Bataille d'Argentré (1795)

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Bataille d'Argentré
Description de cette image, également commentée ci-après
Le bois d'Argentré
Informations générales
Date 5 et 6 juin 1795
Lieu Balazé, puis près d'Argentré-du-Plessis
Issue Victoire des Chouans
Belligérants
Flag of France.svg RépublicainsRoyal Standard of King Louis XIV.svg Chouans
Commandants
Jean HumbertAimé Picquet du Boisguy
Alexis du Bouays de Couësbouc
Guy Picquet du Boisguy
Forces en présence
500 hommes[1]1 300 hommes[2]
Pertes
8 morts[1]
18 blessés[1]
80 morts ou blessés[2]

Chouannerie

Coordonnées 48° 03′ 26″ nord, 1° 09′ 14″ ouest

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Bataille d'Argentré

Le combat d'Argentré se déroule pendant la Chouannerie. Les 5 et 6 juin 1795, les Chouans tentent d'empêcher les Républicains de la garnison de Vitré de s'approvisionner dans les campagnes.

Combat à Balazé[modifier | modifier le code]

La bataille a lieu le 21 juin selon Pontbriand, mais se déroule en réalité le . La garnison républicaine commandée par le général de brigade Jean Humbert manque de vivres car les convois de ravitaillements ont été interceptés par les Chouans. Aussi il tente une expédition à l'extérieur de la ville avec 800 hommes afin de s'approvisionner à Balazé et à Saint-M'Hervé. À Balazé, Alexis du Bouays de Couësbouc, commandant de la division de Vitré de l'Armée catholique et royale de Rennes et de Fougères, réunit alors 600 hommes, dont seulement les deux tiers sont équipés de fusils, et tente malgré tout de s'opposer à Humbert. Le combat a lieu au château du Chatelet, il dure une heure et se termine sur une victoire républicaine. Les Chouans se replient sur Saint-M'Hervé, tandis que Humbert préfère regagner Vitré[2].

« Du Bois de Couasbouc, commandant de la division de Vitré, avait repris les armes aussitôt qu'il eut connaissance de l'arrestation de Cormatin, à Rennes. Ses forces étaient d'abord peu considérable ; il n'avait pas plus de quatre cents hommes armés ; le brave Hubert, Piquet, son beau-frère, Le Mercier, Blondiau, Rossignol, et ceux qui avaient suivi l'armée de la Vendée étaient les principaux chefs. Les campagnes étaient bien disposées, mais on manquait d'armes et de munitions, et, dans les rassemblements, un grand nombre de jeunes gens, armés de fourches, suivaient les colonnes, dans l'espoir de s'en procurer.
Trois semaines après le renouvellement des hostilités, Couasbouc se porta sur la paroisse de Balazé, où il avait indiqué un rassemblement ; il s'y trouva six cents hommes, dont il n'y avait guère que quatre cents armés de fusils. Le général Humbert, qui manquait de grain à Vitré, marcha le même jour, avec une colonne de huit cents hommes, pour en ramasser sur cette paroisse et sur celle de Saint-M'Hervé. Couasbouc, informé de son arrivée, voulut s'opposer à sa marche, et les deux colonnes se rencontrèrent auprès du château du Châtelet[3] [en Balazé]. L'affaire fut très vive et dura une heure ; mais le général avait des forces supérieures : il enfonça les Royalistes, et les força de plier. Couasbouc se retira sur Saint-M'Hervé, et Humbert rentra le soir à Vitré avec ses troupes[2]. »

— Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

Pendant le combat, les Chouans de la division de Fougères de l'Armée catholique et royale de Rennes et de Fougères, commandés par Boisguy, se trouvent à Javené. Ayant entendu la fusillade au loin, ils veulent rejoindre le combat mais sont trompés par le vent qui apportait le bruit du combat. Lorsqu'ils arrivent à Saint-Christophe-des-Bois, l'affrontement est terminé. Boisguy écrit alors à Couësbouc, lui proposant de se réunir le lendemain à Saint-M'Hervé. Couësbouc reçoit le message dans la soirée et fait camper sa troupe à Erbrée[2].

La bataille[modifier | modifier le code]

Sortie des Républicains[modifier | modifier le code]

Le lendemain, Humbert tente une nouvelle sortie avec cette fois ses grenadiers (500 hommes selon le rapport républicain, 1 200 selon Adolphe Orain, 1 500 selon Pontbriand) pour attaquer les troupes de Couëbouc et marche sur Étrelles. Couësbouc espère l'arrivée de Boisguy et fait embusquer ses hommes au village du Bois-Béziers, il reçoit entretemps les compagnies du Pertre, d'Étrelles et d'Argentré en renfort. Ses forces s'élèvent alors à 800 hommes, mais beaucoup sont sans armes. Les Républicains lancent alors la charge et font plier leurs ennemis, plusieurs Chouans prennent la fuite, mais une poignée d'hommes armés parvient à résister pendant deux heures[2].

« Ce jour-là, les deux frères du Boisguy et Bonteville se trouvaient à Javené avec cinq cents hommes ; ayant entendu la fusillade, ils se mirent en route pour venir au secours de Couasbouc, mais le vent qui leur apportait le bruit les trompa, et ce ne fut qu'à Saint-Christophe des Bois qu'ils apprirent que l'affaire avait eu lieu à Balazé. Du Boisguy écrivit à Couasbouc pour l'inviter à rallier ses troupes et à se trouver, le lendemain, au bourg de Saint-M'Hervé ; mais Couasbouc ne s'était arrêté dans cette localité, et était allé coucher sur Erbrée. Le général Humbert en ayant eu avis, pendant la nuit, partit de Vitré, le 21, avec quinze cents grenadiers, et se porta sur Étrelles ; Couasbouc, informé de son projet et instruit par la lettre de du Boisguy de l'arrivée de celui-ci, alla prendre position auprès du village nommé le Bois-de-Béziers ; il lui était arrivé des renforts du Pertre, d'Argentré, et d'Étrelles ; il avait un peu plus de huit cents hommes, dont une partie sans armes ; les Républicains attaquèrent si vivement qu'ils firent d'abord plier ces derniers, qui se retirèrent derrière la colonne, en poussant de grands cris ; mais les hommes armés, profitant de tous les avantages du terrain, se défendirent si bien, pendant deux heures, qu'ils donnèrent le temps aux du Boisguy d'arriver avec leurs troupes, et c'est alors que commença un combat des plus acharnés[2]. »

— Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

Combats à l'étang des Rochers[modifier | modifier le code]

Boisguy arrive alors en renfort avec 700 hommes et rééquilibre les forces. Il attaque par la chaussée de l'étang des Rochers, près du château des Rochers-Sévigné, et repousse les Grenadiers qui perdent 30 hommes dans une contre-attaque. Pendant ce temps, Guy du Boisguy, passe le marais de l'étang, que les Républicains croyaient infranchissables et les attaque sur leur flanc droit. Les Républicains battent alors en retraite en bon ordre et rejoignent le général Humbert, aux prises avec Couësbouc. Les Chouans de Vitré se défendent vigoureusement, mais plus de la moitié du bois tombe aux mains des Républicains. Mais Boisguy et les Chouans de Fougères font leur jonction avec ceux de Couëbouc et rééquilibrent le combat[2].

« Le jeune du Boisguy attaqua la chaussée de l'étang des Rochers et parvint à la franchir, malgré la vigoureuse résistance des grenadiers, qui, en revenant à la charge pour reprendre ce passage à la baïonnette, y perdirent trente hommes. Du Boisguy l'ainé, ayant passé le marais au bout de l'étang, que les Républicains croyaient impraticable, tomba, de son côté, tout à coup, sur leur droite, avec une telle impétuosité qu'ils plièrent, sous les efforts réunis des deux frères, et se retirèrent en bon ordre jusqu'au-delà du bourg d'Argentré, où ils rejoignirent le général Humbert, qui, avec la plus grande partie de ses forces, attaquait le bois ou Couasbouc se défendait vigoureusement[2]. »

— Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

Combats dans les bois d'Argentré[modifier | modifier le code]

Républicains et Chouans s'abritent alors derrière les arbres, chaque parti cherche à rester maître du bois, mais aucun ne prend l'avantage. L'affrontement dure jusqu'à deux heures de l'après-midi, les tirs se font de plus en plus rares et les soldats des deux camps, fatigués, cessent de combattre, cherchant plutôt à rester maîtres de leurs positions qu'à attaquer. Mais alors que les soldats se reposent, une foule de paysans accourt des environs et environne le champ de bataille, tout en restant suffisamment éloignés des combattants[2].

« Celui-ci néanmoins avait été forcé de reculer, et le général occupait déjà plus de la moitié du bois, lorsque les du Boisguy arrivèrent et firent leur jonction avec lui. C'est alors que le combat devint le plus terrible ; chaque arbre servait de retranchement à un ou plusieurs soldats ; tantôt battu, tantôt battant, chaque parti cherchait à rester maître du bois ; enfin, vers 2 heures après-midi, la fusillade cessa tout à coup, de part et d'autre ; il y eut une espèce de trêve, effet de la lassitude.
Le général Humbert, qu'on voyait toujours à la tête de ses grenadiers, reconnut le jeune du Boisguy posté près d'un arbre, à vingt pas de lui ; il lui fit signe de la main et lui dit :«  Eh bien, monsieur du Boisguy, la journée est chaude et je vous rends toute justice, vos hommes se battent très bien. - Et les vôtres, général ! Ce sont les plus intrépides soldats que j'aie encore rencontrés, quel malheur que nous soyons ennemis. - Ce n'est pas ma faute, si j'avais été consulté, on n'eut jamais recommencé la guerre. Mais le vin est tiré, il faut bien le boire. Prenons un quart d'heure pour souffler et nous recommencerons la danse... »[2]. »

— Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

Retraite des Républicains[modifier | modifier le code]

Le château du Plessis, situé près des lieux des combats.

Au bout d'un quart d'heure, le feu reprend, les paysans poussent alors des exclamations et encouragent les Chouans. Mais les Républicains n'ont plus l'initiative et se retrouvent en position de défenseurs. Seules trois compagnies de grenadiers tentent une charge sur le flanc gauche contre un poste que les Républicains devaient prendre s'ils voulaient éviter d'être pris de flanc, mais les Chouans repoussent l'attaque. Les cris des paysans font également croire à Humbert que les Chouans sont plus nombreux qu'ils ne le sont réellement, il ordonne alors la retraite qui s'opère en bon ordre sur la route de Vitré[2].

« Cependant une foule immense, accourue de tous les lieux voisins, se tenait à une assez grande distance des Royalistes, et le cri « en avant ! vive le roi ! » se faisaient entendre de touts parts, au moment où le feu recommença. Les Républicains défendirent le bois pendant longtemps, mais ils ne cherchaient plus à avancer ; seulement, sur la gauche, trois compagnies de grenadiers firent une charge à la baïonnette, pour s'emparer d'un petit poste, défendu par le brave Hubert et Blondiau, qui les repoussèrent avec perte; ce poste était important pour empêcher de tourner la position ; ce fut le dernier effort ; le général Humbert avait perdu beaucoup de monde ; les cris qu'il entendait de toutes parts lui faisaient croire les Royalistes plus nombreux qu'ils n'étaient réellement ; il donna ses ordres pour la retraite, et reprit en bon ordre la route de Vitré ; peu après, il rencontra un corps de cinq cents hommes, qui venaient à son secours ; mais il était déjà tard, et il ne voulut pas recommencer le combat.
Ce général, brave et appréciateur de la valeur, fit publiquement l'éloge de l'ennemi qu'il venait de combattre[2]. »

— Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

Conséquences[modifier | modifier le code]

Selon Pontbriand, le combat a duré 10 heures, dont 6 dans le bois d'Argentré, le rapport républicain en revanche ne mentionne que deux heures de combats. Le butin des Chouans était de 150 fusils. À la suite de ce combat, Boisguy regagne le pays de Fougères, de son côté, Couësbouc donna quelques jours de repos à ses hommes[2].

Selon Pontbriand, les pertes des Chouans étaient de 80 morts ou blessés et celles des Républicains de 300 hommes[2].

« Cette affaire coûta environ trois cents hommes aux Républicains; les Royalistes eurent plus de quatre-vingts hommes tués ou blessés ; il gagnèrent cent cinquante fusils.
Dans cette action, les Royalistes de Vitré manquèrent de cartouches, et on vit des hommes s'élancer au milieu des ennemis, pour enlever les gibernes des grenadiers qui étaient tombés. Il y eut plusieurs luttes corps à corps pour s'emparer d'un arbre, et les soldats combattaient parfois avec la crosse de leurs fusils.
On se battit pendant dix heures, dont six dans le bois d'Argentré. Jean Coutard, de Romagné ; Louis Mal, de Beaucé ; Jean Doudart, de Dompierre ; René Delahaye, de Lécousse ; Pierre Blot, de Chienné ; Jean Brunet, de Luitré, furent assez grièvement blessés dans la troupe de du Boisguy. Brault et Michel Oury, d'Izé ; Joseph Bourdon et Jean Gilles, de Vitré ; René Guillot, de Domalain ; René Hériau et le Dubry François, de Saint-M'Hervé ; Doudé Pierre, de Pocé, furent les plus grièvement blessés dans celle de Couasbouc.
Le lendemain, les deux du Boisguy reprirent la route de Fougères, et Couasbouc donna quelques jours de repos à ses troupes[2]. »

— Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

Les seules sources détaillant ce combat sont les mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand, le rapport des administrateurs républicains est beaucoup plus bref:

« 500 Républicains ont rencontré 2 000 brigands à Argentré; on s'est battu près de deux heures sur une demi-lieue de terrain et, en quelques endroits, à la baïonnette. Nous avons perdus 8 hommes; 18 autres sont blessés et plusieurs dangereusement, mais les brigands ont laissé plus de 100 des leurs sur le champ de bataille[1]. »

Selon l'historien Alphonse de Beauchamp les Républicains remportent la victoire, tuant une centaine de chouans, mais il reprend simplement le rapport des administrateurs sans avoir eu entre les mains les mémoires de Pontbriand[4].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Toussaint du Breil de Pontbriand, Mémoire du colonel de Pontbriand sur les guerres de la Chouannerie, édition Plon, Paris, (réimpr. Y. Salmon, 1988), p. 140-144.
  • Théodore Lemas, Le district de Fougères pendant les Guerres de l'Ouest et de la Chouannerie 1793-1800, Rue des Scribes Éditions, , p. 162.
  • Christian Le Boutellier, La Révolution dans le Pays de Fougères, Société archéologique et historique de l'arrondissement de Fougères, , p. 419-422.
  • Marie-Paul du Breil de Pontbriand, Un chouan, le général du Boisguy, édition Honoré Champion, Paris, (réimpr. La Découvrance, 1994), p. 117-121.
  • Adolphe Orain, La Chouannerie en pays gallo, p. 25-27.

Références[modifier | modifier le code]