Combat de La Valette

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Combat de La Valette

Informations générales
Date
Lieu La Valette
Issue Victoire républicaine
Belligérants
Flag of France (1794–1815, 1830–1958).svg RépublicainsDrapeau des armées catholiques et royales Chouans
Commandants
Philippe Joseph MalbrancqPicot †
Forces en présence
500 à 1 500 hommes[1]27 à 72 hommes[1],[2]
Pertes
6 morts[2]
8 blessés[2]
25 à 72 morts[1],[2]
2 prisonniers[1]

Chouannerie

Coordonnées 48° 04′ 05″ nord, 1° 22′ 07″ ouest
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Combat de La Valette

Le combat de La Valette se déroula le , lors de la Chouannerie.

Prélude[modifier | modifier le code]

Le combat se déroule après une expédition des chouans contre les communes patriotes de Piré-sur-Seiche, Boistrudan et Amanlis ; ces derniers se retirent alors sur le pays de Vitré, mais la tombée de la nuit décide René Augustin de Chalus, le major-général de l'Armée catholique et royale de Rennes et de Fougères, qui estime ses troupes trop fatiguées, à s'arrêter dans la commune de La Valette pour y passer la nuit. Cette décision se fait malgré l'avis de plusieurs officiers, car la population de La Valette est considérée comme républicaine. En dépit des ordres, la majorité des chouans préfèrent se rendre dans les communes de Cornillé, Domalain, Pocé-les-Bois, où la population leur est acquise. Finalement, seul l'état-major de la division de Vitré, la compagnie des Chevaliers catholiques, la colonne d'Izé commandée par Henri du Boishamon et une partie de la colonne d'Argentré, sous les ordres de Toussaint du Breil de Pontbriand, reste coucher à La Valette. L'état-major loge alors à l'intérieur du bourg, de même que la compagnie de la commune de Princé, dirigée par le capitaine Picot ; les autres compagnies sont dispersées dans les fermes environnantes[1].

Déroulement[modifier | modifier le code]

Averti des attaques des chouans, le général républicain Philippe Joseph Malbrancq sort de Rennes avec plusieurs centaines de soldats et se rend à Châteaugiron. Là-bas, un paysan de La Valette venu à sa rencontre l'informe qu'il héberge plusieurs insurgés dans sa ferme. Les républicains se rendent au bourg et surprennent les chouans qui imprudemment n'ont laissé aucune sentinelle. Les hommes du capitaine Picot se retrouvent cernés et prennent en otage la famille du fermier qui les a dénoncés. Le combat s'engage à une ou deux heures du matin[1],[2].

Selon les mémoires de Pontbriand, le général Malbrancq attaque avec une première colonne de 800 hommes, bientôt renforcée par une seconde de 700 hommes, tandis que les assiégés menés par Picot ne sont que 27[1]. Le général affirme pour sa part dans sa correspondance avoir affronté 72 chouans[2]. Une autre source royaliste évoque un combat opposant 50 chouans à 500 républicains[1].

Selon Pontbriand, le général républicain décide d'incendier la ferme pour réduire les assiégés[1]. Pour Malbrancq, ce sont les chouans qui allument eux-mêmes le feu accidentellement[2]. Selon le récit de Pontbriand, les royalistes ne croient pas aux cris des républicains qui leur promettent la vie sauve s'ils se rendent et préfèrent périr dans les flammes ; la famille du fermier connaît le même sort[1]. D'après Malbrancq, la plupart des chouans meurent brûlés vifs, d'autres tentent de s'enfuir mais sont abattus dans des embuscades[2]. Le combat s'achève à neuf heures du matin[2].

L'état-major des royalistes est quant à lui réveillé en sursaut alors que la ferme voisine est déjà la proie des flammes. Les officiers chouans, au nombre d'une trentaine, parviennent à s'enfuir sans être repérés. Au matin, les quelques compagnies logées dans les fermes des alentours regagnent le point de rassemblement, sans être inquiétées par les républicains et sans être au courant des affrontements de la nuit[1].

Pertes[modifier | modifier le code]

Le journal Le Républicain du Nord[A 1] affirme, d'après la correspondance du général Philippe Joseph Malbrancq, que 72 chouans sont morts lors du combat, dont 22 tués dans des embuscades et 50 brûlés ; les pertes des républicains sont de six morts et huit blessés[2].

Dans ses mémoires[A 2] , l'officier chouan Toussaint du Breil de Pontbriand affirme que sur les 27 hommes qui ont pris part au combat du côté des royalistes, 25 sont morts brûlés et deux autres, blessés, sont faits prisonniers[1]. Pontbriand évoque une perte de plus de trente hommes du côté des républicains[1]. Des états de services royalistes font également état de la présence d'au moins deux survivants parmi une cinquantaine de combattants à La Valette[1]. Ces derniers sont conduits à la prison de Rennes et relâchés quelques semaines plus tard, lors de la pacification[1].

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Chateau-giron, le 20 Germinal.
    Dans la commune de Domagné, au hameau de la Tremblay, le général de brigade Malbranq a trouvé et cerné, à deux heures du matin, dans deux maisons bien renfermées , 72 Chouans, qui, ayant pratiqué des créneaux au-dessus du toit, ont fait un feu terrible qui a embrasé les greniers. Au milieu de la fumée, ces brigands ont voulu se sauver, et sont tombés dans nos embuscades; 22 ont été tués et 50 brûlés.

    L'attaque a duré depuis deux heures après minuit jusqu'a neuf heures du matin. On a trouvé au nombre des morts, les nommé Lindet, dit Sans-terre, capitaine des déserteurs ; Pichery , commandant des rebelles de Vitré, et un de leurs prêtres.

    Nous avons eu six républicains tués et huit blessés. (Extrait de la cosrespondance du général Malbranq.) »

  2. « Les chefs étaient satisfaits du résultat de cette expédition ; mais il fallait se retirer, car il était indubitable qu'il allait arriver de nombreuses troupes de Rennes, et il n'y avait aucune sûreté à demeurer pendant la nuit dans un pays ennemi. La colonne se mit en marche, sans que Chalus eût de plan arrêté. Les capitaines de la division de la Guerche insistaient pour qu'on marchât sur Domalain et Gennes; les Chabert voulaient qu'on fût à Cornillé. Ces deux avis étaient bons, et on eût été en sûreté dans ces localités; mais quelques-uns représentèrent à Chalus que les troupes étaient fatiguées, tant de la marche de la nuit précédente, que des combats de la journée; Chalus décida de s'arrêter à la Valette, et ordonna d'aller y préparer des logements. On ne pouvait prendre un plus mauvais parti. L'opinion de cette paroisse n'était pas bonne. et, contre l'avis des officiers de la division de Vitré, on fit la faute de disperser les troupes dans des villages et fermes fort éloignés les uns des autres. Elle fut irréparable. Les Royalistes n'aimaient point à coucher sur les paroisses patriotes; aussi, au lieu de se rendre aux logements qui leur étaient indiqués, les compagnies de la Guerche allèrent jusqu'à Domalain, celles d'Argentré, d'Étrelles et du Pertre ne s'arrêtèrent qu'à Pocé, et presque toutes les compagnies des Chabert allèrent coucher sur Cornillé, en sorte qu'il ne resta autour de l'état—major, et encore fort loin de lui, que la colonne entière de Boishamon, quatre ou cinq compagnies de Pontbriand et les Chevaliers Catholiques. L'état-major fut logé dans le bourg de la Valette, avec la seule compagnie de Princé, qui en formait la garde.

    Aussitôt que la nouvelle de ces divers événements fut parvenue à Rennes, le général en chef fit partir le général Malbran, avec un corps de huit cents hommes, qui arriva le soir même, vers huit heures, au bourg de Châteaugiron ; deux heures après, une autre troupe, forte de sept cents hommes, partit pour aller la rejoindre

    Le capitaine Picot, commandant la garnison de Princé, était logé, avec vingt-sept de ses hommes, dans une ferme de la Valette. tout près de l'état-major. Le fermier, ennemi des Royalistes, courut a Châteaugiron prévenir qu'ils étaient en assez petit nombre à la Valette; qu'il en avait chez lui ; qu'ils paraissaient fatigués, et qu'il serait facile de les surprendre pendant la nuit. Le général Malbran fit venir cet homme, l'interrogea lui-même, et, d'après son rapport, donna des ordres pour le départ. Vers onze heures, il se mit lui-même en marche, guidé par ce fermier, et arriva, vers une heure du matin, à sa ferme, qu'il fit cerner avec d'autant plus de facilité que Picot n'avait placé aucun factionnaire. Néanmoins, ce dernier entendit le bruit des troupes marchant autour de la maison, et reconnut bientôt le danger qui le menaçait. Ne trouvant pas le fermier, il se douta de sa trahison, et fit monter avec lui toute sa famille dans les greniers, d'où il fit un feu si vif sur les Républicains, qu'il en mit plus de trente hors de combat. Le général, furieux des pertes qu'il faisait ordonna de mettre le feu a la ferme; elle était couverte de paille, et l'incendie fit des progrès si rapides que le capitaine, voyant sa perte inévitable, se réfugia à l'extrémité des bâtiments que le feu n'avait pas atteints. Il fit renverser la charpente du dernier, et il se défendit encore assez longtemps. Peu après, il vit arriver une nombreuse colonne et crut qu'on venait à son secours ; il poussa, ainsi que tous les siens, de grands cris de « vive le Roi ! » en redoublent la fusillade ; mais il reconnut bientôt son erreur. En effet, c'était la seconde colonne partie de Rennes qui arrivait. Le capitaine Picot et Ses braves compagnons se résignèrent alors à mourir. Le général Malbran et ses soldats leur crièrent en vain de se rendre, en les assurant qu'ils auraient la vie sauve : la barbarie ordinaire des Républicains ne permettait guère d'avoir confiance dans leurs promesses. L'intrépide Picot, qui voyait son plancher en feu et était étouffé par la fumée, poussa, ainsi que ses compagnons, un dernier cri de « vive le Roi! » et, tous ensemble, ils s'élancèrent dans les flammes. Ce fut un spectacle horrible. qui fit une si vive impression sur les ennemis, qu'ils se précipitèrent pour les sauver ; ils réussirent à retirer du l'un Julien Martin, de Montautour, et Brunet Pierre, de Chatillon. Ces infortunés étaient dans un état lamentable ; cependant, le général les fit placer sur une charrette et conduire dans la prison de Rennes, où leurs blessures leur sauvèrent la vie, car ils furent mis en liberté à l'époque de la pacification et eurent ensuite le bonheur de se rétablir.

    L'alarme ne fut donnée à l'état-major, où il n'y avait même pas un factionnaire, que par Pontbriand, qui, couché dans une étable avec l'aîné des Chabert entendit, vers deux heures du matin, une voix criant : « Messieurs, sauvez-vous, le feu est partout ! ». Il se leva aussitôt et vit, par les fentes de la porte, les flammes qui consumaient l'autre ferme. Il s'empressa de réveiller Chabert et tous ses camarades, en leur recommandant le silence, parce qu'il croyait la maison cernée. Il y avait environ trente officiers dans cette maison; aussitôt qu'ils furent réunis , ils firent ouvrir les deux portes et sortirent des deux côtés à la fois, résolus à se faire jour au milieu des ennemis; mais ils n'en-rencontrèrent pas, et se rendirent au lieu désigné pour le rassemblement en cas d'alarme. Ils furent surpris d'abord de n'y.trouver personne; mais, bientôt, ils réfléchirent que cela n'était pas étonnant, puisqu'eux-mèmes, logés si près du lieu de la catastrophe, n'avaient pas entendu la fusillade, tant les fatigues des jours précédents les avaient plongés dans un sommeil profond. Tout était d'ailleurs terminé, et ils durent s'estimer heureux d'avoir échappé au danger, car la maison qu'ils occupaient fut envahie peu de temps après leur départ.

    Ce malheur, le plus grand qui fût arrivé dans la division de Vitré, fut d'autant plus sensible que la perte porta, presque tout entière, sur la paroisse de Princé, qui perdit plus de vingt de ses plus braves jeunes gens. Le fermier qui avait ainsi dénoncé les Royalistes logés chez lui, perdit sa famille et tout son mobilier, digne prix de sa trahison, dont il ne dut pas s'applaudir.

    Rien ne pouvait corriger les Royalistes de la faute immense qu'ils faisaient presque toujours de laisser leur quartier sans gardes. Accoutumés, dans leurs paroisses, à être ordinairement prévenus par les habitants, qui eux-mêmes connaissaient l'arrivée des Républicains dans leur pays par la manière d'aboyer des chiens, ils se reposaient sur eux du soin de les garder, et on ne pouvait les décider à prendre d'autres précautions. Il est vrai que l'instinct des chiens était admirable pour reconnaître les ennemis, soit qu'ils fussent des gardes territoriaux, habillés comme des Royalistes, soit que ce fût des troupes de ligne. Ils ne s'y trompaient jamais, et leurs hurlements annonçaient aussitôt la présence des Républicains, tandis qu'ils n'aboyaient jamais, lorsqu'il passait des colonnes royalistes, ou même des petits détachements ou des soldats isolés de ce parti.

    Dans la Vendée et dans tous les pays insurgés si longtemps, la même observation a été faite, sans qu'on ait pu expliquer comment ces animaux pouvaient faire pareille distinction.

    Ce ne fut qu'en arrivant au lieu indiqué pour le rassemblement général, que les chefs apprirent qu'une grande partie des compagnies n'avaient pas couché dans les logements qu'on leur avait désignés, et ce fut aussi la que la plupart apprirent les tristes événements de la nuit, car personne n'avait entendu la fusillade.

    Couasbouc prit ensuite la route d'Argentré, où il réunit toute sa colonne.

    Le général Malbran reprit, le même jour, la route de Rennes, fort satisfait de son expédition, dont il fit le sujet d'une tragédie qu'il fit représenter sur le théâtre de Rennes, et à laquelle les Républicains forcèrent un assez grand nombre de dames royalistes à assister.

    Pinson Pierre, lieutenant de Bourgon; Filleul François, de Luitré; Dumas Pierre, de la Guerche; Babin Jean, de Vitré; Gérard Louis, de Forges; Passard René, d'Arbressec; Bertin Joseph, de Vitré; Louvet Jean, d'Argentré; furent blessés à Piré ou dans les affaires qui eurent lieu le même jour[1]. »

    — Mémoires de Toussaint du Breil de Pontbriand

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b c d e f g h i j k l m n o et p Toussaint du Breil de Pontbriand, p. 372-378.
  2. a b c d e f g h i et j Le Républicain du Nord, numéro 175, p. 2-3.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Toussaint du Breil de Pontbriand, Mémoire du colonel de Pontbriand sur les guerres de la Chouannerie, édition Plon, Paris, (réimpr. Y. Salmon, 1988)
  • Le Républicain du Nord, t. III, lien.