Psychobilly

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Le bassiste du Demented Are Go

Le psychobilly est un genre musical généralement décrit comme un mélange entre le punk rock, le rockabilly et parfois même le thrash. Il est né au tout début des années 1980 au Royaume-Uni, avant de se diffuser en Europe, puis en Amérique du Nord, en Amérique du Sud et en Asie. Le genre se caractérise par des références appuyées aux films d'horreur et d'exploitation, à la violence, à une sexualité débridée et d'autres sujets généralement considérés comme tabous, présentés avec humour et empreints d'autodérision. Le psychobilly utilise la contrebasse, comme les groupes de rockabilly, et non la guitare basse.

D'autres styles musicaux ont apporté leur contribution - moins marquée cependant - comme la musique garage des années 1960-70 (avec par exemple The Trashmen, Link Wray, the Wailers ou the Ready Men), la musique surf (Dick Dale, the Surfaris ou the Chantays) ou encore thee Milkshakes, Stingrays au Royaume-Uni et la country (Hank Williams, Johnny Cash).

Les groupes Tiger Army (États-Unis) et The Living End (Australie) ont connu beaucoup de succès.

Historique[modifier | modifier le code]

The Cramps ont été une source d'inspiration majeure du psychobilly, même si eux-mêmes se sont toujours défendu d'appartenir à un genre particulier

Le psychobilly trouve son origine dans le rock américain des années 1970. Le mot même provient d'une chanson écrite en 1976 par Wayne Kemp pour Johnny Cash, One Piece At A Time, parlant de la construction d'une Psychobilly Cadillac.

The Cramps est le premier groupe à s'approprier le terme « psychobilly » pour définir sa musique sur les flyers. Musicalement et esthétiquement, The Cramps sont les pionniers du psychobilly. Formés en 1975, ils jouent un mélange de rockabilly, de punk, de surf music en s'inspirant d'un univers où se côtoient le gore, le sexe et le décadent. Néanmoins, les Cramps ont toujours refusé de définir leur musique sous cette appellation, préférant parler plus généralement de rock'n'roll.

The Meteors

La chanson « American Nightmare » des Misfits est l'une des premières chansons psychobilly[1].

The Meteors, formés à Londres, sont souvent considérés comme le groupe fondateur du genre en 1980. Autoproclamés inventeurs du psychobilly, les Meteors ont posé les bases du genre musicalement (fusion du rockabilly et du punk, usage de la contrebasse), esthétiquement (coiffure « banane » ou « tremplin ») et philosophiquement (apolitisme).

En 1982, un club de Hammersmith, le Klubfoot, permet de réellement créer la scène psychobilly en Angleterre. Dans le sillage des Meteors apparaissent de nombreux groupes qui émergent en Angleterre puis en Europe : King Kurt, The Ricochets, Guana Batz, Frenzy, Demented Are Go ou Batmobile aux Pays-Bas. En France, de nombreux groupes se forment dont les Wampas et les Washington Dead Cats, qui vont néanmoins s'éloigner de la scène strictement psycho au fur et à mesure de leur carrière. La plupart des groupes psycho de l'époque ont une audience limitée et peinent à s'inscrire dans la durée.

Mad Sin

Au milieu des années 1980 apparaît la deuxième vague psychobilly. L'album In Sickness And In Health de Demented Are Go, sorti en 1986, marque le point de départ de cette nouvelle vague où le genre s'ouvre à d'autres influences. Une nouvelle génération de groupes apparaît, dont Mad Sin ou Nekromantix. Si le genre connaît une certaine popularité dans les milieux alternatifs en Europe, il est pratiquement inconnu aux États-Unis où les albums sont peu distribués. L'un des premiers groupes américains, The Quakes, est obligé de s'expatrier en Angleterre pour trouver une audience.

Tiger Army

Lors de la troisième vague psychobilly, au milieu des années 1990, apparaît une véritable scène américaine avec notamment Tiger Army. Des labels comme Hellcat Records, fondé par Tim Armstrong de Rancid, vont permettre la diffusion du psychobilly aux États-Unis, avec la création d'une scène psycho en Californie. La troisième vague se caractérise aussi par l'influence de nombreux autres styles musicaux dont le hardcore, l'indie rock, la new wave, la country ou le ska.

Depuis, malgré une diffusion devenue mondiale, le psychobilly reste une musique confidentielle. Elle a ses adeptes, qui peinent néanmoins à recueillir une très grande audience. Mouvement réduit et peu enclin à l'expansion et à la commercialisation, la scène psychobilly s'articule énormément autour des concerts et des festivals : l'ancien Big Rumble au Royaume-Uni, Pineda (anciennement Calella) en Espagne, You Don't Know Them From The Klubfoot à Essen, les Satanic Stomp et King of psychobilly en Allemagne, etc. Ces festivals peuvent comprendre deux ou trois jours de concerts et s'étendre sur une semaine avec les activités annexes. Ils réunissent parfois plus d'un millier de personnes.

Reverend Horton Heat

Caractéristiques musicales[modifier | modifier le code]

Le psychobilly est une fusion entre le rockabilly et le punk, sans oublier des influences surf, western ou encore hard-rock qui font l'originalité du style, non figé, et donc de certains groupes. Du rockabilly, il reprend la formation (power trio ou combo, avec en général une contrebasse), la musique même (riffs typiquement années 1950) et la coupe de cheveux (bananes). Du punk, il reprend le son saturé des guitares, l'aspect vestimentaire non conventionnel, la volonté de choquer (références au gore, aux tabous ou au sexe).

Bloodsucking Zombies from Outer Space en 2009

Un des traits caractéristiques mais non essentiel est l'emploi de la contrebasse, en référence au rockabilly, plutôt que la basse électrique. Le bassiste assure donc une partie de la rythmique en jouant en pizzicato et en employant les techniques dites de slap, double slap et même triple slap (utilisation du son sec provoqué par le rebond des cordes sur le manche de la contrebasse pour rythmer la musique).

À la différence de bon nombre de mouvements musicaux, le psychobilly se caractérise par le refus d'associer des idées politiques à la musique ; ceci peut s'expliquer par le caractère très conservateur et nationaliste britannique des Meteors. Le psychobilly pourrait être vu, ainsi, comme une manière de faire du punk sans faire de la politique. Cependant, les Stingrays étaient très politisés et progressistes. Leur chanson « Joe Strummer's Wallet » (qui a inspiré, bien des années plus tard, la chanson « Manu Chao » des Wampas), questionnait l'engagement réel du chanteur du Clash. Une autre de leurs chansons, « Militant Tendency », était un hommage à l'organe de presse de la tendance trotskyste du Parti travailliste qui, au début des années 1980, avait pris le contrôle de la mairie de Liverpool et bravait la Dame de Fer.

The Living End en 2009

Musicalement, la frontière est tout aussi ténue entre le psychobilly et le rockabilly qu'entre le psychobilly et le punk. Le style peut aller d'un néo-rockabilly énergique à un son très punk voire hardcore ou metal, en fonction des influences de chaque groupe. Cette variété a donné naissance à des sous-genres tels que le trashbilly, le gothabilly, le punkabilly ou le surfabilly. La définition et les limites de ces sous-genres sont en général assez floues et propres aux groupes qui les jouent.

La limite entre punk et rockabilly est souvent difficile à déterminer et il n'est pas rare que le public rejette certains groupes parce qu'ils sont trop punk ou trop rockabilly. Les Polecats sont souvent considérés comme trop rockabilly par les psychobilly et trop psychobilly par les rockabilly. La largesse du genre a aussi poussé certains puristes à définir certains critères radicaux pour constituer le genre. Ainsi, les Meteors rallient souvent leurs fans avec leur slogan « Only Meteors Are Pure Psychobilly » (« Seuls les Meteors sont du pur psychobilly »). Les critères sont aussi très fluctuants selon les différentes franges du public : certains considèrent les Cramps comme un groupe de psychobilly, d'autres non.

L'expression « Psychobilly Old School » peut faire référence au style originel des années 1980 et celle de « Psychobilly New School » intègre des groupes plus influencés par les sonorités rock actuelles, ou dans le même style mais abordant d'autres thèmes (BDSM, humour noir, autodérision du mouvement psychobilly…). Les frontières entre ces deux genres sont floues.

Les HorrorPops en scene

Esthétique et mode vestimentaire[modifier | modifier le code]

Des souliers du style Creepers

La mode psychobilly se caractérise par une coiffure, appelée « tremplin » : à mi-chemin entre la crête punk et la banane, elle est souvent de couleur vive. Le tremplin se situe à l'avant du crâne et est souvent maintenu par du gel. L'arrière du crâne est souvent rasé. La mode vestimentaire emprunte à la fois au punk (vêtements délavés, en mauvais état et couverts de patches), au rockabilly (chaussures Creepers à semelles compensées, blousons en cuir, chaîne accrochée au jean…) et aux skinheads (polos Fred Perry, Doc Martens). De manière générale, la mode vestimentaire psychobilly emprunte à pratiquement tous les genres de la culture alternative britannique des années 1970 et 80.

Nekromantix en 2011

Esthétiquement, le psychobilly emprunte beaucoup à l'univers des films d'horreur des années 1950 et 60. Le graphisme des albums sont souvent des dessins de zombies, de momies ou de monstres avec l'esthétique des dessins des années 1960. Le psychobilly puise aussi son esthétisme dans la mise en scène de l'érotisme et des tabous, principalement ceux des années 1950 et 60 : bondage, pin-ups en costumes de léopard, sado-masochisme… Des pin-ups comme Betty Page sont de véritables icônes dans la culture psycho. Les références aux cultures alternatives des années 1950 et 60, au gore et au sexe donnent au psychobilly, un esthétisme décadent en parfaite adéquation avec le style musical.

Groupes de psychobilly[modifier | modifier le code]

La scène en France[modifier | modifier le code]

En France, Les Wampas ont évolué dans la scène psychobilly au début de leur carrière (EP 4 titres sur le label « Creepy Crawly ») ; Didier Wampas s'en souvient d'ailleurs dans la chanson « Quand j'étais psycho » paru sur l'album Rock'n'roll part. 9 de 2006. Les Washington Dead Cats, les Vierges, les Crabs, Happy Drivers, les Rockin'Bones, les Screaming kids, les Snails, PussyKillers, les zgeg boogie boys, les Celicates font également partie de ce style. The Dazzlers, groupe de la fin des années 1970 et du début 1980 (précédemment appelés Bopcats), furent parmi les pionniers du genre en France ; leur premier album, sorti chez Rockhouse en 1982, est encore cité en référence et a fait l'objet d'une réédition en 1989 (kix4u Rdcs).[réf. nécessaire]

On trouve également les Dazzlers sur la compilation Pscycho attack over europe sortie à la fin des années 1980 et rééditée plus tard en version polonaise, ainsi que les Lone Sharks sur la compilation Rocking with the frogs et l'album No Messin. Le groupe toulousain Rockin'Bones est le groupe français qui colla à partir de 1987 le plus à l'esprit de la mouvance psycho originelle anglaise et de son Klubfoot. Jouant en France dès 1988 en première partie de tous les groupes pionniers britanniques, ils auto-produisent en 1992 leur album LP Welcome to the Forbidden Planet, pour être produit par la suite par Kix.U record (filiale de Rockhouse Holland) et également sur la compilation Psycho attack over Europe n°VI. La scène actuelle de psychobilly français comporte des groupes internationalement connus comme The Lucky Devils, Skarekrows, The Monster Klub, Banane metalik, Kryptonix.

Dérivés[modifier | modifier le code]

Le psychobilly, en croisant la musique gothique, a donné naissance à un sous-genre proche du death rock ou du horror punk (comme The Misfits), parfois nommé gothabilly ou hellbilly.

Le neo rockabilly fait partie par certains aspects de la scène psychobilly, avec des groupes tels que Rochee and the Sarnos, Restless, Deltas, Caravans, Fractured, Stringbeans, Wigsville Spliffs, Nightshift trio, qui flirtent souvent avec ce genre musical[réf. nécessaire].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. History of Psychobilly. Keeptahoeemo.tripod.com. consulté le 07/09/2013.

Liens externes[modifier | modifier le code]