Abbaye de Montmorel

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Abbaye de Montmorel
Abbaye de Montmorel - Logis abbatial.JPG

Logis abbatial

Présentation
Destination initiale
Construction
XIIe siècle, XVe et XVIIe siècles
Commanditaire
Familles de Subligny et du Homme
Propriétaire
propriété privée
Statut patrimonial
Logo monument historique Classé MH (1980, cloître)
 Inscrit MH (1980, 2007)
Localisation
Pays
Région
Division administrative
Commune
Coordonnées
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L'abbaye Notre-Dame de Montmorel, ou abbaye de Montmorel, est une abbaye des chanoines réguliers de saint Augustin, dans le département de la Manche. Les vestiges de son cloître sont classés au titre des Monuments historiques en 1980, le logis abbatial et autres bâtiments sont inscrits au titre des Monuments historiques en 1980 et 2007[1].

Localisation[modifier | modifier le code]

L'abbaye Notre-Dame de Montmorel ou Monté-Morelli est située sur une presqu'ile formée par les rivières de Sélune et du Beuvron, sur la commune de Poilley, dans le département de la Manche. C'est l'une des cinq abbayes d'hommes du diocèse d'Avranches avec l'abbaye de Savigny, l'abbaye de la Lucerne, l'abbaye du Mont-Saint-Michel, et l'abbaye Blanche de Mortain.

Histoire[modifier | modifier le code]

Fondation[modifier | modifier le code]

Sous l'évêque d'Avranches, Achard de Saint-Victor, Montmorel n'est qu'un prieuré gouverné par Raoul, venu comme l'évêque de Saint Victor de Paris.

Deux familles de l'Avranchin, les Subligny et les Du Homme se disputent la fondation, mais il semble que les Subligny y aient la plus grande part. Ruallon Du Homme et Jean de Subligny donnent au monastère la majeure partie de leurs biens ce qui permet l'érection du prieuré en abbaye[2]. Cette fondation est confirmée en 1162 par Henri II, roi d'Angleterre et protégée par Richard Cœur de Lion en 1195.

Les abbés[modifier | modifier le code]

Le prieur Raoul (Radulphus) venu de Saint-Victor de Paris devient le premier abbé, puis Tualdus de l'abbaye de Hambye. Gervasius, Durandus, Alberdus, Radulphus, Richardus, Stephanus, Robertus présent sur le nécrologue de l'abbaye de Belle-Étoile.

En août 1260, Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, visite l'abbaye qui a quinze chanoines dans le monastère et huit dans des prieurés. Ils ont le patronage de dix églises et une léproserie dont les malades ne sont pas revêtus de l'habit spécifique aux lépreux. Ils ont un revenu de 700 livres[3].

Abbés : Richardus II, Richardus III de Trottemel, Normanus, Guillelmus d Freceyo, Guillelmus II Godard, Joannes de Appendito, Sthephanus II de Appendito.

En 1354, les hordes anglo-navaraises saisissent le monastère sous l'abbatiat de Robert de Brécey, 16e abbé. Elles sont chassées par Bertrand Du Guesclin.

En 1419, l'abbaye de Montmorel jure par foi et hommage au roi d'Angleterre. Guillaume du Homme successeur de Guillaume de la Chaise étant abbé[4].

Abbé : Nicolas Eschard.

L'église est construite au début du XVIe siècle par l'abbé Jean Eschard qui meurt en 1521.

Abbés : Julianus Eschard, docteur en théologie, Stephanus III Le Bellay, Aegidius Le Bellay, Petru Corneille, prieur du prieuré Saint-Laurent, Joannes Louvet, Robertus III Morel, Joanus IV Bailleul

Abbés commandataires[modifier | modifier le code]

Henri François Xavier de Belzunce.

Le premier abbé commandataire est Henricus de Boyvin de Vaurony[5].

Pendant un siècle, de la mort d'Henri II de France à celle de Louis XIII, les Montgommery, seigneurs de Ducey et chefs protestants, pillent les biens de l'abbaye, influencent l'élection des abbés et favorisent le relâchement de la discipline.

En 1659, l'abbé Guillaume Boyvin soumet cette abbaye aux chanoines réformés de la Congrégation de France[6].

Abbé : Stephans Franciscus de Beauvais.

En 1721, l'abbaye est donnée à Henri François Xavier de Belzunce, archevêque de Marseille, qui fut d'un courage extraordinaire pendant la peste de 1720. Les revenus sont de 80 774 livres, absorbés pour moitié par les charges, les religieux recevant 5 000 livres[7].

En 1765, Montmorel possède de 8 000 à 10 000 livres de rentes et n'a plus que deux religieux. La décadence définitive du monastère date du gouvernement de Guillaume Boyvin de Vauroy, 29e abbé qui n'oblige pas les religieux à résider à Montmorel[8].

Joseph Amable Arnulphe de Pontevès, chanoine et comte de Saint-Victor, aumônier de Madame Adélaïde, est le dernier abbé de l'abbaye de Montmorel. En 1790, il n'y a plus que trois religieux pour un revenu de 8 017 livres dont 5 009 livres pour les religieux[9].

En 1791, l'abbaye de Montmorel est vendue révolutionnairement et détruite. Seul le logis abbatial qui sert d'habitation au fermier et des communs sont conservés.

Le temporel[modifier | modifier le code]

Rualen du Homme donne le terrain du moulin, les églises de Poilley et Précey, Jean de Subligny, quatre églises, plusieurs terres et biens dont le fief de Landetouche, la dîme de ses moulins de l'Avranchin, ses revenus dans le château de Saint-James et dans la vallée du Beuvron[10], Jean Du Bois, l'église de Saint-Pair qui était celle de la paroisse de Ducey et une chapelle où est construite une église qui sert aux religieux avant qu'ils ne construisent celle dans l'enceinte du monastère. Le seigneur de Brécey donne le fief de la Rainfresne et des rentes, Gervais de Cresnay, une terre à Saint-Pierre-de-Cresnay, Hascuphe de Subligny, une église et des droits sur la rivière. Henri II, roi d'Angleterre confirme ses droits[11].

En 1412, dans le diocèse d'Avranches, les chanoines ont le patronage des églises de Saint-Laurent-de-Terregatte, Saint-Aubin, Poilley, Précey, Montjoie (patronage laïque, olim: abbé de Montmorel), Saint-Sauveur de Pontorson, Ducey, Les Chéris, Saint-Blaise près Saint-Hilaire-du-Harcouët, la Mancellière, le Mesnil-Ozenne, la Boulaize et Bois-Yvon[12].

Elle possède un franc-fief à la Boulaize avec douze villages et vingt-huit villages et terres au Mesnil-Ozenne, un franc-fief à Marcilly et le moulin Mancel à la Mancellière[13].

Dans l'évêché de Bayeux, l'abbaye est pourvue des prieurés-cures de Courseulles et Guiberville et du patronage de la grande portion du Bény-sur-Mer[14].

Dans l'archevêché de Rennes, elle fonde le prieuré-cure de Paluel qui disparaît dans la mer en 1630[15].

Architecture[modifier | modifier le code]

L'abbaye de Montmorel est vendue comme Bien national et en grande partie détruite. Le cadastre de 1831, en donne l'emplacement et les dimensions. Le mur est du cloître, le logis abbatial, le portail, le pont, le moulin et la léproserie sont conservés.

L'église[modifier | modifier le code]

L'église de style roman est restaurée au XVe siècle en grande partie dans le type ogival flamboyant. Elle a trois nefs, deux transepts, un déambulatoire autour du chœur et une chapelle dans l'abside. La tour principale est au centre de la croisée et une hauteur de 43 mètres, des ouvertures géminées, trilobées et surmontées d'accolades. Une galerie ajourée couronne le clocher au bas d'une petite flèche d'ardoises. Une tour plus petite domine le grand portail de l'ouest et affiche l'horloge. Le sol de l'église est couvert des dalles funéraires des abbés.

Les locaux réguliers[modifier | modifier le code]

Au sud et dans le prolongement du transept sud se trouvent la sacristie, la salle du chapitre, le réfectoire et la salle commune. L'étage est réservé à la bibliothèque et aux dortoirs.

Le cloître[modifier | modifier le code]

Le mur subsistant du cloître.

Au sud de l'église, le cloître restauré au XVe siècle est limité au nord par l'église, à l'est par les locaux réguliers, au sud par le logis abbatial et à l'ouest par un mur crénelé avec des contreforts.

Le mur du cloître conservé est composé de sept arcatures, de l'église au logis abbatial : deux cintres jumeaux du XIIe siècle avec des ouvertures donnant sur la sacristie, trois grandes arcatures ogivales de l'époque de l'abbé Jean Eschard, la sixième arcature est l'ancienne porte du réfectoire et la septième arcature ou cintre Tudor conduit dans la salle commune et remonte aussi à l'abbé Jean Eschard.

Le logis abbatial[modifier | modifier le code]

Le logis abbatial et les bâtiments qui longent la rivière Sélune sont construits par l'abbé Jean Bailleul qui y fait sculpter une crosse et une mitre[16]. La chambre du prieur avec son décor et ses boiseries sont protégés par l'inscription aux Monuments historiques.

Les archives numériques de la Manche conservent une photographie du cloître de la fin du XIXe siècle et une autre de l'inondation de 1910[17].

Héraldique - Sigillographie[modifier | modifier le code]

AbbayeMontmorel.png

Blasonnement: Maison conventuelle des Religieux réguliers de Montmorel: d'argent à la croix de sable cantonné de quatre têtes de maures de sable.

L'abbaye: écartelé d'argent et de gueules, les nouvelles armes de la famille des fondateurs, les De Subligny.

Sceaux: 2839: Gervais, abbé de Montmorel au XIIIe siècle, 2839: Abbé de Montmorel en 1340, 2840: Abbé de Montmorel en 1357, 1841: Guillaume de Boyvin, abbé commandataire de Montmorel en 1636, 2982: Jean Le Roi, lieutenant du sénéchal de Montmorel en 1416, 2983: Martin Martel, lieutenant du sénéchal en 1460, 2984: Michel Augis, sénéchal de Montmorel en 1471, 2985 et 2986: Michel Arthur, sénéchal en 1534 ET 1535[18].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Ancienne abbaye de Montmorel », notice no PA00110541, base Mérimée, ministère français de la Culture.
  2. Mémoires de la société des antiquaires de Normandie, 1825, p. 102.
  3. T. Bonnin: Journal des visites pastorales d'Eude Rigaud, Archevêque de Rouen, pages: 83, 246, 459
  4. Abbé Desroches: Histoire du Mont-Saint-Michel et de l'ancien diocèse d'Avranches, page: 138
  5. Neustra Pia, pages: 879-880
  6. Abbayes et prieurés de l'ancienne France, province ecclésiastique de Rouen, pages: 107-108
  7. Mémoires de la société des antiquaires de Normandie, 1825, page: 102
  8. Abbé Lecannu: Histoiredu diocèse de Coutances et d'Avranches, tome: 2, page 27
  9. Abbé Lecanu, Histoire du diocèse de Coutances et d'Avranches, page: 120
  10. Mémoires de la société académique du Contentin, 1891, p. 53.
  11. Abbé Desroches, Histoire du Mont-Sain-Michel et du diocèse d'Avranches, v. 1, p. 365-369.
  12. A. Longon, Pouillé de la province de Rouen.
  13. Duboscq, Inventaire sommaire des archives départementales de la Manche, série A, n°801, 1114, 1343, 1360.
  14. J. Fournée, « Les chanoines réguliers dans l'ancien diocèse de Bayeux », dans Les cahiers des Annales de Normandie, 1990, volume 23, no 1, p. 266.
  15. Pouillé historique de l'archevêché de Rennes, volume 3, p. 720.
  16. La Normandie monumentale et pittoresque, Manche, 2e partie.
  17. AD 50: 10fi526, 6fi168-35
  18. G. Demay: Inventaire des Sceaux de Normandie

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Dusoscq, Cartulaires de la Manche, Abbaye de Montmorel.
  • Neustria Pia, p. 879-880.
  • Gallia christiana, Province de Rouen, XI, p. 535-540.
  • Abbayes et Prieurés de l'ancienne France, Province ecclésiastique de Rouen, p. 107-108.
  • Abbé E. Legrand, Notre-Dame de Montmorel, autour d'une abbaye normande.
  • J. Bindet, « L'abbaye de Montmorel aux XVII et XVIIIe siècles », dans Revue de l'Avranchin, n°277, décembre 1973.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]