pouvait les attaquer faute de pièces de siège - il avait été dans l'incapacité d'en amener des Pays-Bas, et le Margrave de Bade n'en fournit aucune en dépit des assurances données[19]

L' assaut contre Schellenberg – pris par coup de main le 2 juillet – donna aux Alliés un excellent gué pour le franchissement du Danube.

Les Alliés, néanmoins, avaient besoin d'une base arrière pour leurs approvisionnements et d'un gué pour le franchissement du Danube. Le 2 juillet, Marlborough s'empara donc incontinent de l'importante place de Schellenberg sur les hauteurs de la ville de Donauwörth. Le comte Jean d'Arco avait été dépêché avec 12 000 hommes depuis le camp retranché franco-bavarois pour tenir la ville et la colline herbeuse, mais après une bataille féroce et sanglante, faisant de nombreuses victimes des deux côtés, Schellenberg finalement tomba, obligeant Donauwörth à se rendre peu de temps après. L'Électeur, conscient que sa position à Dillingen n'était plus tenable, prît dès lors position derrière les puissantes fortifications d'Augsbourg[20].

La marche de Tallard avait par ailleurs posé un dilemme à Eugène de Savoye. Si les Alliés ne voulaient pas être mis en infériorité numérique sur le Danube, Eugène se rendit compte qu'il devait soit essayer d'intercepter Tallard avant qu'il ait pu atteindre le fleuve soit se hâter de rejoindre Marlborough[21]. Cependant, s'il se retirait du Rhin pour se porter vers le Danube, Villeroy pourrait aussi faire mouvement vers le sud jusqu'à se relier avec l'Électeur et de Marsin. Le Prince opta pour le compromis : laissant 12 000 hommes à la garde des lignes de Stollhofen, il se mit en marche avec le reste de son armée pour intercepter Tallard [21].

Manquant d'effectifs, Eugène de Savoye ne put sérieusement retarder la progression de Tallard, cependant celle-ci se révéla désespérément lente. Les forces de Tallard avaient souffert beaucoup plus que les troupes de Marlborough pendant leur marche - beaucoup des chevaux de la cavalerie étaient fourbus - et les cols se révélèrent difficiles pour les 2 000 wagons de vivres. Les paysans allemands, exaspérés par les pillages français, aggravèrent encore les soucis de Tallard, amenant Mérode-Westerloo à déplorer que « les paysans en colère tuèrent plusieurs milliers de nos hommes avant que l'armée ait traversé de la Forêt Noire »[18]. En outre, Tallard s'était entêté à assiéger la petite ville de Dillingen pendant six jours (16-22 juillet) pour abandonner l'entreprise en s'apercevant de l'approche d'Eugène.

À Augsbourg, l'Électeur avait été informé dès le 14 juillet de l'approche de Tallard à travers la Forêt Noire. Ces bonnes nouvelles confortèrent sa politique d'inaction dans l'attente des renforts[22]. Mais cette réticence à combattre conduisit Marlborough à entreprendre une politique controversée de terre brûlée en Bavière, incendiant bâtiments et cultures à travers les riches terres au sud du Danube avec deux objectifs : d'une part faire pression sur l'Électeur pour l'amener à se battre ou à capituler avant l'arrivée des renforts amenés par Tallard ; d'autre part, à empêcher les Franco-bavarois d'utiliser la Bavière comme base à partir de laquelle leurs armées pourraient attaquer Vienne ou poursuivre le Duc en Franconie si, pour quelque raison, il eût dû se retirer en direction du Nord [23]. Stratégiquement, le duc avait été en mesure de placer ses forces, numériquement plus fortes, entre l'armée franco-bavaroise et à Vienne.

Les positions à la veille de la bataille[modifier | modifier le code]

Les ultimes manœuvres avant la bataille - 9–13 août.

Le maréchal de Tallard, avec 34 000 hommes, atteint Ulm, faisant sa jonction avec de Marsin et l'Électeur de Bavière à Augsbourg le 5 août, n'appréciant guère de constater que ce dernier avait dispersé ses forces en réponse à la campagne de dévastations de Marlborough[24]. Ce même jour, le Prince Eugène atteint de son côté Höchstädt, rejoignant le soir Marlborough à Schrobenhausen. Marlborough savait qu'il serait nécessaire de s'assurer un autre point de passage sur le Danube si Donauwörth venait à tomber entre les mains de l'ennemi. Le 7 août donc, un premier contingent de troupes impériales du Margrave de Bade fort de 15 000 hommes (le reste suivra deux jours plus tard) quitte le gros de l'armée de Marlborough pour assiéger la ville fortement défendue d'Ingolstadt, 30 km plus bas sur le Danube[25].

Avec les forces d'Eugène à Höchstädt sur la rive nord du Danube et celles de Marlborough à Rain sur la rive sud, Tallard et l'Électeur discutèrent de leur prochain mouvement. Tallard préférait attendre son heure en reconstituant ses approvisionnements et en amenant la campagne de Marlborough sur le Danube à s'éterniser pendant les semaines les plus froides de l'automne mais l'Électeur et Marsin, maintenant renforcés, tenaient toutefois à aller de l'avant. Les commandants français et bavarois se mirent finalement d'accord sur un plan et décidèrent d'attaquer le contingent plus faible d'Eugène. Le 9 août, les forces franco-bavaroises commencèrent à passer sur la rive nord du Danube[26].

Le 10 août, Eugène envoye un estaffe en urgence annonçant qu'il reculait sur Donauwörth : « l'ennemi s'est mis en marche. Il est presque certain que toute l'armée traverse le Danube à Lauingen… La plaine de Dillingen est encombrée de troupes… Tout, Milord, est affaire de vitesse et de vous mettre immédiatement en mouvement pour me rejoindre, sans quoi je crains qu'il ne soit trop tard ». Par une série de marches brillantes, Marlborough concentre ses forces sur Donauwörth et, à midi le 11 août, la jonction est réalisée[27].

Dans la journée du 11, Tallard pousse en avant depuis les gués de Dillingen ; le 12, les forces franco-bavaroises campent derrière la petite rivière Nebel près du village de Blenheim dans la plaine de Höchstädt. Le même jour, Marlborough et Eugène effectuent leurs propres observations des positions françaises depuis la flèche de l'église à Tapfheim, et portent leurs forces combinées vers Münster à huit kilomètres du camp français. Une reconnaissance française sous les ordres du marquis de Silly s'avança pour sonder l'ennemi, mais fut repoussée par les troupes alliées qui avaient été déployées pour couvrir les pionniers travaillant à rendre franchissables les nombreux cours d'eau de la région et à améliorer le passage menant vers l'ouest en direction de Höchstädt[28]. Marlborough avança rapidement deux brigades sous le commandement du général Wilkes et du brigadier Rowe pour sécuriser l'étroite bande de terre entre le Danube et la colline boisée du Fuchsberg, près du défilé de Schwenningen[29].

L'armée franco-bavaroise alignait maintenant 56 000 hommes et 90 canons, l'armée de la Grande Alliance, 52 000 hommes et 66 canons. Certains officiers alliés, conscients de la supériorité numérique de l'ennemi et de la solidité de ses positions défensives, se risquèrent à en remontrer à Marlborough sur les dangers d'attaquer mais le Duc était résolu : « Je sais le danger, mais une bataille est absolument nécessaire, et je compte sur la bravoure et la discipline des troupes, qui compenseront nos déficiences »[29]. Marlborough et Eugène étaient décidés à tout risquer et convinrent d'attaquer dès le lendemain.

La bataille[modifier | modifier le code]

Le champ de bataille[modifier | modifier le code]

Diorama de la bataille conservé au musée d'Höchstädt. Au centre, la percée de la cavalerie alliée, repoussant les escadrons de Tallard. À l'avant-plan les furieux combats pour et autour de Blenheim.

Le champ de bataille s'étend sur près de quatre kilomètres. L'extrême droite de l'armée franco-bavaroise est couverte par le Danube ; à l'extrême gauche s'étendent les collines ondoyantes et couvertes de pins du Jura souabe. Un petit cours d'eau, guéable par intermittence, le Nebel (fleuve) (en) — dont les deux berges sont constituées d'un sol meuble et marécageux — coule devant les lignes françaises. La droite française s’appuie sur le village de Blenheim près de la confluence du Nebel avec le Danube ; le village lui-même est entouré de haies, clôtures, jardins clos de murs et prairies. Entre Blenheim et le village voisin de Oberglauheim, les champs de céréales ont été fauchés courts, offrant donc un terrain favorable au déploiement des troupes. Entre Oberglauheim et le village voisin de Lutzingen, le terrain coupé de fossés et encombré de taillis et de ronces n'est guère favorable à l'assaillant[30].

Manœuvres initiales[modifier | modifier le code]

Positions des forces en présence à midi, le 13 août. Marlborough prit la tête de l'aile gauche alliée et de l'attaque contre Blenheim et Oberglauheim, le Prince Eugène celui de l'aile droite et de l'assaut sur Lutzingen.

À h 0 le 13 août, 40 escadrons alliés sont envoyés en avant vers l'ennemi, suivis à h 0, par la force principale alliée progressant en huit colonnes vers Kessel. Vers h 0, ils atteignent Schwenningen, à trois kilomètres de Blenheim. Les troupes britanniques et allemandes qui avaient tenu Schwenningen pendant la nuit se joignent à la marche, formant une neuvième colonne sur la gauche de l'armée. Marlborough et Eugène arrêtent alors leur plan définitif. Les commandants alliés conviennent que Marlborough prendrait le commandement de 36 000 hommes et attaquerait les 33 000 hommes de Tallard sur la gauche, s'assurant de la capture du village de Blenheim, tandis qu'Eugène, à la tête de 16 000 hommes, attaquerait les forces combinées de Marsin et de l'Électeur - 23 000 hommes - sur l'aile droite. Si cette action est menée durement, Marsin et l'Électeur n'auraient ainsi pas de troupes à envoyer à l'aide de Tallard sur leur droite[31]. Le lieutenant-général John Cutts attaquerait Blenheim, de concert avec l'attaque d'Eugène. Avec les flancs français occupés, Marlborough pourrait traverser le Nebel et porter le coup fatal aux Français contre leur centre. Toutefois, Marlborough devra attendre qu'Eugène soit en place avant que l'engagement général ne puisse commencer.

La dernière chose à laquelle s'attendait Tallard ce matin-là était d'être attaqué par les Alliés : trompés par les renseignements recueillis des prisonniers pris la veille par de Silly et assurés de leur forte position naturelle, Tallard et ses collègues sont en effet convaincus que Marlborough et Eugène étaient sur le point de battre en retraite vers le nord-est dans la direction de Nördlingen [32]. Tallard expédia d'ailleurs un rapport dans ce sens au roi, ce matin-là, mais à peine avait-il envoyé son courrier que l'armée alliée se présenta en face de son camp. «  Je pouvais voir l'ennemi avançant toujours plus près en neuf grandes colonnes, emplissant toute la plaine du Danube à la forêt à l'horizon » écrira Mérode-Westerloo[33]. Des coups de canon furent tirés pour rappeler les partis de fourrageurs et les piquets tandis que les troupes françaises et bavaroises se déployaient en ordre de bataille pour faire face à cette menace inattendue.

Vers h 0[note 7], l'artillerie française de l'aile droite ouvre le feu, provoquant la riposte des batteries du colonel Blood. La canonnade est entendue par le Margrave de Bade dans son camp devant Ingolstadt ; « Le Prince et le Duc sont engagés aujourd'hui à l'ouest… Le ciel les bénisse », écrira-il à l'Empereur[34]. Une heure plus tard, Tallard, l'Électeur et Marsin grimpent au sommet du clocher de Blenheim pour arrêter leurs plans. Il fut convenu que ces derniers tiendraient le front depuis les collines jusqu'à Oberglauheim, tandis que Tallard défendrait le terrain entre Oberglauheim et le Danube. Les commandants français étaient toutefois divisés sur la façon d'utiliser le Nebel : l'opinion de Tallard - contestée par ses interlocuteurs qui pensaient plus avisé de porter leur infanterie jusqu'à la rivière elle-même - était d'attirer les alliés sur la rive « française » avant de lancer la cavalerie sur eux, provoquant la panique et la confusion, tandis que, l'ennemi se débattant dans les marais, il serait pris entre les feux croisés venant de Blenheim et Oberglauheim. Le plan était bon, si toutes ses parties étaient mises correctement en œuvre, mais il permettait à Marlborough de franchir le Nebel sans interférence majeure et de le laisser mener la bataille qu'il avait précisément en tête[35].

Déploiements des forces en présence[modifier | modifier le code]

Types d'uniformes du début du XVIIIe siècle : ici, l'armée suédoise en 1700. Fantassin, grenadier et cavalier. D'après Richard Knötel.

Les commandants franco-bavarois déploient alors leurs forces. Dans le village de Lutzingen, le comte Maffei place cinq bataillons bavarois avec une grande batterie de 16 canons à la lisière du village. Dans les bois à la gauche de Lutzingen, sept bataillons français sous le marquis de Rozel se mettent en place. Entre Lutzingen et Oberglauheim, l'Électeur aligne 27 escadrons de cavalerie - 14 escadrons de Bavière aux ordres du comte d'Arco et 13 autres en soutien sous le comte Wolframsdorf à proximité. À leur droite se tient Marsin avec 40 escadrons français et 12 bataillons. Le village de Oberglauheim est occupé par 14 bataillons commandés par le marquis de Blainville, y compris l'efficace Brigade irlandaise connue sous le nom de « Wild Geese » (les « Oies Sauvages » ). Six batteries de canons sont rangées aux abords du village[36]. Sur la droite de ces positions françaises et bavaroises, entre Oberglauheim et Blenheim, Tallard déploie 64 escadrons français et wallons (16 prélevés sur les forces de Marsin) soutenus par neuf bataillons français alignés près de la route d'Höchstädt. Dans le champ de blé près de Blenheim se tiennent trois bataillons du Régiment du Roi ; neuf bataillons occupent le village même, commandés par le marquis de Clérambault. Quatre bataillons se tiennent à l'arrière et 11 autres étaient gardés en réserve. Ces bataillons sont soutenus par les 12 escadrons de dragons démontés de Hautefeuille[36]. À 11 h 0, Tallard, l'Électeur et Marsin étaient en place. Beaucoup de généraux alliés hésitaient à attaquer une telle position relativement forte. Le comte d'Orkney avoua plus tard : « si j'avais été invité à donner mon avis, j'aurais été contre »[37].

Côté allié, le prince Eugène devait être en position à 11 h 0, mais en raison de la difficulté du terrain et des tirs ennemis, la progression a été lente[38]. La colonne de Lord Cutts — qui, à 10 h 0, avait expulsé l'ennemi de deux moulins à eau sur la Nebel — s'était déjà déployée par le cours d'eau contre Blenheim, subissant pendant les trois heures suivantes le violent feu d'une batterie de six canons lourds postée près du village. Le reste de l'armée de Marlborough, alignée sur la contrepente de la berge, fut également contrainte de supporter la canonnade de l'artillerie française, subissant 2 000 pertes avant même que l'attaque ne commence[39]. Entretemps, les pontonniers avaient réparé un pont de pierre traversant le Nebel, et construit cinq ponts et passages supplémentaires à travers les marais entre Blenheim et Oberglauheim. l'anxiété de Marlborough fut finalement dissipée lorsque, juste après midi, le colonel Cadogan indiqua que l’infanterie prussienne et danoise d'Eugène était en place : l'ordre pour l'avance générale est alors donné. À 13h00, Cutts ordonne d'attaquer le village de Blenheim tandis que le prince Eugène est prié de faire donner l'assaut contre Lutzingen sur la droite des Alliés[40].

Blenheim[modifier | modifier le code]

Cutts ordonna à la brigade du brigadier-général Archibald Rowe d'attaquer. L'infanterie britannique surgit de la berge du Nebel, et silencieusement marcha vers Blenheim, sur une distance de quelque 130 mètres. La brigade de John Ferguson appuya la gauche de Rowe, marchant en ordre parfait contre les barricades établies entre le village et la rivière et défendues par les dragons d'Hautefeuille. Comme la distance se réduisait à quelque 25 mètres, les Français délivrèrent une volée de mousqueterie mortelle. Rowe avait ordonné qu'il n'y ait pas de tir de ses hommes avant qu'il n'ait frappé les palissades de son épée, mais comme il s'avançait pour donner le signal, il tomba mortellement blessé[41]. Les survivants des compagnies de têtes serrèrent les rangs clairsemés et se précipitèrent vers l'avant. De petits groupes pénétrèrent les défenses, mais les salves répétées des Français les forcèrent à reculer vers le Nebel avec de lourdes pertes. Comme l'attaque flanchait, huit escadrons de Gendarmes d'élite, commandée par le vétéran suisse, Beat-Jacques von Zurlauben, tombèrent sur les troupes britanniques, sabrant le flanc du régiment personnel de Rowe[42]. Toutefois, la brigade de Hessois de Wilkes, déployée à proximité dans les marécages herbeux de la berge, tint bon et repoussa les Gendarmes par leur feu nourri, permettant ainsi à leurs camarades de se reformer et de repartir à l'assaut[43].

Bien que les Alliés aient été à nouveau repoussés, ces attaques persistantes sur Blenheim portèrent finalement leurs fruits, Clérambault paniqué commettant alors la pire erreur française de la journée[44]. Sans consulter Tallard, Clérambault ordonna à ses bataillons de réserve de se porter dans le village, rompant l'équilibre du dispositif français et détruisant sa supériorité numérique sur les Alliés. « Les hommes étaient tellement entassés les uns sur les autres qu'ils ne pouvaient pas même tirer - et encore moins recevoir ou exécuter le moindre ordre » écrira Mérode-Westerloo[44]. Marlborough, avisant cette erreur, contremanda la troisième attaque de Cutts et lui ordonna simplement de contenir l'ennemi à l'intérieur de Blenheim, quelque 5 000 soldats alliés tenant en respect le double de fantassins et de dragons français[45].

Lutzingen[modifier | modifier le code]

« Le Prince Eugène et les troupes impériales avaient été repoussés à trois reprises - ramenés dans les bois - et avaient pris une vraie raclée »

— Mérode-Westerloo[46]

Tirée d'un ancien ouvrage hollandais, une représentation de la bataille de Blenheim - « peinte et gravée par Jean Huchtenburg à la Haye » - en 1729.

Sur la droite des Alliés, les forces prussiennes et danoises d'Eugène affrontaient désespérément les forces numériquement supérieures de l'Électeur et de Marsin. Le prince d'Anhalt-Dessau fit avancer quatre brigades au-delà du Nebel à l'assaut de la position bien fortifiée de Lutzingen. Ici, le Nebel ne constituait pas un obstacle majeur, mais la grande batterie placée aux lisières du hameau bénéficiait d'un bon champ de tir vers la plaine qui s'étend jusqu'au hameau de Schwennenbach. À peine l'infanterie eut-elle franchi la rivière qu'elle fut frappée par celle de Maffei et les salves de l'artillerie bavaroise positionnée à la fois en face du village et en enfilade depuis la ligne des bois sur sa droite. Malgré de lourdes pertes, les Prussiens tentèrent de prendre d'assaut la grande batterie, tandis que les Danois, sous le comte Scholten, essayèrent de refouler l'infanterie française hors des taillis au-delà du village[47].

Tandis que l'infanterie était fortement engagée, la cavalerie d'Eugène franchit à son tour le Nebel. Après un premier succès, sa première ligne de cavaliers, sous les ordres du général impérial de cavalerie, le prince Maximilien-Guillaume de Hanovre (en), furent contrés par le deuxième ligne de cavalerie de Marsin et refoulés au-delà du Nebel dans la confusion. Cependant, les Français épuisés furent incapables d'exploiter leur avantage et les deux forces de cavalerie tentèrent de se regrouper et de réorganiser leurs rangs[48]. Toutefois, privés du soutien de la cavalerie et menacés d'enveloppement, les fantassins prussiens et danois furent à leur tour contraints de se replier à travers le Nebel. La panique saisit quelques-unes des troupes d'Eugène comme elles traversaient le ruisseau : dix drapeaux furent perdus aux mains des Bavarois et des centaines d'hommes faits prisonniers. La fermeté de l'autorité d'Eugène et du Prince de Prusse empêcha l'infanterie impériale de fuir le champ de bataille[49].

Après avoir rallié ses troupes près de Schwennenbach - bien au-delà de leur point de départ - Eugene se prépara à lancer une deuxième attaque, menée par les escadrons de deuxième ligne sous le duc de Wurtemberg-Teck. Encore une fois, ils furent pris sous le feu croisé meurtrier de l'artillerie déployée dans Lutzingen et Oberglauheim et refoulés en désordre vers l'arrière. Les Français et les Bavarois, cependant, semblaient dans le même désarroi que leurs adversaires et attendaient quelque inspiration de leur chef, l'Électeur, qui avait été vu « …allant et venant et insufflant à ses hommes un courage nouveau »[50]. L'infanterie prussienne et danoise d'Anhalt-Dessau attaqua une deuxième fois mais ne put soutenir le rythme faute d'un soutien adéquat. Une fois de plus, elle se replia sur le ruisseau.

Au centre et à Oberglauheim[modifier | modifier le code]

« Quoi, est-ce possible, les gentilshommes de France fuyant ? »

— Maximilien-Emmanuel de Bavière[51]

Tandis que se déroulaient ces évènements autour de Blenheim et Lutzingen, Marlborough se préparait à traverser le Nebel. Le centre, commandé par le frère du Duc, le général Charles Churchill, était composé de 18 bataillons d'infanterie rangés en deux lignes : sept bataillons en première ligne pour s'assurer un passage sur le Nebel et 11 bataillons à l'arrière assurant la couverture entre l'aile alliée et le cours d'eau. Entre les unités d'infanterie étaient disposés 72 escadrons de cavalerie sur deux lignes. La première ligne d'infanterie devait franchir la rivière en tête et avancer aussi loin que faire se pourrait. Cette ligne devrait alors se disposer en bataille pour couvrir le passage de la cavalerie, laissant dans ses rangs des espaces suffisants que pour permettre à celle-ci de passer et de se déployer en avant.

L'attaque alliée sur Oberglauheim.

Marlborough ordonna à la formation d'avancer. Une fois de plus, les Gendarmes de Zurlauben chargèrent et essayèrent de mettre en déroute la cavalerie anglaise de Lumley occupée à faire sa liaison avec la colonne de Cutts faisant face à Blenheim avec les fantassins de Churchill. Alors que cette unité d'élite de la cavalerie française attaquait, elle se heurta à cinq escadrons britanniques commandés par le colonel Francis Palmes. À la consternation des Français, les Gendarmes furent repoussés dans la plus terrible confusion, poursuivis bien au-delà de la Maulweyer qui traverse Blenheim[52]. Palmes tenta d'exploiter son succès mais fut repoussé dans un certain désordre par d'autres unités de cavalerie française et un feu de mousqueterie venant des lisières de Blenheim[52].

Cependant, Tallard s'alarma de la déconfiture de ses Gendarmes d'élite et traversa précipitamment le champ de bataille pour demander des renforts à de Marsin mais, sous la pression de la seconde attaque d'Eugène - alors en plein développement, Marsin refusa[53]. Alors que Tallard consultait Marsin, une partie de son infanterie fut engagée à Blenheim par Clérambault. Malheureusement, Tallard, averti de la situation, ne fit rien pour corriger cette grave erreur qui ne lui laissait que les neuf bataillons alignés le long de la route d'Höchstädt pour faire face à l'attaque massive alliée contre son centre[53]. Zurlauben tenta à plusieurs reprises de rompre le dispositif allié se formant sur la rive « française » du cours d'eau, sa cavalerie de première ligne poussant vers la pente menant au Nebel. Mais ses attaques ne furent pas coordonnées et les salves précises de l'infanterie alliée déconcertèrent les cavaliers français[54]. Durant cette mêlée, Zurlauben tomba, mortellement blessé - il succombera deux jours plus tard. Il était maintenant un peu plu de 15 h 0.

La cavalerie danoise, menée par le Duc de Württemberg-Öels[note 8] n'avait que très lentement franchi le Nebel près d'Oberglau. Harassés par l'infanterie de Marsin aux abords du village, les Danois furent reconduits au-delà de la rivière. L'infanterie hollandaise du comte de Horn réussit à repousser les Français approchant de la rive mais il était évident qu'avant que Marlborough ne puisse lancer son assaut principal contre Tallard, Oberglauheim devait être pris.

Le comte de Horn commanda au prince de Holstein-Beck de prendre le village mais ses deux brigades hollandaises furent taillées en pièces par les troupes françaises et irlandaises qui acculèrent et blessèrent mortellement le Prince pendant l'action[55]. Le sort de la bataille était maintenant incertain. Si la colonne hollandaise d'Holstein-Beck venait à être détruite, l'armée alliée serait tronçonnée en deux, l'aile d'Eugène se retrouvant isolée de celle de Marloborough, laissant ainsi l'initiative aux forces franco-bavaroises maintenant engagées sur toute la plaine[56]. Réalisant l'opportunité offerte, Marsin ordonna à sa cavalerie une conversion du front d'Eugène vers sa droite et le flanc exposé de l'infanterie de Churchill déployée en avant d'Unterglau. Marlborough, qui avait franchi le Nebel sur une passerelle de fortune pour prendre personnellement les choses en main, ordonna à l'infanterie hanovrienne d'Hulsen d'appuyer l'infanterie batave. Une brigade de cavalerie hollandaise sous Averock fut également appelée vers l'avant mais se retrouva rapidement pressée par les escadrons plus nombreux de Marsin.

Marlborough demanda alors à Eugene de mettre à sa disposition la brigade de cuirassiers impériaux du comte Hendrick Fugger pour l'aider à repousser la menace créée par la cavalerie française. Malgré ses propres difficultés, le Prince accepta, témoignant ainsi du haut degré de confiance et de coopération qui régnait entre les deux généraux[57]. Bien que le lit du Nebel les séparât des escadrons de Fugger, les cavaliers de Marsin furent contraints de changer de front pour faire face à cette nouvelle menace, donc hypothéquant les chances du maréchal français de frapper l'infanterie de Marlborough[58]. Les cuirassiers de Fugger chargèrent et, abordant l'ennemi sous un angle favorable, rejetèrent les escadrons de Marsin en désordre[59] Avec l'appui des batteries du colonel Blood, Hessois, Hanovriens et Hollandais - maintenant aux ordres du comte Berensdorf – réussirent à repousser l'infanterie française et irlandaise dans Oberglauheim de telle sorte qu'elle ne puisse plus menacer le flanc du général Churchill pendant sa marche contre Tallard. Le commandant français du village, le Marquis de Blainville, figura parmi les très nombreuses victimes de l'affaire[60].

La percée et la capture de Tallard[modifier | modifier le code]

« L'infanterie [française] conserva le meilleur ordre que je vis jamais, jusqu'à ce qu'elle fut taillée en pièces par rang et file entiers »

— Lord Orkney (en)[61]

La percée : positions à 17h30.

Dès 16 h 0, avec l'ennemi assiégé dans Blenheim et Oberglau, le centre allié fort de 81 escadrons (neuf avaient été transférés depuis la colonne de Cutts) supportés par 18 bataillons était fermement implanté dans la ligne française de 64 escadrons et neuf bataillons de recrues inexpérimentées. Il y eut alors comme une pause dans la bataille : Marlborough entendait coordonner une attaque sur tout le front tandis qu'Eugène, après avoir été repoussé une seconde fois, avait besoin de temps pour se réorganiser[62].

Peu après 17 h 0 tout était prêt sur le front allié. Les deux lignes de cavalerie de Marlborough s'étaient maintenant portées à l'avant de sa ligne de bataille avec la double ligne de support d'infanterie derrière elles. Mérode-Westerloo tenta de dégager de l'infanterie française engluée dans Blenheim, mais Clérambault la renvoya dans le village. La cavalerie française se porta une nouvelle fois contre la première ligne adverse - les Anglais et Écossais de Lumley sur la gauche alliée et les escadrons allemands et hollandais d'Hompesch sur la droite. Les escadrons de Tallard, privés de soutien d'infanterie, étaient épuisés et mal en point mais parvinrent à rejeter la première ligne alliée sur son infanterie. La bataille n'étant pas encore gagnée, Marlborough dut houspiller ses officiers de cavalerie qui tentaient de quitter le champ de bataille : « vous êtes dans l'erreur, les lignes ennemies sont de ce côté-là… »[61]. Sur un ordre du Duc, la seconde ligne alliée sous von Bulow et le comte d'Ost-Friese s'avança et, marchant contre le centre, mit finalement les cavaliers épuisés de Tallard en déroute. Avec leur cavalerie au large, les neuf bataillons français combattirent avec le courage du désespoir, tentant de se former en carrés[61]. En vain : les bataillons français furent balayés par les tirs à courte portée de l'artillerie du colonel Blood et les feux de pelotons. Mérode-Westerloo écrira plus tard : « [ils] tombèrent sur place jusqu'au dernier homme, déployés au milieu de la plaine ouverte - personne ne les supportant »[61].

La reddition du maréchal de Tallard.

La plupart des troupes défaites de Tallard retraitèrent sur Höchstädt mais ne choisirent pas la sécurité de la ville, plongeant au contraire dans le Danube où plus de 3 000 cavaliers français se noyèrent[63] ; d'autres furent taillés en pièces par leurs poursuivants. Le marquis de Gruignan tenta une contre-attaque mais fut balayé par les Alliés. Après un dernier ralliement derrière les tentes de son campement, exhortant qui voulait l'entendre à tenir et se battre, le maréchal de Tallard fut emporté par la déroute et poussé vers Sonderheim[64]. Cerné par un escadron hessois, Tallard se rendit au Lieutenant-Colonel de Boinenburg, l'aide de camp du prince de Hesse-Kassel, et envoyé sous escorte vers Marlborough[65].Le Duc accueillit le commandant français en ces termes : « je suis vraiment navré qu'une si cruelle infortune se soit abattue sur un soldat pour lequel j'ai la plus haute estime ». Le maréchal fut conduit avec respect et déférence vers le carrosse de Marlborough[64].

La prise de Blenheim[modifier | modifier le code]

« …nos hommes se battirent dans et autour de l'incendie… jusqu'à ce que bon nombre des deux côtés furent brûlés à mort »

— Private Deane, 1st Regiment Foot Guards[66]

Eugène de Savoye menant la charge de la cavalerie alliée.

Entretemps, les Alliés avaient encore attaqué la position bavaroise de Lutzingen.

Cependant Eugène, exaspéré par les piètres performances de sa cavalerie impériale dont la troisième attaque avait fait long feu, avait déjà froidement abattu deux de ses hommes pour empêcher la débandade générale. Déclarant d'un air dégoûté qu'il souhaitait « se battre parmi des hommes braves et non des couards », Eugene repartit à l'assaut avec l'infanterie prussienne et danoise, comme le fit Dessauer, agitant un drapeau régimentaire pour inspirer ses troupes[67]. Cette fois, les Prussiens furent capables de submerger la grande batterie bavaroise et de balayer ses servants[68]. Au-delà du village, les Danois de Scholten défirent l’infanterie française dans un corps-à-corps désespéré à la baïonnette[69]. Voyant leur centre rompu, l'Électeur et Marsin jugèrent la bataille perdue et, comme les débris de l'armée de Tallard, quittèrent le champ de bataille - quoique dans un meilleur ordre que ce dernier. Des tentatives pour constituer une force alliée pour empêcher la retraite de Tallard échouèrent en raison de la fatigue de la cavalerie et de la confusion grandissante du champ de bataille.

Marlborough eut alors à détourner son attention de l'ennemi en fuite pour ordonner à Churchill de détacher plus d'infanterie pour prendre Blenheim. L'infanterie d'Orkney, la brigade britannique d'Hamilton et les Hanovriens de Saint Paul traversèrent les blés piétinés pour se porter contre le village. Un féroce mano a mano contraignit les Français à se replier au centre du hameau, dans et autour du cimetière ceint de murs qui avait été préparé pour la défense. Les dragons démontés de Hay et Ross furent également expédiés mais subirent une contre-attaque des régiments d'Artois et de Provence aux ordres du colonel de la Silvière. Les Hanovriens du colonel Belville furent engagés dans la bataille en soutien des dragons et montèrent une fois de plus à l'assaut. Les progrès des Alliés furent lents et coûteux, subissant autant de pertes que les défenseurs[70].

La poursuite alliée.

De nombreuses habitations étaient en feu, obscurcissant le champ de bataille et contraignant les défenseurs à abandonner leurs positions. Percevant les échos de la bataille dans Blenheim, Tallard envoya un message à Marlborough proposant d'ordonner à la garnison de se retirer du champ de bataille. « Veuillez informer Tallard que dans sa position actuelle, il n'a plus d'autorité » fit répondre le Duc[71]. Cependant, le crépuscule approchant, le commandant allié s'inquiétait d'une conclusion rapide. L'infanterie française défendait ses positions avec ténacité mais son chef demeurait introuvable : l'insistance de Clérambault à vouloir maintenir ses forces dans le village devait sceller son destin ce jour[72]. Réalisant que sa faute tactique avait causé la perte de Tallard au centre, Clérambault avait abandonné les 27 bataillons défendant Blenheim et se noya dans le Danube en tentant de fuir.

Blenheim était maintenant attaqué de tous côtés par trois généraux alliés : Cutts, Churchill et Orkney. Les Français avaient repoussé chaque assaut avec de lourdes pertes mais s'étaient aperçus de ce qui s'était passé dans la plaine et avaient pris la mesure des conséquences pour eux-mêmes, leur armée ayant été défaite et mise en déroute[73]. Orkney, attaquant à revers, tenta une nouvelle tactique : « il me vint à l'esprit de parler franc ce qu'il acceptèrent, leur Brigadier de Nouville se rendit immédiatement à moi à discrétion et ils déposèrent les armes » écrira-t-il plus tard. Menacées par l'artillerie alliée, d'autres unités suivirent leur exemple. Cependant, ce ne sera pas avant 21 h 0 que le marquis de Blanzac, qui avait pris le commandement en l'absence de Clérambault, accepta à contre-cœur l'inévitable défaite, quelque 10 000 hommes de la meilleure infanterie de France déposant alors les armes[74].

Pendant tout ce temps, Marlborough était resté en selle, dirigeant la poursuite de l'ennemi rompu. Pendant un brève pause, il rédigea une courte note, adressée à son épouse Sarah, au dos d'une vieille facture de taverne : « Je n'ai guère le temps de vous en dire plus que de vous priez de présenter mes hommages à la Reine et de lui faire savoir que son armée a remporté une glorieuse victoire ! »[75]. La note fut portée à Londres par le colonel Daniel Parke.

Conséquences politiques et militaires[modifier | modifier le code]

Fragment de la tapisserie de la Bataille de Blenheim conservée au Blenheim Palace, œuvre de Judocus de Vos. À l'arrière-plan le village de Blenheim ; au centre les ruines de deux moulins à aube que Rowe saisît pour établir une tête de pont sur la rive « française » du Nebel. L'avant-plan présente un grenadier anglais avec un drapeau français capturé.
Drapeau du roi de France

Les pertes françaises furent sévères : plus de 30 000 tués, blessés et disparus[76].En outre, le mythe de l'invincibilité français avait été brisé et les espoirs de paix rapide de Louis XIV avaient été réduits à néant[76]. Mérode-Westerloo résuma ainsi les causes de la défaite de Tallard : « Les Français ont perdu cette bataille pour une grande variété de raisons. D'une part, ils avaient trop bonne opinion de leur propre capacité… Un autre point a été leur déploiement inapproprié sur le terrain, et en plus il y eu de nombreuses évidences d'indiscipline généralisée et d'inexpérience… Il faut imputer à toutes ces fautes la perte d'une bataille aussi fameuse »[77]. Ce fut une bataille âprement disputée, ce qui amena le prince Eugène à observer : « Je n'ai pas un escadron ou un bataillon qui n'ait chargé quatre fois au moins »[78]. Néanmoins, la bataille de Blenheim a probablement été la victoire la plus décisive de la guerre : Marlborough et Eugène de Savoye, collaborant très étroitement, sauvèrent grâce à elle l'Empire des Habsbourg et ainsi préservèrent la Grande Alliance de l'effondrement[78]. Munich, Augsbourg, Ingolstadt, Ulm et le reste du territoire de la Bavière tombèrent bientôt aux mains des Alliés. Par le Traité d'Ilbersheim, signé le 7 novembre 1704, la Bavière fut placée sous administration militaire autrichienne, permettant aux Habsbourg d'utiliser ses ressources pour le reste du conflit[79],[note 9].

Les débris de l'armée de l'Électeur de Bavière et l'aile du maréchal de Marsin se traînèrent jusque Strasbourg, enregistrant la perte de 7 000 hommes supplémentaires par desertions[77]. S'étant vu offrir la possibilité de rester à la tête de la Bavière sous les conditions strictes d'une alliance avec l'Autriche, l'Électeur choisît de quitter son pays et sa famille afin de poursuivre la guerre contre les Alliés depuis les Pays-Bas espagnols où il exerçait encore la charge de gouverneur général. Leur commandant en chef ce jour-là, le maréchal de Tallard - qui, contrairement à ses subordonnés, ne fut ni libéré contre rançon ni échangé - fut emmené en Angleterre et retenu à Nottingham jusqu'à sa libération en 1711[80].

La campagne de 1704 avait duré beaucoup plus longtemps que d'habitude, les Alliés ayant cherché à en tirer le meilleur parti. Conscients que la France était toutefois trop puissante pour qu'une seule victoire suffise à la contraindre à faire la paix, le Prince Eugène, Marlborough et le Margrave de Bade se réunirent pour planifier leur prochaine campagne. Pour l'année suivante, le Duc proposa une action le long de la vallée de la Moselle qui eût porté la guerre en territoire de France. Ce plan nécessitait la prise de la forteresse importante de Landau, qui gardait le Rhin, et des villes de Trèves et Trarbach sur la Moselle même[80]. Trèves fut prise le 26 octobre et Landau tomba le 23 novembre aux mains du Margrave de Bade et du Prince Eugène. Après la chute de Trarbach le 20 décembre, la campagne de 1704 arriva à son terme.

« Voici les noms des corps qui se rendirent : quatre régiments de dragons, à savoir, le Régiment Mestre de Camp Général, le Régiment de La Reine-Dragons, le Régiment de Rohan et le Régiment de Vassé, sous les ordres du comte de Hautefeuille, placés entre le Danube et le village; dix-sept régiments d'infanterie; à savoir, trois bataillons de Navarre, postés arpès les dragons; deux de Senecterre, deux de Creder (Allemands), deux d'Aunis, deux d'Artois, un de Provence, deux de Languedoc, au centre; un du Blaisois, un de Saint-Secondi, un de Lassy, un de Boulonnais, un de Monroux, postés derrière le vilalge; deux de Montfort, trois de Royal, tout-à-fait à gauche; deux de Surlauben, qui gardaient le flancde l'autre côté du petit ruisseau; un d'artillerie. »

— le duc de Marlborough , Histoire de Jean Churchill, duc de Marlborough[81].

Mémorabilia[modifier | modifier le code]

Memorial pour la bataille de Blenheim à Lutzingen, en Allemagne.

Marlborough rentra en Angleterre le 14 décembre, salué par la Reine Anne et le pays. Dans les premiers jours de janvier, les 110 étendards de cavalerie et 128 drapeaux d'infanterie pris pendant la bataille furent portés en procession à Westminster Hall[82]. Mais il y avait encore plus à venir : en février 1705, la reine Anne, qui avait fait de Marlborough un duc en 1702, lui octroya le parc domanial de Woodstock et promit une somme de 240 000 livres sterling pour construire une demeure princière comme présent de la Couronne reconnaissante en hommage à sa victoire - une victoire que l'historien britannique Sir Edward Creasy (1812–1878) considéra comme l'une des batailles charnières dans l'histoire, écrivant : « N'eût été Blenheim, toute l'Europe aurait eu à souffrir des effets de la conquête française ressemblant à celles d'Alexandre le Grand dans sa mesure et celle des Romains dans la durée »[83].

À ce jour, Blenheim Palace est l'une des rares résidences appelée « palais » qui n'appartienne pas à la Couronne. Il est encore la résidence du duc de Marlborough où est né, en 1874, Winston Churchill, le célèbre premier ministre.

Le duc de Marlborough, de retour en Angleterre, décida de désigner sous le nom de blenheim une race particulière de chiens Cavalier King Charles, en l'occurrence les King Charles de couleur « blanc et feu ».

Un bimoteur léger polyvalent britannique de la Deuxième Guerre mondiale, engagé notamment par la Royal Air Force pendant la Bataille d'Angleterre, porta le nom de « Bristol Blenheim » en mémoire de cette bataille.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. en 1703, le maréchal de Villars y bat une première fois les Autrichiens.
  2. Voir Bataille de Ramillies
  3. Les « lignes de Stollhofen » étaient constituées d'une chaîne de postes militaires établis pour la défense de la vallée du Rhin. Les lignes s'étiraient sur 20 kilomètres entre Stollhofen, un petit village sur le Rhin, jusqu'aux lisières de la Forêt Noire. Cette ligne avait été conçue pour empêcher tout marche française sur le Rhin depuis Strasbourg.
  4. « Mes intentions sont de marcher avec les Anglais vers Coblence et de déclarer que j'ai l'intention de faire campagne sur la Moselle. Mais une fois arrivé là, d'écrire aux États néerlandais que je pense absolument nécessaire pour le salut de l'Empire de marcher avec les troupes sous mes ordres et de me joindre à celles qui sont en Allemagne… pour prendre avec le prince Louis de Bade les mesures nécessaires à la neutralisation de l'Électeur de Bavière. », écrit le Duc depuis La Haye le 29 avril à son confident au Gouvernement de Londres, Sidney Godolphin voir Falkner 2004, p. 18 et Chandler 2003, p. 127
  5. Cité in Spencer 2005, p. 136
  6. Le comte de Mérode-Westerloo (en), commandant des troupes flamandes dans l'armée de Tallard écrivit à ce propos : « Une chose est certaine: nous avons retardé notre marche depuis l'Alsace trop longtemps et de manière assez inexplicable » Voir Chandler 2003
  7. Churchill donne h 30
  8. À ne pas confondre avec le duc de Württemberg qui combattait aux côtés d'Eugène
  9. Elle le restera jusqu'au Traité de Bade signé en 1714.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Chandler 2003, p. 124
  2. Lynn 1999, p. 285
  3. Chandler 2003, p. 125
  4. Chandler 2003, p. 127
  5. a et b Chandler 2003, p. 128. La force initiale de 21 000 hommes était accompagnée de quelques 1 700 charrettes tirées par 5 000 chevaux de trait, l'artillerie en nécessitant tout autant.
  6. Falkner 2004, p. 19
  7. Chandler 2003, p. 129. Barnett et Coxe parlent de 45 escadrons et 36 bataillons.
  8. Falkner 2004, p. 20. Falkner donne un chiffre de 8 000 hommes.
  9. Falkner 2004, p. 20. Chandler 2003, p. 131 affirme cependant que de nombreux combattants furent perdus du fait de désertions.
  10. Tincey 2004, p. 31
  11. Barnett 1999, p. 89
  12. a, b et c Chandler 2003, p. 129
  13. Barnett 1999, p. 91
  14. Falkner 2004, p. 25. Eugène eut quelques doutes quant à la loyauté du Margrave de Bade, qui était un ami intime de l'Électeur de Bavière. On le suspecta même d'entretenir une correspondance secrète avec son vieil ami.
  15. Chandler 2003, p. 132
  16. a et b Chandler 2003, p. 133
  17. Lynn 1999, p. 287. Lynn affirme que le rythme de la progression n'était pas exceptionnel pour l'époque avec une moyenne quotidienne de douze kilomètres. Ce qui l'était par contre, c'était la distance parcourue et l'état de fraicheur des troupes à l'arrivée.
  18. a et b Chandler 2003, p. 131. L'approche alliée ne se fit cependant pas sans pertes : des espions français rapportèrent que quelque 900 malades avaient dû être laissés à Kassel.
  19. Falkner 2004, p. 26
  20. Falkner 2004, p. 40
  21. a et b Henderson 1966, p. 103
  22. Chandler 2003, p. 139
  23. Falkner 2004, p. 41
  24. Falkner 2004, p. 44. Lynn affirme que Tallard atteignit Augsburg le 3.
  25. Holmes 2008, p. 279. Plusieurs historiens éminents avancent, comme le fit Mérode-Westerloo à l'époque, qu'il ne s'agissait là que d'un moyen diplomatique de sa part « d'écarter de son chemin le timoré et pinailleur Margrave ». Marlborough assura toutefois Heinsius que le siège était parfaitement nécessaire et il n'y a aucune preuve qu'ils agirent délibérément pour l'éloigner.
  26. Falkner 2004, p. 47
  27. Chandler 2003, p. 141
  28. Churchill 2002, p. 842. Les Français capturèrent quatre prisonniers qui, interrogés, déclarèrent que l'armée de Marlborough s'apprêtait à marcher en direction de Nördlingen le lendemain matin
  29. a et b Coxe, Memoirs of the Duke of Marlborough, vol. i, p. 188
  30. Barnett 1999, p. 106
  31. Falkner 2004, p. 57
  32. Barnett 1999, p. 108. Certaines sources (Churchill, Chandler) suggèrent que Marlborough avait délibérément « intoxiqué » Tallard au moyen de faux renseignements donnés involontairement par les prisonniers.
  33. Barnett 1999, p. 109
  34. Churchill 2002, p. 848
  35. Falkner 2004, p. 58
  36. a et b Falkner 2004, p. 61
  37. Falkner 2004, p. 62
  38. Falkner 2004, p. 63
  39. Churchill 2002, p. 852
  40. Falkner 2004, p. 66
  41. Churchill 2002, p. 853. Deux des subalternes de Rowe furent tués en tentant de lui porter secours: le Lieutenant-Colonel Dalyell et le Major Campbell.
  42. Churchill et Coxe donnent trois escadrons de Gendarmes. Le régiment de Rowe perdit son drapeau qui fut promptement repris par des Hessois.
  43. Falkner 2004, p. 68
  44. a et b Chandler 1998, p. 145
  45. Falkner 2004, p. 70
  46. Spencer 2005, p. 270
  47. Falkner 2004, p. 71
  48. Tincey 2004, p. 67
  49. Spencer 2005, p. 268
  50. Falkner 2004, p. 73
  51. Churchill 2002, p. 856
  52. a et b Falkner 2004, p. 76. Dans son récit de la bataille, Tallard explique ainsi sa défaite : « d'abord parce que les Gendarmes furent incapables de rompre cinq escadrons anglais… »
  53. a et b Falkner 2004, p. 77
  54. Falkner 2004, p. 78
  55. Spencer 2005, p. 264
  56. Falkner 2004, p. 80. Tallard raconta plus tard : « À ce moment, je vis l'espoir de la victoire. »
  57. Chandler 1998, p. 161
  58. Falkner 2004, p. 81
  59. Churchill 2002, p. 858
  60. Falkner 2004, p. 82
  61. a, b, c et d Falkner 2004, p. 86
  62. Churchill 2002, p. 860
  63. Churchill donne 2 000
  64. a et b Falkner 2004, p. 90
  65. Tincey 2004, p. 85
  66. Spencer 2005, p. 294
  67. McKay: Prince Eugene of Savoy, p. 86
  68. Falkner 2004, p. 91
  69. L'infanterie danoise perdit 2.401 hommes dans la prise des bois par delà Lutzingen (Falkner)
  70. Falkner 2004, p. 95
  71. Churchill 2002, p. 865
  72. Spencer 2005, p. 291
  73. Churchill 2002, p. 867
  74. Falkner 2004, p. 98
  75. Barnett 1999, p. 121
  76. a et b Barnett 1999, p. 122
  77. a et b Chandler 2003, p. 149
  78. a et b Falkner 2004, p. 103
  79. Lynn 1999, p. 293
  80. a et b Tincey 2004, p. 88
  81. « Histoire de Jean Churchill, duc de Marlborough », 1808, p. 160.
  82. Churchill donne le chiffre de 171 étendards et 129 drapeaux.
  83. (en) Edward Shepherd Creasy, The Fifteen Decisive Battles of the World, 1851

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]