H. G. Wells

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H. G. Wells

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H. G. Wells photographié par George Charles Beresford en 1920

Nom de naissance Herbert George Wells
Autres noms The man on his time
Activités Romancier
Naissance 21 septembre 1866
Bromley, Kent, Drapeau de l'Angleterre Angleterre
Décès 13 août 1946 (à 79 ans)
Londres, Drapeau de l'Angleterre Angleterre
Langue d'écriture Anglais britannique
Genres Science-fiction, entre autres
Distinctions Honorary Fellow de l'Imperial College

Œuvres principales

Herbert George Wells, plus connu sous la signature H. G. Wells, né le 21 septembre 1866 à Bromley dans le Kent, Royaume-Uni et mort le 13 août 1946 à Londres, est un écrivain britannique surtout connu aujourd'hui pour ses romans de science-fiction. Il fut cependant également l'auteur de nombreux romans de satire sociale, d'œuvres de prospective, de réflexions politiques et sociales ainsi que d'ouvrages de vulgarisation touchant aussi bien à la biologie, à l'histoire qu'aux questions sociales.

Biographie[modifier | modifier le code]

Il fut un auteur très prolifique qui écrivit aussi bien des romans réalistes que de la science-fiction, comme des essais sur l'histoire de l'humanité ou l'évolution future de la société. Herbert George Wells fut un socialiste convaincu. Après 1900, ses œuvres se firent de plus en plus politiques et didactiques. Il y parait que sa femme l'aurait aidé à écrire ses textes.

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

H.George Wells fut le cinquième et dernier enfant de Joseph Wells, un jardinier et joueur de cricket devenu boutiquier, et de Sarah Neal, une ancienne domestique. Il est né à Atlas House, 47 High Street, Bromley, dans le Kent. Sa famille appartenait à la classe moyenne peu argentée. Un héritage permit à la famille d'acheter un magasin de porcelaines qui ne fut jamais prospère. Joseph fut obligé de vendre des battes et des balles de cricket pour nourrir sa famille. Il recevait également de faibles rémunérations lors des matchs auxquels il participait.

Un incident survenu alors qu'il n'avait que sept ans fut déterminant pour la suite de sa vie. À cause d'un malencontreux accident survenu sur un terrain de sport, il dut rester alité un certain temps avec une jambe cassée. Il passait le temps en lisant des romans et se passionnait pour les autres mondes auxquels lui donnaient accès ses nouvelles lectures. C'est à ce moment-là qu'il prit goût à l'écriture. Plus tard la même année, il entra à la Thomas Morley's Commercial Academy, une école privée fondée en 1849. L'enseignement y était très erratique, plus particulièrement axé, comme Wells le raconta plus tard, sur l'écriture calligraphiée et les calculs utiles aux seuls hommes d'affaires. Wells y poursuivit sa scolarité jusqu'en 1880. Mais en 1877, un nouvel incident obscurcit la jeunesse de l'auteur : à la suite d'une chute, son père se fracture une jambe et doit abandonner sa carrière sportive qui représentait une part non négligeable des revenus de la famille.

Incapable de supporter plus longtemps leur charge de famille, les parents Wells eurent l'idée de placer leurs garçons comme apprentis dans différents corps de métier. Ainsi, de 1881 à 1883, Herbert George Wells fit un apprentissage comme marchand de tissus chez Southsea Drapery Emporium. Cette expérience lui inspira plus tard ses romans intitulés The Wheels of Chance (Les Roues de la fortune) et Kipps, qui décrivent la vie d'un apprenti marchand de tissus qui commente de manière critique la répartition des richesses dans le monde.

Les parents Wells ne s'entendaient pas très bien - elle était protestante et lui libre penseur -, si bien que sa mère retourna travailler comme femme de chambre à Up Park, une maison de campagne du Sussex, une fonction qui ne l'autorisait à emmener ni mari, ni famille. Ensuite, Sarah et Joseph vécurent séparément, sans toutefois divorcer, ni avoir aucune autre liaison. Herbert George Wells ne tira profit ni de son apprentissage comme marchand de tissu, ni de son apprentissage comme assistant chimiste, ni de son expérience comme enseignant auxiliaire, ce qui l'obligea à retourner régulièrement chez sa mère à Up Park, jusqu'à ce qu'il trouve une situation plus stable. H. G. Wells profitait de ses séjours à Up Park pour se plonger dans les livres de la superbe bibliothèque du lieu.

Années d'études[modifier | modifier le code]

H. G. Wells en 1908 à la porte de sa maison de Sandgate

En 1883, son employeur le renvoya, arguant qu'il n'était pas satisfait de ses services. Mais le jeune Wells était loin d'être mécontent de ce renvoi qui marqua la fin de sa période d'apprentissage. Plus tard la même année, il devint spécialiste. L'année passée à suivre son cours fut pour Wells la plus significative de toute son éducation. Elle marqua également son écriture romanesque puisqu'il puisa dans la biologie, en particulier dans l'évolution et l'anatomie comparée nombre de créations littéraires. Comme ancien élève, il aida ensuite à créer la Royal College of Science Association dont il fut le premier président en 1909. Wells étudia dans sa nouvelle école jusqu'en 1887 avec une allocation de vingt-et-un shillings par semaine grâce à sa bourse d'études.

Ces années marquent le début de son intérêt croissant pour une réforme possible de la société. Il commença son approche du sujet en étudiant la République de Platon, puis se tourna vers les idées plus contemporaines du socialisme telles qu'elles s'exprimaient au sein de la Fabian Society et dans diverses lectures à la Kelmscott House, le domicile de William Morris. Il compta également parmi les membres fondateurs du magazine The Science School Journal, un périodique qui lui permettait d'exprimer ses propres idées sur la littérature et la société. L'année scolaire 1886-1887 fut sa dernière année d'études. Malgré sa réussite aux examens de biologie et de physique, son échec à l'examen de géologie lui coûta son passage en année supérieure et sa bourse d'études. Herbert George Wells se retrouva alors sans revenu. Sa tante Mary, une cousine de son père, l'invita à rester chez elle dans un premier temps, ce qui lui épargna la recherche d'un logement. Pendant son séjour chez sa tante, il nourrit un intérêt croissant pour sa cousine Isabel, qu'il épousera en 1891.

L'écrivain[modifier | modifier le code]

Les premiers romans de « science-fiction »[modifier | modifier le code]

Le premier best-seller de Herbert George Wells fut Anticipations, paru en 1901. C'est peut-être son œuvre la plus explicitement futuriste, elle portait le sous-titre « Une expérimentation en prophétie » (An Experiment in Prophecy) lorsqu'elle parut tout d'abord par épisodes dans un magazine. Ce livre est intéressant à la fois pour ses bonnes intuitions (les trains et les voitures résultant de la migration des populations des centres-villes vers les banlieues ; les restrictions morales déclinant lorsque hommes et femmes recherchent davantage de liberté sexuelle) et pour ses erreurs (« mon imagination refuse de voir un sous-marin quelconque faire autre chose qu'étouffer son équipage et sombrer au fond des mers »).

Statue d'un tripode de La Guerre des mondes, érigée dans le centre-ville de Woking en Grande-Bretagne

Ses premiers romans, qu'on appelait à l'époque des « romances scientifiques », inaugurèrent un grand nombre de thèmes devenus de grands classiques en science-fiction, comme La Machine à explorer le temps, L'Île du docteur Moreau, L'Homme invisible et La Guerre des mondes (tous quatre portés à l'écran), et furent souvent considérés comme largement influencés par les œuvres de Jules Verne. Mais Wells refusait lui-même le titre de « Jules Verne anglais » comme il l'expliqua dans une préface qu'il écrivit pour une réédition de ses romans scientifiques (Scientific romances) en 1933. Wells opposait ses œuvres d'imagination et les romans d'anticipation du Français. Ses inventions n'avaient pas pour but de montrer ce qui allait se produire réellement, mais à simplement prendre possession du lecteur par l'illusion romanesque. Il comparait ses romans à L'Âne d'or d'Apulée, à l'Histoire véritable de Lucien de Samosate, à Peter Schlemil d'Adelbert von Chamisso et à Frankenstein de Mary Shelley. Wells écrivit d'autres romans, non fantastiques, qui reçurent un très bon accueil de la part des critiques, comme Tono-Bungay et Kipps. Wells fut également l'auteur de plusieurs douzaines de nouvelles, la plus connue étant The Country of the Blind (1911).

Même s'il ne s'agit pas d'un roman de science-fiction, Tono-Bungay fait une large part à la désintégration radioactive. Celle-ci joue un rôle-clé dans The World Set Free parue en 1914 (le titre français est La Destruction libératrice). Ce récit contient ce qui peut être considéré comme sa meilleure intuition prophétique. Les scientifiques de l'époque savaient que la désintégration du radium dégageait de l'énergie à faible rayonnement pendant des milliers d'années. Le taux de rayonnement était trop faible pour avoir une quelconque utilité pratique, mais la quantité totale d'énergie libérée était énorme. Le roman de Wells tourne autour d'une invention non spécifiée qui accélère le processus de désintégration radioactive afin de produire des bombes qui explosent avec une puissance digne d'explosifs ordinaires, mais qui continuent d'exploser pendant des jours et des jours. Leó Szilárd reconnut que ce livre lui inspira la théorie de la réaction nucléaire en chaîne.

Ouvrages de vulgarisation[modifier | modifier le code]

Wells écrivit aussi des ouvrages spécialisés. Son œuvre en deux volumes la plus célèbre fut The Outline of History (1920) qui inaugurait une nouvelle ère de vulgarisation historique à destination du grand public. Les historiens professionnels l'accueillirent avec circonspection, à l'exception de Arnold J. Toynbee qui qualifia l'ouvrage de meilleure introduction possible à l'histoire mondiale[1]. De nombreux autres auteurs poursuivirent dans cette voie de la vulgarisation.

Wells poursuivit dans cette voie en 1922 avec un ouvrage populaire, mais beaucoup plus court : A Short History of the World, et deux autres longs traités, The Science of Life (1930) et The Work, Wealth and Happiness of Mankind (1931). Ces ouvrages de vulgarisation devinrent suffisamment populaires pour donner l'occasion à James Thurber de les parodier dans son essai humoristique intitulé An Outline of Scientists. L'introduction à l'Histoire mondiale de Wells en deux volumes fut régulièrement rééditée, avec une réédition en 2005, tandis que A Short History of the World fut réédité en 2006.

En 1927, Florence Deeks poursuivit Wells pour plagiat, arguant qu'il avait copié la plus grande partie de The Outline of History à partir de son manuscrit intitulé The Web qui avait été soumis à l'éditeur canadien Canadian Macmillan Company et refusé. Malgré de nombreuses similarités de style et nombre d'erreurs historiques communes, la justice disculpa Wells.

Utopies et dystopies[modifier | modifier le code]

Dès les débuts de sa carrière, Wells cherchait une meilleure manière d'organiser la société, écrivant de nombreuses utopies. Ses romans commençaient généralement par la description d'un monde courant à la catastrophe jusqu'à ce que la population mondiale accède à un nouveau mode de vie : soit grâce à un mystérieux gaz libéré par une comète et qui rendait les humains plus rationnels (In the Days of the Comet), soit grâce à un conseil scientifique s'emparant du pouvoir (The Shape of Things to Come (1933)), adapté plus tard pour le film d'Alexander Korda, Things to Come, daté de 1936. Wells fit également la description d'une reconstruction sociale d'après-guerre par l'avènement de dictateurs fascistes dans The Autocracy of Mr Parham (1930) et The Holy Terror (1939).

Wells questionna l'essence même de l'humanité en opposant les idées de nature et de culture. Toutes ses utopies ne se terminaient pas forcément de manière heureuse, comme le montre le roman When the Sleeper Wakes (1899) (republié sous le titre The Sleeper Awakes, 1910) qui relève davantage de la dystopie. L'Île du docteur Moreau, plus sombre, force encore le trait. Le narrateur, prisonnier sur une île où les animaux sont changés en êtres humains par vivisection, mais sans succès, rentre en Grande-Bretagne. À l'instar de Gulliver lorsqu'il rentre du pays des Houyhnhnms, il se retrouve incapable de voir ses concitoyens autrement que comme des bêtes civilisées régressant lentement pour retrouver leur nature animale.

Autres écrits[modifier | modifier le code]

Wells rédigea également la préface de la première édition des journaux intimes de W. N. P. Barbellion, The Journal of a Disappointed Man (Le Journal d'un homme déçu), publié en 1919. Comme beaucoup de critiques pensaient que Barbellion n'était qu'un pseudonyme, Wells fut longtemps considéré comme le véritable auteur du Journal ; Wells a toujours démenti ces allégations, mais les rumeurs persistèrent jusqu'à la mort de Barbellion cette même année.

En 1938, il publia World Brain, une série d'essais sur l'organisation future de la connaissance et de l'éducation, parmi lesquels on trouve un essai intitulé The Idea of a Permanent World Encyclopaedia (Une idée d'encyclopédie mondiale permanente), concept à rapprocher de Wikipédia, qui parut dans l'Encyclopédie française d'Anatole de Monzie et Lucien Febvre en 1937.

Activités hors écriture[modifier | modifier le code]

L'artiste[modifier | modifier le code]

Herbert George Wells s'exprimait également par le dessin. Ses croquis ornaient fréquemment les couvertures de ses propres livres. Ses dessins couvraient un large éventail de sujets, allant du commentaire politique aux critiques littéraires en passant par des sujets plus romantiques. Pendant ses années de mariage avec Amy Catherine - qu'il surnommait Jane -, il dessina un grand nombre de scènes à propos de leur mariage. Ce fut pendant cette période qu'il appela ses dessins des picshuas (une déformation humoristique du terme anglais pictures). Ces picshuas firent l'objet d'études approfondies par ses élèves et un ouvrage leur fut consacré[2].

L'auteur de jeux[modifier | modifier le code]

À la recherche d'une manière plus structurée de jouer à des jeux de guerre, Herbert George Wells est l'auteur de Floor Games (en) (1911), suivi par Little Wars (en) (1913). Little Wars est généralement reconnu aujourd'hui comme le tout premier wargame miniature avec figurines et Wells est considéré comme le père du wargame avec figurines.

Vie privée[modifier | modifier le code]

En 1891, Herbert George Wells épousa sa cousine Isabel Mary Wells, mais la quitta en 1894 pour l'une de ses étudiantes, Amy Catherine Robbins, qu'il épousa en 1895. Sa seconde femme lui donna deux fils : George Philip (connu sous le surnom de Gip) en 1901 et Frank Richard en 1903[3].

Pendant ses années de mariage avec Amy, Wells entretint des liaisons avec un grand nombre de femmes, dont l'activiste américaine du contrôle des naissances, Margaret Sanger[4]. Il eut une fille, Anna-Jane, avec l'écrivain féministe Amber Reeves en 1909 (ce qui lui valut une brouille avec son père William Pember Reeves, l'ancien ambassadeur de Nouvelle-Zélande[5]) et un fils en 1914, Anthony West, avec la romancière et féministe Rebecca West, de vingt-six ans sa cadette[6]. Bien qu'Amy Catherine ait eu connaissance de certaines des liaisons extra-conjugales de son mari, elle resta mariée à Herbert George Wells jusqu'à sa propre mort survenue en 1927. Wells eut également une liaison avec Odette Keun et Moura Budberg. « Je n'ai jamais été un grand romantique, » écrivit Wells dans An Experiment in Autobiography (1934), « bien que j'aie aimé très profondément beaucoup de gens. »

Ses idées[modifier | modifier le code]

Engagement politique[modifier | modifier le code]

Sensibilité socialiste[modifier | modifier le code]

Herbert George Wells photographié par Yousuf Karsh en 1943

H. G. Wells se considérait comme socialiste, même s'il se trouvait occasionnellement en désaccord avec certains autres socialistes de son époque. Il fut membre de la Fabian Society, mais la quitta ensuite parce qu'il jugeait cette organisation beaucoup plus radicale qu'il ne l'aurait voulue. Il devint même l'un de ses adversaires les plus acharnés, reprochant à ses membres d'avoir une piètre compréhension des problèmes économiques et éducatifs. Il fut également le candidat du Labour Party à l'Université de Londres en 1922 et 1923, mais même à cette époque sa foi en son propre parti était pour le moins fragile.

Ses réflexions sur le socialisme imprègnent certains de ses romans d'anticipation, tels que La Machine à explorer le temps et Les Premiers Hommes dans la Lune, romans dans lesquels les héros découvrent, respectivement dans l'avenir et sur la lune, des sociétés nouvelles. Dans La Guerre des mondes, il met en parallèle les attaques martiennes contre la terre et les pratiques génocidaires de l'Empire britannique en Tasmanie.

Vers la fin de la Seconde Guerre mondiale, les Alliés découvrirent que les SS avaient établi une liste des intellectuels et des politiciens à assassiner immédiatement après l'invasion de la Grande-Bretagne pendant l'Opération Sea Lion. Le nom d'Herbert George Wells apparaissait en tête de liste, en cause sa conviction socialiste. Wells, devenu président du PEN club international, avait déjà eu affaire à l'Allemagne nazie en supervisant lui-même l'exclusion du PEN club allemand de la ligue internationale en 1934, à la suite de l'exclusion des écrivains non aryens.

L'Etat-Monde[modifier | modifier le code]

Son idée politique la plus féconde concernait la nécessité de créer un État-Monde. D'après son autobiographie, il considérait qu'à partir de 1900 un État-Monde était inévitable. Si les détails de cet État-Monde ont varié au cours du temps, son principe fondamental consistait à organiser une société qui favoriserait les sciences, mettrait fin aux nationalismes et permettrait aux citoyens de progresser en fonction de leurs mérites et non plus en fonction de leur naissance. À l'époque où il pensait qu'un État-Monde était inévitable, il réalisa également que le type de démocratie parlementaire qui était pratiquée à l'époque n'était pas satisfaisante. Ainsi, lorsqu'il travailla à la Charte des Nations unies, il s'opposa à toute mention du terme démocratie. Par ailleurs, il craignait que le citoyen moyen ne fût jamais suffisamment éduqué ou éclairé pour traiter des problèmes majeurs du monde. C'est la raison pour laquelle il pensait devoir limiter le droit de vote aux scientifiques, ingénieurs et autres gens de mérite. Mais il défendait en même temps l'idée que les citoyens devaient jouir du maximum de liberté possible, tant que celle-ci ne restreignait pas celle d'autrui. Toutes les valeurs que défendait H. G. Wells furent de plus en plus critiquées à partir des années 1920[7].

Jusque dans les années 1930, Wells resta convaincu de la nécessité de créer un État-Monde. Dans cette perspective, il accueillit avec enthousiasme les tentatives de Lénine de reconstruire l'économie russe, comme il le rapporta dans Russia in the Shadows (1920). Au départ, H. G. Wells pensait que Lénine pourrait engager la construction du monde planifié dont il rêvait, même s'il était lui-même socialiste foncièrement anti-marxiste, allant jusqu'à affirmer que le monde se porterait mieux si Karl Marx n'avait jamais existé. Ensuite, la politique de Joseph Staline le conduisit à changer de point de vue sur l'Union soviétique, bien que sa première impression sur Staline fût plutôt mitigée. Il n'appréciait pas ce qu'il considérait être chez Staline une orthodoxie obtuse, mais il fit tout de même l'éloge de ses qualités, disant qu'il n'avait « jamais rencontré un homme plus juste, plus candide et plus honnête », rejetant ainsi la sombre réputation de Staline comme injuste, voire fausse. Il n'en jugeait pas moins la manière de gouverner de Staline bien trop rigide, ne laissant aucune place à la moindre pensée indépendante, et trop obtuse pour réellement mener à la Cosmopolis qu'il appelait de ses vœux[8].

Les dernières années[modifier | modifier le code]

À la fin de sa vie, Wells avait perdu beaucoup de son influence dans les milieux politiques. Ses efforts pour aider à la création de la société des Nations se soldèrent par une profonde déception, lorsque cette organisation se révéla incapable d'empêcher la Seconde Guerre mondiale. La guerre elle-même le rendit de plus en plus pessimiste. Dans son dernier livre, Mind at the End of its Tether (1945), il jugea que ce ne serait pas une si mauvaise idée de remplacer l'espèce humaine par une autre espèce. D'ailleurs, il appelait cette époque « l'ère de la frustration ». Il passa ses dernières années à critiquer l'Église catholique romaine et un voisin qui faisait de la réclame pour un club militaire. Comme il consacra les dernières années de sa vie à défendre des causes perdues, sa réputation littéraire déclina également. Cela dit, The Happy Turning, petit livre daté de 1944, recèle encore beaucoup d'esprit et d'imagination.

Eugénisme, engagement et désengagement pour la science et la technologie[modifier | modifier le code]

H. G. Wells adhère à la Société eugénique en 1907, mais rejette les thèses de Francis Galton. Il s'intéresse cependant à l'eugénisme négatif[9].

Avec réserves ou ironies, Georges Bernanos souligna de façon suivante : « dans le dernier petit livre de Wells, l'Esprit au bout du rouleau, malédiction plutôt que testament, l'écrivain célèbre qui se crut jadis naïvement le prophète du futur paradis des machines, du nouvel âge d'or, écrit ces paroles désespérées »[10] :

« L'espèce humaine est en fin de course. L'esprit n'est plus capable de s'adapter assez vite à des conditions qui changent plus rapidement que jamais. Nous sommes en retard de cent ans sur nos inventions. Cet écart ne fera que croître. Le Maître de la Création n'est plus en harmonie avec son milieu. Ainsi le monde humain n'est pas seulement en faillite, il est liquidé, il ne laissera rien derrière lui. Tenter de décrire une fois encore la Forme des choses à venir serait vain, il n'y a plus de choses à venir. »

Son héritage[modifier | modifier le code]

Aussi bien de son vivant qu'après sa disparition, Herbert George Wells fut considéré comme un penseur socialiste de tout premier ordre. Mais sa célébrité posthume est surtout due à ses romans et à son rôle de pionnier dans l’histoire de la science-fiction. Wells a également la réputation d'être indirectement l'inventeur de l'animation mécanisée. Les premiers mécas, les tripodes martiens, apparaissent dans son roman intitulé La Guerre des mondes.

Contribution à la naissance de la science-fiction[modifier | modifier le code]

Wells est souvent reconnu comme le premier auteur de la science-fiction.

Sa carrière débutant au crépuscule de celle de Jules Verne, il franchit le pas des Voyages extraordinaires à la science-fiction mieux que quiconque avant lui, traitant de tous les thèmes qu'elle a pu aborder, à l'aide d'une machine littéraire sur laquelle se fondait chaque récit. Il ne peut en être considéré comme l'auteur, car de nombreux auteurs avant lui ont croisé cet univers, avec des styles divers, et dont il n'est que le digne successeur, portant ce type d'ouvrages au titre de littérature.

Mary Shelley et son Frankenstein ou le Prométhée moderne, ou Edgar Poe et son admirateur Jules Verne qui développait déjà les thèmes de la science-fiction moderne, ont, chacun à leur manière, débrouillé cette littérature naissante par des œuvres qui forment la genèse d'une science-fiction que l'on pressentait dans diverses œuvres qui nous mènent de Savinien Cyrano de Bergerac puis Voltaire (Micromégas où voyagent des habitants de l'étoile Sirius), à Thomas More ou même à Lucien de Samosate. Ces auteurs ont en commun, pour arriver à leurs fins, d'exploiter le If (Et si… en français). En traitant un à un ses thèmes principaux, Wells en a fait un genre littéraire et dans son sillage, aidé par Orson Welles, a préparé l'explosion de la science-fiction (le mot science-fiction fait son apparition pour la première fois aux États-Unis en 1929, à l'occasion du lancement de la revue Science Wonder Stories).

Clins d'œil à H. G. Wells[modifier | modifier le code]

Le personnage d'Herbert George Wells est apparu dans de nombreux romans, films et séries télévisés :

Romans :

  • Le roman de Stephen Baxter intitulé Les Vaisseaux du temps se présente comme la suite du célèbre roman de Wells, La Machine à explorer le temps, pour fêter le centenaire de sa publication. Dans son œuvre, l'auteur britannique reprend des technologies, des jargons et des personnages tirés de divers romans de Wells et fait directement référence à Wells en interpellant « l'auteur, mon ami ».
  • Dans le roman de C. S. Lewis intitulé Cette hideuse puissance (That Hideous Strength), le personnage de Jules est une caricature de H. G. Wells.
  • Dans son roman intitulé La Machine à explorer l'espace (The Space Machine, 1976), Christopher Priest rend hommage à H. G. Wells en proposant une version modifiée de sa machine à remonter le temps. Dans le roman, le héros part sur la planète Mars et se trouve être le témoin d'une guerre civile martienne où s'affrontent des tripodes.
  • H.G. Wells est le personnage central du roman de David Lodge A Man of Parts, paru en français chez Payot et Rivages (2012) sous le titre "Un homme de tempérament".
  • Felix J. Palma met en scène H.G. Wells dans son roman El Mapa del tiempo, paru en France sous le titre La Carte du temps en 2013 chez Pocket. Il intervient, grâce à son imagination, dans le passé et le futur et mélange les univers parallèles. Sont également évoqués Jack l'Eventreur et le film de Georges Pal.

Films :

  • Le réalisateur George Pal fait de Wells son voyageur dans le temps dans un film daté de 1960, La Machine à explorer le temps. La plaque fixée à la machine porte à ce propos la mention humoristique « Manufactured by H. George Wells » (fabriqué par H. George Wells).
  • Dans le roman et le film intitulés C'était demain (Time After Time, 1979), le personnage de H. G. Wells est joué par l'acteur britannique Malcolm McDowell qui part à la recherche de Jack l'Éventreur après que ce dernier lui a volé sa machine à voyager dans le temps. Il se retrouve alors à San Francisco en 1979.
  • La photo de H. G. Wells apparaît accrochée au mur du domicile d'un voyageur dans le temps, Alex Hartdegen, dans la version filmée de La Machine à explorer le temps, réalisée par l'arrière-petit-fils de l'auteur, Simon Wells, en 2002.

Télévision :

  • Wells est un personnage semi-récurrent de la série Loïs & Clark, les nouvelles aventures de Superman.
  • Dans la série Lost James « Sawyer » Ford surnomme Daniel Faraday H.G. Wells, en raison des théories du physicien[11].
  • Dans la série Warehouse 13, principalement la saison 2, H.G. Wells est une femme, Helena Georgina Wells. Grande scientifique, elle fabriqua de nombreux « artefacts ». Elle fut même agent du Warehouse 12 et tente de devenir agent du Warehouse 13. Elle a aussi écrit l'œuvre littéraire, publiée sous le nom de son frère qui la dissimulait derrière « sa moustache » selon elle.
  • Dans l'épisode des Simpson Homer perd la boule, on peut voir des Morlocks de l'adaptation de "la machine à explorer le temps" de 1960[12]. Les Morlocks sont également cités dans l'épisode Les maux de Moe[13].
  • Dans la de la série Sanctuary, le Dr James Watson déclare, après avoir appris que le Dr Helen Magnus a effectué un voyage dans le temps, que "H.G. serait extatique" s'il l'apprenait[14].
  • Dans Doctor who , un des compagnons du docteur se nommait Herbert et est écrivain venant du 19e siècle. Plus tard, lorsqu'il retourne chez lui, il dit s'appeler Herbert George Wells.
  • Dans l'épisode Futur imparfaitLes Enquêtes de Murdoch[15], Wells apparaît comme membre d'une société défendant l'eugénisme et essaye de séduire Julia.
  • Dans The Big Bang Theory, les quatre personnages principaux achètent une machine à voyager dans le temps et Sheldon rencontre des Morlocks tout au long de l'épisode.

Autres hommages :

  • Le 21 septembre 2009, Google change son logo pour rendre hommage à H. G. Wells[16].
  • Dans le clip du groupe Thirty Seconds to Mars, "This is War" datant du 4 avril 2011, nous pouvons voir une citation de H. G. WELLS : "If we don't end war, war will end us."
  • H.G Wells est un personnage énigmatique et récurrent de la websérie - New Earth, réalisée par Guillaume Bouiges.
  • Une phrase de H. G. Wells est prononcée à la fin du jeu vidéo Métro 2033 : « Si on n'en finit pas avec les guerres, les guerres en finiront avec nous »

Œuvres[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Édouard Guyot, H.-G. Wells, Paris, Payot,‎ 1920, 303 p. (notice BnF no FRBNF32212112)
    Inclut une bibliographie, dressée par Amy Catherine Robbins (Mrs Herbert George Wells) des œuvres de H. G. Wells publiées de 1891 à 1920.
  • Joseph Altairac, Herbert George Wells : parcours d'une œuvre, Amiens, Encrage, coll. « Références » (no 7),‎ 1998, 207 p. (ISBN 2-906389-88-9, notice BnF no FRBNF36999069)
  • David Lodge, Un homme de tempérament, Payot & Rivages, 2011, 706 p. (ISBN 978-2-7436-2291-6, notice BnF n° FRBNF42568826). Traduit de l'anglais par Martine Aubert.

Références[modifier | modifier le code]

  1. The Outline Of History - H. G. Wells
  2. Gene Rinkel et Margaret Rinkel, The Picshuas of H. G. Wells: A burlesque diary, University of Illinois Press, 2006.
  3. ThinkQuest Library : H. G. Wells Biography.
  4. New York University. The Passionate Friends: H. G. Wells and Margaret Sanger.
  5. (en) "Reeves, William Pember", Dictionary of New Zealand Biography, 1993
  6. Pegasos - A Literature Related Resource Site. H(erbert) G(eorge) Wells (1866-1946).
  7. An Experiment in Autobiography, p. 556. Voir également le chapitre 4 de l'ouvrage intitulé Future as Nightmare: H. G. Wells and the Anti-Utopians de Mark Robert Hillegas.
  8. An Experiment in Autobiography p. 215, 687-689
  9. Becquemont Daniel. Eugénisme et socialisme en Grande-Bretagne. 1890-1900. In: Mil neuf cent, no 18, 2000. Eugénisme et socialisme. p. 53-79.
  10. la France contre les robots p. 175 édition biblio
  11. Dans l'épisode 14 de la saison 5
  12. Episode 6 de la saison 11
  13. Episode 3 de la saison 13
  14. Dans le premier épisode de la saison 4
  15. Série 3, épisode 8
  16. (en) « Holiday Logos and Events – Google style! 2009 July - September », sur Google.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]