Maison à Gulf

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La maison à Gulf (en allemand Gulfhaus) est la plus imposante maison traditionnelle rurale en Europe [1] et elle est l’une des trois maisons rurales les plus représentatives de l’Allemagne du Nord côtière (la maison-halle (Hallenhaus), Geesthardenhaus, Gulfhaus) et particulièrement de la Frise de l’ouest au Pays-Bas jusqu’au nord au Danemark.

Expansion[modifier | modifier le code]

La maison à Gulf, ou maison de la Frise orientale, est une forme de ferme née entre le XVIe et XVIIe siècle en Allemagne du Nord. Elle repose sur une ossature à bois ou sur couple de poutres au centre de la maison, avec une technique de bois longs[2].

La maison à Gulf se diffuse d’abord dans les polders, puis se répand également dans toutes les régions de type Geest de la Frise orientale. La région de diffusion s’élargit à tout l’espace de la Mer du Nord, de la Flandre occidentale au Slesvig-Holstein en passant par la Hollande, la Frise orientale et Oldenbourg. Cette ligne est interrompue par le triangle Elbe-Weser dans lequel s’est répandue la forme de la maison-halle dite bas-allemande, plus connue sous le nom de maison bas-saxonne.

Dans le pays de Leer

Origine et évolution[modifier | modifier le code]

La construction de la maison à Gulf répond à des impératifs économiques. Avant son invention, les habitants des polders de la Mer du Nord de Frise orientale vivaient dans la ferme frisonne primitive (oud-Friese boerenhuis)[3], une maison-block avec habitation et stabulation. Ces petits bâtiments suffisaient aux agriculteurs parce qu’il n’y avait pas beaucoup de récolte à engranger. La culture des céréales n’était possible que sur de rares terres élevées alors que les polders – ou marschen (Marschland) – insuffisamment asséchés ne servaient guère qu’à faire des prés et des prairies. Grâce à leur technique d’assèchement améliorée utilisant les moulins à vent pour pomper l’eau, les régions des polders fertiles purent être asséchées et utilisées pour la culture des céréales sur de grandes surfaces. Pour stocker des quantités de récoltes de plus en plus croissantes, une maison avec un très grand volume habitable et exploitable était nécessaire, c’est de cette nécessité qu’est née la maison à Gulf.

Construction[modifier | modifier le code]

coupe traversale de la maison à Gulf
Coupe longitudinale
Visualisation du Gulf au centre
Représentation de la ferme frisonne primitive

La maison à Gulf typique se compose d’une partie avant (fööeräen[4]) qui sert de zone d’habitation, et d’une partie mitoyenne dédiée à l’écurie et à la grange (achteräen). Du fait que le toit dans la partie arrière de la maison descend beaucoup plus bas, des parties latérales, dites ütkübben, donnent ainsi une forme plus large à l’arrière côté grange qu’à l’avant dans la partie habitation. Le centre de l’étable et de la grange est composé du Gulf, cette surface de stockage pour le foin, la récolte et le matériel qui donne son nom à ce type de maison rurale. Dans l’une des parties latérales élargies, on trouve des compartiments pour loger les bovins (kaustâl). L’espace qui longe ce compartiment est appelé kaugâng (couloir des vaches). Tout au bout se trouve traditionnellement le WC turc (gemak). Côté pignon de la partie grange, on peut reconnaître deux portes, un portail de grange très grand sur le côté qui donne accès à l’aire de battage (dösdel) et au Gulf, y compris avec une voiture, puis une autre porte plus petite de l’autre côté, appelée messeldööer parce que c’est par là qu’on sort le fumier et lisier. La partie antérieure de l’habitation côté pignon où se trouve l’écurie (Pêrstâl) est séparée par une paroi, elle est recouverte d’un plafond qui donne un nouveau plancher (hiel) sur lequel on peut stocker du foin pour le fourrage d’hiver.

Dans ce type de construction, la charge de toit n’est pas portée par les murs extérieurs mais par un ouvrage de poteaux-poutres (Stààpelwârk). La couverture du toit au-dessus de la partie habitation est assurée par des tuiles canal en terre cuite tandis que la partie grange est couverte pour le tiers inférieur par les mêmes tuiles et la partie supérieure par du chaume à base de roseau (Reet).

Reconversion[modifier | modifier le code]

Aménagement d'un gulf, ici Auberge de Jeunesse, Langeoog

Afin de sauvegarder le patrimoine local, de nombreuses initiatives de reconversion de maison à Gulf voient le jour. Ces anciennes fermes, souvent de grande taille, sont reconverties en banques, écoles, crèches ou auberges de jeunesse.

Illustrations[modifier | modifier le code]

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Sources[modifier | modifier le code]

  1. « Les maisons paysannes: En France et leur environnement (XVe-XXe siècles)[5], »
  2. (de) Kurt Asche, Gulfhaus Und Steinhaus Im Jeverland, Lohse-Eissing Wilhelmshaven,‎ 1997 (ISBN 3920602366 et 9783920602363)
  3. (de) Menne Feiken, Helmers Das Gulfhaus: Entstehung und Entwicklung, Volume 3 de Schriftenreiche der Forschungsgemeinschaft für den Raum Weser-Ems e. V. Oldenburg, Université de Californie, Stalling,‎ 1943
  4. (de) Robert Lee Stockman, North Germany to North America: 19th century migration, Université du Wisconsin – Madiso, PlattDüütsch Press,‎ 2003 (ISBN 0966550218 et 9780966550214)
  5. (en) Allen G. Noble, Traditional Buildings: A Global Survey of Structural Forms and Cultural Functions (International Library of Human Geography),‎ 2007 (ISBN 978-1845113056)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jean-René Trochet, Les maisons paysannes: En France et leur environnement (XVe-XXe siècles), éditeur creaphis éditions, 2006, pages totales=605, page 74, ISBN 291361082X |lire en ligne= http://books.google.fr/books/id=FMqPNM2Vo2MC&pg=PA74&dq=Hallenhaus&hl=fr&sa=X&ei=lld-Uar-KciohAfR-IGQDw&ved=0CEMQ6AEwAg#v=onepage&q=Hallenhaus&f=false
  2. (de) Allen G. Noble, Traditional Buildings: A Global Survey of Structural Forms and Cultural Functions, page 24, cf. bibliographie.
  3. Joast Hiddes Halbertsma, het Lexicon Frisicum, 1850,cf http://nl.wikipedia.org/wiki/Langhuis
  4. Les termes nommés sont issus de la langue frisonne orientale. Ce n'est pas de l'allemand standard
  5. Jean-René Trochet, , Les maisons paysannes : En France et leur environnement (XVe-XXe siècles), vol. 1, creaphis éditions,‎ 2006, 605 p. (ISBN 291361082X, lire en ligne), p. 75