Renaissance nationale tchèque

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La Renaissance nationale tchèque (České národní obrození[1] en tchèque) est un mouvement culturel né dans les pays tchèques aux XVIIIe et XIXe siècles. Le but du mouvement est de faire renaître la langue, la culture et l'identité tchèques, marginalisées ou germanisées depuis la répression du mouvement hussite par les Habsbourg, commencée au XVe. Les personnalités les plus proéminentes du mouvement sont Josef Dobrovský et Josef Jungmann.

Contexte[modifier | modifier le code]

Suite à la politique de germanisation des Habsbourg dans les pays tchèques, la noblesse tchèque disparaît en tant que telle, en s'intégrant dans la noblesse autrichienne ; le tchèque devenu une « langue de paysans analphabètes » est éliminé de l'administration, de la littérature, des écoles, de l'université de Prague et les classes supérieures passent à l'allemand. Après la bataille de la Montagne Blanche en 1620, les livres écrits en tchèque sont brûlés et toute publication en tchèque est considérée comme hérétique par les Jésuites. C'est pourquoi le mouvement de Renaissance culturelle et linguistique puise son inspiration parmi les Tchèques ordinaires de la campagne, tout en étant mené par les rares lettrés tchèques subsistants : instituteurs, écrivains publics, traducteurs, théologiens, prêtres, notaires…

Événements marquants[modifier | modifier le code]

Josef Dobrovský publie sa Grammaire tchèque en 1809. Josef Jungmann publie son Dictionnaire tchéco-allemand en cinq volumes entre 1834 et 1839.

Ces œuvres lexicographiques exercent une influence importante sur l'évolution de la langue tchèque. Jungmann combine le vocabulaire de la période de la Bible de Kralice (1579-1613) avec la langue utilisée par ses contemporains. Il emprunte à d'autres langues slaves des mots qui n'existent pas (ou plus) en tchèque et crée ainsi un certain nombre de néologismes. Jungman inspire également le développement d'un langage scientifique tchèque, ce qui rend possible le développement d'une recherche et d'un enseignement tchèques originaux.

Épisode moins glorieux, mais révélateur de ce retour aux sources de la langue, la découverte fortuite des manuscrits de Dvůr Kralové et Zelená Hora, en 1817, alimente un débat intellectuel durant tout le XIXe siècle. S'agit-il des plus anciens manuscrits connus en langue tchèque, ou de faux brillants ? Quoi qu'il en soit, il n'est pas fortuit que la polémique s'éteigne en même temps que le mouvement de la Renaissance nationale tchèque, avec la fin du XIXe siècle et l'avènement de la bourgeoisie tchèque aux postes clés de l'administration du pays.

L'année 1862 voit, sous l'impulsion de Miroslav Tyrš, la naissance de l'association gymnique nationaliste Sokol.

Avec la renaissance de la langue, la culture tchèque refleurit. Des institutions tchèques sont établies pour célébrer l'histoire et la culture tchèques. Le Théâtre national ouvre ses portes en 1883, et le Musée national en 1890.

La lutte culturelle ne saurait éviter le terrain éducatif. Un professorat tchèque est progressivement mis en place au sein de l'Université Charles de Prague : en 1863, sur les 187 cours donnés, 22 le sont en tchèque, le reste l'étant en allemand. En 1882, suivant la pression de la bourgeoisie tchèque montante et du renforcement du sentiment national, l'université (alors appelée Carolo-Ferdinandea) est divisée en deux entités, l'une tchèque, l'autre allemande, totalement indépendantes l'une de l'autre. En 1909, le nombre des étudiants de la Karlo-Ferdinandova univerzita atteint 4 300 alors que ceux de la Karl-Ferdinand Universität est de 1 800.

Conséquences[modifier | modifier le code]

En conséquence de ces efforts culturels et identitaires, initialement dans le cadre de l'austroslavisme, le tchèque retrouva un usage officiel dans les pays tchèques, et la majorité des Tchèques y compris citadins se mit à l'utiliser ; des germanophones et des locuteurs du yiddish l'apprirent aussi, alors qu'avant la Renaissance nationale tchèque, cette langue slave risquait de disparaître au profit de l'allemand. Ce fut l'un des vecteurs du combat des Tchèques pour l'indépendance, acquise en 1918. La langue tchèque est aujourd'hui officielle en République tchèque et dans l'Union européenne.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pour illustrer le contenu de l'article, mentionnons ici que le tchèque possédait et possède le mot renesance (« renaissance »), obrození de od (préfixe qui donne une idée de point de départ) et rození (« naissance ») fait partie de ces mots créés ou recréés par Jungmann et ses élèves. En l'occurrence obrození ne s'utilise guère, en tchèque, que pour parler de cette renaissance linguistique.