Philosophie éternelle

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L'expression Philosophie éternelle (ou en latin Perennis philosophia, ou Philosophie pérenne) désigne la croyance que la philosophie (au sens large) forme une tradition une et permanente, au-delà d'apparentes oppositions ou évolutions.

Origines[modifier | modifier le code]

Déjà Plutarque admet la notion de « théologie antique »[1]. Il écrit, vers 70, dans Isis et Osiris § 45 :

« Aussi existe-t-il une doctrine qui se rattache à la plus haute antiquité et qui, des fondateurs des connaissances sacrées et des législateurs, est descendue jusqu'aux poètes et jusqu'aux philosophes. Son origine est anonyme ; mais c'est une doctrine dont le crédit vigoureux et indéracinable se retrouve fréquemment impliqué non seulement dans les discours et dans les traditions, mais encore dans les rites initiatiques et dans les sacrifices, tant chez les Barbares que chez les Grecs. »

L'idée d'une Prisca theologia (antique théologie) triomphe à la Renaissance, dans le platonisme de Florence, avec Marsile Ficin et Pic de la Mirandole. Selon Marsile Ficin, en 1463 :

« Parmi les philosophes, il [Hermès Trismégiste] fut appelé le premier théologien ; il fut suivi par Orphée, qui initia Aglaophème aux saintes vérités, et Pythagore succéda en théologie à Orphée, qui fut suivi par Philolaos, maître de notre Platon. C’est pourquoi il n’y eut qu’une seule, secte de la Prisca theologia [antique théologie][2]. »

L'expression Perennis philosophia remonte à Augustinus Steuchus, dit Eugubinus (Agostino Steuco, de Gubbio, en Italie), qui a écrit De perenni philosophia[3] en 1540. Steuco, né Guido degli Stuchi, était un chanoine régulier de Saint Augustin depuis 1513. C'était un grand orientaliste, responsable de la bibliothèque du Vatican en 1538. Dans son livre, il soutient que la théologie chrétienne repose sur des principes antérieurs à la Révélation chrétienne et universels. La pensée humaine est une.

Leibniz rappelle que le livre d'Augustinus Steuchus s'efforce « d’accommoder les Anciens au christianisme », et il pense qu'on peut en tirer quelque chose de plus, et c'est dans cette intention qu'il fait de perennis philosophia une sorte de devise de son éclectisme[4]. Il précise dans une lettre à Rémond, datant de 1714 :

« La vérité est plus répandue qu'on ne pense, mais elle est aussi enveloppée, et même affaiblie, mutilée, corrompue par des additions qui la gâtent ou la rendent moins utile. En faisant remarquer ces traces de la vérité dans les anciens (ou, pour parler plus généralement, dans les antérieurs), on tirerait l'or de la boue, le diamant de sa mine et la lumière des ténèbres ; et ce serait, en effet, perennis quaedam philosophia [une certaine philosophie éternelle][5]. »

La Philosophie éternelle d'Aldous Huxley[modifier | modifier le code]

En 1945, Aldous Huxley (1894-1963) publia The Perennial Philosophy[6]. Il rapproche les religions, les traditions d'Orient et d'Occident, à la recherche d'une pensée mondiale, à mi-chemin de la science et de la mystique.

« Philosophie éternelle : l'expression a été trouvée par Leibniz. Mais la chose, cette métaphysique qui reconnaît qu'il y a une réalité qui est la substance même des choses matérielles, de la vie et de l'esprit ; cette psychologie qui voit dans l'âme quelque chose de semblable ou même d'identique à la réalité divine ; cette éthique qui place les buts de l'homme dans la connaissance d'un fondement transcendant et immanent à tous les êtres, cette chose est universelle et immémoriale. Les rudiments de la philosophie éternelle peuvent être trouvés dans les avoirs des peuples primitifs de toutes les régions du monde, et, sous sa forme la plus développée, elle a une place dans les plus grandes religions. »

Le pérénnialisme[modifier | modifier le code]

Une école de pensée, axée sur l'ésotérisme, fondée par René Guénon vers 1910, se rattache à l'idée de Philosophia perennis. On l'appelle pérennialisme ou « traditionnisme »[7]. Les auteurs (René Guénon, Julius Evola, Ananda Coomaraswamy, Frithjof Schuon...) croient en une « Tradition perpétuelle et unanime révélée tant par le dogmes et les rites des religions orthodoxes que par la langue universelle des symboles initiatiques »[8].

La psychologie éternelle de Ken Wilber[modifier | modifier le code]

Ken Wilber, théoricien américain relevant de la psychologie transpersonnelle, en 1975, écrivit un article intitulé Psychologia Perennis.

« L'Occident a connu une explosion d'intérêt pour ce qu'Aldous Huxley a appelé philosophia perennis, la philosophie éternelle, doctrine universelle de la nature de l'homme et de la réalité présente au cœur de toutes les traditions métaphysiques majeures... Ce que l'on sait moins, toutefois, est qu'il existe, parallèlement à la philosophie éternelle ou pérenne, ce que j'aimerais appeler la "psychologie pérenne", c'est-à-dire une vision universelle de la nature de la conscience humaine... Au cœur de ce modèle du "Spectre de la Conscience", il y a l'affirmation que la personnalité humaine est une manifestation ou une expression à multiples niveaux d'une conscience unique[9]. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Textes[modifier | modifier le code]

  • Agostino Steucho, De perenni philosophia, Lyon, S. Gryphius, 1540, 628 p. Rééd. New York, 1972, préface Charles B. Schmitt.
  • Aldous Huxley, La philosophie éternelle. Philosophia perennis (1945), trad., Seuil, coll. "Points Sagesses", 1977, 373 p.
  • Frithjof Schuon, De l'unité transcendante des religions (1948), Sulliver, 2000, 199 p.
  • Bhagwan Shree Rajneesh (= Osho), Philosophia perennis. Osho speaking on the Golden Verses of Pythagoras (1966), Osho International Foundation, 1982, 2 vol. [1]
  • Georges Vallin, Lumière du non-dualisme, chap. "Réflexions sur la notion de philosophie éternelle", Presses Universitaires de Nancy, 1987.

Études[modifier | modifier le code]

  • D. P. Walker, « The Prisca Theologia in France », Journal of the Warburg and Courtauld Institutes, XVII (1954), p. 204-259.
  • C. B. Schmitt, « Perennial philosophy from Agostino Steuco to Leibniz », in Journal of the history of Ideas, XXVII, 1966.
  • G. Di Napoli, « Il concetto di philosophia perennis di Agostino Steuco nel quadro della tematica rinascimentale », in Filosofia e cultura in Umbria tra Medievo e Rinascimento, Pérouse, 1967.
  • Satareh Houman, De la Philosophia perennis au Pérennialisme américain, Archè, Milan, 2010, 622 p.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Plutarque, De la procréation de l'âme dans le "Timée" [de Platon], § 33, 103
  2. Marsile Ficin, argumentum (1463) du Pimander (1471), in Opera omnia (1561-1576), reprint par S. Toussaint, Paris, 2000, p. 1836.
  3. Agostino Steucho, De perenni philosophia (1540), rééd. anastatique, New York, 1972, avec une introduction de C. B. Schmitt.
  4. André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie, PUF, 1968, p. 755.
  5. Leibniz, Philosophischen Schriften, t. III, p. 624-625.
  6. Aldous Huxley, La philosophie éternelle (1945), trad., Plon, 1946.
  7. P. Riffard, Dictionnaire de l'ésotérisme, Payot, 1983, p. 344.
  8. R. Guénon, Symboles fondamentaux de la Science sacrée, Gallimard, p. 18.
  9. Ken Wilder, "Psychologia Perennis: The Spectrum of Consciousness", Journal of Transpersonal Psychology, 1975, vol. 7, n° 2, p. 105-106. Frank Visser, Ken Wilber. La pensée comme passion, Almora, 2009, p. 85-86.