Djamila Boupacha

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Djamila Boupacha en 1962.

Djamila Boupacha, née le 9 février 1938 à Bologhine (anc. Saint-Eugène)[1], est une militante du Front de libération nationale algérien, dont les aveux - obtenus par le viol, et la torture pendant plus d'un mois - ont donné lieu à une affaire judiciaire et médiatique à l’initiative de Gisèle Halimi et de Simone de Beauvoir. Néanmoins condamnée à mort le 28 juin 1961, elle est amnistiée dans le cadre des accords d'Évian, et finalement libérée le 21 avril 1962 (ordonnance de non lieu le 7 mai 1962).

Biographie[modifier | modifier le code]

Fille d'Abdelaziz Ben Mohamed et d'Amarouche Zoubida Bent Mohamed, cette jeune musulmane pieuse et fille de militant s'engage dans le FLN sous le nom de guerre de Khelida lors de la Guerre d'Algérie. En 1960, elle est accusée d'avoir déposé une bombe - désamorcée - à la Brasserie des Facultés en février 1959 à Alger[2]. Suivant Gisèle Halimi, « elle n'avait pas commis d'attentat mais était sur le point d'en commettre un »[3]. Elle est arrêtée le 10 février 1960 en compagnie de son père, de son frère, sa sœur Nafissa et de son beau-frère Abdellih Ahmed. Emprisonnée et torturée comme son père et son beau-frère, elle est violée au cours de sévices qui durent plus d'un mois, infligés par des membres de l'armée française.

Simone de Beauvoir rédige une tribune à son sujet dans les colonnes du journal Le Monde en date du 2 juin 1960[4] que le premier ministre Michel Debré fait saisir en Algérie[2]. Défendue par Gisèle Halimi, l'affaire Djamila Boupacha prend une ampleur médiatique et internationale importante lorsqu'un Comité pour Djamila Boupacha est créé, présidé par Simone de Beauvoir, et qui comprend parmi ses membres Jean-Paul Sartre, Louis Aragon, Elsa Triolet, Gabriel Marcel, Geneviève de Gaulle ou encore Germaine Tillion. À la suite des pressions du comité de soutien qui s'est constitué pour sa défense et par l'entremise de Simone Veil, alors magistrate, elle est transférée en France métropolitaine pour y être jugée, de crainte que l'on abatte Djamila Boupacha dans sa cellule afin qu'elle ne parle pas. Pour les faits de torture, Gisèle Halimi poursuit le ministre de la défense Pierre Mesmer ainsi que le général Charles Ailleret, qui commande alors l'armée française en Algérie, pour forfaiture[3].

Djamila Boupacha comparait à Caen fin juin 1961, dans un procès au cours duquel elle identifie ses tortionnaires mais au terme duquel elle est condamnée à mort, le 28 juin[5]. En 1962 elle est amnistiée en application des accords d'Évian mettant fin à la guerre d’Algérie et libérée le 21 avril 1962.

Elle est libérée le 7 mai 1962 par ordonnance de non-lieu, en application du décret d'amnistie du 22 mars. Réfugiée chez Gisèle Halimi, elle est séquestrée puis transférée à Alger par la Fédération de France du FLN, qui dénonce « l'opération publicitaire tentée à des fins personnelles » par l'avocate Gisèle Halimi [6].

Le peintre Pablo Picasso réalise le portrait de Djamila Boupacha[7] qui illustre la couverture du livre que Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir publient avec d'autres en 1962 sur ce dossier et le musicien Luigi Nono rend hommage à la jeune femme en lui consacrant une pièce de ses Canti di Vita et D'amore[8].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

  • (en) Philip Agee, Torture as an Instrument of National Policy : France 1954—1962 in Social Justice, vol. 17, no 4 (42), hiver 1990, pp. 131-138, extrait en ligne
  • (en) Page Whaley Eager, From Freedom Fighters to Terrorists, éd. Ashgate, 2008,pp. 111-114, ouvrage en ligne

Filmographie[modifier | modifier le code]

Vidéographie[modifier | modifier le code]

Musique[modifier | modifier le code]

  • En 1962, le compositeur italien Luigi Nono (1924-1990) compose les Canti di Vita et D'amore, parmi lesquelles une pièce vocale d'environ dix minutes pour soprano solo intitulée Djamila Boupacha.
  • En 2000, Francesca Solleville interprète Djamila composée par Bernard Joyet sur le disque Grand frère petit frère. En 2012, Bernard Joyet reprend la chanson dans son disque Autodidacte.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Gisèle Halimi et alii, Djamila Boupacha, éd. Gallimard, 1962,
  2. a et b (en) James D. Le Sueur, « Torture and the decolonization of french algeria : nationalisme 'race' and violence during colonial incarceration », in Graeme Harper (dir.), Colonial and Post-Colonial Incarceration, éd. Continuum International Publishing Group, 2001, pp. 161-175, extraits en ligne
  3. a et b Interview de Gisèle Halimi, n.d., en ligne sur le blog Cri du cœur, 01/11/2008
  4. Simone de Beauvoir, Pour Djamila Boupacha, in Le Monde, le 02/06/1960,facsimilé de l'article en ligne
  5. Djamila Boupacha, par Picasso , in E-Marrakec, 05/07/2008, article en ligne
  6. Le Monde du 3 mai 1962
  7. Djamila Boupacha par le grand Pablo Picasso sur nadjet-criducoeur.blogspot.com (consulté le 7 avril 2011)
  8. You Tube