Ésope

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Ésope représenté dans une édition allemande des Fables de 1479

Ésope (en grec ancien Αἴσωπος / Aísôpos, VIIe-VIe siècle av. J.-C.) est un écrivain grec d'origine phrygienne à qui on attribue la paternité de la fable comme littérature ou genre littéraire.

Sommaire

Biographie [modifier]

Selon une hypothèse de Martin Litchfield West (en) (La Fable : huit exposés suivis de discussions, Fondation Hardt, Vandœuvres-Genève, 1984), c'est à Samos que se serait formée sa légende. Celle-ci, que raconte La Fontaine en tête de ses Fables, présente Ésope comme : « difforme, laid de visage, ayant à peine figure d'homme » et presque entièrement privé de l'usage de la parole. Son origine est discutée, mais on note deux thèses principales. Selon la première, celle de Héraclide du Pont, c'est un Thrace de naissance, thèse confirmée par un certain Eugeiton, cité par Suidas, qui affirme qu’Ésope était de Mésembrie, ville des Cicones, sur la côte de Thrace. Si cet Eugeiton doit être identifié avec un certain Eugéion, qu’on a conjecturé être la source d’Hérodote, son témoignage aurait du poids, et notre fabuliste pourrait être tenu pour un Thrace. Mais la tradition la plus répandue faisait d’Ésope un Phrygien. Phèdre, Dion Chrysostome, Lucien, Aulu-Gelle, Maxime de Tyr, Aelius Aristide, Himérios, Stobée, Suidas (rapportant le mot prêté à Crésus, « μᾶλλον ὁ Φρύξ » : « Le Phrygien a parlé mieux que tous les autres. »), s’accordent à lui assigner la Phrygie pour patrie. Quelques-uns précisaient même la ville de Phrygie où il était né : c’était, d’après Suidas et Constantin Porphyrogénète, Kotyaïum ; c’était Amorium, d’après la vie légendaire d’Ésope. Si l’on a cherché la patrie d’Ésope hors de la Grèce, en Phrygie, c’est que le nom Αἴσωπος ne semble pas être un nom grec ; on a cru y voir un nom phrygien, qu’on rapprochait du nom du fleuve phrygien Αἴσηπος, et peut-être du guerrier troyen Αἴσηπος dont il est question chez Homère, Z 21 ; on l’a rapproché aussi du mot Ἢσοπος qu’on lit sur un vase de Sigée C. J. G., I, 8. Une Vie d’Ésope le fait Lydien, sans doute parce que, d’après la tradition qui apparaît pour la première fois dans Héraclide, il fut esclave du Lydien Xanthos. En somme, toutes ces traditions ne reposant que sur des conjectures, il serait vain de s’arrêter à l’une d’elles : mieux vaut se résigner à ignorer ce qu’on ne peut savoir. Il aurait ensuite été esclave d'Iadmon avant de réussir à se faire libérer. Il se rend alors auprès de Crésus pour tenter de sauvegarder l'indépendance de Samos et il réussit dans son ambassade en racontant au roi une fable. Il se mettra ensuite au service du « roi de Babylone », qui prend grand plaisir aux énigmes du fabuliste. Mais possédé par le désir de voyager, il se rend en Grèce et s'arrête notamment à Delphes. Les conditions dans lesquelles il est mort restent obscures. {référence nécessaire|Selon Théophile Obenga, Ésope est un esclave nubien noir.}} L'historien Didier Moe Loembe a confirmé les dires du professeur Théophile Obenga.[réf. nécessaire]

Les fables [modifier]

Ésope représenté dans les Chroniques de Nuremberg de 1493.
Article détaillé : Fables d'Ésope.

Tout le récit de la vie d'Ésope est parcouru par la thématique du rire, de la bonne blague au moyen de laquelle le faible, l'exploité, prend le dessus sur les maîtres, les puissants. En ce sens, Ésope est un précurseur de l'anti-héros, laid, méprisé, sans pouvoir initial, mais qui parvient à se tirer d'affaire par son habileté à déchiffrer les énigmes.

En raison du nombre de fables que cette légende comprenait, celles-ci ont dès lors pu commencer à circuler de façon autonome, à la façon de bons mots qu'on se racontait. Par la suite, des fables antérieures auraient été ré-attribuées à cette source, qui jouait le rôle d'un recueil. Il faut ajouter que, le grec ne possédant pas de terme spécifique pour désigner la fable, le nom d'Ésope a servi de catalyseur, et ce d'autant plus facilement que toute science, toute technique, tout genre littéraire devait chez eux être rattaché à un « inventeur ». Ainsi s'explique, en partie, qu'Ésope soit si vite devenu la figure emblématique de la fable.

Le premier recueil de Fables est dû à Démétrios de Phalère vers 325 av. J.-C.. Le recueil original est perdu. Le recueil que connaissait La Fontaine comprenait 127 fables.

Les fables d'Ésope étaient écrites en prose et sans prétention littéraire. Cela fit dire à Hegel : « La prose commence dans la bouche d'un esclave ; aussi le genre tout entier est prosaïque ».

Les fables d'Ésope furent reprises et traduites en latin par Phèdre. Babrias en produisit de nouvelles (IIe siècle av. J.-C.).

Maxime Planude, un moine byzantin du XIIIe siècle popularisa une Vie d’Ésope à partir d'un matériau datant probablement du Ie siècle. Le texte est issu de traditions diverses, certaines anciennes d'autres de l'époque romaine. L'emprunt le plus important est le récit de la vie d'Esope à Babylone qui est une transposition du récit de la vie d'Akhikar [1].

Ésope inspira notamment :

Jean de La Fontaine [modifier]

Jean de La Fontaine, dont nombre des fables sont des retranscriptions des fables d'Ésope, lui rend hommage dans À Monseigneur le Dauphin :

Je chante les héros dont Ésope est le père,
Troupe de qui l'histoire, encore que mensongère,
Contient des vérités qui servent de leçons.
Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons :
Ce qu'ils disent s'adresse à tous tant que nous sommes ;
Je me sers d'animaux pour instruire les hommes.

Il le cite notamment dans Le soleil et les grenouilles :

Aux noces d'un Tyran tout le Peuple en liesse
Noyait son souci dans les pots.
Ésope seul trouvait que les gens étaient sots
De témoigner tant d'allégresse.
Le Soleil, disait-il, eut dessein autrefois
De songer à l'Hyménée.
Aussitôt on ouït d'une commune voix
Se plaindre de leur destinée
Les Citoyennes des Étangs.
Que ferons-nous, s'il lui vient des enfants ?
Dirent-elles au Sort, un seul Soleil à peine
Se peut souffrir. Une demi-douzaine
Mettra la Mer à sec et tous ses habitants.
Adieu joncs et marais : notre race est détruite.
Bientôt on la verra réduite
À l'eau du Styx. Pour un pauvre Animal,
Grenouilles, à mon sens, ne raisonnaient pas mal.

Voir aussi [modifier]

Notes et références [modifier]

  1. Vie d'Esope trad Corinne Jouanno, Les Belles Lettres, 2006

Autres [modifier]

  • Le nom d'Ésope est attaché à un palindrome en langue française : « Ésope reste ici et se repose ».
  • La douzième étude de Charles-Valentin Alkan s'intitule Le festin d’Ésope.

Article connexe [modifier]

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