Mécène

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Caius Cilnius Mæcenas, dont le nom francisé est Mécène (vers 70 av. J.-C.8 av. J.-C.), est un homme politique romain et un proche de l'empereur Auguste, célèbre pour avoir consacré sa fortune et son influence à promouvoir les arts et les lettres. Virgile, Properce et Horace lui rendirent en hommage ce qu'ils avaient reçu en bienfaits. Il fit ses études en Grèce et vécut à Rome dans la deuxième moitié du Ier siècle avant l'ère chrétienne.

Les relations entre Mécène et Auguste furent certainement plus complexes et plus difficiles qu’on ne le dit généralement. En effet Mécène était totalement sous le charme de son épouse Terentia, et celle-ci le trompait publiquement avec Auguste. D’autre part, il est évident qu’entre Mécène et Marcus Vipsanius Agrippa, qui fut le gendre d’Auguste et son lieutenant, régnait une certaine agressivité.

Patron des poètes, Mécène apparaît très fréquemment dans leurs vers, soit à visage découvert, soit sous divers masques, et c’est toujours pour s’opposer comme un modèle d’élégance, de goût, d’humanité, et de sensibilité douloureuse, à un Auguste violent, grossier, dominateur, et menaçant, qu’il incombe au lecteur d’identifier sous ses différents avatars.

Les liens d’amitié entre Mécène et Horace furent particulièrement étroits.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

La date de naissance de Mécène n'est connue qu'avec une incertitude de quatre années, un 13 avril entre 74 et 70 av. J.-C.[1]. Simple chevalier probablement originaire d'Arezzo, il se vantait de sa lointaine ascendance princière étrusque[2], et prétendait descendre de la maison des Cilnii[3],[4], qui suscitait la jalousie de ses concitoyens par sa richesse et de son influence à Arretium au IVe siècle av. J.-C. Tacite parle de lui sous le nom de Cilnius Maecenas[5] et il est possible que « Cilnius » ait été le nomen de sa mère — ou que Mécène soit en fait un cognomen.

Le Caius Maecenas, dont Cicéron fait mention comme d'un membre influent de l'ordre équestre en 91 av. J.-C.[6], peut avoir été son grand-père[7], voire son père. Le témoignage d'Horace et les goûts littéraires de Mécène lui-même montrent qu'il avait bénéficié de la meilleure éducation de son temps.

Vie publique[modifier | modifier le code]

Mécène doit sa position et son influence à ses liens étroits avec Octave le futur empereur Auguste. Il apparaît pour la première fois dans l'histoire en 40 av. J.-C., pour négocier le mariage d'Octave avec Scribonia, une veuve plus âgée que lui, ce qui rapproche Octave de Sextus Pompée et empêche ce dernier de s'allier à Marc Antoine[8]. Ensuite il négocie le pacte de Brindes et la réconciliation avec Marc Antoine. En tant qu'ami intime et conseiller, il agit comme représentant d'Octave quand il est à l'étranger[9].

Certains passages chez Properce semblent indiquer que Mécène a pris quelque part aux campagnes de Modène, de Philippes et de Pérouse.

C'est en 39 av. J.-C. qu'Horace est présenté à Mécène, qui avait auparavant sympathisé avec Varius et Virgile, à qui Mécène commande régulièrement des œuvres. Dans les Satires, Mécène et Marcus Cocceius Nerva — arrière-grand-père du futur empereur Nerva — sont décrits comme ayant été envoyés en mission importante, en 37 av. J.-C., pour arranger, par le pacte de Tarente, une réconciliation entre les deux prétendants au pouvoir suprême[9]. Au cours de la guerre de Sicile contre Sextus Pompée en 36 av. J.-C.[9], on fait revenir Mécène à Rome, où on lui confie le haut commandement administratif de la ville et en Italie. Il est gère Rome pendant l'absence d'Octave durant la campagne d'Actium, pendant laquelle, avec rapidité et discrétion, il écrase la conspiration de Lépide le Jeune et, pendant les absences ultérieures de son chef dans les provinces, il tient encore la même position[5].

A la fin des guerres civiles, Mécène est à la tête d'une richesse considérable, en partie héritée, en partie obtenue par la saisie des biens de Marcus Favorinus, proscrit après Pharsale. Il est propriétaire de terres en Égypte, d'importants vignobles en Italie donnant un vin réputé[10], et d'un somptueux palais sur l'Esquilin à Rome[11].

Au cours des dernières années de sa vie, sa faveur auprès de son maître décline quelque peu. Suétone attribue ce fait à ce que Mécène avait indiscrètement révélé à Terentia, son épouse, la découverte de la conspiration dans laquelle était impliqué Murena, le frère de cette dernière[12], mais, selon Dion Cassius, il faut chercher le motif dans les relations de l'empereur avec Terentia. Sa femme le trompe avec l'empereur, il a selon Tacite une relation avec Bathylle, grand danseur romain de l’époque[13].

Mécène mourut en 8 av. J.-C., laissant l'empereur seul héritier de sa fortune[9].

Personnalité[modifier | modifier le code]

Les avis étaient très partagés dans les temps anciens sur la véritable personnalité de Mécène, mais les témoignages étaient unanimes sur ses capacités administratives et diplomatiques. Il avait l'art de savoir partager alors que se mettait en place un nouvel ordre des choses, il arrivait à concilier les parties, et il était capable de guider le nouvel empire en toute sécurité au milieu d'un grand nombre de dangers. C'est à son influence surtout qu'on a attribué la politique plus humaine d'Octave après sa première alliance avec Marc Antoine et Lépide. Marcus Velleius Paterculus a résumé le mieux ce qu'il était comme homme et comme homme d'État en le décrivant comme « d'une vigilance qui ne s'endormait jamais dans les situations critiques, sachant voir loin et sachant agir, mais lorsqu'il se reposait des affaires il était plus raffiné et plus efféminé qu'une femme[14] ». Sur la base de critères extérieurs tels que le dédain des honneurs, la culture de l'amitié, le goût des banquets, de la musique et des arts, le raffinement et le plaisir physique de la vie, on l'a souvent présenté comme épicurien[15], mais Pierre Boyancé estime qu'il avait l'esprit trop libre pour adhérer à école philosophique[16]. Jean-Marie André considère que l'épicurisme romain de la fin de la République était beaucoup plus souple qu'un catalogue strict de conduites et d'interdits[17].

Certaines expressions dans les Odes d'Horace laisseraient entendre que Mécène avait quelques déficiences dans cette robustesse de tempérament où les Romains aimaient à voir la caractéristique de leur ville. Sénèque jugeait sévèrement Mécène : il désapprouve sa mollesse et son raffinement, il se moque de son style, dont il cite quelques exemples[18]. Tacite dénigre aussi ce style qu'il qualifie de « bouclettes de Mécène »[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. André 1967, p. 11 et 13.
  2. Boyancé 1959, p. 332.
  3. Roland Duflot, Les Satires suivies de la Vie d'Horace par Suétone : Traduction du latin, (lire en ligne)
  4. André 1967, p. ?.
  5. a et b Tacite, Annales, VI, 11
  6. Cicéron, Pro Cluentio
  7. Boyancé 1959, p. 333.
  8. Boyancé 1959, p. 335.
  9. a b c et d (it) « Mecenate nell'Enciclopedia Treccani », sur treccani.it (consulté le 20 février 2017).
  10. Boyancé 1959, p. 334.
  11. Boyancé 1959, p. 338.
  12. Boyancé 1959, p. 340.
  13. Tacite, Annales, I, 54
  14. Velleius Paterculus, Histoire romaine, II, 88
  15. André 1969, p. 16.
  16. Boyancé 1959, p. 333-334.
  17. André 1969, p. 18.
  18. Sénèque, Lettres à Lucilius, 114.
  19. Tacite, Dialogue des orateurs, 26

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

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