Albert Simonin

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Ne doit pas être confondu avec Albert Simon.
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Simonin.
Albert Simonin
Naissance
Paris (France)
Décès (à 74 ans)
Paris (France)
Activité principale
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français, argot
Mouvement Argot
Genres

Œuvres principales

Albert Simonin, né à Paris le et mort le dans la même ville, est un écrivain et scénariste français, auteur de romans policiers illustrant l'usage de l'argot dans le milieu. Il est considéré comme le père fondateur du « roman de truands à la française »[1]. Sa trilogie à succès consacrée à un truand vieillissant, Max le Menteur, a été adaptée à l'écran (Touchez pas au grisbi, Le cave se rebiffe et Grisbi or not Grisbi devenu Les Tontons flingueurs).

Auteur d'un dictionnaire d'argot publié en 1957, Albert Simonin reproduit dans ses romans le parler des voyous avec un grand souci d’exactitude et de précision. Si ce style est sujet aux effets de mode ainsi qu'à l'obsolescence intrinsèque du langage de la rue, Simonin en a légitimé l'emploi en littérature, ouvrant ainsi la voie à des Frédéric Dard ou Jean Vautrin.

Biographie[modifier | modifier le code]

Né à Paris d'un père fleuriste, Albert Simonin quitte l’école communale pour devenir, à 12 ans, calicot, puis successivement électricien, fumiste et négociant en perles. Ses parents meurent alors qu'il est âgé de 15 ans[2]. Journaliste à L'Intransigeant, il est responsable de la rubrique sportive. Il travaille aussi comme chauffeur de taxi, et il tire de cette expérience un reportage romancé, Voilà Taxi. Revenu au journalisme, il tient à L’Intransigeant une chronique quotidienne, le Billet de l’Homme de la Rue et donne à Voilà et à Détective une série de reportages sur la vie secrète de Paris.

Journaliste sous l'Occupation[modifier | modifier le code]

En 1940, Henri Philippon le fait entrer au journal pétainiste La France au travail, où il est rédacteur[3] sous la direction d'Henri Coston. En 1941, les hommes de Pierre Laval redéfinissent la ligne éditoriale dans un sens favorable à la collaboration. Dès lors, Simonin est affecté à des tâches techniques de mise en page au Centre d'Action et de Documentation, officine de propagande antisémite et antimaçonnique financée par l'occupant. Il y assiste Henri Coston dans la publication d'une brochure au tirage confidentiel, Le Bourrage de crâne: Comment la Presse Trompait l’Opinion[4]. Les auteurs y dénoncent une presse de l'entre-deux-guerres qui, sous l'influence internationale[5] de « mystérieux philanthropes »[6], aurait fait croire à l'invincibilité de la France en exaltant la victoire de 1918, et aurait ainsi contribué à la défaite en s'opposant systématiquement à l'Allemagne nazie[7] : « Les juifs ont été par une sage mesure éliminés de la presse, les maçons devraient l'être en principe », etc.[6] À la Libération, Albert Simonin est condamné à une peine de cinq années de réclusion, qu'il purge jusqu'en 1950. Il est alors libéré par un décret d'amnistie.

Auteur de polars[modifier | modifier le code]

C'est en 1953 qu'il publie Touchez pas au grisbi ![8]. Ce premier ouvrage lui apporte immédiatement la célébrité, lui valant notamment le prix des Deux Magots. Il s'agit du premier volet d'une trilogie nostalgique consacrée à un truand vieillissant, Max le Menteur, qui sera porté au cinéma par Jacques Becker l'année suivante. Cette adaptation cinématographique est un hommage exceptionnel au roman dont elle est tirée, tandis que celles que feront Gilles Grangier du Cave se rebiffe en 1961 et Georges Lautner de Grisbi or not grisbi en 1963 sous le titre Les Tontons flingueurs sont très infidèles. On retrouve toutefois dans ces deux derniers films la trame principale des histoires narrées par Albert Simonin et la truculence de la langue verte sous la plume du dialoguiste Michel Audiard, qui utilise son style très personnel pour transformer ces deux romans noirs en comédies truffées de répliques qui deviendront célèbres.

En 1960, avec Du mouron pour les petits oiseaux, Simonin fait son entrée dans la prestigieuse Collection blanche de Gallimard. Entre 1968 et 1971, il revient au polar avec sa seconde trilogie (Le Hotu, Le Hotu s'affranchit, Hotu soit qui mal y pense), qu'il situe dans les années 1920 afin de se démarquer de la production du moment. Dans L'Élégant, son dernier roman, publié en 1973, le héros, après vingt ans passés en prison, redécouvre avec tristesse un Paris qu'il ne reconnaît plus. Simonin se consacre ensuite à l'écriture d'une autobiographie, Confessions d'un enfant de la Chapelle (1977), où il décrit son quartier miséreux du début de siècle, les mœurs « prolo », les « fortifs », les petits trafics, ses premières amours, son entrée (pénible) dans le monde du travail, dans une narration digne du roman de Céline, Mort à crédit.

On doit aussi à Simonin Le Petit Simonin illustré, dictionnaire d'usage, un dictionnaire de l'argot publié en 1957, préfacé par Jean Cocteau et illustré par Paul Grimault, ouvrage réédité en 1968 sous le titre Le Petit Simonin illustré par l'exemple.

Albert Simonin décède en février 1980; il repose au cimetière de Montrouge. Sa seconde épouse Marie-Hélène est décédée en 2016.

Publications[modifier | modifier le code]

Romans
  • Une balle dans le canon, 1958
Deux anciens baroudeurs de la guerre d'Indochine ont volé/emprunté l'argent d'un redoutable gangster (le Maltais) et ont acheté un cabaret à Pigalle (quartier parisien) avec l'argent volé. Un autre patron de cabaret ("pépère) se présente à eux et leur fait croire qu'il est prêt à payer une partie de leur dette et à trouver une combine malhonnête pour récupérer une autre partie de l'argent. Au cours de cette arnaque, Pépère convainc un des caves d'utiliser un pistolet dont on a retiré le chargeur, mais l'escroc a oublié qu'il restait une cartouche dans la chambre...
  • Du mouron pour les petits oiseaux, 1960
  • Trilogie du Hotu
    • Le Hotu, chronique de la vie d'un demi-sel, première époque, 1968
    • Le Hotu s'affranchit, chronique de la vie d'un demi-sel, deuxième époque, 1969
    • Hotu soit qui mal y pense, chronique de la vie d'un demi-sel, troisième et dernière époque, 1971, prix Mystère de la critique 1972
  • L'Élégant, 1973
Souvenirs et autobiographie
Essais
  • Voilà Taxi, en collaboration avec Jean Bazin, 1935
  • Le Bourrage de crâne, en collaboration avec Henri Coston, v. 1942
  • Le Petit Simonin illustré, dictionnaire d'usage, illustrations de Paul Grimault, 1957 ; réédité en 1968 sans les illustrations sous le titre le Petit Simonin illustré par l'exemple
  • Lettre ouverte aux voyous, Albin Michel, 1966
  • Le savoir vivre chez les truands, Hachette, 1967

Activités cinématographiques[modifier | modifier le code]

Également homme de cinéma, scénariste, dialoguiste, dans la bande à Audiard, Gabin, Lautner, Belmondo, Auguste Le Breton, Frédéric Dard.

On lui doit entre autres les scénarios de :

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Jérôme Leroy, Albert Simonin, tonton flingueur du polar, causeur.fr, 16 juin 2018
  2. François Cérésa, Le Chateaubriand de l’argot, atlantico.fr, 19 novembre 2014
  3. H. Coston, Dictionnaire de la Politique Française, vol. IV, p. 656, Librairie française, Chiré-en-Montreuil, 1979.
  4. H. Coston & A. Simonin, Le Bourrage de Crâne, CAD, Paris, 1943, 32 p.
  5. H. Coston, La Franc-Maçonnerie, voilà l'ennemie !, Nouvelles Éditions Nationales, 1935, 93 p.
  6. a et b H. Coston & A. Simonin, Le Bourrage de Crâne, p. 31, CAD, Paris, 1943.
  7. H. Coston & A. Simonin, Le Bourrage de Crâne, p. 3, CAD, Paris, 1943.
  8. Encyclopédie du monde actuel (EDMA), Lausanne 1967.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Étude sur l'œuvre d'Albert Simonin
  • André Nolat, Romances de la rue, notes sur quatre écrivains : Mac Orlan, Carco, Simonin, Boudard, éditions Baudelaire, septembre 2009

Liens externes[modifier | modifier le code]