Henry George (économiste)

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Henry Georges, à 26 ans.

Henry George (2 septembre 1839 à Philadelphie – 29 octobre 1897 à New-York) est un économiste politique américain, et le partisan le plus influent de l'impôt unique sur la terre.

Sa vie[modifier | modifier le code]

Né à Philadelphie, Henry George a vécu en Californie à partir de 1858. Il s'est marié en 1871 et a eu quatre enfants d'un mariage heureux. Après avoir renoncé à devenir chercheur d'or, il a été typographe, éditorialiste, et il dirigea le journal qu'il a fondé à San Francisco de 1871 à 1875. Mais c'est aux questions sociales et économiques que George a consacré sa vie, et il a développé sa réflexion à travers son expérience personnelle, ses voyages et ses étude personnelles.

Lors d'un voyage à New York, George a été frappé par l'apparent paradoxe que la pauvreté était plus profonde dans cette vieille ville que dans l'État, pourtant moins développé, de Californie. Ceci lui a fourni le sujet et le titre de son livre publié en 1879 : Progrès et pauvreté (Progress and Poverty), qui fut un immense succès avec trois millions d'exemplaires vendus. Il était également un orateur très populaire qui fit même plusieurs discours à l'étranger dans des pays comme l'Irlande, l'Écosse où l'accès à la terre était (et est toujours) une question politique cruciale. En 1880 il s'est installé à New York. En 1886, il a été candidat au poste de maire de New York, et termina second (devant Theodore Roosevelt). Il se présenta à nouveau en 1897, mais mourut quatre jours avant l'élection. Environ 100 000 personnes assistèrent à ses funérailles. Selon sa petite-fille Agnes de Mille, Progress and poverty ainsi que ses livres suivants firent de Henry George le troisième homme le plus célèbre des États-Unis derrière Mark Twain et Thomas Edison[1].

Sa théorie économique[modifier | modifier le code]

George avait remarqué que la construction du chemin de fer en Californie avait provoqué une hausse du prix des terrains et des loyers concomitante au niveau des salaires. Or, « le point de départ des discussions sur l'incidence des taxes est un passage du livre De la richesse des nations, de Adam Smith (livre v, chap. ii), selon qui les taxes doivent provenir « de loyers, profits ou salaires,» et que « toute taxe qui ne tombe que sur une de ces trois sortes de revenus est nécessairement inégale dans la mesure où elle n'affecte pas les deux autres» [2].

C'est dans ce contexte que Henry George, dans Progrès et pauvreté a exprimé sa doctrine fondamentale percutante: « Nous devons faire de la terre un bien commun.»; il a soutenu que la quasi-totalité des richesses créées par le progrès social et technologique dans une économie de marché est accaparée par des propriétaires fonciers et des monopoles via les loyers, et que la concentration de cette richesse non gagnée est la cause principale de la pauvreté. George considérait que de telles injustices suscitait ni plus ni moins qu'une nouvelle forme d'esclavage, l'esclavage salarié (wage slavery).

L'idée du « droit égal de tous à l'usage de la terre ne venait pas de lui, mais il lui donna une forme nouvelle avec un moyen clair par lequel elle pouvait être appliquée, tout en simplifiant grandement le gouvernement : il appela ce moyen l'impôt unique (single tax) »; « concentrer toute les taxes sur le loyer du sol (ground-rent). » [3].

« Sa doctrine peut se résumer comme suit : La terre de tout pays appartient de droit à toutes les personnes de ce pays. Ce droit ne peut pas être aliéné par une génération de manière à affecter le titre de la prochaine, pas plus que les hommes ne peuvent vendre leurs enfants qui ne sont pas encore nés comme esclaves. La possession privée de la terre n'a pas plus de base logique ou morale que la possession privée de l'air ou de la lumière du soleil, mais l'occupation et l'usage privées de la terre sont justes et indispensables. Toute tentative de diviser la terre en portions égales est impossible et indésirable. La terre devrait être, et est maintenant pratiquement, divisée pour l'usage privée en parcelles parmi ceux qui paieront le prix le plus élevé pour l'usager de chaque parcelle. Le prix est actuellement payé annuellement à des personnes, et s'appelle un loyer (rent). En appliquant le loyer de la terre (rent of land), à l'exclusion de toutes améliorations, au profit de toute la communauté, une justice absolue serait rendue à tous. Comme le loyer est toujours plus que suffisant pour défrayer toutes les dépenses nécessaires du gouvernement, ces dépenses devraient être couverte par un impôt sur le loyer seulement, amené par l'abolition graduelle de tout autre impôt. Les propriétaires fonciers devraient garder la possession tranquille et la propriété nominale de la terre, avec une marge suffisante sur l'impôt pour les induire à collecter leurs loyers et payer l'impôt. Ils seraient ainsi transformé en simple agents des terres (land agents). Cela impliquerait évidemment un libre marché absolu puisque disparaitraient toutes les taxes sur les importations, les produits manufacturiers, successions, propriété personnelle, bâtiments ou améliorations. Il n'y aurait rien du tout de ce qui est fait par l'homme qui serait taxé. Le droit de propriété privé dans les choses faites par l'homme serait ainsi absolu, car le propriétaire de ces choses ne pourrait pas être destitué de son bien sans une compensation entière, même sous le prétexte de taxation. » [4].

George a discuté les éléments plus importants de sa théorie économique à l'occasion d'une critique d'une illustration utilisée par Frédéric Bastiat pour expliquer la nature de l'intérêt et du profit. Bastiat prenait pour exemple James et William, tous deux charpentiers. James avait construit de ses mains un rabot et l'avait prêté à William pour un an. Bastiat prétendait que James avait donné à William, pour un an, « le moyen, avec l'outil, d'accroître la productivité de son travail », et veut une compensation pour cet accroissement de productivité.

George n'accepta pas cette explication. Il écrivit :

« Je pense que si toutes les richesses consistaient en des outils comme le rabot et si toutes les productions étaient celles de charpentiers — c’est-à-dire si la richesse n'était constituée que de la matière inerte de l'univers, et la production ne consistait qu'à façonner cette matière inerte en diverses formes, alors l'intérêt ne constituerait qu'un vol de l'industrie, et ne pourrait exister longtemps. Mais une part des richesses est porteuse de fruits, comme une vache et un taureau, ou une cuve de jus de raisin à fermenter en vin, ou… la terre. Les rabots et autre outils inertes (et le plus inerte de tous, l'argent) ne sont pas des sources directes d'intérêts, sauf à faire partie des mêmes « cercles d'échanges » sociaux porteurs de profits comme ceux-là. » [réf. nécessaire]

Ses propositions politiques[modifier | modifier le code]

Certains de ses premiers articles les plus remarqués avaient pour sujet l'immigration chinoise, qui selon lui devait être contenue. Bien qu'étant surtout connu pour son plaidoyer en faveur du remplacement de tous les impôts par un impôt unique sur la terre, Henry George a également formulé un grand nombre d'idées en matière de politique économiques. À l'instar du mouvement open source, George était très critique à l'encontre des brevets. Il soutenait le remplacement des brevets par des aides de l'État en faveur des inventions et de la recherche, le démantèlement des monopoles quand cela était possible, et la taxation ou la régulation des monopoles naturels. Henry George était en faveur d'un mélange de libéralisme économique et de programmes sociaux rendu possible par la taxe sur la terre et les monopoles. Des économistes moderne comme le « prix Nobel » d'économie Milton Friedman admettent les bénéfices potentiels de cette land tax, car à la différence des autres impôts, elle n'affecte pas le prix des biens de consommation. Les écologistes considèrent que la terre est la propriété commune de l'humanité, et certains sont partisans de taxes ou d'amendes sur la pollution. D'autres, comme l'économiste américain Nicolaus Tideman et l'activiste Alanna Harzok continuent de promouvoir l'idée d'une taxe sur la terre.

Mort et renaissance de sa pensée[modifier | modifier le code]

Elizabeth Magie a inventé en 1904 le jeu de société qui fut à l'origine du Monopoly.pour illustrer le fonctionnement de la « land tax,» mais l'intérêt pour les idées de George avait déjà décliné à la fin du X1Xe siècle.

Henry George et Karl Marx était antagoniste. Marx considérait la Single Tax comme un pas en arrière par rapport à la transition vers le communisme[5]. Et George disait que si l'idée de Marx était essayée le résultat probable serait une dictature[6].

Tolstoï déplorait qu'on avait fait le silence autour de Henry George, car il considérait son projet comme raisonnable et réaliste, au contraire des idées des révolutionnaires et du socialisme. [7]; une immense contribution dans le progrès de la conscience de l'humanité, placé sur un terrain concrêt [8], avec plusieurs avantages [9] et capable d'éliminer une des causes de ce que lui-même appelait L'esclavage de notre temps. [10];

À partir de la fin du XXe siècle, certaines de ses propositions ont influencées les développements politiques dans certaines pays: Afrique du Sud, Taïwan, Hong Kong, Australie... De très nombreuses personnes célèbres ont fait l'éloge des idées de Henry George, ou ont été influencées par lui : George Bernard Shaw, Sun Yat-sen, Herbert Simon, David Lloyd George...

Dans son dernier livre Martin Luther King a cité Henry George pour appuyer sa thèse en faveur d'un revenu universel. Durant l'élection présidentielle de 2004 aux États-Unis Ralph Nader a proposé une taxe sur la pollution et sur la valeur des terrains.

Une critique[modifier | modifier le code]

Les écrits de George ont reçu leur part de critiques. L'économiste autrichien (voir « École autrichienne ») Eugen von Böhm-Bawerk, par exemple, a émis un jugement négatif sur la thèse de George sur le rabot du charpentier.

Böhm-Bawerk écrit :

« À la base, il est impossible de soutenir sa distinction des branches de productions en deux classes, dans l’une desquelles la force vitale de la nature est supposée constituer un élément spécial qui fonctionne en harmonie avec le travail, alors que dans l’autre ce n’est pas vrai… Les sciences naturelles nous ont depuis longtemps prouvé que la coopération de la nature est universelle… Les mouvements musculaires de la personne utilisant le rabot seraient peu utiles, s’il n’était pas assistés par les forces et les propriétés naturelles du fer plat. [réf. nécessaire] »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. source
  2. Taxation In The Encyclopaedia Britannica, New York (11e Ed.) vol xxvi, p. 462, 1910.
  3. Henry George In The Encyclopaedia Britannica, New York (11e Ed.) vol xi, p. 747-748, 1910.
  4. Henry George In The Encyclopaedia Britannica, New York (11e Ed.) vol xi, p. 747-748, 1910.
  5. Karl Marx – Letter to Friedrich Adolph Sorge in Hoboken
  6. Jump up ^ Henry George's Thought
  7. L. Tolstoï. Où est l'issu ? In Les rayons de l'aube. (trad. J-W Bienstock), Paris P.-V. Stock Éditeur, p. 393-411 1899
  8. L. Tolstoï. Lettre sur Henri George I
  9. L. Tolstoï. Lettre sur Henri George II
  10. L. Tolstoï. L'esclavage de notre temps, 1900

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Progress and Poverty 1879 - Progrès et pauvreté, L'Âge d'homme, 2010
  • Social Problems 1883
  • The Land Question 1884
  • Protection or Free Trade 1886
  • A Perplexed Philosopher 1892
  • The Science of Political Economy 1898

Liens externes[modifier | modifier le code]