Kesa

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Moines thaïlandais portant le kesa lors d’une tournée de recueil d’aumônes
Bouddha, art gréco-bouddhique du Gandhara, vêtu, comme les statues grecques, du pallium philosophique semblable au kesa (statue du Ier siècle ou IIe siècle)

Le kesa 袈裟 (japonais, jīashā en chinois, du sanskrit kasaya, « couleur ocre ») est la robe des moines et moniales bouddhistes. Il s’agit à l’origine d’une bande de tissu teinte en ocre, constituée de plusieurs pièces assemblées. Elle se drape autour du corps, passant sous le bras droit, un pan reposant sur l'épaule gauche. Suivant l’expansion du bouddhisme hors de l’Inde, le vêtement s’est diversifié en forme et en couleur, pour des raisons pratiques ou symboliques. Comme la tradition veut que les premiers kesas aient été fabriqués à partir de haillons, ce vêtement est encore appelé « habit de chiffons » (japonais : funzo-e 糞掃衣 ; chinois : báinàyī 百衲衣), ou « habit de rizières » (japonais : fukudenne 福田衣 ; chinois : xīfú 畦服), évocation du quadrillage constitué par l’assemblage des pièces de tissu.

Toutefois, le vêtement monastique de l'iconographie gréco-bouddhique peut avoir été influencé par le pallium ou vêtement philosophique.

Origine et évolution[modifier | modifier le code]

Maître Chân Không, moniale chan vietnamienne ; le manteau attaché sur l’épaule gauche rappelle le kesa originel

La tradition rapporte que le Bouddha Shakyamuni confectionna son premier habit d’ascète à partir de tissus au rebut de toutes origines, et que le roi Pasenadi de Kosala, protecteur des premiers bouddhistes, demanda que leur robe soit distincte de celle des autres courants. Elle prétend aussi que le premier kesa neuf fut tissé en une nuit par la mère adoptive du Bouddha, mais qu’il le refusa par humilité.

En fait, les habits fabriqués à partir de tissu neuf apparurent sans doute assez tôt. Le canon pali rapporte que le Bouddha lui-même autorisa un groupe de moines trempés par une longue marche sous la pluie à renouveler leur garde-robe, instaurant la tradition du kathina. Les fidèles ou membres de la famille prirent très tôt l’habitude, qui se perpétue dans la fête de kathina pinkama, d’offrir du tissu aux moines pour leurs kesas. Néanmoins, la tradition du chiffon ne disparut jamais complètement : au Japon, pendant les ères Edo et de Meiji, des kesas étaient fabriqués à partir de vieux costumes du théâtre nō. De nos jours, certaines robes ou manteaux monastiques conservent la structure en plusieurs pièces, bien que celles-ci soient en tissu neuf.

Selon un code monastique de l’époque d’Ashoka (-304 ~ -232)[1], les possessions qu’un moine doit toujours avoir avec lui comprennent trois habits : l'antarvāsaka (ch. antuohui 安陀会 ; ja. anda-e), habit de base pouvant servir de tenue de nuit, l’uttarâsavga (ch. yuduoluoseng 鬱多羅僧 ; ja. uttarasō ou uddara-e), tenue de sortie ordinaire, et le saṃvghātī (ch. sengjiali 僧伽梨 ; ja. sogyari ou sonyari-e)), habit de cérémonie ou de visite. Les codes monastiques précisent les caractéristiques des kesas, les règles concernant l'acceptation des offrandes de tissu, et de nombreux autres détails comme la distance séparant les habits pliés de la natte pendant la nuit.

En Extrême-Orient et dans l'Himalaya, le kesa s’est transformé en forme et en couleur. En Chine, en Corée et au Japon, les moines et nonnes ont fini par adopter une robe ample à manches de type hanfu ou kimono, portée en général sur un pantalon accompagné de chaussettes ou de jambières. Le kesa d’origine a pris la forme d’un manteau dégageant le bras droit, porté en certaines occasions par-dessus l’habit. La couleur, déterminée par le recours à des pigments bon marché, est devenue principalement noire ou grise, parfois brune ou bleu sombre. Jaune, orange ou rouge sont beaucoup plus rares et souvent réservés aux cérémonies. Au Japon, les moines de base étaient ainsi connus comme kuro-e (黒衣), « habit noir ». En effet, la couleur devint aussi quelquefois une marque distinguant l’ancienneté, le niveau hiérarchique ou la secte. L’habit pourpre zǐjīashā ou shi-e (紫袈裟, 紫衣)était en Chine ou au Japon une distinction offerte par l'empereur. Au Tibet, le kesa a pris en majorité la couleur rouge ou rouge-brun et constitue un châle qui se drape autour du torse sur un gilet, laissant le bras droit nu. Le bas du corps est recouvert d’une jupe rouge. Les bottes traditionnelles sont maintenant remplacées par des chaussures fermées. Des détails du vêtement - nuances de couleurs, liserés aux autres - peuvent signaler les différences de secte ou de hiérarchie.

Dans les régions theravada où les moines continuent de porter le kesa traditionnel, le jaune dit 'safran', l’orange ou le rouge (Myanmar) ont remplacé l’ocre. Les nonnes, qui ne sont pas des moniales ordonnées, portent des robes amples à manches de couleur variable selon le pays (blanc, rose, orange, safran).

Valeur symbolique[modifier | modifier le code]

Le kesa a aussi une importance symbolique. C'est le vêtement de la transmission, remis par le maître au nouveau moine ou à la nouvelle nonne lors de l'ordination, symbolisant le lien spirituel qui unit depuis le Bouddha Shakyamuni maître et disciple. Dans l'école zen sōtō, il est considéré comme un véritable objet de foi. Sa couture est en elle-même une pratique au même titre que la méditation assise.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. dans le Shanjianlu piposha 善見律毘婆沙, traduction du Sudassanavinayavibhāsā

Articles connexes[modifier | modifier le code]