Panzerkampfwagen VI Königstiger

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Sd.Kfz. 182 Panzerkampfwagen VI Tiger II Ausf. B Königstiger
Tigre II,Exemplaire conservé au Musée des blindés de Bovington.
Tigre II,
Exemplaire conservé au Musée des blindés de Bovington.
Caractéristiques générales
Équipage 5
Longueur 10,28 m (caisse 7,62)
Largeur 3,65 m (3,75 avec les chenilles de combat)
Hauteur 3,09 m
Masse au combat 69,4 t pour le modèle « Porsche »
69,8 t pour le modèle « Henschel »
Armement
Armement principal canon 88 mm KwK 43 L/71 (86 obus)
Armement secondaire mitrailleuses MG 34 de 7,92 mm (5 850 coups) et 1 mortier de tourelle NbK 39 de 90 mm.
Mobilité
Moteur V12 Maybach HL 230 P30
Puissance 700 ch (514,8 kW)
Suspension barre de torsion
Vitesse sur route 35 km/h (15 en tout terrain)
Puissance massique 10 ch/tonne
Autonomie 140 km (90 en tout terrain)

Le Panzerkampfwagen VI Königstiger, ou Sd.Kfz. 182 Panzer VI ausf B Tiger II, surnommé le Königstiger (Tigre royal), est un char d'assaut allemand de la Seconde Guerre mondiale. Produit à 50 exemplaires pour le modèle à tourelle « Porsche », à 439 exemplaires pour le modèle à tourelle « Henschel », ce char était pourvu d'un important blindage, d'un canon antichar lui donnant la possibilité de mettre hors de combat tous les chars alliés en service lors des deux dernières années du conflit, mais il était très lourd (70 tonnes en ordre de combat) et possédait le même moteur que le char Panther de 45 tonnes en ordre de combat. Son rapport poids-puissance était donc moindre, il était lent et peu mobile, ne pouvait passer tous les ponts, était extrêmement gourmand en carburant, et devait changer de chenilles avant et après tout transport par rail.

Histoire[modifier | modifier le code]

L'étude de ce panzer commença dès le mois de mai 1941, un an avant l'entrée en production du Tigre I. Dès fin 1942, le projet dériva vers une étude plus précise : un char lourd qui puisse succéder au Tigre. En janvier 1943, Hitler, après lecture du cahier des charges, imposa pour le nouveau char un canon de 88 mm à haute vélocité, un blindage frontal de 150 mm et un blindage latéral de 80 mm. À la lumière de l'expérience du tout nouveau char moyen-lourd Panther, il fut décidé que le blindage serait incliné et conçu de manière à ne présenter qu'une coquille de métal d'un seul tenant par élément (châssis et tourelle).

Comme pour le Tigre I, Henschel et Porsche se lancèrent sur le projet. Porsche étudia deux designs, l'un avec une tourelle centrale et l'autre, avec une tourelle très en arrière sur le châssis (comme le char israélien Merkava à la fin des années 1970) respectivement appelé VK 45.02 A et B.

Mais, comme pour le Tigre, le concept de transmission et de châssis était trop avancé pour les techniques de l'époque, aussi ce fut le design d'Henschel, plus conventionnel, mais beaucoup plus moderne que le Tigre, qui emporta le marché, notamment parce qu'il permettait de réduire les coûts en présentant un certain nombre d'éléments utilisés aussi sur le char Panther. 1 500 furent commandés, seulement 489 furent construits, notamment à cause de la destruction par les bombes américaines de l'usine Henschel de Cassel.

Au départ, les cinquante premiers exemplaires furent munis de la tourelle Krupp mise au point pour le modèle Porsche, mais l'industriel redessina une tourelle spécifique, acceptant plus de munitions, et surtout corrigeant un défaut de la précédente. En effet, à l'origine, le mantelet du canon, semblable à celui des premières tourelles de Panther, c'est-à-dire en demi-cylindre horizontal, risquait de provoquer la destruction du char au cas où un obus touchait de plein fouet la partie inférieure de ce mantelet, obus qui, par ricochet, pénètrerait ainsi les œuvres vives du char, par le toit du poste de pilotage faiblement blindé. La nouvelle tourelle comportait un mantelet « en groin de cochon », évitant ce problème. Mais ceci eut pour inconvénient d'alourdir le char déjà énorme, qui passait au changement de tourelle de 68,5 à 69,8 tonnes, c'est-à-dire plus lourd qu'un char moderne de type Leclerc.

Deux versions 'Porsche' en France, juin 1944

Pour déplacer une telle masse de métal, le plus puissant moteur de char de l'époque lui-même se montrait un peu faible : le Maybach HL 230 P30 12 cylindres de 700 chevaux, parfait pour le Panther de 43 tonnes, supportait mal les 27 tonnes supplémentaires. Pour contrecarrer ce problème, les ingénieurs lui accouplèrent une boîte de vitesses très complexe, avec 8 vitesses avant et 4 vitesses arrière, afin de démultiplier les efforts et de permettre au titan de se déplacer convenablement. Ils mirent aussi au point un différentiel de chenille permettant au char de tourner sur place, caractéristique encore rare à l'époque, mais très utile pour compenser la relative lenteur de la tourelle et l'exposition du blindage avant en cas de danger repéré à temps. Les ingénieurs mirent au point un système de train de roulement permettant d'éviter, à l'inverse du Tigre I, que les chenilles ne s'enrayent avec la boue, la glace et les rochers. Ce système s'avéra cependant à l'usage plus délicat à entretenir. Pour en terminer avec le train de roulement, comme pour le Tigre I, deux jeux de chenilles étaient prévus : une paire de 660 mm pour le transport sur rail, et une paire de 800 mm pour le combat. Ces chenilles larges permettaient au char d'avoir une bonne tenue en terrain instable, comme la boue, malgré son poids énorme, générant une pression au sol assez faible. Ceci ne changeait en revanche pas grand-chose au fait que le char était trop lourd pour la majorité des ponts de l'époque, ce qui réduisait de beaucoup sa mobilité tactique.

Mais avec un ratio de seulement 10 chevaux à la tonne, le char souffrait d'un cruel manque de mobilité, et d'une consommation énorme. Sa vitesse plafonnait à 38 km/h sur route, et moins de 20 km/h en tout terrain, et sa consommation de 500 litres aux 100 kilomètres ne lui permettait qu'une faible autonomie de 120 km sur route d'autant plus handicapante que le Reich manquait de carburant. De plus, les efforts sur la transmission dus au poids du mastodonte, ainsi que la fragilité de la trop complexe boîte de vitesses, contraignirent ces chars à connaître de nombreuses pannes. Ils nécessitaient une maintenance constante pour fonctionner convenablement.

Détails[modifier | modifier le code]

Armement[modifier | modifier le code]

Il était armé d'un canon de 88 mm de 71 calibres de longueur(KwK 43 L/71, fût de 6,30 mètres), comparé aux 88 mm 56 calibres du Tigre I (KwK 36 L/56). La portée effective de ce canon était de dix kilomètres. Il pouvait percer le blindage frontal d'un char T-34/85, d'un Sherman M4 A1 ou d'un Cromwell à 3,5 km, au-delà même de la portée des canons de ces chars. L'optique de visée du canon était elle aussi à la hauteur de ces extraordinaires caractéristiques balistiques. À titre indicatif, le canon du Königstiger perforait entre 132 et 153 mm de blindage incliné à 30° à 2 000 mètres de distance.

Blindage[modifier | modifier le code]

Un rassemblement de Königstiger tourelle 'Henschel'
voir la vidéo correspondante dans liens externes

L'ensemble du char était muni d'un blindage épais et incliné :

  • 110 mm de blindage en frontal de tourelle, 150 mm en frontal de superstructure, 100 mm en frontal de châssis, 80 mm sur les latéraux pour le modèle "Porsche".
  • 180 mm de blindage en frontal de tourelle, 150 mm en frontal de superstructure, 100 mm en frontal châssis, 80 sur les latéraux, pour le modèle "Henschel".

Seules quelques armes de l'époque pouvaient percer ce type de blindage, et seulement à très courte portée. Les Sherman Firefly, Comet, M26 Pershing, T-34/85, SU-100 et IS-2, pouvaient être de dangereux adversaires, surtout s'ils réussissaient à le contourner par les flancs ou l'arrière.

Un témoignage d'un chef de char de la 2e DB US, en 1945, ne laisse pas de zone d'ombre sur la considération des alliés pour ce char :

« Un jour un Tigre Royal me repéra à 150 mètres et mit mon char hors de combat. Cinq de nos tanks ont ouvert le feu sur lui, de 200 à 600 yards (180 à 540 mètres). Six obus touchèrent le Tigre de face et firent ricochet sur sa cuirasse. L'engin recula et disparut dans la forêt. Si nous avions eu des chars comme ceux-là, nous serions tous rentrés chez nous aujourd'hui. »

Unités[modifier | modifier le code]

Ce char ne fut pas non plus endivisionné, à l'instar de son prédécesseur, et remplaça le Tigre I dans les schwere Panzer Abteilungen, ou bataillons de chars lourds. 150 d'entre eux furent confiés à des unités de Waffen SS, tous les autres furent affectés à la Wehrmacht. Ils arrivèrent sur le front en février 1944. Ses premiers engagements eurent lieu autour de Minsk en mai de la même année. Leur action fut cependant restreinte, surtout sur le front Ouest, à cause des restrictions en carburant, des problèmes techniques, pannes, et surtout à cause de la redoutable aviation d'attaque au sol (jabo, de l'allemand "Jagdbomber", chasseur-bombardier) des alliés. Lors de la bataille de Normandie, certains Königstigers furent même engagés par des croiseurs. Le dernier char de la guerre à être détruit fut aussi un Tigre Royal, saboté par son équipage suite à un problème mécanique, le 10 mai 1945, en Autriche.

Exemplaires restants[modifier | modifier le code]

Une version 'Henschel' au musée de Munster

Le dernier de ces chars à être maintenu en état de marche est exposé au musée des blindés de Saumur. Certaines années, il est possible de le voir en démonstration, dans un tableau historique mis en scène et interprété par les Cadets de l'École de Cavalerie de Saumur, lors du Triomphe de l'école qui a lieu annuellement au début de l'été. Une présentation dynamique de ce blindé a été faite les 30 et 31 mai 2009 devant ce musée.

Aujourd'hui, on peut voir ce char :

Production[modifier | modifier le code]

Production des Panzerkampfwagen VI Tiger II [1]
Date Nov. 43 Déc. 43 Jan. 44 Fév. 44 Mars 44 Avr. 44 Mai 44 Juin 44 Juil. 44 Août 44 Sep. 44 Oct. 44 Nov. 44 Déc. 44 Jan. 45 Fév. 45 Mars 45 Total
Nombre 1 0 5 5 6 6 15 32 45 94 63 26 26 56 40 42 30 492

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Thomas L. Jentz: Die deutsche Panzertruppe 1943–1945. S. 276, Unterschiede zu anderen Quellen möglich.