Sa Majesté des mouches

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Sa Majesté des mouches
Auteur William Golding
Genre Roman psychologique pour enfants
Version originale
Titre original Lord of the Flies
Éditeur original Faber and Faber
Langue originale Anglais britannique
Pays d'origine Drapeau de l'Angleterre Angleterre
Date de parution originale 1954
Version française
Traducteur Lola Tranec
Lieu de parution Paris
Éditeur Gallimard
Collection Du monde entier
Date de parution 1956
Nombre de pages 261
Chronologie
Les Héritiers Suivant

Sa Majesté des mouches (titre original : Lord of the Flies) est un roman de l'auteur anglais William Golding publié en 1954. En France, il paraît pour la première fois en 1956.

Présentation[modifier | modifier le code]

En France, ce roman, qui montre la fragilité de la civilisation en décrivant le parcours régressif d'enfants livrés à eux-mêmes, est souvent considéré comme un livre pour enfants et est régulièrement étudié à l'école primaire ou au collège. Pourtant, sa violence sauvage, crue et sensuelle en fait un livre difficile et troublant. La finesse de son analyse et la qualité de son écriture en font par ailleurs une œuvre à part entière.

Résumé[modifier | modifier le code]

Un avion transportant exclusivement des garçons anglais issus de la haute société[Quoi ?] s'écrase durant le vol sur une île déserte. Le pilote et les adultes accompagnateurs périssent. Livrés à eux-mêmes dans une nature sauvage et paradisiaque, les nombreux enfants survivants tentent de s'organiser en reproduisant les schémas sociaux qui leur ont été inculqués. Mais bien vite le vernis craque, la fragile société vole en éclats et laisse peu à peu la place à une organisation tribale, sauvage et violente bâtie autour d'un chef charismatique et d'une religion rudimentaire. Offrandes sacrificielles, chasse à l'homme, guerres sanglantes : la civilisation disparaît au profit d'un retour à un état proche de l'animal que les enfants les plus fragiles ou les plus raisonnables paient de leur existence.

Résumé détaillé[modifier | modifier le code]

Un avion s’écrase sur une ile, en plein océan Pacifique, avec à son bord un groupe d’écoliers anglais en route vers l’Australie. Aucun adulte ne survit au crash et les enfants se trouvent livrés à eux-mêmes. Le livre commence ainsi par le rassemblement des enfants survivants sur l'île, autour du personnage principal de l'histoire, Ralph, qu'ils élisent tout de suite comme chef de leur tribu. Chaque enfant dans l'île a sa propre personnalité bien à lui et ils forment à eux tous un reflet de notre société moderne. Ralph incarne ainsi le leader, il représente les idéaux de notre société : l'ordre, la sécurité, la démocratie, l'égalité et il tente d’inculquer le sens des responsabilités et de la discipline au groupe, même si c'est en vain. Il trouve une conque par terre et s'en sert pour rassembler les enfants, ceux-ci se tournent naturellement vers lui et le coquillage devient le symbole de leur petite démocratie. Contrairement aux autres enfants, il met tout en œuvre pour qu'on vienne les secourir.

Le deuxième personnage que l'on découvre, « Porcinet », est quant à lui le souffre-douleur, celui dont on se moque toujours. C'est un garçon intelligent, avisé et qui a un grand sens pratique, mais qui n'arrive jamais à se faire écouter à cause de son obésité, de son asthme et de sa myopie. Il réussit cependant à se rapprocher du pouvoir en se liant d'amitié avec Ralph, dont il devient très proche.

Grâce à ces deux garçons, la bonne entente règne au début sur l'île. Chacun s’acquitte mollement de sa tâche, sauf les plus petits qui passent leurs journées à se gaver de fruits et à jouer sur la plage. Trois cabanes sont construites sur la plage, mais elles restent branlantes et fragiles. La vie sur l’île comporte plusieurs avantages, comme l’absence d’adultes qui laisse aux enfants l’entière liberté de leurs actes, la seule autorité reconnue étant celle de Ralph. L'harmonie dans le groupe ne dure cependant pas très longtemps lorsque les conflits commencent à éclater entre Ralph et Jack Merridew, qui deviennent peu à peu ennemis.

Jack est un garçon mince et anguleux, assez laid, autoritaire, dominateur, et agressif. C'est un pessimiste, qui se concentre uniquement sur les plaisirs et qui ne croit pas à leur sauvetage. Il est jaloux du statut de chef de Ralph lorsqu'il a été élu et tente sans cesse de le déstabiliser, le défier. C'est aussi le chef de sa propre bande, qu'il appelle ses « chasseurs » et qui sont les plus grands de l'île. Ralph leur a donné au début deux tâches quotidiennes : alimenter un feu dans la forêt pour qu'un bateau puisse les apercevoir et nourrir le clan en viande en chassant les cochons sauvages de l'île. Malheureusement cette dernière tâche devient très vite une passion pour Jack et le feu est peu à peu délaissé, puis oublié, jusqu'à ce qu'un jour, alors que Jack réussit enfin à tuer un cochon et arrive au sommet de son influence sur sa bande, un bateau passe à proximité de l'île sans apercevoir de fumée. L'événement marque une première scission dans le groupe, même si Jack présente ses excuses devant Ralph, fou de rage. Jack invite le même soir toute la tribu pour manger le cochon tué et raconte ses exploits de chasse devant des enfants extasiés.

La découverte du pilote de l'avion mort, sur une colline, avec son parachute déployé, met un terme définitif à la cohésion du groupe. Des jumeaux découvrent en premier le pilote, en pleine nuit, mais le prennent pour un monstre et fuient en courant vers le camp. Face à l'effroi des enfants devant la nouvelle, Jack décide que lui et ses chasseurs iront tuer ce monstre, mais finalement Ralph et d'autres garçons partent aussi avec eux. Lorsqu'ils arrivent sur place, ils prennent peur et partent en courant devant la tête du mort, remuant à cause du parachute qui enfle et se désenfle dans le vent. De retour sur la plage, Jack profite de la terreur des enfants pour traiter Ralph de poltron et demande un vote pour qu'il ne soit plus chef. Il n'obtient pas cependant son renvoi et part, humilié, monter son propre clan. Bientôt, il ne reste plus sur la plage que Ralph, « Porcinet », les deux jumeaux et Simon, un garçon à l'air bizarre qui ne parle quasiment jamais, mais qui se révèle au cours de l'histoire très sensible, franc et courageux. Celui-ci décide d'ailleurs de partir seul dans la forêt pour vérifier si le monstre existe bel et bien.

Pendant ce temps, Jack et sa bande continuent de chasser le cochon sauvage. Ils réussissent à capturer une truie, que Jack égorge, vide et dépèce devant les enfants. Il pique la tête sur un bâton en guise d'offrande au monstre de la montagne et part vers la plage, où Ralph continue d'alimenter un feu pour qu'un bateau vienne les chercher. Il l'invite lui et son groupe à venir au festin organisé et ceux-ci finissent par accepter.

Lorsque Simon s'aperçoit que le monstre n'est en fait qu'un homme mort, il retourne en courant vers la plage, mais s'arrête un instant horrifié devant la tête de la truie, qu'il surnomme Sa Majesté des Mouches. Quand il arrive vers la plage et le festin, les autres enfants sont dans une sorte de transe où ils miment la scène de la chasse. Il arrive au milieu du groupe exténué, en rampant, en expliquant qu'il n'y a pas de monstre, mais se fait tuer par les autres, qui ne l'ont pas reconnu.

Cette mort accroît encore l'animosité entre les deux groupes, celui de Ralph avouant qu'ils ont assassiné leur ami et celui de Jack affirmant que le monstre s'était métamorphosé en Simon. Ceux-ci décident de faire une rafle dans l'autre groupe pour voler les lunettes de Porcinet, seul moyen d'allumer un feu. Ils réussissent à les prendre en détruisant les quelques cabanes restantes. Le lendemain, Ralph et son groupe lancent une expédition pour récupérer les lunettes, Porcinet étant aveugle sans elles. Ils arrivent à la Forteresse des Roches, le camp de Jack, et aperçoivent les autres enfants déguisés en sauvages, le visage barbouillé de peinture. Porcinet se fait tuer par Roger ( le garçon le plus méchant et cruel de l’île) en tombant d'une falaise, atteint par une pierre, les autres se font capturer, sauf Ralph qui réussit à s'enfuir. S'ensuit alors une longue course-poursuite entre Ralph et ses anciens camarades, où il se fait traquer impitoyablement. Les chasseurs décident d'allumer un feu pour le faire sortir de sa cachette, mais c'est toute la forêt qui s'embrase alors. Pris de panique, Ralph retourne à la plage, où il tombe sur un officier de marine, qui a aperçu la fumée et a arrêté son bateau. Il s'abandonne alors à son chagrin et se met à pleurer sur la mort de son ami, la noirceur du cœur humain et la fin de l'innocence.

Analyse des personnages[modifier | modifier le code]

  • Ralph, le personnage principal, est l'enfant le plus intelligent de l'île, presque adolescent, qui organise le groupe en utilisant un symbole fort de communication et de rassemblement avec son instrument, le coquillage doré ; il symbolise la république.
  • Jack, le fougueux chef du chœur d'enfants qui prend peu à peu le contrôle du groupe, représente le pouvoir guerrier, brutal et violent mais charismatique et aventureux par opposition au côté contraignant de l'organisation comme le faisait Ralph.
  • Roger, le second de Jack dans la nouvelle hiérarchie, représente la cruauté brute et inquiétante, le plaisir d'infliger la douleur ou de tuer, quelle que soit l'idéologie dont elle se réclame.
  • Porcinet, l'obèse intellectuel et fragile dont les lunettes sont utilisées pour faire le feu représente le savoir et la connaissance, mais aussi la dépendance et la faiblesse. Méprisé par le pouvoir guerrier, il lui est pourtant vital : le feu qu'il est capable de créer est le symbole du pouvoir par excellence. L'instrument de ce pouvoir, les lunettes, finit par être volé par Jack et leur propriétaire écrasé par un rocher poussé du haut d'une falaise.
  • Simon, l'enfant courageux qui n'hésite pas à défier ses peurs représente la sagesse et la vérité - il sera le premier tué parmi les enfants, sacrifié en une fête orgiaque sanglante sur l'autel des superstitions qu'il était justement sur le point de détruire en apportant la vérité. Simon est le plus souvent interprété comme une figure christique en raison de sa capacité à voir à travers les idées fausses, contrairement au reste des garçons, et les événements qu'il vit dans le livre qui sont parallèles à celles de la vie de Jésus[1].
  • Les jumeaux Sam-Erik (Sam et Éric) ainsi que les autres enfants du groupe, ballottés entre les deux pouvoirs qui s'affrontent, peuvent représenter le peuple qui se débrouille comme il peut pour survivre.

Adaptations[modifier | modifier le code]

Cinéma
Théâtre
  • 1996 : Adaptation théâtrale par Nigel Williams (1996), traduite en français par Ahmed Madani (sous le même titre que le roman original), éditée dans la collection Théâtre par l'École des Loisirs, en 2001 (ISBN 221106017X)

Inspiration et références[modifier | modifier le code]

Ce roman a inspiré nombre d'auteurs, scénaristes et artistes à des degrés divers :

  • L'épisode Les Petits Sauvages de la série Les Simpson.
  • L'épisode Allons voir si la rose de la série Mon oncle Charlie.
  • L'épisode Le Mot en « M » de la série South Park.
  • L'épisode Sa majesté des pizzas de la série Les Weekenders.
  • Le livre a ostensiblement inspiré le roman Battle Royale (adapté par la suite au cinéma) de Koushun Takami ainsi que les reality shows Survivor et Koh-Lanta.
  • L'anime japonais Infinite Ryvius en est très fortement inspiré.
  • Le groupe Iron Maiden a écrit une chanson qui s'intitule Lord of the Flies.
  • Le groupe américain The Offspring a écrit une chanson, You're gonna go far kid, qui fait clairement référence à ce roman, dont le nom est d'ailleurs cité dans les paroles.
  • Dans la série Community, Annie fait référence à Sa Majesté des mouches pour gagner un débat dans lequel elle affirme que l'Homme est mauvais par nature. (Saison 1, Épisode 9)
  • Dans un épisode de la série Lost, Charlie dit, en parlant des rescapés de la queue de l'avion, « Ils se sont fait un trip Sa majesté des mouches » en référence à la violence de leur comportement comparée à la relative paix de leur campement. Sawyer y fait également référence dans la saison 1 en appelant Hurley « Porcinet » une fois et en citant lui aussi le roman lorsqu'il capture Jin dans l'épisode 17.
  • Ce roman a aussi été le livre de chevet de Tom Hanks alors qu'il abordait le tournage de Seul au monde.
  • Le livre Sa Majesté des clones est une version science-fiction de l'œuvre originale par Jean-Pierre Hubert.
  • Un projet d’émission de télé-réalité, Kid Nation.
  • Dans l'anime Mai HiME, Nagi Homura lit Lord of the Flies avant de confronter les HiME les unes aux autres.
  • Stephen King y fait longuement référence dans le recueil de nouvelles Cœurs perdus en Atlantide (2001) et le fait lire à l'un de ses personnages et certains passages sont évoqués dans le cycle de la Tour Sombre.
  • Dans l'épisode Hyde s'installe de la série That '70s Show, Michael Kelso y fait référence comme un modèle de vie sans adultes.
  • Dans le roman d'Alexandre Jardin, les Coloriés (paru en 2004 chez Gallimard), l'auteur défend la théorie inverse d'un peuple-enfant paisible et joueur, à l'opposé de la violence et de l'hypocrisie adulte.
  • La bande dessinée Seuls de Vehlmann et Gazzotti : Velhmann a déclaré avoir été très marqué par la lecture du livre dans sa jeunesse.
  • La bande-dessinée Jolies Ténèbres du même Vehlmann accompagné de Kerascoët est une histoire en un seul tome étudiant la réaction d'une quinzaine de personnages livrés subitement à eux-mêmes, et qui finissent par s'entretuer. Cet album a énormément choqué et a été primé à Angoulême en 2010. Il a obtenu la même année le prix du magazine BoDoï.
  • Poppy Z. Brite dans Lost Souls (Âmes perdues en français) fait référence à Lord of the Flies au début de son roman.
  • Dans le manga L’École emportée de Kazuo Umezu, une école primaire et ses occupants se retrouvent inexplicablement projetés dans un désert sinistre et cruel.
  • Dans la bande dessinée L'Île aux mille mystères d'Alban Guillemois, Alfred Murnau dit : « Je crois que Durckheim a envie de se la jouer Sa majesté des mouches » en référence au comportement de « chasseur » du capitaine.
  • Le personnage de fiction Artemis Fowl explique que Sa Majesté des Mouches est son livre préféré, et pourquoi, dans Le Dossier Artemis Fowl.
  • Les Enfants de Timpelbach, roman écrit en 1937 par Henry Winterfeld adapté au cinéma en France, raconte une histoire semblable à celle de Sa Majesté des Mouches. Des enfants s'organisent en société après que leurs parents les ont abandonnés, deux groupes se forment et entrent dans une rivalité violente ; les raisonnables, qui s'organisent en attendant le retour des parents et les adeptes de la liberté, qui veulent s'amuser, détruire, gouverner dans la violence.
  • Dans le roman d'autofiction Lunar Park de Bret Easton Ellis, le narrateur est scandalisé de trouver Sa Majesté des Mouches dans la pile de livres que sa fille doit lire pour le programme du cours préparatoire.
  • Le groupe Bad Religion fait référence à ce roman dans la chanson 1000 More Fools.
  • La série de livres Gone de Michael Grant s'inspire librement du livre : un monde où toute personne au-dessus de quinze ans disparaît, des enfants s'organisant en clans (un utilisant pour l'un, l'intelligence, et pour l'autre la force), la violence, la solitude sans les adultes, le besoin de survivre (nourriture, électricité, etc.) et autres thèmes communs.
  • Dans le film Happiness Therapy, l'actrice Jennifer Lawrence (Tiffany Maxwell dans le film) fait un résumé en deux phrases du livre.
  • Dans le film Magic Mike, Adam « le Kid » (Alex Pettyfer) se voit forcer de passer de l'auto-bronzant sur les mollets de « Tarzan » (Kevin Nash). Ce dernier lui dit que ceci est un rite d'initiation comme dans le livre Sa Majesté des Mouches.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Understanding Lord of the Flies: A Student Casebook to Issues, Sources, and Historical Documents By Kirstin Olsen, p. 126