Reinhold Niebuhr

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Karl Paul Reinhold Niebuhr (21 juin 1892 - 1er juin 1971) fut un théologien américain protestant célèbre pour ses études sur les relations entre la foi chrétienne et la réalité de la politique moderne et de la diplomatie.

Biographie[modifier | modifier le code]

Niebuhr est né à Wright City, Missouri, aux États-Unis, fils d'un pasteur libéral du Synode nord américain évangélique (allemands évangéliques), le pasteur Gustav Niebuhr et de sa femme.

Reinhold avait un jeune frère, Helmut Richard Niebuhr. Ses fils décidèrent de suivre les pas de leur père et d'entrer dans le ministère. Reinhold Niebuhr rejoignit l'Elmhurst College en Illinois et fut diplômé en 1910[1]. Il étudia également au Séminaire théologique d'Eden à Webster Groves au Missouri. Enfin, Niebuhr rejoignit l'université Yale, où il réussit son diplôme de Bachelor of Divinity en 1914 et fut membre de la fraternité Alpha Sigma Phi. En 1915, Niebuhr devint pasteur.

Le bureau de la mission évangélique allemande envoya Niebuhr servir à Détroit au Michigan. La congrégation, au nombre de 66 à son arrivée, grandit pour approcher les 700 personnes lors de son départ en 1928. Cette augmentation venait de l'augmentation incroyable de la population attirée par l'emploi dans l'industrie automobile en pleine croissance.

Durant son pastorat, Niebuhr fut troublé par les effets démoralisants de l'industrialisation sur les travailleurs. Il devint ouvertement un critique de Henry Ford et enjoignit les responsables syndicaux à utiliser la chaire pour exposer leurs messages sur les droits des travailleurs.

Niebuhr s'exprima aussi contre le Ku Klux Klan, qui redevint vivace à partir de 1915 et atteint le pic de son influence dans les années 1920 dans de nombreuses villes du Midwest de de l'ouest. La moitié des 70 000 membres du Klan du Michigan résidait à Detroit à l'époque de l'apogée du mouvement, et un candidat du Klan faillit se faire élire en 1924[2]. Niebuhr dit que le Klan était « un des pires phénomènes sociaux qu'a jamais développés la fierté religieuse des peuples » (one of the worst specific social phenomena which the religious pride of peoples has ever developed[3].

En 1923, Niebuhr voyagea en Europe pour rencontrer des intellectuels et des théologiens. Les conditions qu'il remarqua en Allemagne durant l'occupation de la Rhénanie troubla Niebuhr et le renforça dans les vues pacifiques qu'il avait adoptées après la Première Guerre mondiale.

En 1928, Niebuhr quitta Detroit pour devenir professeur de théologie pratique au Séminaire théologique de l'Union à New York. Il y passa une bonne partie de la carrière qui lui restait jusqu'en 1960. Pendant qu'il enseignait la théologie au séminaire théologique de l'Union, Niebuhr influença de nombreuses générations d'étudiants, comme le pasteur Dietrich Bonhoeffer de Église confessante l'antinazi.

Il lutta contre le communisme avec ardeur, mais, malgré son pacifisme, il fut néanmoins pour l'entrée de son pays dans la Seconde Guerre mondiale contre le nazisme.

Arrivé au séminaire, Niebuhr relata ses expériences personnelles dans l'église de Detroit dans son livre Leaves from the Notebook of a Tamed Cynic. Il continua à écrire, à publier tout au long de sa carrière et à servir aussi comme éditeur du journal Christianity and Crisis (la chrétienté et la crise) de 1941 jusqu'en 1966.

Niebuhr fit partie du groupe des 51 citoyens américains importants qui formèrent l'association internationale de secours (International Relief Association) (IRA),maintenant connue comme le Comité internationale de secours (International Relief Comittee) (IRC). Parmi ces citoyens, il y avait aussi le philosophe John Dewey et l'écrivain John Dos Passos.

La mission du comité, comme le New York Times l'indiqua dans son édition du 24 juillet 1933, était d'« assister les Allemands souffrants de la politique du régime d'Hitler. »

Thèses[modifier | modifier le code]

Il fut un important contributeur à la pensée de la « guerre juste, » soutenant l'idée que l'homme moyen était stupide et qu'il fallait inventer des illusions nécessaires pour le guider[4] parce qu'il suivra plus volontiers sa foi que sa raison, et c'est cette foi naïve qui a besoin d'illusions, la rationalité appartenant à l'observateur froid.

Influence et réception[modifier | modifier le code]

L'historien Arthur Schlesinger a décrit l'héritage de Niebuhr comme étant disputé entre libéraux et conservateurs américains[5]. La politique étrangère conservatrice prend son soutien à la doctrine containment durant la Guerre froide comme un exemple de réalisme moral, pendant que les progressistes citent son opposition à la guerre du Viêt Nam[6]. Le pasteur Martin Luther King, Jr. cite Niebuhr comme une de ses influences.

Les candidats des deux grands partis durant l'élection présidentielle américaine 2008 ont cité Niebuhr comme influence : le sénateur John McCain, dans son ouvrage Hard Call, le célèbre comme un modèle de clarté à propos des coûts d'une « bonne » guerre, pendant que le futur président Barack Obama l'a appelé son « philosophe favori[7] ».

Le travail reconnu sur la théorie des relations internationales de Kenneth Waltz Man, the State, and War (L'Homme, l'État et la guerre) inclut de nombreuses références à la pensée de Niebuhr. Waltz met l'accent sur les contributions de Niebuhr au réalisme politique, tout particulièrement « l'impossibilité de la perfection humaine[8]. »

Andrew Bacevich, dans son livre, The Limits of Power : The End of American Exceptionalism, (« Les limites du pouvoir : la fin de l'exception américaine ») cite treize fois Niebuhr[9]. Bacevich met l'accent sur l'humilité de Niebuhr et sa croyance que les Américains sont en danger quand ils sont trop attachés à la puissance américaine.

En 1964, le président Lyndon Johnson récompensa Niebuhr avec la médaille de la Liberté. En l'honneur de Niebuhr, la ville de New York nomma la West 120th Street entre Broadway et Riverside Drive la place Reinhold Niebuhr. C'est l'emplacement du Séminaire théologique de l'Union à Manhattan.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Leaves from the Notebook of a Tamed Cynic, Richard R. Smith pub, (1930), réédition par Westminster John Knox Press, 1991, ISBN 0-664-25164-1, journal des procès d'un jeune ministre
  • Moral Man and Immoral Society: A Study of Ethics and Politics, Charles Scribner's Sons (1932), Westminster John Knox Press 2002, ISBN 0-664-22474-1 ; son livre le plus influent
  • Interpretation of Christian Ethics, Harper & Brothers (1935)
  • Beyond Tragedy: Essays on the Christian Interpretation of Tragedy, Charles Scribner's Sons (1937), ISBN 0-684-71853-7
  • The Nature and Destiny of Man: A Christian Interpretation, from the Gifford Lectures, (1941), volume un : Human Nature, volume deux : Human Destiny, 1980 Prentice Hall vol. 1 : ISBN 0-02-387510-0, Westminster John Knox Press 1996, ensemble des deux volumes : ISBN 0-664-25709-7
  • The Children of Light and the Children of Darkness, Charles Scribner's Sons (1944), Prentice Hall 1974 edition : ISBN 0-02-387530-5, Macmillan 1985 edition : ISBN 0-684-15027-1
  • Faith and History (1949), ISBN 0-684-15318-1
  • The Irony of American History, Charles Scribner’s Sons (1952), réimpression de 1985 : ISBN 0-684-71855-3, Simon and Schuster : ISBN 0-684-15122-7, réimpression de 2008 de University of Chicago Press, avec une nouvelle introduction par Andrew J. Bacevich : ISBN 978-0-226-58398-3, lire un extrait
  • Christian Realism and Political Problems (1953), ISBN 0-678-02757-9
  • The Self and the Dramas of History, Charles Scribner’s Sons (1955), University Press of America, Edition de 1988 : ISBN 0-8191-6690-1
  • Love and Justice: Selections from the Shorter Writings of Reinhold Niebuhr, éd. D. B. Robertson (1957), réimpression de Westminster John Knox Press (1992) : ISBN 0-664-25322-9
  • Pious and Secular America (1958), ISBN 0-678-02756-0
  • Reinhold Niebuhr on Politics: His Political Philosophy and Its Application to Our Age as Expressed in His Writings éd. by Harry R. Davis et Robert C. Good. (1960) édition en ligne
  • A Nation So Conceived: Reflections on the History of America From Its Early Visions to its Present Power avec Alan Heimert, fils de Charles Scribner (1963)
  • The Structure of Nations and Empires (1959), ISBN 0-678-02755-2
  • Niebuhr, Reinhold. The Essential Reinhold Niebuhr: Selected Essays and Addresses éd. par Robert McAffee Brown (1986). 264 pages, Yale University Press, ISBN 0-300-04001-6
  • Remembering Reinhold Niebuhr. Letters of Reinhold & Ursula M. Niebuhr, éd. par Ursula Niebuhr (1991), Harper, ISBN 0-060-66234-4

Sources[modifier | modifier le code]

Cet article est la traduction de l'article du Wikipédia en anglais.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. L'Elmhurst College a érigé une statue en son honneur.
  2. Willis F. Dunbar, George S. May, Michigan: A History of the Wolverine State (Grand Rapids: Wm. B. Eerdmans Publishing, 1995; ISBN 0-8028-7055-4), page 475.
  3. Kenneth T. Jackson, The Ku Klux Klan in the City, 1915-1930. Oxford University Press, 1967; reprint, Chicago: Elephant Paperback, 1992, pp. 129, 134-138, 142.
  4. Noam Chomsky, Necessary Illusions, 1989, chapitre 1
  5. Matthew Berke, "The Disputed Legacy of Reinhold Niebuhr", First Things (November 1992).
  6. Ibid.
  7. Paul Allen, The Obama Niebuhr connection, The Toronto Star (14 juin 2008).
  8. Kenneth Waltz, Man, the State, and War, p. 33
  9. Bacevich Andrew, The Limits of Power : The End of American Exceptionalism, p.202 (index Niebuhr)