Mas (construction)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Mas.

Un mas (prononcé [mɑ(:s)])[1] est une ferme de certaines régions du midi de la France (Provence, Languedoc, Roussillon). Le mas est lié à la vie économique rurale. Il est aujourd'hui transformé en maison de villégiature dans certaines régions.

Mas provençal au milieu des vignes.
Mas dans la Drôme provençale.
La Masía est un mas catalan du XVIIIe siècle transformé en centre de formation du FC Barcelone.

Étymologie[modifier | modifier le code]

La racine du provençal mas est le latin mansus, participe passé de maneo, séjourner, qui est aussi à l'origine des termes français maison (de mansio[2]), manoir et manant, en plus des formes mes, meis, mais.

Dès le début, le terme paraît s'être appliqué aux locaux d'habitation et aux bâtiments à vocation agricole, auxquels s'ajoutent les dépendances telles que jardin, cour et verger.

Le droit seigneurial donna un sens plus étendu à mansus que les historiens rendent par le terme de « manse » : le mansus était l'unité d'exploitation imposable, c'est-à-dire la superficie agricole exploitée (champs, prés, vignes)[3].

À la fin du Moyen Âge, dans les montagnes de la Basse-Auvergne, le mas était l'équivalent du hameau, ce qu'on appelle aujourd'hui le village (à ne pas confonre avec la commune). Ce n'est qu'à partir du XVIIIe siècle qu'on a appelé hameau les plus petits mas.

Dans le Rouergue, le Quercy, le Cantal, le Limousin et en Périgord, aux XIVe-XVIIIe siècles, le mot a aussi le sens général de hameau, d'ancienne communauté possédant en indivis. Le mot a donné de nombreux lieux-dits.

Par transposition, le nom a été donné à des constructions plus récentes, en Provence en particulier[4].

Définition[modifier | modifier le code]

Au sens large, le mas est un ensemble de terres et de bâtiments d'habitation et d'exploitation à vocation agricole dont les produits (blé, légumes, fruits, animaux pour la viande, œufs, plumes, etc.) sont destinés principalement à la vente et dans une bien moindre mesure à la consommation sur place.

Au sens restreint, le mas se limite aux bâtiments d'habitation et d'exploitation.

Le mas en Provence[modifier | modifier le code]

Mas du XVIIIe près de Viens dans le Luberon

En Provence, toutes les fermes n'étaient pas des mas. Ceux-ci diffèrent des bastides, qui étaient pour la bourgeoisie.

Le mas a presque toujours une orientation au sud, offrant ainsi une protection contre le mistral. Les ouvertures sont absentes au nord et plutôt étroites ailleurs afin de se protéger de la chaleur en été et du froid en hiver. Le mas est d'ampleur variable mais présente presque toujours un volume parallélépipédique et un toit à deux pentes.

Le mas du Luberon[modifier | modifier le code]

Il a la forme d’un pavé droit (rectangle) avec quelquefois un retour en L. Il a généralement un étage sur rez-de-jardin (voire parfois deux étages). En bas étaient disposées les pièces servant aux bêtes et à la cuisine à cause des dégagements de chaleur. Un escalier, souvent central, permet d'accéder à un couloir (disposé au nord) qui distribue sur les chambres. On trouve aussi, à l'étage, les pièces de stockage pour le fourrage, le grain, etc.

Le mas de Camargue[modifier | modifier le code]

Il ressemble plus à une hacienda avec de grands volumes, des murs plutôt blancs, une cour intérieure et des bâtiments en U comprenant habitations et écuries.

La plupart des mas de Camargue s'échelonnent le long des bras du Rhône (pour avoir de l'eau potable, autrefois). Ils sont en général édifiés sur un léger bombement de terrain. Ils occupent toujours le centre du domaine.

En Camargue, on distinguait le grand mas d'exploitation agricole, équipé d'un chai, d'un hangar à fourrage, d'une bergerie, et le mas de taureaux, ou mas de manade, résidence d'un éleveur. Décrit par Rul d'Elly en 1938[5], le mas de manade est un bâtiment le plus souvent rectangulaire, blanchi à la chaux, abritant le logement du maître et composé d'une salle commune, à laquelle est attenante la cuisine. À gauche ou à droite en entrant, un escalier droit monte au premier étage, occupé par les chambres. La remise ou écurie est généralement contiguë à l'habitation ; au-dessus, se trouve le grenier à foin. Bien souvent un pigeonnier en forme de tour ronde ou carrée, domine la toiture à deux pentes, couvertes en tuiles romaines. Le mas de manade est ouvert à tout venant, il n'y a pas de clôture. Devant le mas se dressaient les cabanes des gardians, ouvriers agricoles chargés de garder les taureaux.

Le mas de la Crau[modifier | modifier le code]

Il a de nombreuses dispositions analogues avec celles du mas de la Camargue sauf qu'ici les étangs et l'eau sont inexistants. Le sol est plat, balayé par le mistral. À l'origine, la terre était avant tout une terre de pâture pour les moutons, aujourd'hui on y voit des vergers. L'habitation rappelle celle de la Camargue, mais avec un parti moins riche et des contraintes plus sévères. L'habitation du maître et celle du fermier étaient dans un bâtiment comportant un étage. En bas les cuisines, en haut les chambres. Les bergeries étaient attenantes à l'habitation mais sans communication avec elle. Au-dessus de la bergerie se trouvaient des greniers considérables pour le fourrage[6].

Matériaux[modifier | modifier le code]

Maçonneries[modifier | modifier le code]

Un mas est bâti avec les matériaux disponibles sur les terres de l'exploitation. Les pierres sont prélevées sur les tas d'épierrement des champs retournés. Le mortier n'est que de la terre minérale parfois additionnée de chaux éteinte sur place. Les arbres sont abattus, équarris puis mis en place dans les deux années qui suivent pour éviter toute tension dans cette maçonnerie souple qui va prendre son assise pendant plusieurs mois.

Dans la Crau, on faisait appel, pour la maçonnerie des murs, à des matériaux pauvres, trouvés sur place mais nécessitant beaucoup de main-d'œuvre : le galet et la terre. À défaut, pour certains bâtiments on se contentait du pisé. Extérieurement, les galets étaient disposés en opus spicatum. La pierre, en provenance de Fontvieille, s'employait pour les encadrements des baies, les chaînes d'angles, les piles, et les boutisses parpaignes destinées à la liaison des murs en galets. Dans certains cas, en façade, les galets étaient employés pour le soubassement, et la pierre pour les parties hautes[7].

Les murs des mas proches de la rivière de la Durance sont faits de galets, ceux de Gordes de pierres calcaires et ceux de Roussillon de pierres rouges (ocrées).

Enduits[modifier | modifier le code]

L'enduit intérieur composé de terre sablo-argileuse est appliqué puis serré à la taloche de bois. Il a sa raison d'être dans la lutte contre les rongeurs, vermine en tout genre et le froid. Il est chaulé chaque année par les familles les plus soigneuses. Les murs se comportant comme du sucre posé sur un peu de liquide, de l'eau aspirée depuis le sol est donc présente naturellement dans ce type de maçonnerie.

Un soin particulier est porté à l'enduit extérieur. Il a la propriété de ne pas faire barrage à l'évaporation de cette eau. Il est composé de sable, de terre et de chaux pour éviter toute dégradation de la pierre par le gel et la transmission du froid sur des murs sinon détrempés par la pluie et les remontées capillaires.

Évolution récente[modifier | modifier le code]

S'il est un bâti où l'uniformisation et la caricature fait son chemin, c'est bien ce type de construction banale mais représentative du savoir-faire des artisans de jadis (maçons, charpentiers, couvreurs, etc.). Bon nombre de mas voient maintenant leurs murs déshabillés de leur enduit, grattés, leurs pierres mises à nues et jointoyées avec toutes sortes de mortiers modernes colorés. Les volets à cadre recouverts de gris, de vert ou de bleu charron ou charrette ont souvent fait place à des menuiseries avec renfort en Z recouvert de « bleu lavande ».

Dimensions[modifier | modifier le code]

La taille d'un mas varie en fonction de la richesse et du nombre de ses occupants originaux : de 150 à plus de 1 000 m2, y compris dépendances (paillers, granges, etc.). Plus la famille s’agrandissait ou achetait d’équipements, plus le mas s’allongeait.

Livres[modifier | modifier le code]

Les mas de Provence sont assez recherchés et souvent transformés en maisons de villégiature.

Habiter en Provence étant à la mode, la moindre construction à la campagne est souvent aujourd'hui désignée à tort sous le vocable de « mas » par certains vendeurs. Le vocable « mas de ville » est également employé. On consultera utilement sur le sujet la thèse de Roger Livet Habitat rural et structures agraires en Basse-Provence et l'ouvrage de Jean-Luc Massot Maisons rurales et vie paysanne en Provence.

Le livre Une année en Provence de Peter Mayle en 1993 a beaucoup contribué à faire connaître le nom de cet élément d'architecture très particulier. Le bâtiment dont cet auteur parle dans son livre est en fait non pas un vrai mas, mais plutôt une ferme fortifiée.

Le mas en Rouergue[modifier | modifier le code]

Dans le sud du Massif central, où l'agriculture est prédominante (causse du Larzac, vallée de la Dourbie, vallée du Durzon, etc.), quantité de fermes en activité portent la dénomination de mas. Parfois, l'extension du terme à un hameau, voire à un petit village, relève d'un phénomène démographique ancien où la ferme, prenant de l'importance, a provoqué une cristallisation urbaine autour d'elle [8]. Il n'est pas rare d'y trouver encore les descendants de ceux qui ont bâti ou agrandi le mas familial au fil du temps.

Le mas en Limousin[modifier | modifier le code]

Les toponymes comprenant le mot mas contiennent souvent un élément du relief, de l'environnement de la propriété en question, ou encore le nom de son propriétaire originel. Ainsi en Limousin trouvera-t-on par exemple Masseret, qui vient de l'occitan mas seren (« le mas calme »), le Mas-de-L'Aurence (dans l'agglomération de Limoges), domaine où coule l'Aurence, ou encore Masbaraud, le mas qui appartenait à un certain Baraud.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  1. d'après le Centre national de ressources textuelles et lexicales .
  2. Comme c'est typiquement le cas, la forme « maison » dérive non du nominatif mansio mais de l'accusatif mansiōnem.
  3. Cf. Jacques Astor, Dictionnaire des noms de familles et noms de lieux du Midi de la France, Éditions du Beffroi, 2002, p. 477 (Mas).
  4. Cf. Marcel Lachiver, Dictionnaire du monde rural. Les mots du passé, Fayard, 1997.
  5. Rul (d')Elly, La Camargue gardiane, Michel Delaveau, Paris, 1938, 165 p., en part. p. 28-31.
  6. Jean-Luc Massot, en collaboration avec Nerte Fustier-Dautier et Claude Poulin, Maisons rurales et vie paysanne en Provence. L'habitat en ordre dispersé, Ed. SERG, Ivry-sur-Seine, 1975, 401 p., en part. p. 152-157.
  7. Jean-Luc Massot et al., op. cit., p. 153 et 156.
  8. L'abbé Vayssier, dans son Dictionnaire patois-français du département de l'Aveyron, donne « Mas : hameau, petit village où il n'y a que quelques maisons, parfois une seule ».

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]