Table tournante (spiritisme)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Table tournante.
Salon parisien avec tables tournantes (magazine L'Illustration en 1853).

La table tournante est un procédé utilisé par les adeptes du spiritisme pour dialoguer avec les « esprits » de l'au-delà. Au cours d'une séance (en), les participants s'assoient autour d'une table (souvent munie d'une planchette appelée ouija) et placent leurs mains dessus.

Histoire[modifier | modifier le code]

Dans l'Antiquité, les « mensa divinatoriae » sont des tables utilisées pour la divination. Ammien Marcellin décrit ainsi une table avec une dalle, gravée avec les lettres de l'alphabet, au-dessus de laquelle est suspendu à un fil un anneau se balançant sur certaines lettres[1].

La pratique de la table tournante moderne s'inscrit dans le courant du spiritualisme moderne anglo-saxon . Le procédé de « table moving » (« danse des tables ») naît dans l'ouest de l'État de New York (grand centre d'expérimentations religieuses où est déjà né le mormonisme en 1830) en 1848 et se généralise aux États-Unis au début des années 1850 (se développant parallèlement au télégraphe électrique[2], la table tournante est alors appelée « télégraphe spirituel ») avant de traverser l'Atlantique pour atteindre l'Europe en mars 1853, date à laquelle la table débarque d'un vapeur dans le port de Brême[3].

Alors que la mode des « tables tournantes » culmine en Europe pendant l'hiver 1853 puis décline progressivement, cette pratique s'enracine en France où le mesmérisme, le swendenborgisme et le fouriérisme ont déjà largement préparé le terrain au spiritisme, la table tournante devenant un des premiers américanismes de la culture française[4]. Tous les salons de la bonne société du Second Empire discutent du sujet et tentent des expériences paranormales de ce qui devient une des premières modes universelles favorisée par l'attrait de la nouveauté, la simplicité de la pratique, la libération de la parole et de l'inconscient, et l'alternance des sexes dans une demi-pénombre favorable aux prises d'initiatives amoureuses[3]. Gérard de Nerval, Edgar Allan Poe ou Victor Hugo durant son exil de Jersey en sont des fervents adeptes[5]. Les scientifiques étudient dès les origines le phénomène, tel Michael Faraday[6]. Une commission charge le chimiste Michel-Eugène Chevreul d'étudier scientifiquement le phénomène mais son rapport, remis à l'Académie des Sciences en 1854, n'est pas publié[7]. Lorsque l'expérience de physique amusante des tables tournantes passe à celui des tables parlantes, les scientifiques abandonnent l'opinion populaire à ses croyances spirites, laissant le phénomène prospérer[8]. Bien que l'Église condamne la pratique[9], elle perdure essentiellement en France jusqu'à la fin du XIXe siècle grâce au spiritisme d'Allan Kardec, pour décliner ensuite et devenir anecdotique[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Gale Encyclopedia of Occultism & Parapsychology : Table-turning
  2. Cette invention prodigieuse qui permet de communiquer dans l'espace est un des facteurs favorisant le développement du spiritisme qui prétend communiquer avec les âmes dans le temps.
  3. a et b Guillaume Cuchet, « La grande mode des tables tournantes », L'Histoire, no 377,‎ 2012, p. 80
  4. Christian Bouchet, Le spiritisme, Collection B.A.-BA, Pardes, Puiseaux, 2004, page 107.
  5. Jean de Mutigny, Victor Hugo et le spiritisme, Nathan,‎ 1981, 126 p. (ISBN 2092994026)
  6. Michael Faraday, « Recherches experimentales sur les tables tournantes », article paru dans l'Illustration du 2 juillet 1853
  7. Michel-Eugène Chevreul, De la baguette divinatoire, pendule explorateur, tables tournantes du point de vue de l'histoire, de la critique et de la méthode expérimentale par M.E. Chevreul, Aparis,‎ 2008, 364 p. (ISBN 2356074759)
  8. a et b Guillaume Cuchet, Les Voix d'outre-tombe. Tables tournantes, spiritisme et société au XIXe siècle, éd. du Seuil,‎ 2012, 458 p.
  9. Louis Bautain (abbé), Avis aux Chrétiens sur les tables tournantes et parlantes, par un ecclésiastique, Devarenne,‎ 1853, 24 p.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Christian Bouchet, Le spiritisme, Collection B.A.-BA, Pardes, Puiseaux, 2004.