Bouddhas de Bâmiyân

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Paysage culturel et vestiges archéologiques de la vallée de Bamiyan *
Logo du patrimoine mondial Patrimoine mondial de l'UNESCO
La statue du grand Bouddha avant et après sa destruction en mars 2001
La statue du grand Bouddha avant et après sa destruction en mars 2001
Coordonnées 34° 49′ 55″ N 67° 49′ 36″ E / 34.832042, 67.826803 ()34° 49′ 55″ Nord 67° 49′ 36″ Est / 34.832042, 67.826803 ()  
Pays Drapeau de l'Afghanistan Afghanistan
Subdivision Province de Bâmiyân, district de Bâmiyân
Type Culturel
Critères (i) (ii) (iii) (iv) (vi)
Numéro
d’identification
208
Zone géographique Asie et Pacifique **
Année d’inscription 2003 (27e session)
Classement en péril 2003
* Descriptif officiel UNESCO
** Classification géographique UNESCO

Les Bouddhas de Bâmiyân étaient trois statues monumentales en haut-relief de bouddhas debout, excavées dans la paroi d'une falaise située dans la vallée de Bâmiyân du centre de l'Afghanistan, à 230 kilomètres au nord-ouest de Kaboul et à une altitude de 2 500 mètres. Le site tout entier est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Les statues ont aujourd'hui disparu après avoir été détruites en mars 2001 par les talibans[1].

Caractéristiques[modifier | modifier le code]

Les Bouddhas de Bâmiyân étaient situés dans le centre-est de l'Afghanistan, dans le district de Bâmiyân de la province du même nom, au nord-nord-ouest de la capitale Kaboul.

Les statues étaient au nombre de trois : le grand Bouddha avec 53 mètres de hauteur et le petit Bouddha avec 38 mètres de hauteur situées juste à côté de la ville de Bâmiyân ainsi que le Bouddha de Kakrak mesurant 10 mètres de hauteur et situé à quatre kilomètres au sud-est.

Ces trois statues étaient sculptées en haut-relief, c'est-à-dire qu'elles se détachaient du fond d'une niche aménagée dans la falaise en grès. Les détails fin modelé sur la roche par un mélange de paille et de plâtre en faisaient des représentants du style Gandhara[2]. Les statues étaient à l'origine colorées, la plus grande en carmin et les autres de multiples couleurs[3].

Un quatrième Bouddha est mentionné dans d'anciens textes ; il serait couché, mesurerait environ 300 mètres de longueur et serait enseveli sous les alluvions de la vallée[4]. C'est lors d'une mission de localisation de cette statue qu'une équipe d'archéologues afghans découvre une autre statue de bouddha couché de 19 mètres de longueur, elle aussi ensevelie[4]. Les informations concernant ce quatrième Bouddha doivent être considérées avec précaution, en attendant les conclusions des études archéologiques en cours le concernant, menées notamment par Zemaryalaï Tarzi, professeur honoraire à l'Université de Strasbourg.

Histoire[modifier | modifier le code]

Construction[modifier | modifier le code]

Une représentation fantaisiste des bouddhas (1878-79) dessin dû à une mission russe
Le grand Bouddha et les grottes où vivaient les moines.

Un grand flou entoure les dates de construction de ces bouddhas. Les archéologues sont très prudents à ce sujet. Ils estiment que ces statues colossales et l'ensemble des travaux sur le site ont été réalisées entre 300 et 700, certains précisant que le « grand Bouddha » (53 mètres) daterait du Ve siècle, le « petit Bouddha » (38 mètres) de la seconde moitié du troisième siècle, des décors peints ayant été réalisés sur les deux statues et sur les parois des niches durant les siècles suivants[5].

À quatre kilomètres au sud-est des Bouddhas de Bâmiyân, à Kakrak, se trouve un autre bouddha creusé dans la falaise, d'une hauteur de dix mètres, de facture plus grossière que les précédents. On le date du Ve ou du VIe siècle, peut-être d'une époque ultérieure[6].

Ces statues étaient taillées directement dans les falaises de grès, mais les détails avaient été modelés dans un mélange de boue et de paille, puis enduits de stuc. Cet enduit, qui avait pratiquement disparu depuis bien longtemps, était peint pour améliorer le rendu des expressions des visages, des mains et du drapé des robes. Les parties inférieures des bras des statues étaient faites du même mélange d'argile et de paille et soutenues par des armatures en bois. On pense que les parties supérieures des visages étaient constituées de grands masques en bois ou en métal. Les alignements de trous que l'on peut remarquer sur les photographies accueillaient des chevilles en bois servant à stabiliser la couverture de stuc.

Vestiges des cellules des moines dans la falaise de Bâmiyân (certaines de ces cellules sont aujourd'hui utilisées comme habitations).

Situé sur la route de la soie reliant la Chine et l'Inde au monde occidental, Bâmiyân se développa comme un centre religieux comportant plusieurs monastères bouddhistes. Ce centre majeur, l'un des plus importants du IIe siècle jusqu'à l'apparition de l'islam dans la vallée, à la fin du IXe siècle, accueillait moines et ermites qui résidaient dans de petites cavernes creusées dans la paroi des falaises tout au long de la vallée de Bâmiyân.

Le pèlerin bouddhiste chinois Hiuen-Tsang (Xuanzang) qui traverse la vallée en 632, l'année de la mort de Mahomet, décrit Bâmiyân comme un centre bouddhiste en plein épanouissement « comptant plus de dix monastères et plus de mille moines » et indique que les deux bouddhas géants « sont décorés d'or et de bijoux fins »[7].

Au XIe siècle, le grand savant musulman Al-Bîrûnî, curieux des réalisations bouddhistes, avait traduit un poème (aujourd'hui disparu) sur les Bouddhas de Bâmiyân[8].

Au XIXe siècle, divers voyageurs européens ont été émerveillés en découvrant le site de Bâmiyân et les bouddhas creusés dans la falaise ; ils en ont laissé des descriptions et des dessins parfois fantaisistes.

Destruction[modifier | modifier le code]

La niche vide du grand Bouddha.

Suite à l'envoi de Mutawas saoudiens en Afghanistan pour aider le gouvernement des talibans à former leur police de répression du vice et de promotion de la vertu, le gouvernement taliban fut convaincu de démolir les Bouddhas de Bâmiyân, sachant que toute représentation humaine est interdite par la doctrine islamique[9].

En 2001, après avoir survécu relativement épargnées durant plus de quinze siècles[10], avoir assisté à la destruction de la ville de Bâmiyân par les Mongols de Genghis Khan en 1221, avoir subi l'occupation russe, les statues sont décrétées idolâtres par Mohammed Omar[11] et les talibans les détruisent au moyen d'explosifs et de tirs d'artillerie. En mars 2001, les deux statues avaient disparu après presque un mois de bombardement intensif, causant une vive émotion de par le monde[1].

Pendant l'opération de destruction, Qadratullah Jamal, le ministre de l'Information taliban, déplora que « ce travail de destruction n'[était] pas aussi facile que les gens pourraient le penser. Vous ne pouvez pas abattre les statues par quelques coups de canons car toutes deux sont découpées dans une falaise et sont fermement attachées à la montagne. » Après la destruction, le Mollah Omar déclara qu'il était « fier de tous les taliban qui avaient participé à la destruction de cette horreur impie synonyme d'une religion pour dégénérés. »

Selon l'ambassadeur afghan au Pakistan de l'époque, Abdul Salam Zaïf (en), le Japon est le pays qui a le plus fait pression pour tenter d'empêcher la démolition des statues[12]. Une délégation officielle japonaise accompagnée d'un groupe de bouddhistes sri lankais a proposé de recouvrir les statues, et même de les démonter pour les reconstruire pièce par pièce à l'étranger, ce que les talibans ont refusé[12]. De son côté, l'UNESCO avait délégué un envoyé spécial, Pierre Lafrance[13], ambassadeur de France, membre fondateur de la Society for the preservation of Afghanistan’s Cultural Heritage (SPACH).

Archéologie et restauration[modifier | modifier le code]

Restes des fresques de la coupole du grand Bouddha (2008)

Bien que les statues soient presque totalement détruites, leurs contours et quelques parties sont encore reconnaissables dans les cavités. Il est aussi toujours possible d'explorer les cavernes des moines et les passages qui les relient. Cependant, la restauration du site n'a pas été jugée prioritaire par l'UNESCO et les bouddhas géants ne seront probablement jamais reconstruits. Les efforts se portent aujourd'hui dans deux directions, la consolidation de la falaise et plus particulièrement des niches qui ont beaucoup souffert des bombardements des talibans, et la recherche du troisième bouddha, un bouddha couché en parinirvâna, dont Xuanzang fait la description et qui se trouverait dans la vallée, peut-être enseveli.

Les premières études archéologiques sérieuses ont été conduites par la Délégation archéologique française en Afghanistan, avec André Godard et Joseph Hackin au début des années 1920, et poursuivies par ce dernier dans les années 1930.

Des fouilles archéologiques complémentaires sont effectuées par la DAFA, sous la direction de Zemaryalaï Tarzi, professeur à l'université de Strasbourg, auteur d'une thèse de doctorat sur les fresques de Bamiyân[14].

Le musée de Kaboul conservait des fresques provenant de Bâmiyân ; certaines ont été endommagées durant les guerres civiles, quelques-unes ont pu être restaurées ou sont en cours de restauration. D'autres fresques sont exposées au Musée Guimet à Paris.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b (fr) Géraldine Véron, « La face cachée des bouddhas de Bamiyan », CNRS Le journal, no 222-223,‎ juillet-août 2008 (lire en ligne)
  2. (en) Kenneth W. Morgan, The path of the Buddha : Buddhism interpreted by Buddhists, Motilal Banarsidass,‎ 1986, 432 p. (ISBN 9788120800304, résumé, lire en ligne), p. 43
  3. (en) « From Ruins of Afghan Buddhas, a History Grows », The New York Times,‎ 6 décembre 2006 (lire en ligne)
  4. a et b (en) « New Bamiyan Buddha find amid destruction », AFP,‎ 8 novembre 2008 (lire en ligne)
  5. (en) Louis Dupree, Afghanistan, Princeton University Press, éd. de 1980, p. 305. La datation du petit Bouddha est sans doute postérieure à celle proposée par Dupree.
  6. Louis Dupree, Ibid.
  7. Hoeï-Li et Yen Thsong, Histoire de la vie de Hiuan-tsang et de ses voyages en Inde de l'an 629 jusqu'en 645. Présentation, traduction et notes par Stanislas Julien, Paris, Imprimerie impériale, 1853
  8. Laurent Herz, "Al-Biruni un génie de l'an mil", Éditions du Cygne, coll. "Pensée", 2007.
  9. (en) Robert Lacey, Inside the Kingdom : Kings, Clerics, Modernists, Terrorists, and the Struggle for Saudi Arabia, 2009, (ISBN 0670021180)
  10. Quelques croquis approximatifs (certains recopiés sur d'autres) figurèrent dans des publications européennes au XIXe siècle. Le premier cliché photographique fut réalisé par John Alfred Gray, My life at the Court of Amir : a Narrative, Bentley and Son, Londres, 1895, p. 143-144. Gray était médecin attaché à la personne de l'émir d'Afghanistan Abdur Rahman Khan.
  11. La destruction de l'art bouddhique en Afghanistan Le 26 février 2001, le chef suprême des talibans, le mollah Mohammad Omar, a en effet ordonné, dans un décret, la destruction de toute la statuaire bouddhique en estimant qu'elle était "anti-islamique" et que la faire disparaître était « une injonction de l'islam ».
  12. a et b « Quand le Japon tentait de sauver les bouddhas d'Afghanistan des talibans », sur Aujourd'hui le Japon, AFP,‎ 26 février 2010 (consulté le 27 février 2010)
  13. Voir :[1]
  14. Zemaryalaï Tarzi, L’architecture et le décor rupestre des grottes de Bamiyan, Paris, 1977, deux volumes.

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alfred Foucher, « Notice archéologique de la vallée de Bamiyan », dans Journal Asiatique, avril-juin 1923, p. 354-358
  • André Godard et Joseph Hackin, Les antiquités bouddhiques de Bamiyan, Mémoires de la DAFA (II), Paris, 1928
  • Joseph Hackin et Jean Carl, Nouvelles recherches archéologiques à Bamiyan, Mémoires de la DAFA (III), Paris, 1933
  • Zemaryalaï Tarzi, L’architecture et le décor rupestre des grottes de Bamiyan, Paris, 1977, deux volumes.
  • (en) Warwick Ball, avec la collaboration de Jean-Claude Gardin, Archaeological Gazetteer of Afghanistan, Catalogue des sites archéologiques d'Afghanistan, Paris, Éditions Recherche sur les civilisations, 1982, tome I, p. 49-51 (138 références bibliographiques jusqu'en 1981)
  • Zemaryalaï Tarzi, « Bâmiyân », Encyclopédia Universalis, Paris, 1988 et 1996
  • (en) Deborah Klimburg-Salter, The Kingdom of Bamiyan. Buddhist Art and Culture of the Hindu-Kush, Naples et Rome, 1989
  • Olivier Weber, La mémoire assassinée (Mille et Une Nuits, 2001)
  • Olivier Weber, Le faucon afghan : un voyage au pays des talibans (Robert Laffont, 2001)
  • Olivier Weber, Le grand festin de l'orient (Robert Laffont, 2004)
  • Olivier Weber, Sur les routes de la soie (avec Reza, Hoëbeke, 2007)
  • Bernard Dupaigne, Afghanistan. Monuments millénaires, Paris, Imprimerie nationale/Actes Sud, 2007, pp. 35-78 (avec une importante bibliographie complétant celle de Warwick Ball, voir supra).
  • CEREDAF, Paysages du centre de l'Afghanistan. Paysages naturels, paysages culturels. Paris Ceredaf, 2010, 244 p., 240 illustrations
  • Zemaryalaï Tarzi, « Le monument doré suspendu de Bâmiyân, légende ou réalité », p. 131-172
  • (en) Deborah Klimburg-Salter, « Corridors of Communication accross Afghanistan, 7th to 10th Centuries », p. 173-199
  • Pierre Centlivres, Les Bouddhas d'Afghanistan. Lausanne, Favre, 2001.

Liens externes[modifier | modifier le code]