Maison en paille

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Une maison en paille est une maison dont certaines parties sont construites en paille. La paille peut être recouverte de terre, de chaux, de plaques de plâtre ou de gypse ou encore de bois en panneaux ou en lames. La paille est un coproduit agricole de la production de céréales. Elle est généralement utilisée pour la construction sous la forme de bottes parallélépipédiques.

Histoire[modifier | modifier le code]

Les pionniers[modifier | modifier le code]

La construction en paille a commencé il y a un siècle au Nebraska, aux États-Unis d'Amérique, quelques années après l'invention de la botteleuse agricole. Dans cette région, il y a peu de bois, la terre y est sableuse, ce qui rend la construction traditionnelle de maçonnerie difficile. Les paysans-constructeurs ont donc utilisé des blocs de paille comme matériau de construction.

Le développement[modifier | modifier le code]

Yourte turkmène utilisant une isolation extérieure en paille en 1911

Depuis la fin du XIXe siècle, la construction en paille s'est développée. Des maisons, des écoles et même une église ont ainsi été édifiées. Beaucoup sont encore occupées et toujours en excellent état. Comme bon nombre de techniques traditionnelles, elle a été progressivement supplantée par la construction conventionnelle industrielle.

Le renouveau de la construction en paille a débuté dans les années 1980 en Amérique du Nord et s'est rapidement propagé dans le monde et en particulier en France où l'on construit annuellement autant de bâtiments en paille que dans tout le reste de l'Europe[réf. souhaitée]. Ceci est notamment le résultat du travail réalisé par le Réseau Français de la Construction en Paille qui regroupe la majorité des acteurs de cette filière.

En 2012, les règles professionnelles de construction en paille (règles CP 2012) ont été approuvées par la C2P (Commission Prévention Produit) au sein de l'AQC (Agence Qualité Construction). Depuis cette date, la construction en paille selon les règles CP 2012 fait partie des TC (Techniques Courantes) de construction et est admissible aux barèmes standards d'assurance (décennale notamment).

Les professionnels peuvent se former aux règles CP 2012 selon le référentiel Pro-Paille mis en place par le RFCP. Ils peuvent s'ils le désirent obtenir le label Quali-Paille.

Le domaine d'application des règles CP2012 couvre tout type de bâtiments (logements individuels ou collectifs, locaux tertiaires, industriels ou agricoles, établissement d’enseignement, ERP - Établissement Recevant du Public…).

Des essais normatifs ont été réalisés par le RFCP et ses partenaires (français ou européens) sur le matériau paille dans des domaines divers (acoustique, résistance au feu, thermique, vapeur d'eau…). Leurs résultats peuvent être obtenus auprès du RFCP et sont dans le domaine thermique disponibles dans les annexes de la réglementation RT 2012.

Principales caractéristiques[modifier | modifier le code]

Construction d'une maison en paille.
Construction d'un mur incurvé en ballots de paille.

Contrairement à l'image colportée par le conte « Les Trois petits cochons », ce mode de construction est parfaitement durable : La paille compressée a une meilleure résistance au feu que le bois. C'est par ailleurs un excellent isolant thermique, mais qui comme tout matériau végétal doit être protégé de l'eau liquide ou des excès de vapeur d'eau. Les prescriptions de conception et de mise en œuvre d'une isolation en paille et d'application d'enduits sur celle-ci sont décrites dans les règles CP 2012.

Caractéristiques thermiques[modifier | modifier le code]

La paille a une conductivité thermique qui est de 0,052 watt par mètre-kelvin perpendiculairement aux fibres et de 0,080 watt par mètre-kelvin parallèlement aux fibres. Ce qui en fait un bon isolant thermique. La résistance thermique totale d'une paroi isolées en paille est 2 à 3 fois supérieure aux valeurs obtenues par les compositions de parois usuelles utilisées[1]

Procédé de construction[modifier | modifier le code]

Il existe plusieurs principes différents de construction de bâtiments en paille : paille porteuse, remplissage isolant ou isolation par l'extérieur de maisons à ossature bois.

Paille élément structurel[modifier | modifier le code]

Paille porteuse[modifier | modifier le code]

Construction d'une maison : murs porteurs en paille.

La première technique employée dite « Nebraska » consiste à poser les bottes en quinconce (comme des briques). Elles supportent la charpente et la couverture sans ossature complémentaire. Originellement, de petites bottes (47x37 cm) étaient utilisées, aujourd'hui selon les cas on utilise de petits ou de gros ballots (80x120).

Cette technique offrant une structure à un ouvrage n'est pas considérée comme technique courante en France. S'il y a quelques exemple de bâtiments en R+1, la construction en paille porteuse est le plus souvent utilisée pour la construction de petits bâtiment économiques de plain-pied et en autoconstruction.

En octobre 2011 les travaux du Maya Guesthouse, premier hôtel construit en bottes de paille, ont commencé à Nax Mont-Noble, dans les Alpes suisses. Il s'agit d'une construction avec murs porteurs[2] Des logements sociaux sur deux niveaux ont été construits à Waddington (Royaume-Uni)[3] avec de petites bottes de paille. L'écocentre de Riscle, dans le Gers (France), est le premier Établissement Recevant du Public construit sur deux niveaux en paille porteuse[4].

Collaboration paille/structure/enduit[modifier | modifier le code]

La technique du GREB[5] utilise une double ossature bois de section 100 x 40. Ces sections réduisent la quantité de bois utilisée pour l'ossature tout en facilitant la manutention et la gestion des approvisionnements. L'enduit, constitué d'un mortier allégé à la sciure de bois, est coulé à l'avancement, de chaque coté de la paroi, protégeant la paille immédiatement et de manière définitive. Ce système constructif est contreventé par le mortier et sa simplicité de mise en œuvre permet l'autoconstruction de bâtiment R+1 et R+2 sans contraintes techniques spécifiques.

Elle est particulièrement appréciée en autoconstruction totale (ossature + paille + enduit)

Remplissage isolant[modifier | modifier le code]

La paille est essentiellement utilisée en remplissage isolant dans des structures bois :

  • traditionnelles (de type poteaux-poutres, assemblage en tenon-mortaise)
  • dans des parois de type ossature bois simple ou double (assemblages vissés)
  • dans des caissons préfabriqués

Remplissage de structures[modifier | modifier le code]

Les bottes sont introduites entre les pièces principales de la charpente. Selon les cas, elles sont maintenues par la compression des éléments structurels ou par une ossature secondaire de complément, comme dans le bâtiment de bureaux de La Tour-de-Salvagny, dans le Rhône (France), a été initialement construit pour l'association de maraîchage « Les jardins de Cocagne ». Il est constitué d'une charpente poteau-poutre avec une isolation en paille maintenue en place par des ossatures. Il est aujourd'hui[Quand ?] occupé par des associations actives dans le domaine environnemental (Oikos, Anthropologia…).

Remplissage d'ossatures[modifier | modifier le code]

En fonction des ossatures construites, les bottes sont introduites de différentes manières : elles peuvent être mises en place légèrement en force entre des montants verticaux d'ossature et maintenues par des liteaux horizontaux. Selon les cas les montants sont positionnés au centre, du côté intérieur ou extérieur des parois? L'Éco-hameau à Saint-Laurent-en-Beaumont, en Isère (France)[6] est construit de cette manière. Les bottes peuvent aussi être positionnées sans contraintes dans un couloir formé par une double ossature (type GREB) et sont maintenues par des tirants métalliques, comme au bâtiment agricole de l'AMAP de La Riche, en Indre-et-Loire (France)[7].

Remplissage de caissons[modifier | modifier le code]

Les bottes de paille sont rangées dans des caissons qui peuvent ou non être préfabriqués en atelier. Ils peuvent être accrochés à une structure ou supporter l’ensemble des charges. Par exemple, le bâtiment tertiaire à énergie positive de la société Ecocert compte quatre niveaux ; il est constitué d'une structure en bois contreventée par un noyau en béton. Les planchers sont en bois massif contre-cloué, et les murs rideaux périphériques sont des caissons isolés en paille [8].

La salle polyvalente de Mazan est constitué d'une série de portiques en bois local du Mont Ventoux. L'intégralité de l'enveloppe du bâtiment est constituée de caissons isolés en paille dont la peau extérieur est enduite au plâtre gros[9].

Le groupe scolaire Louise Michel d'Issy-les-Moulineaux, dans les Hauts-de-Seine (France) d'une surface totale de 5 241 m2[10] est le plus grand bâtiment isolé en paille construit dans le monde[réf. nécessaire]. Il est constitué d'une charpente en bois lamellé-collé isolée par des caissons remplis de paille[11],[12].

Isolation de maçonnerie[modifier | modifier le code]

La paille peut être utilisée pour isoler des parois maçonnées. Dans ce cas, elle est généralement à la fois collée aux murs (à la terre ou à la chaux) et maintenue par une ossature de complément.

Exemple : La nouvelle école Montessori à Avignon (France) a été construite à partir d'un hangar industriel. Sa structure en métal avec remplissage en parpaings a été isolée par l'extérieur avec des bottes de paille.

Développement, recherche[modifier | modifier le code]

Des guides et retours d'expériences existent. « Dans les années 1920. le Ministère de l'Agriculture du Nord Dakota aux États-Unis a édité des manuels de construction en ballots de paille destinés à la construction de bâtiments agricoles. Cette initiative a permis de diffuser la technique vers plusieurs états des États-Unis. Dans les années 1950 un manuel sur la construction en ballots de paille a été édité au Danemark. »

En 1973, un livre par Roger Welsch's fût publié sous le nom Shelter. On y trouve un croquis et une brève explication de la construction en paille au Nebraska. Dans les années 1980 certains pionniers dans le sud-ouest des États-Unis et au Canada recommençaient à construire en ballots de paille et en peu de temps les Québécois ont transmis cette technique de l'autre côté de l'Océan Atlantique, aux Français.

En France[modifier | modifier le code]

Maison Feuillette à Montargis

L’ingénieur Émile Feuillette a réalisé une maison en ballots de paille à Montargis (Loiret) en 1921. Il proposait cette technique comme moyen de reconstruire le pays après la guerre. Cette maison de 110 m2 est toujours en très bon état et habitée. Elle est en cours de rachat[13] par le RFCP. Sur ce site, le futur Centre national de la construction en paille devrait regrouper trois édifices isolés en paille : La maison existante, de nouveaux bureaux à énergie positive et des logements participatifs passifs[14].

En Suisse[modifier | modifier le code]

Des maisons en paille ont vu le jour en Suisse, depuis les années 2000. Une trentaine en Suisse alémanique et une dizaine en Suisse romande[15], notamment dans la commune de Lausanne, (l'un des bâtiments du service des parcs et domaines), mais aussi à Morrens, Préz-vers-Siviriez, Vers-chez-les-Blanc, Les Cullayes, Corbières, Ecoteaux, Mollens, Saint-Ursanne, Vauderens, dans la commune d'Ursy[16], La Moisson D'un Rêve[17] à Hauterive (NE).

En Europe[modifier | modifier le code]

Dans chaque pays, des structures construisent et militent pour la construction en paille. Elles échangent entre elles régulièrement à l'occasion de projets communs dans le domaine de la recherche ou de la formation. Des rencontres Européennes sont organisées tous les 2 ans.

Monde[modifier | modifier le code]

La construction en paille est réalisée partout au monde : États-Unis (environ 2 000 maisons en paille), Canada, Mexique, Uruguay, Islande, Royaume-Uni, Irlande, Suède, Norvège, Danemark, Pays-Bas, Belgique, Allemagne, Autriche, Suisse, Roumanie, Tchécoslovaquie, Grèce, Turquie, Mongolie, Chine, Japon, Australie

Des rencontres mondiales de la construction en paille sont organisées tous les 2 ans (en alternance avec les rencontres Européennes)

Références[modifier | modifier le code]

  1. Exemple de calcul de R pour une paroi en paille de 45 cm d'épaisseur ({\lambda}=0.080)
    Composition de la paroi Épaisseur {e} Conductivité thermique {\lambda} Résistance thermique R_{i} = \frac{e}{\lambda}
    (en mètre) (en Watt par mètre-kelvin) (en mètre carré-kelvin par watt)
    Résistance thermique d'échange superficielle interne R_{si} 0,13
    Enduit 0,015 0,04 0,375
    Botte de paille 0,45 0,08 5,625
    Enduit 0,015 1,5 0,01
    Résistance thermique d'échange superficielle externe R_{se} 0,04
    Résistance thermique totale
    (en mètre carré-kelvin par watt)
    R_{T}= R_{si}+\sum_{i=1}^n{R_i}+R_{se} 6,18

    La valeur de Résistance thermique totale est à comparer aux 8,675 mètre carré-kelvin par watt pour un mur de béton recouvert de 20 cm de polyuréthane, obtenus par la même méthode dans l'article paroi (construction).

  2. Blog sur le premier hôtel réalisé en bottes de paille
  3. strawworks.co.uk
  4. pierreetterre.org
  5. Groupe de recherche Ecologique de la Baie
  6. L'Écolieu Tilia & Compagnie
  7. LA RICHE ET LE DÉVELOPPEMENT DE L’AGRICULTURE BIO
  8. Le nouveau bâtiment du siège d’Ecocert
  9. CHANTIER DE LA SALLE POLYVALENTE DE MAZAN
  10. Les écoliers rentrent dans une école… de paille
  11. Une école en paille dans le Fort d'Issy
  12. Gaujardtechnologie scop
  13. annonce de vente de la maison Feuillette.
  14. Dernière chance pour sauver la Maison Feuillette !!!
  15. Dossier Maison de paille, juin 2011, magazine Terre et nature
  16. Maison de paille Tour d'horizon
  17. La Moisson D'un Rêve (LMDR), cahier de route détaillé (blog) de la construction d'une maison en paille à Hauterive (NE).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • RFCP, Règles professionnelles de construction en paille, Editions Le moniteur,‎ 2012, 180 p. (ISBN 978-2-281-11522-2)
  • Luc Floissac, La construction en paille, Techniques de pro / Terre-vivante,‎ 2012, 383 p. (ISBN 978-2-36098-081-9)
  • V. Brossamain et JB Thévard, Construire son habitation en paille, selon la technique du GREB, Ed. A. Contrevent,‎ juillet 2011, 164 p. (ISBN 978-2952515825)
  • André de Bouter, Bâtir en paille, La Maison en Paille,‎ 2006, 102 p. (ISBN 2-9522653-1-3)
  • Bill et Athena Steen, Petite botte de paille, La Maison en Paille / Goutte de sable,‎ avril 2007, 212 p. (ISBN 978-29522653-2-4)
  • Clarke Snell & Tim Callahan, Manuel de construction écologique, la plage,‎ 2006, 360 p. (ISBN 978-2-84221-160-8)
  • André de Bouter & Bruce King, Concevoir des bâtiments en bottes de paille, La Maison en Paille / Eyrolles,‎ 2009, 320 p. (ISBN 978-2-9522653-3-1)
  • Astrid & Herbert Gruber, Construire en paille aujourd'hui, Mens (France), Terre vivante,‎ 2003, 128 p. (ISBN 2-914717-01-6)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]