Wyndham Lewis

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Wyndham Lewis
Wyndham Lewis photo by George Charles Beresford 1913.jpg

Wyndham Lewis en 1913 par George Charles Beresford

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Percy Wyndham Lewis (Amherst, Nouvelle-Écosse, Londres, ) est un peintre et un écrivain britannique, né canadien. Il est l'un des fondateurs du mouvement vorticiste dans l'art, et édita le journal vorticiste BLAST (deux numéros). Ses romans comptent Tarr, qui se déroule à Paris avant la Première Guerre mondiale, et The Human Age, une trilogie qui comprend The Childermass (1928), Monstre Gai et Malign Fiesta (tous les deux en 1955), situés dans l'au-delà. Lewis avait amorcé un quatrième volume de The Human Age, intitulé The Trial of Man, mais il le laissa à l'état de fragments au moment de sa mort.

Wyndham Lewis est né sur le yacht de son père au large de la province canadienne de la Nouvelle-Écosse. Sa mère britannique et son père américain se séparent vers 1893. Sa mère retourne alors en Angleterre, où Lewis fait ses études, d'abord à la Rugby School, puis à la Slade School of Art de l'University College de Londres, avant de passer la majeure partie des années 1900 à voyager à travers l'Europe et à étudier l'art à Paris.

Début de carrière et vorticisme[modifier | modifier le code]

Résidant surtout en Angleterre après 1908, Lewis publie ses premiers travaux (récits de ses voyages en Bretagne) dans la English Review de Ford Madox Ford en 1909. Il participe plus ou moins, en 1911, à la fondation officielle du Camden Town Group, sous l'égide du peintre Walter Sickert, aux côtés d'autres artistes comme Augustus John, Duncan Grant et Lucien Pissarro. En 1912, Lewis expose ses illustrations cubo-futuristes pour Timon d'Athènes (par la suite publiées en tant que portfolio, le projet d'édition de la pièce de Shakespeare ne s'étant jamais concrétisé), et trois toiles importantes pour la deuxième exposition postimpressionniste. Tout cela le met en contact étroit avec le Bloomsbury Group, en particulier Roger Fry et Clive Bell.

Toujours en 1912, il reçoit la charge de réaliser une décoration murale, un rideau de scène et d'autres ornementations pour la Cave of Golden Calf, un cabaret d'avant-garde situé dans Heddon Street à Londres.

C'est dans les années 1913-1915 qu'il trouve le style d'abstraction géométrique pour lequel il est encore célèbre aujourd'hui, un style que son ami Ezra Pound surnomme « vorticisme ». Lewis trouvait séduisante la forte structure de la peinture cubiste, mais affirmait qu'elle n'avait pas l'air « vivante » par rapport à l'art futuriste, lequel à l'inverse manquait de structure. Le vorticisme combine les deux mouvements dans une critique saisissante de la modernité.

Dans ses premières œuvres, en particulier les versions de la vie de village en Bretagne montrant des danseurs (vers 1910-1912), il est possible que Lewis ait subi l'influence de la philosophie du devenir de Bergson, aux cours duquel il avait assisté à Paris. Bien que, par la suite, il ne manquât pas de critiquer durement Bergson, il devait admettre dans une lettre à Théodore Weiss (19 avril 1949) qu'il « avait commencé par embrasser son système de l'évolution. » L'influence de Nietzsche fut également déterminante.

Après avoir collaboré un bref moment aux Omega Workshops, Lewis entre en conflit avec le fondateur, Roger Fry, et avec plusieurs artistes quitte Omega pour lancer un atelier concurrent appelé le Rebel Art Centre. Le Centre ne dure que quatre mois, mais il donne naissance au Vorticism Group et à la publication BLAST. C'est dans BLAST que Lewis publie le manifeste du groupe ; il y contribue aussi par des œuvres d'art et y rédige des articles.

Première Guerre mondiale : officier d'artillerie et artiste de guerre[modifier | modifier le code]

Couverture de Blast, juillet 1915

Après la seule exposition des vorticistes, en 1915, le mouvement se disperse, essentiellement en raison de la Première Guerre mondiale. Wyndham Lewis est affecté au front ouest et sert en tant que second lieutenant dans la Royal Artillery. Après la bataille d'Ypres en 1917, il devient artiste de guerre officiel, à la fois pour le gouvernement canadien et le gouvernement britannique, et commence son travail en décembre 1917.

Pour les Canadiens, il peint A Canadian Gun-Pit (1918, National Gallery of Canada, à Ottawa) à partir de croquis réalisés sur la crête de Vimy. Pour les Britanniques, il peint une de ses œuvres les plus fameuses, A Battery Shelled (1919, Imperial War Museum), en faisant appel à sa propre expérience quand il avait la charge d'un obusier de 6 pouces à Passchendaele. Lewis expose ses dessins de guerre et quelques autres peintures de la guerre dans une exposition, « Guns », en 1918.

Tarr, son premier roman, est également publié sous forme de livre en 1918, après sa parution en feuilleton dans The Egoist de 1916 à 1917. On s'accorde à y voir un des principaux textes clés du modernisme. Plus tard, Lewis mit par écrit ses expériences et ses opinions sur cette période de sa vie dans Blasting and Bombardiering (1937), œuvre autobiographique qui représente également son art de l'après-guerre.

Les années 1920 : le peintre moderniste et The Enemy[modifier | modifier le code]

Wyndham Lewis en 1929 par George Charles Beresford

La guerre terminée, Lewis reprend sa carrière de peintre avec une exposition importante, Tyros and Portraits, tenue à la Leicester Galleries en 1921. « Tyros » présente des personnages satiriques et caricaturaux dont Lewis se servait pour commenter la culture de la « nouvelle époque » qui avait succédé à la Première Guerre mondiale. Un Reading of Ovid et Mr Wyndham Lewis as a Tyro sont les seules toiles qui subsistent de cette série. Autre volet du même projet, Lewis lance son deuxième magazine, The Tyro, qui n'eut que deux numéros. Le second (1922) contient d'importantes déclarations sur l'esthétique visuelle de Lewis : An Essay on the Objective of Plastic Art in our Time. C'est au début des années 1920 qu'il perfectionne son coup de crayon, le rendant plus incisif.

À la fin des années 1920, il peint moins, se concentre plutôt sur l'écriture. Il lance alors un nouveau magazine, The Enemy (trois numéros, 1927-1929), en grande partie rédigé par lui-même et qui proclame par le titre même sa position belliqueuse. Ce magazine, ainsi que les travaux théoriques et critiques qu'il publie entre 1926 et 1929, marque sa rupture délibérée d'avec l'avant-garde et ceux qui étaient autrefois ses proches. Ils ont échoué, pensait-il, faute d'avoir su analyser avec suffisamment d'esprit critique les idéologies de ceux qui ont travaillé en Occident contre le changement révolutionnaire. C'est pourquoi leur œuvre est devenue un banal véhicule de ces idéologies pernicieuses. Son principal travail théorique et culturel, au cours de cette période, est The Art of Being Ruled (1926). Time and Western Man (1927) s'avère un débat philosophique et culturel avec des critiques pénétrantes de James Joyce, Gertrude Stein et Ezra Pound : un ouvrage qu'on lit encore pour la justesse du regard posé. Sur le plan philosophique, Lewis attaque la « philosophie du temps » (c'est-à-dire la philosophie du processus) de Bergson, Samuel Alexander, Alfred North Whitehead et plusieurs autres.

Les années 1930 : la politique et la fiction[modifier | modifier le code]

The Apes of God (1930) se révèle une attaque satirique mordante, avec un long chapitre caricaturant la famille Sitwell, ce qui n'a pas facilité la position de l'auteur dans le monde littéraire londonien. Son livre Hitler (1931) présente Adolf Hitler comme un « homme de paix » qui voit les membres de son parti menacés dans la rue par la violence communiste, et Lewis n'en devient que plus impopulaire parmi les libéraux et les antifascistes, surtout après l'accession d'Hitler au pouvoir en 1933. Par la suite, il écrit Le Culte d'Hitler (1939), où il revient sans hésiter sur son intention première de soutenir Hitler, mais politiquement Lewis reste quelqu'un d'isolé au cours des années 1930. Dans sa Letter to Lord Byron, Auden le surnomme « le vieux volcan solitaire de la droite ». Lewis croit qu'il existe ce qu'il appelle une « orthodoxie de la gauche » en Grande-Bretagne au cours des années 1930. Il estime qu'il n'est pas dans l'intérêt de la Grande-Bretagne de s'allier avec l'Union soviétique, « dont les journaux que lisent la plupart d'entre nous assurent qu'elle a fusillé il y a quelques années seulement des millions de ses citoyens parmi les meilleurs, comme elle l'a fait pour sa famille impériale tout entière. » (Time and Tide, le , p. 306).

Les romans de Lewis sont généralement reconnus pour représenter de façon satirique et hostile les juifs, les homosexuels, les lesbiennes et les autres minorités. Le roman Tarr de 1918 est réimprimé en 1928 dans une édition entièrement revue. Dans un passage qui a été développé, le romancier donne un rôle clé à un personnage juif qui veille à ce qu'un duel ait bien lieu. On y a vu une représentation allégorique d'un prétendu complot sioniste contre l'Occident. The Apes of God (1930) est interprété de la même manière du fait qu'un grand nombre des personnages satirisés sont juifs, y compris l'auteur moderniste et éditeur Julius Ratner, dont le portrait combine des stéréotypes antisémites et des figures historiques de la littérature (John Rodker et James Joyce, bien que l'élément concernant Joyce consiste dans la simple utilisation du mot « épiphanie » dans la parodie des ajouts sur Rodker Lewis). Un élément important de ces interprétations est qu'on pense que Lewis a caché et marginalisé ses théories sur la conspiration. Depuis la publication de T. S. Eliot, Anti-Semitism, and Literary Form d'Anthony Julius (1995, révisé en 2003), où l'antisémitisme de Lewis est décrit comme « essentiellement banal », ce point de vue n'est plus pris au sérieux.

Œuvres[modifier | modifier le code]

Romans[modifier | modifier le code]

Trilogie The Human Age[modifier | modifier le code]

  • The Childermass (1928)
  • Monstre Gai (1955)
  • Malign Fiesta (1955)

Autres romans[modifier | modifier le code]

  • Tarr (1918)
    Publié en français sous le titre Tarr, traduit par Bernard Lafourcade, Paris, Christian Bourgois, 1970
  • The Apes of God (1930)
  • Snooty Baronet (1932)
  • The Revenge for Love (1937)
    Publié en français sous le titre La Rançon de l'amour, traduit par Bernard Lafourcade, Lausanne, Éditions L'Âge d'Homme, coll. « Bibliothèque l'Âge d'Homme », 1980
  • The Vulgar Streak (1941)
  • Self Condemned (1954)
    Publié en français sous le titre Condamné par lui-même, traduit par Philippe Valentré, Paris, Phébus, coll. « D'Aujourd'hui. Étranger », 2002 (ISBN 2-85940-790-1)
  • The Red Priest (1956)
  • The Roaring Queen (1973), écrit en 1936, mais publié de façon posthume
  • Mrs Duke's Million (1977), écrit en 1908-1910, mais publié de façon posthume

Recueils de nouvelles[modifier | modifier le code]

  • The Ideal Giant, The Code of a Herdsman, Cantleman’s Spring-Mate (1917)
    Publié en français de façon partielle dans une édition bilingue sous le titre Cantleman et la saison des amours. Le Code d'un bouvier, Paris, Lettres modernes, coll. « Passeports » no 21, 1968
  • The Wild Body: A Soldier Of Humour And Other Stories (1927)
    Publié en français sous le titre Le Corps sauvage, traduit par Odette Bornand, Pierrette et Bernard Lafourcade, Lausanne, Éditions L'Âge d'Homme, 1982
  • Rotting Hill (1951)
  • Unlucky for Pringle (1973), publication posthume

Essais[modifier | modifier le code]

  • The Caliph's Design : Architects! Where is Your Vortex? (1919)
  • The Art of Being Ruled (1926)
  • The Lion and the Fox: The Role of the Hero in the Plays of Shakespeare (1927)
  • Time and Western Man (1927)
  • Paleface: The Philosophy of the Melting Pot (1929)
  • Hitler (1931)
  • The Diabolical Principle and the Dithyrambic Spectator (1931)
  • Doom of Youth (1932)
  • Left Wings over Europe; or, How to Make a War about Nothing (1936)
  • Count Your Dead: They are Alive!: Or, A New War in the Making (1937)
  • The Mysterious Mr. Bull (1938)
  • The Jews, Are They Human? (1939)
  • The Hitler Cult and How it Will End (1939)
  • Anglosaxony: A League that Works (1941)
  • America and Cosmic Man (1949)
  • The Writer and the Absolute (1952)
  • The Demon of Progress in the Arts (1955)
  • À bas la France, vive la France, anthologie d'essais traduits en français par Pierrette et Bernard Lafourcade, Lausanne, L'Âge d'Homme, coll. « Domaine anglais », 1985
  • Creatures of Habit and Creatures of Change (1989), publication posthume

Critiques artistiques et littéraires[modifier | modifier le code]

  • Satire and Fiction (1930)
  • Men Without Art (1934)

Récits de voyages[modifier | modifier le code]

  • Filibusters in Barbary (1932, republié sous le titre Journey into Barbary
  • America, I Presume (1940)

Théâtre[modifier | modifier le code]

  • Enemy of the Stars (1932)

Poésie[modifier | modifier le code]

  • One-Way Song (1933)

Autobiographie[modifier | modifier le code]

  • Blasting and Bombardiering (1937)
    Publié en français sous le titre Mémoires de feu et de cendre, traduit par Gérard-Georges Lemaire, Paris, Christian Bourgois, coll. « Les Derniers Mots », 1990 (ISBN 2-267-00973-0)
  • Rude Assignment (1950)

Autres publications[modifier | modifier le code]

  • The Letters of Wyndham Lewis (1963), publication posthume

Liens externes[modifier | modifier le code]